vignette|La façade de l’hôtel de ville. Poitiers vit la Seconde Guerre mondiale au rythme du reste du pays : la préfecture du département de la Vienne, Poitiers organise la mobilisation à la déclaration de guerre, vit la drôle de guerre loin du front et accueille les réfugiés lorrains. Puis, alors qu’elle n’avait pas vu de combats depuis le siège de 1587, elle est occupée, participe à la Résistance, avant d’être libérée en . Elle accueille quelque temps le gouvernement belge en fuite devant l'avance allemande, en mai et .

Drôle de guerre et campagne de France Ville de garnison, Poitiers devient, à la déclaration de guerre, centre de mobilisation. Mais dès l'agitation de la déclaration de guerre passée, la ville retombe dans son calme, loin des zones de front, jusqu'au mois de .

Lors de la bataille de France, le gouvernement belge se retrouve obligé de s’installer précipitamment en France : c’est Poitiers qui est choisi et qui accueille les ministres et leurs administrations en fuite le . Le gouvernement belge décide le 26 de poursuivre la lutte « quoiqu’il advienne », soutenu par les parlementaires à Limoges, qui votent le 31 la motion refusant la capitulation du roi (intervenue le ). Un repli sur l’Angleterre est évoqué dès le , et a lieu le . Poitiers a donc été « capitale de la Belgique » pendant moins d’un mois.

Le , le bombardement de la gare par la Luftwaffe fait un mort. Il est suivi d’un autre, le (la demande d’armistice ayant eu lieu le ), qui fait plusieurs morts et détruits plusieurs maisons éloignées de la gare. La Wehrmacht pénètre dans la ville le .

Occupation et collaboration Poitiers devient une ville de garnison importante, à proximité de la zone libre et sur un carrefour routier et ferroviaire. Différentes administrations allemandes s’installent : les SS du SD (Service de sécurité) occupent le 13 rue des Écossais ; la Kommandantur 677 est installée rue Boncenne, près du palais de Justice, avec la Gestapo et le tribunal de justice militaire ; ces trois entités occupent 73 maisons au total ; la Feldgendarmerie occupe l'hôtel Jean Beaucé.

L’occupant énonce diverses interdictions et obligations, comme celle de mettre les pendules à l’heure allemande, ou l’interdiction aux soldats français noirs de circuler dans les rues de Poitiers, sauf en cas de mission à accomplir et seulement accompagnés de soldats blancs.

Dans le cadre de la réorganisation administrative opérée par Vichy, Poitiers devient la capitale de la « région de Poitiers », qui comprend les départements de la Vienne, la Vendée, les Deux-Sèvres, la Charente et la Charente-Maritime. Les arrondissements de Montmorillon (Vienne) et Confolens (Charente) sont situés en zone libre, et donc hors de sa juridiction, alors que la partie occupée de la Dordogne en relève. Une école régionale d'administration est créée.

La collaboration compte peu de personnalités marquantes à Poitiers, d’où finalement un faible engagement des Poitevins. Toutefois, le préfet de la Vienne Louis Bourgain collabore activement avec les Allemands. Le , Doriot fait son discours face à un public de seulement 650 personnes, ce qui est le plus important rassemblement collaborationniste de la guerre. Les effectifs de la police augmentent fortement : toutes branches confondues (police municipale devenue nationale, Intendance de police relevant de la préfecture de région, régionale de Sûreté, et Groupe mobile de réserve), ses effectifs montent à 482 hommes. Poitiers accueille encore, à la caserne des Dunes, l’école des francs-gardes qui forme les Miliciens de toute la France (200 élèves en 1944). La Milice de Poitiers compte 264 membres, dont 233 hommes, dirigés par Louis Aussenac. Son siège est inauguré le , place d’Armes. Elle garde les lieux les plus importants et participe aux opérations de répression.

Marcel Bordes, chef du RNP, suit le gouvernement de Vichy à Sigmaringen et y est sous-chef de cabinet de la commission gouvernementale en .

Le a lieu une rafle de tous les Juifs de Poitiers, au nombre de 481, avec le concours de la Préfecture.

Camps d’internement

Camp de la route de Limoges

Initialement créé pour accueillir des réfugiés espagnols, le camp de route de Limoges accueille à internés de la fin 1939 au mois d’ répartis ainsi : 1800 à 1900 Juifs, 500 à 600 nomades, 200 à 300 politiques auxquels s’ajoutent quelques dizaines d’Espagnols et autres victimes de l’arbitraire. Les Juifs sont ensuite déportés vers les camps de la mort. Quant aux Tziganes, plus d'une centaine d’entre eux meurent dans les camps de Buchenwald et Sachsenhausen. Ceux qui n’ont pas été déportés en Allemagne (304 personnes) sont transférés au camp de Montreuil-Bellay le .

Camps de la Chauvinerie

Plusieurs camps d’internement furent créés à l’ouest de la ville, l’un par les Allemands destiné aux prisonniers de guerre de l’armée française réutilisé en 1944 pour interner les prisonniers de guerre de l’armée allemande, l’autre en tant que centre de séjour surveillé à la fin de la guerre.

Résistance Comme partout en France, la Résistance débute très tôt par des actes isolés, avant de s’organiser. En juin et , les chefs de la gare de Poitiers déroutent vers la zone libre des trains de munitions. Des fils électriques ou téléphoniques sont coupés ; des manifestations patriotiques (hymnes français ou anglais entonnés en présence de l’occupant, V de la victoire ou croix de Lorraine peints sur les murs, drapeaux nazis coupés, défilé au pas de l’oie singé) ont lieu.

