vignette|alt=Photographie d'une partie d'une maquette représentant un cirque romain.|Le , envoi de Rome de Paul Bigot et bâtiment emblématique pour la prise de décision de réaliser une maquette générale de Rome au . vignette|alt=Photographie de la maquette d'une ville antique.|Photographie de la maquette par Paul Bigot. vignette|alt=Photographie de la maquette d'une ville antique.|Vue générale du plan situé à Caen. vignette|alt=Photographie de la maquette d'une ville antique.|Plan général de la maquette de Bruxelles.

Le Plan de Rome est une maquette, ou plus précisément un plan-relief, de la Rome antique du , en plâtre verni (), qui représente à l'échelle 1/400 les trois cinquièmes de la ville, en un puzzle d'une centaine de pièces, réalisé par Paul Bigot, architecte et lauréat du grand prix de Rome pour l'année . Initialement circonscrit au , le travail de Bigot s'étend peu à peu à une surface de plus de . C'est aussi un projet de restitution virtuelle mené à l'université de Caen depuis les .

La maquette est élaborée par Bigot à la suite d'une synthèse des connaissances littéraires, archéologiques et iconographiques disponibles au début du et il travaille sur l'objet quatre décennies durant. Il reprend une thématique pratiquée dans les envois de Rome, à savoir l'envoi par les pensionnaires de la villa Médicis d'une restitution d'un élément architectural de la Rome antique, et s'inscrit également dans le renouvellement profond des connaissances sur la ville lors des grands travaux qui ont accompagné sa transformation en capitale de l'Italie contemporaine. Ainsi, le Plan de Rome est un objet complexe dont la qualité d'œuvre d'art et la valeur pédagogique ont été rapidement reconnues, divers événements internationaux ayant permis de le présenter à un large public.

Après les dessins et les aquarelles, la restitution de la Rome antique a pris la forme de maquettes au ; à partir de la fin du et du début du , grâce aux progrès de la technologie informatique, la restitution utilise désormais la réalité virtuelle. Quatre maquettes en plâtre sont élaborées par Bigot jusqu'à sa mort en , dont seulement deux subsistent au début du , l'une à Caen et l'autre à Bruxelles. La maquette de Caen, classée monument historique au titre d'objet en 1978, fait l'objet depuis le milieu des du travail assidu d’une équipe qui se base sur les travaux de Bigot pour réaliser un double virtuel destiné à tous les publics et prenant en compte l'état des connaissances actuelles sur la topographie de la Rome ancienne. Ces travaux connaissent une accélération sensible dans les .

Les travaux les plus récents réalisés avec les techniques de pointe, et la maquette virtuelle, ne déclassent pas le travail monumental de Bigot, qui reste un témoin des connaissances sur Rome dans la première moitié du . Bigot demeure un pionnier de la topographie de Rome, de l'architecture et de l'urbanisme antique. L'ouvrage conserve au début du une certaine aura, davantage que l'exactitude archéologique représentée. La maquette virtuelle, pour sa part, permet d'évoluer au fur et à mesure des découvertes et travaux archéologiques les plus récents, alors même que les progrès technologiques changent en profondeur les techniques mises en œuvre dans ce projet.

Histoire « Envoi de Rome » particulier qui s'inscrit dans un mouvement d'intérêt pour la topographie de la Rome antique

Grand prix de Rome en 1900 vignette|alt=Photographie du plan d'un édifice antique.|Plan détaillé des thermes et du casino du concours de 1900, où il remporte le Grand prix de Rome.

