Les combats du Bois-le-Prêtre, désignés par les Allemands sous le nom de , constituent une série d'engagements majeurs survenus dans le secteur du saillant de Saint-Mihiel, en France. Ce site stratégique, situé à proximité de Pont-à-Mousson, entre Nancy et Verdun, est le théâtre d'affrontements particulièrement violents entre les armées française et allemande, principalement de à , durant la Première Guerre mondiale sur le front occidental. Par la suite, une période de combats de moindre intensité, ponctuée de quelques escarmouches, précède la libération du secteur en .
Ce verrou du saillant de Saint-Mihiel est un point de friction qui a son existence propre dans les grandes phases chronologiques du début de la Première Guerre mondiale. Tout comme le seront en 1915 l'Argonne, les Éparges, la forêt d'Apremont et le Hartmannswillerkopf.
La violence déployée dans ces combats est telle que les Allemands surnomment cette forêt , le bois des veuves. Les soldats français, quant à eux, furent surnommés les du fait de leur acharnement à conquérir le terrain. En dix mois, plus de laisseront près de dans les deux camps sur le terrain.
Localisation Les combats du Bois-le-Prêtre se déroulent dans un massif forestier dense de sur les communes de Montauville, Fey-en-Haye et Norroy-lès-Pont-à-Mousson, en Meurthe-et-Moselle. À quelques kilomètres à l'ouest du centre de Pont-à-Mousson (Meurthe-et-Moselle), il borde les routes départementales RD 958 et RD 3 qui relient Pont-à-Mousson respectivement à Commercy et Thiaucourt-Regniéville.
Véritable bastion en saillant, le Bois-le-Prêtre domine à l'ouest la forêt de la Haye, à l'est la plaine de la Woëvre méridionale qui s'étend entre les côtes de Moselle et les côtes de Meuse.
Les lieux-dits notables du Bois-le-Prêtre sont nombreux : La Croix des Carmes : Avec ses , il s'agit du point culminant de la ligne de crête ; L'Éperon-hors-bois : Ce mamelon prolonge le bois à l'ouest ; La Fontaine et la maison forestière du Père Hilarion ; Le Gros-Chêne ; Le Haut-de-Rieupt : Ce mamelon domine la vallée de la Moselle ; Le Mouchoir ; Le Quart-en-Réserve : C'est la partie ouest du bois en lisière qui chevauche la crête ; Le Ravin du Bois-Pouillot ; La Source et fontaine du Cerf.
Contexte historique
Au début de la Première Guerre mondiale, les forces allemandes lancent une offensive rapide vers Paris à travers la Belgique et le nord de la France, dans le cadre du plan Schlieffen. Cependant, les Alliés de la Triple-Entente, principalement les troupes françaises et britanniques, réussissent à stopper cette avancée lors de la bataille de la Marne (5-). Malgré cette victoire, les forces alliées ne parviennent pas à exploiter pleinement leur succès. En parallèle, la bataille du Grand-Couronné (20-) vise à renforcer la pression sur les forces allemandes en Lorraine. En effet, les forces françaises cherchent à reprendre le contrôle de la région et à infliger des pertes supplémentaires aux Allemands.
Tenue en échec devant la trouée du Grand-Couronné de Nancy, l’armée allemande lance une nouvelle offensive sur les Hauts-de-Meuse afin de contourner la place forte de Verdun. Les troupes allemandes du XIV (corps d'armée) atteignent Flirey (), Lironville et Mamey (). Le 25 et , les forces françaises de la cherchent à repousser les troupes allemandes et s'engagent alors dans des affrontements violents marqués par des attaques et des contre-attaques, avec des pertes significatives des deux côtés.