Louis Renard, simple notaire, publie le Libre Poitou d’ à et se trouve bientôt à la tête du réseau Louis Renard. Ce réseau est démantelé par les Allemands, aidés par la police française et le préfet Louis Bourgain. Dix membres du réseau, arrêtés en août et Le réseau Louis RENARD [archive] sur vrid-memorial.com, dont Louis Renard, Louis Toussaint, Louis Cartan et Théodore Lefebvre, sont guillotinés à la prison de Wolfenbüttel le . D’autres réseaux continuent leurs activités, que ce soit pour le renseignement (Alliance, qui couvre aussi Châtellerault ; Gallia et Éleuthère, qui sont tous démantelés) ou pour l’exfiltration de pilotes alliés tombés en France (Marie-Odile, qui s’étend jusqu’à Châtellerault et La Haye-Descartes).

Le père Jean Fleury noue également de nombreux contacts. Il aide le rabbin Élie Bloch dans son soutien aux Juifs détenus, rejoint le mouvement de résistance « Témoignage chrétien », trouve de faux-papiers et aide des familles à fuir en zone libre, grâce par exemple à des informatrices travaillant à la Préfecture. Il sera plus tard le premier Français à qui est décerné le titre de Juste parmi les Nations.

Le , cinq étudiants assassinent Michel Guérin, médecin, et principale figure de la Collaboration. Les étudiants, recrutés par les FTP, sont capturés par la police française mais acquittés par le tribunal d'État de Paris grâce à leur avocat Maurice Garçon (Affaire des Cinq Étudiants de Poitiers) ; rejugés par un tribunal de guerre allemand, Roger Rieckert, Jacques Massias, Jacques Delaunay et Marc Delaunay sont condamnés à mort et fusillés au Mont-Valérien le . Jean Gautier est condamné aux travaux forcés à perpétuité et incarcéré..

Le PCF entre en Résistance en 1941 et fonde des groupes FTP, qui s’intègrent dans les FFI en . L’Anglaise Lise de Baissac met sur pied le réseau Artist, qui exfiltre les pilotes anglais et récupère les largages d’armes de la RAF. Parmi les principaux résistants poitevins, Renaud de Corta, Paul Guillon et René Poitevin sont faits compagnon de la Libération.

Attaques aériennes et Libération

Éloignée des plages de Normandie, la ville est épargnée par les combats terrestres, et n’a qu’à subir les attaques aériennes alliées. Mais en tant que nœud ferroviaire, Poitiers est une cible de choix. Un bombardement est décidé par les Alliés pour la nuit du 12 au , alors que la division SS Das Reich est en transit du sud de la France vers la Normandie. Une flotte aérienne alliée constituée de 112 Avro Lancaster (Groupe de bombardement 5, incluant des escadrons de la Royal Air Force et de la Royal Australian Air Force), est chargée de la cible poitevine. Ils sont accompagnés de quatre Mosquitos Pathfinder chargés d’éclairer et de marquer la cible par des fusées éclairantes et des fumigènes. Le bombardement a lieu en deux vagues, à une altitude de 2000 à (autour de pour la plupart des avions). Les bombardiers britanniques larguent un total de 1800 bombes (500 tonnes), de nuit mais par temps clair avec la pleine lune, la plupart des bombes touchent leur cible. La gare construite au milieu du , les voies et le boulevard qui passe devant la gare furent entièrement détruits, la précision du largage étant facilitée par le relief encaissé de la vallée de la Boivre. Le cinéma Majestic est également écrasé. Quelques bombes tombèrent par hasard sur le quartier du palais de justice, détruisant notamment le siège d’administrations allemandes et un hôtel occupé par les officiers et leurs familles, et le siège du SD, le service de renseignement et de sécurité de la SS, rue des Écossais. Le bilan civil est de 173 morts et 198 blessés ; du côté allemand, la remontée de la division Das Reich vers la Normandie est ralentie. Les pertes allemandes (SS, Wehrmacht et administrations d’occupation) ne sont pas connues.

D’autres opérations de harcèlement aérien (, ou mitraillage au sol sur des cibles d’opportunité) ont lieu. Ainsi le , des chasseurs tirent sur un train militaire un peu au sud de la ville, et sur des wagons et quatre locomotives en gare de triage. Lors de cette attaque, des réservoirs additionnels et largables des avions sont utilisés de manière innovante : contenant plus d’essence que nécessaire pour la mission, ils sont largués aux trois-quarts pleins sur les cibles, puis incendiés par des tirs de mitrailleuse lors du deuxième passage, amplifiant les dégâts.

Le , la Milice et la Wehrmacht concentrent des troupes à la caserne des Dunes : renforcés d’éléments de la SS, ils se préparent à une opération anti-maquis dans le sud de la Vienne. Sur information des SAS de l’opération Bulbasket, 23 Mosquitos des (RAF) et (RNZAF) squadrons anglais et néo-zélandais, escortés par vingt Mustang, bombardent les Dunes. Un bâtiment est rasé, les autres endommagés ou incendiés. Des dizaines de véhicules sont détruits. Du côté allemand, vingt soldats sont blessés ; du côté de la Milice, on relève cinq morts et dix-sept blessés, y compris dans les familles des miliciens qui étaient logées à la caserne.

Devant l'avance alliée, les Allemands quittent la ville à partir du 23 août. Ce même jour, trois Résistants torturés à mort au château du Porteau sont jetés dans le puits par les miliciens. L’évacuation qui s'achève par le passage de la colonne Elster, comptant hommes, par la nationale 10, du 2 au . La Feldgendarmerie allemande (qui occupait l'hôtel Jean Beaucé) est restée plus longtemps pour orienter les troupes allemandes en mouvement.

De Kurzenne, chef des FFI, et le capitaine «François» rencontrent le général allemand Elster, qui après les exécutions sommaire de Bondilly et de Saint-Maurice-la-Clouère, et le massacre du Vigeant, promet de ne plus commettre d'exactions.