Paul Bigot est un architecte d'origine normande, né à Orbec, frère du peintre et sculpteur animalier Raymond Bigot (1872-1953). Il est lauréat du prix de Rome en architecture en 1900 en ayant proposé « Un établissement d’eaux thermales et casino » (thermes, hôtel et casino). Le travail fait forte impression avec tout à la fois un ensemble cohérent et divers éléments nettement différenciés. Le concours permettait d'accéder à la formation de l'Académie de France à Rome.

vignette|gauche|alt=Photographie en noir et blanc de trois hommes prenant la pose.|Paul Bigot (à gauche sur la photographie) à la villa Médicis avec deux pensionnaires. Arrivé en Italie, il se passionne pour une Rome antique alors peu visible sous la ville moderne, au point de faire des fouilles et de passer presque plus de temps à l'École française qu'à la villa Médicis. À la villa, il côtoie Tony Garnier qui envoie en un projet provocateur de Ville industrielle, et qui suscite de nombreuses réactions. L'idée d'une maquette, de représenter un édifice dans son environnement, serait issue d'un échange entre pensionnaires, uniquement des architectes, la même année.

L'exercice imposé par l'école aux architectes, pour évaluer leurs compétences et leurs progrès, était l'« envoi de Rome » de dernière année, la traditionnelle aquarelle de la restitution ou de la restauration d'un monument antique avec le relevé contemporain des édifices depuis . Ces travaux permettent de conserver l'état des édifices antiques aux . La restauration est un travail sur les ruines et les Autorités, avec une recherche de la vraisemblance, tandis que la restitution désire reproduire l'état antique d'un édifice. Les deux concepts posent le problème du . Bigot commence ses travaux par des envois similaires à ceux de ses collègues et il est signataire, en 1902, d'une pétition demandant pour les pensionnaires plus de liberté pour les envois.

vignette|alt=Photographie du plan d'un cirque romain.|Plan du par Bigot en 1905. Bigot choisit de travailler sur un édifice disparu et dans une zone densément bâtie. Son envoi de troisième année en 1903 est une restitution du , alors recouvert par une usine à gaz. En 1905 il envoie une planche concernant les « Recherches sur les limites du Grand Cirque », pour tenter une restitution d'un monument jugée vraisemblable encore à l'extrême fin du malgré certains éléments . Pour étayer ses hypothèses, Bigot réalise des fouilles archéologiques subventionnées par l'Académie des inscriptions et belles-lettres dont il fait publier les résultats et qui lui permettent de faire des analogies avec d'autres édifices comme le cirque de Maxence. Des mémoires sont également réalisés afin d'appuyer ses demandes de crédits pour un projet très coûteux. Il obtient de la part de l'Académie en 1908 et des , dont du gouvernement français en 1909 contre la promesse de céder la maquette à la Sorbonne.

C'est à ce moment qu'il décide de créer une maquette d'architecte et son est envoyé en 1908. Face à l'enthousiasme que suscite ce premier travail considéré dès le départ comme , il se lance dans un projet qui l'occupe finalement . Le séjour romain de Bigot a plongé toutefois Eugène Guillaume puis l'Académie des beaux-arts dans la perplexité du fait de son coût. Mais le pensionnaire ne tient pas compte des remarques émises alors, du fait du soutien du directeur de l'École française de Rome ; Bigot reçoit en effet le soutien de Louis Duchesne.

Il tisse des liens avec de grands connaisseurs de la topographie romaine, Christian Hülsen et Rodolfo Lanciani.

vignette|gauche|alt=Photographie en noir et blanc d'un homme au milieu de ruines antiques.|Paul Bigot parmi les vestiges du forum romain, photographie de 1900.

À la surprise de ses maîtres, il propose tout d'abord une maquette en terre glaise du . Ensuite, pour donner l'échelle de l'édifice, il modélise le quartier, le centre-ville, puis le reste de Rome (sauf les thermes de Dioclétien et le Vatican), avec un côté visionnaire qu'on ne perçoit plus au . Il obtient des subsides dès pour compléter son travail et se trouve à Rome en 1907-1908 pour préparer l'exposition de . Dès , il a le projet de faire une maquette en bronze.

