Mohamed Lamine Mediène (en arabe : محمد مدين) dit général Toufik, né en 1941 à la Casbah d'Alger, est un général algérien et une personnalité du monde du renseignement.
Patron du Département du renseignement et de la sécurité (DRS) de 1990 à 2015, il est le haut-gradé algérien qui est resté le plus longtemps à son poste et ayant exercé sa fonction sous cinq présidents.
Réputé très influent, considéré par certains observateurs comme le véritable chef du régime algérien, il est officiellement démis de ses fonctions par la présidence de la République le et remplacé par le général Athmane Tartag.
Biographie Enfance Il grandit à Bologhine dans le quartier de Bab El OuedLe Général T. ou le « crépuscule des idoles ». El Watan, du 14 septembre 2015, il fréquentait alors le lycée Guillemin (actuellement Okba Ibn Nafaâ) de Bab el Oued, les scouts musulmans algériens et était membre du club algérois de la Mouloudia historiqueLa vraie légende du général « Toufik ». El Watan, du 18 septembre 2015..
Ses débuts Enfant du MALG et de l'ALN, d'abord militant très jeune dans le PPA et le MTLD avant de rejoindre les rangs de la Zone autonome d'Alger (ZAA) en 1957 durant la Bataille d'Alger, il est recruté par Abderrahmane Taleb, l'artificier du réseau bombes de la ZAA. Sa mission est de surveiller tous les mouvements des policiers français, leurs commissaires et quotidiennement, chaque soir à Saint-Eugène, le jeune Mohamed faisait un compte rendu aux responsables clandestins de la ZAA.
En 1961, il rejoint l'Armée de libération nationale (ALN) dans l'Est algérien, quelques mois avant la fin de la guerre. Il reçoit sa première formation d'agent de renseignement au MALG, l'ancêtre de la Sécurité militaire (SM). En 1962, il effectue un stage dans l'artillerie en Jordanie, puis suit deux formations à Cuba et en Yougoslavie avant de s'envoler pour l'Union soviétique pour suivre une formation au sein du KGB, dans une promotion d'agents de renseignement formés au KGB connue sous le nom de « Promotion tapis rouge ».
Carrière De retour en Algérie, il est affecté avec le grade de lieutenant à la frontière algéro-marocaine, directeur régional de la sécurité militaire (DRSM2), à la deuxième région militaire dirigée alors par le colonel Chadli Bendjedid et son chef d'état-major, le capitaine Larbi Belkheir. En 1978, homme de confiance de Chadli, il est promu au rang de capitaine et officier de sécurité de cette zone frontalière et réintègre peu après la direction centrale de la Sécurité militaire. Il prend la tête de la sous-direction de la sécurité de l'armée sous le commandement du général Lakehal Ayat, directeur central de la SM. En 1983, il est affecté à Tripoli (Libye) en tant qu'attaché militaire à l'ambassade d'Algérie à Tripoli.
Le , il est nommé chef du Département des affaires de défense et de sécurité (DADS) à la présidence de la RépubliqueJournal Officiel du 26 août 1987 - page 891, où Larbi Belkheir exerce la fonction de directeur de cabinet du président Chadli Bendjedid, Toufik coordonne ainsi tous les services de sécurité du pays (police, gendarmerie et sécurité militaire).
Le devenu colonel, le président Chadli le nomme par décret directeur central de la sécurité de l'armée (DCSA) Journal Officiel de la République Algérienne n°50 du 7 décembre 1988, remplaçant le général Betchine, et à la suite de la démission de ce dernier en , il prend la tête du Département du Renseignement et de la sécurité (DRS), institution succédant à la Sécurité Militaire dissoute en 1989 par le président Chadli Bendjedid. Sous le nouveau ministre de la Défense nationale Khaled Nezzar, il devient général avec plus de prérogatives que son prédécesseur.