L'échec de l'offensive de la Marne et du Grand-Couronné marque un tournant majeur dans la Première Guerre mondiale avec la fin de la guerre de mouvement. Les deux camps commencent à établir des lignes de défense fortifiées, marquées par des tranchées, des barbelés et des positions d'artillerie. Ce processus de fixation du front est caractérisé par une série de batailles et d'engagements sans avancées significatives. centré|vignette|Combats en Woëvre méridionale (22-) et repli allemand dans la nuit du 24 au .
Par sa situation géographique stratégique, les Allemands de la , tenus en échec lors des combats de Mamey, se retirent dans le Bois-le-Prêtre. Ces positions permettent de contrôler les axes routiers et les lignes de chemin de fer ouvrant la route de Verdun. Ils occupent le bois dans sa plus grande partie et se concentrent sur la construction de lignes de défense solides avec d'importantes fortifications sur la colline du Quart-en-Réserve. Les combats du Bois-le-Prêtre illustrent la transition de la guerre de mouvement vers une guerre de position, où les lignes de front deviennent statiques et les tranchées se multiplient.
C’est un tournant dans la manière dont les batailles sont menées. Ce processus d’enterrement du front est caractérisé par une série d’attaques et d'engagements où chaque camp cherche à épuiser l'autre. La division de la forteresse de Toul tente alors à reprendre le bois dans une lutte pied-à-pied, menant des attaques par sections quasi quotidiennes, mais sans avancée significative. Les combattants subissent des conditions de vie terribles et les combats relèvent davantage du de terrain que de réelles avancées, avec mines, sapes, camouflets, fusillades continuelles, bombardements de crapouillots ou d'artillerie, parmi la boue, l’eau jaunâtre, le froid extrême et les cadavres. alt=Exemple de Sape dans le Bois-le-Prêtre|centré|vignette|Sape au Bois-le-Prêtre.
Ordre de bataille
Armée française La détermination précise des régiments français engagés au Bois-le-Prêtre est difficile en raison de la rotation régulière des unités dans le secteur. Cependant nous pouvons citer : la du général Henri Lebocq est composée de régiments de réserve scindés en deux brigades : les d'infanterie, d'infanterie et d'infanterie forment la ; les d'infanterie, d'infanterie, d'infanterie forment la . Le et le vont rester plus de dans ces bois.
centré|vignette|155x155px|Général Henri Lebocq en couverture du magazine Le Pays de France. la d'infanterie est une brigade d'active également appelée commandée par le colonel Georges Riberpray. L' expression est attribuée comme épithète à la d'infanterie composée du d'infanterie, du d'infanterie de ligne, d'infanterie, territoriale de la d'infanterie territoriale, ( et d'infanterie territoriale). centré|vignette|146x146px|Général Georges RIberpray
Armée allemande La détermination précise des régiments allemands engagés au Bois-le-Prêtre est difficile en raison de la rotation régulière des unités dans le secteur. Parmi les régiments allemands ayant combattu dans ce secteur, nous pouvons citer:
la d'infanterie (121. ID) composée des régiments suivants: et ; , , ( ) ; et ; ; ; , Infanterie Régiment et Infanterieregiment du général Von Strantz, la d'infanterie (28. ID) rapidement remplacée en par la , fusion de trois : la compte dans ses rangs la Brigade (BEB) 29 30 31 32 80 86 ; la compte dans ses rangs la Brigade (BEB) 41 42 49 et la compte dans ses rangs la Brigade (BEB) 51 52 53 54.