Le séjour de Bigot à Rome se prolonge et il y reste sept ans. Selon Jérôme Carcopino, il . Le même dit aussi que . Il passe finalement onze ans à Rome, vivant de bourses. Il rentre en France en 1912.

Continuation d'une longue tradition et envoi de Rome de son temps left|vignette|alt=Plan en relief d'une île fortifiée avec un château.|Plan relief de 1681 représentant le château d'If et conservé au musée des Plans-reliefs de l'hôtel des Invalides, Paris. La maquette de Bigot se présente sous la forme d'un plan-relief. Cette technique a été considérablement développée en France à partir de 1668 sous l'impulsion du ministre de Louis XIV, Louvois, avec des objectifs militaires car étaient représentées alors les principales places-fortes du royaume, pour la plupart à l'échelle 1/600. Deux ans auparavant avait été créée l'Académie de France à Rome par Jean-Baptiste Colbert, destinée à .

Les travaux de Paul Bigot continuent la longue tradition de restitution de la ville antique depuis Flavio Biondo et son ouvrage publié en 1446, Pirro Ligorio au qui élabore le premier un plan important même si imprécis, Giovan Battista Nolli en 1748 et Luigi Canina dans la première moitié du .

Les premières maquettes modernes de Rome, quant à elles, datent de la fin du avec des modèles réduits de liège et de plâtre. destinés aux riches touristes ou à des collectionneurs comme Louis-François-Sébastien Fauvel ou Louis-François Cassas, en particulier un Colisée de de long et un Panthéon au château de Johannisburg. Un plan-relief partiel de Rome, dont l'objectif militaire fait suite au siège de Rome, est réalisé en 1850-1853 et restitue les monuments antiques qui constituaient en partie le décor des événements de manière réaliste même s'ils ne constituent pas l'objet principal de la maquette. vignette|alt=Tableau représentant un gladiateur romain saluant l'empereur après le combat.|Pollice verso (1872), œuvre de Gérôme emblématique de la façon dont l'époque romaine était perçue à la fin du (Phoenix Art Museum).

À partir de 1860, les pensionnaires sont partagés entre une volonté scientifique et un désir de liberté à l'encontre des règles de l'exercice imposé par l'Académie des beaux-arts d'un état actuel et d'un état restauré. L'adjonction de dans des annexes à leurs envois permet aux architectes de sortir de ce carcan et de présenter des scènes réalistes dont l'époque est friande, avec les œuvres de Théodore Chassériau, Jean-Léon Gérôme ou Lawrence Alma-Tadema.

Paul Bigot est dans et son travail est à la charnière des envois de Rome du et du , entre les travaux sur des ensembles de monuments et ceux sur les villes coloniales comme Sélinonte, Priène ou Pompéi. Ces études de villes nouvelles antiques seraient . Le plan s'inscrit dans la lignée des envois désireux de proposer avec une représentation de la ville, des édifices et des habitations. Les envois de cette période prennent pour objet des sanctuaires, des complexes thermaux, des petites cités, des palais, des villas ou des quartiers. Les architectes s'intéressent au tissu urbain et c'est aussi l'époque de la naissance de l'urbanisme ; pour les pensionnaires, leur séjour romain est la et deux types de villes se distinguent, les créations nouvelles et celles .

Période d'effervescence pour l'archéologie et l'urbanisme à Rome Ils s'inscrivent également dans un mouvement d'intérêt pour l'histoire et l'archéologie de la Rome antique qui suivent la transformation de la ville en capitale de l'Italie après 1870 et les travaux d'envergure réalisés pour transformer la ville en capitale d'un pays moderne, travaux d'infrastructure qui isolent la ville antique de la périphérie qui se développe. Cette période est celle de la , elle n'est plus celle d'une vision romantique d'une ville en ruines, mais d'une ville que menace . Les monuments antiques deviennent des . Des débats urbanistiques ont lieu pour embellir la nouvelle capitale italienne, dans la continuité d'une conception de l'urbanisme antique.