L'arrêt du processus électoral de 1992
En 1992, bien que discret, il participe dans l'ombre aux prises de décisions. À la suite des événements qui secouent l'Algérie depuis les événements d'octobre 1988 avec la montée islamiste, le rôle des services de sécurité s'accroît. Par ailleurs, le DRS qui avait déjà prévenu la classe politique du danger, commence à préparer un probable conflit opposant les islamistes au régime, surtout après la démission du président Chadli Bendjedid suivie par l'arrêt du processus électoral des élections législatives de 1991 gagnées par le Front islamique du salut (FIS) d'Abassi Madani et Ali Belhadj (l'armée algérienne avait déclaré ne pas reconnaître le FIS comme étant un Parti politique, mais un Parti religieux), ce qui marque le début de la guerre civile algérienne et du terrorisme islamiste. À partir de ces événements, un Haut Comité d'État est instauré pour diriger le pays et l'état de siège est déclaré pour faire régner l'ordre. Plusieurs appellations seront attribuées par les médias aux généraux et aux politiciens qui ont soutenu les actions de l'armée comme les « janviéristes » et le clan des « éradicateurs »).
Le général Toufik va organiser la gestion de la crise, car les islamistes menaçaient le régime de la « guerre sainte » pour avoir annulé le deuxième tour, notamment les déclarations d'Ali Belhadj lors de la conférence de presse tenue juste après et des slogans hostiles à la démocratie « soit par l’urne, soit par l'arme » et « pas de Charte, pas de constitution ». Cette « guerre sainte » va toucher toute la société algérienne par la suite, surtout après l'apparition du Groupe islamique armé (GIA). Les forces de sécurité commencent alors à effectuer des arrestations massives et des déportations d'islamistes dans des prisons au Sahara .
Assassinat de Boudiaf En , un sous-lieutenant du Groupement d'intervention spécial (GIS), Lambarek Boumaarafi, formé par l'Armée nationale populaire, assassine le président Boudiaf qu'il accuse d’être un obstacle à l'instauration d'un État islamique en Algérie. L'assassinat de cette grande figure de la guerre d'indépendance est considéré comme un échec du DRS censé assurer la protection du président et marque le début des attaques contre des personnalités civiles servant l'État, des syndicalistes ainsi que des intellectuels des autres courants politiques et même des journalistes, des artistes et des enseignants jugés comme étant des agents de l'Occident et des ennemis d'Allah pour avoir exprimé leurs avis ou simplement enseigné une langue étrangère.
Les groupes armés et l'apparition du GIA
Au début de l'année 1994, le terrorisme touche désormais toute la société algérienne. Les groupes armés, qui n'ont pas réussi à s'unifier sous une seule bannière surtout avec l'arrestation des leaders du FIS, multiplient les attaques contre les services de sécurité et la population civile, jusqu’à l'apparition d'un groupe très radical et sanguinaire prônant une doctrine de « pas de dialogue, pas de trêve », le Groupe islamique armé (GIA). Ce groupe va commettre de nombreux crimes et attentats contre les Algériens, et aussi contre la France, comme l'assassinat de cinq Français à Alger en , le détournement d’un Airbus d'Air France en , les attentats de Paris à l'été 1995 et l'enlèvement et l'assassinat des moines de Tibhirine. Il échappe à tout contrôle et sombre dans une violence inouïe.
Le DRS du général Toufik joua un rôle clé dans l'infiltration et la manipulation de ces groupes afin de les détourner de leurs actions. Plusieurs agents des services secrets ont infiltré les groupes terroristes pour avoir des informations sur l'emplacement des maquis, le type des opérations menées et les effectifs, dans le but d'agir sur la base d'informations fiables et de les démanteler par l'affaiblissement de leur pouvoir d'agir.