Les batailles
Les caractéristiques des combats du Bois-le-Prêtre
Guerre de position : Après les premières offensives, le front se fige, rendant les combats plus défensifs. Les soldats allemands et français creusent des tranchées pour se protéger des tirs ennemis. Les lignes de tranchées sont reliées entre elles, permettant la circulation des hommes, des blessés, du matériel. Dans certains secteurs comme à la Croix des Carmes, les lignes adverses sont parfois très proches : . Tactique d'infanterie : Les déplacements en ligne organisés sont impossibles dans cette forêt dense. Les deux camps mènent des assauts répétés pour repousser l'ennemi et gagner un peu de terrain. Les commandements vont privilégier l’emploi des mines et de l’artillerie de tranchées. Support d'artillerie : Employée largement sur l'ensemble du front, les combats du Bois-le-Prêtre ne font pas exception. Nombreux sont les témoignages de poilus expliquant que les obus font des ravages, hachant les taillis, fauchant les arbres, déchiquetant les troncs les plus épais. Conditions de vie difficiles : Les soldats témoigneront de l’horreur de ces combats rapprochés, parfois au corps-à-corps, des attaques surprises et des conditions de vie particulièrement difficiles. Lors des intempéries fréquentes, les sapes sont envahies par la boue ; aux tranchées boueuses s'ajoutent le froid, la neige au milieu des débris d’arbres pulvérisés et d’innombrables cadavres. Rôle des unités spécialisées : Il est avéré que les Allemands ont eu recours au lance-flammes (attaque du ) et l'utilisation des gaz de combat. Pertes humaines élevées : En seulement, il a été engagé , offensives et défensives. Les pertes humaines sont effroyables : du côté français, côté allemand.
Les combats du Bois-le-Prêtre illustrent les caractéristiques tragiques et brutales de la Première Guerre mondiale marquées par la guerre de position, des assauts sanglants, des conditions de vies extrêmement difficiles et des pertes humaines massives. Ces éléments sont représentatifs des combats sur le front occidental et ont durablement marqué la mémoire de ceux qui ont vécu cette période ainsi que leur famille.
La prise de la lisière du Bois-le-Prêtre (septembre 1914 - novembre 1914) Lorsque les soldats français de la d'infanterie arrivent devant le Bois-le-Prêtre fin , c'est après les durs combats de Mamey et Lironville, où ils avaient contenu les forces allemandes du . Celle-ci gardait fermement la poussée vers Saint-Mihiel que l’on appellera plus tard le Saillant de Saint-Mihiel. En effet, du 22 au 25 , la d'infanterie, aidée par celle de la d'infanterie, contre-attaquent, obligeant les Allemands à reculer sur six kilomètres de profondeur; le , les Français se rendent maîtres de l'auberge Saint-Pierre en avant de Fey-en-Haye. Les Allemands sont acculés à la lisière du Bois-le-Prêtre. À partir du , le front se stabilise sur la ligne Montauville - Mort Mare. Pendant toute cette période, le du d’infanterie, sous les ordres du commandant Camps, agit isolément, en occupant Montauville et Clos Bois puis s’empare du Mamelon Vert et de Vide-bouteille situés au nord de Montauville à de la lisière du Bois-le-Prêtre. Fin , la allemande remplace durablement la ID dans le secteur. Le mois d’octobre est consacré à la surveillance du bois, l’artillerie française est peu présente ce qui permet aux Allemands de fortifier leurs positions en structurant leurs tranchées et leurs blockhaus. Le matériel est acheminé depuis la place forte de Metz. Le , plusieurs sections des et d'infanterie se lancent à l'attaque sur le débouché est de la tranchée du Père Hilarion. Les soldats français et allemands subissent des conditions de vie difficiles dans les tranchées avec l’arrivée du froid, la fatigue et la boue qui monte jusqu’aux mollets. L’enlèvement d’un poste allemand à l’orée sud de la forêt sonne le signal de l’offensive généralisée pour la brigade active de Toul, de la d'infanterie et du d'infanterie territoriale en direction du Quart-en-Réserve. Stoppés sur la première ligne allemande fortement retranchée, bien organisée mais peu appuyée par les pièces d’artillerie, les hommes du général Lebocq sont maîtres de la lisière du bois le , malgré les contre-offensives allemandes qui se succèdent. Le mois de novembre permet de consolider les positions et intensifier le harcèlement des positions allemandes par quelques escarmouches et des échanges de tirs répétés.
La prise de la maison forestière du Père Hilarion (décembre 1914)