Dans le même contexte, le DRS tente de trouver une issue pacifique au conflit. Entre 1994 et 1996, le général Smain Lamari ouvre les voix du dialogue avec l'Armée islamique du salut (AIS) l'aile armée du FIS (ce groupe est moins radical que le GIA et cherche l'arrêt de l'effusion de sang). Accompagné par le colonel Ayoub (natif de Jijel, ce colonel sera envoyé comme attaché militaire à l'ambassade d'Algérie à Tripoli, avant d'être nommé général), Smain Lamari rencontre dans le secret l'émir de l'AIS Madani Mezraq dans les maquis de Jijel, pour négocier le dépôt des armes des islamistes et un retour à la vie normale. Ces négociations vont porter leur fruit, puisqu'elles vont déboucher sur la reddition inconditionnelle des maquisards de l'AIS.
Entre 1994 et 1998, le général Toufik soutient toutes les tentatives de paix du président Zéroual pour amorcer un dialogue politique avec les dirigeants du FIS et la politique de la concorde civile lancée par le président Zéroual.
En 1997, Zéroual fait libérer de prison Abassi Madani et Ali Belhadj dans l'espoir de les réintégrer sur la scène politique algérienne, et de cesser l'effusion de sang des innocents. Mais de nouveau, des massacres de civils surviennent dans la banlieue islamiste d'Alger, notamment à Beni Messous (80 morts) en , Rais (300 morts) et Bentalha (400 morts) en Le général Smaïl Lamari et les massacres de 1997, algeria-watch.de, 3 septembre 2007, revendiqués par le nouveau chef du GIA Antar Zouabri.
11 septembre : quand Toufik prévient les Américains Le patron du DRS avait des liens étroits avec ses homologues du service de renseignement américain, il a été déjà reçu au Pentagone et au siège de la CIA. Quelques jours avant les attentats du 11 septembre 2001, il se rend en mission confidentielle aux États-Unis, avec ses interlocuteurs américains il évoque une attaque imminente de grande ampleur contre les États-Unis sur la foi d’un mémo secret envoyé le par Smaïn Lamari, le numéro deux du DRS à l'époque. Le jour même quelques heures après les attentats, seuls deux avions civils seront autorisés à décoller : celui qui transportait des membres de la famille royale saoudienne et des proches de Ben Laden, et celui qui ramenait le général Toufik à AlgerAlgérie : Mohamed Mediène, la chute de Mystère T. Jeune Afrique, du 25 septembre 2015.
L’arrivée au pouvoir de Abdelaziz Bouteflika L’arrivée du président Abdelaziz Bouteflika n'apporte pas de changement au niveau de la direction du DRS. Durant toute la présidence de Bouteflika, le général Toufik restera le chef incontesté des services secrets.
Le DRS, comme par ailleurs toute l'Algérie, connaît sous la présidence d'Abdelaziz Bouteflika des changements, pour moderniser ses structures et perfectionner ses effectifs. À la suite de l'expérience des années du terrorisme, le rôle des services secrets va augmenter jusqu'à devenir incontournable afin de détecter les dangers et d'éviter des scénarios sanguinaires au niveau national et international. En plus de la défense des intérêts nationaux, ce département se voit confier de nouvelles missions, comme la lutte contre la contrebande et la surveillance de l'immigration clandestine dans le grand Sahara pour couper le financement des réseaux terroristes. Le général Toufik est le premier responsable des réformes que connaîtra le DRS.
Cette période est marquée par la baisse des activités terroristes à tous les niveaux. Le DRS réussit à déjouer plusieurs attentats terroristes et à démanteler le reste des groupes armés, car la majorité des terroristes ont été tués dans les combats ou ont choisi de déposer les armes, bénéficiant de la loi de la concorde civile et par la suite la charte de paix et de la réconciliation nationale (certains membres refusent la réconciliation nationale et créent des groupuscules terroristes comme le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) ou le futur Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), qui vont continuer les actes terroristes mais ne seront pas aussi dangereux que leurs prédécesseurs).
Réformes de 2013
En 2013, le président Bouteflika décide de nouvelles réformes dans ce département. Il retire certaines prérogatives qu'il confie à d'autres départements ministériels :