La est la dynastie qui succède à la , apogée du Moyen Empire, pendant la première moitié du avant notre ère. Si la dynastie, qui ne présente pas d'unité familiale contrairement à la précédente, a souvent été considérée comme faisant partie de la Deuxième Période intermédiaire, plusieurs raisons poussent maintenant les chercheurs, comme Julien Siesse, à l'inclure dans le Moyen Empire, en divisant cette période en deux sous-périodes : le Haut Moyen Empire, ou Early Middle Kingdom, de à , et le Bas Moyen Empire, ou Moyen Empire tardif, ou Late Middle Kingdom, de à la fin de la dynastie égyptienne. Les rois de la dynastie semblent contrôler tout le territoire égyptien, y compris sous les derniers rois de la dynastie, contrairement à ce qui a longtemps été cru. La capitale est, comme pour la dynastie précédente, Itjtaouy, qui conservera ce rôle jusqu'à la toute fin de la dynastie, voire au-delà.
Histoire vignette|gauche|Un pharaon Sobekhotep figuré assis en tenue du jubilé Heb-Sed - Musée du Louvre
À l'exception de la durabilité des règnes, la est dans la continuité de la seconde moitié de la , d'où le fait que des chercheurs divisent le Moyen Empire en deux grandes phases, la seconde allant de jusqu'à la fin de la division du pays sous ou à la chute de la . La particularité de cette dynastie est que les rois de cette dernière n'étaient pas liés généalogiquement parlant (tout au plus certains frères se sont succédé sur le trône) et avaient donc des origines non royales, voire les revendiquaient sur des scarabées dits généalogiques, tels Sekhemrê-Souadjtaouy Sobekhotep, et les trois frères Khâsekhemrê Neferhotep , Sahathor et Khâneferrê Sobekhotep.
Étendu du territoire
Cette dynastie, qui n'avait pas d'unité familiale, a gouverné l'Égypte à la suite de la . Si certains chercheurs, comme Kim Ryholt, pensent qu'elle ne contrôlait pas toute l'Égypte, d'autres, comme Manfred Bietak, Daphna Ben-Tor, James et Susan Allen, Gae Callender, Janine Bourriau et Wolfram Grajetzki, soutiennent que la ne peut avoir émergé dans le delta avant la dernière phase de la , après le règne de Khâneferrê Sobekhotep ou celui de Merneferrê Aÿ, d'autres encore, comme Josef Wegner ou Chris Bennett, considèrent que ce n'est pas seulement le delta mais aussi la Haute-Égypte qui était indépendante de la Résidence d'Itjtaouy ( thébaine et dynastie d'Abydos) ; d'autres enfin, comme Julien Siesse, pensent que la a contrôlé tout le territoire égyptien jusqu'à sa disparition.
Première partie : instabilité et continuité
La première partie de la dynastie a dû durer relativement peu de temps : en effet, environ une quinzaine de rois Le Canon royal de Turin donne 15 rois. Wolfram Grajetzki en note 14 à la suite des travaux de Julien Siesse ( ; Julien Siesse ne prend en compte que 11 rois car trois autres, pris en compte par Grajetzki, ne sont attestés que par le Canon royal de Turin ()), Kim Ryholt en compte 21 en dédoublant les noms de certains souverains avec la théorie sujette à débat des « filiative nomina » (). se sont succédé, mais leurs attestations montrent des durées de règne très courtes : quatre ans pour les premiers souverains, puis 1 an pour les suivants. Ainsi, Wolfram Grajetzki évalue à une quinzaine d'années la durée de cette période. Globalement, cette période est la continuité de la fin de la , mais peu de documents ont survécu (trois souverains ne sont d'ailleurs attestés que par le Canon royal de Turin). La nécropole royale de cette période semble être le sud de la nécropole memphite (du sud de Saqqarah-Sud à Mazghouna), notamment le site de Dahchour où plusieurs tombeaux royaux ont été identifiés, bien que seuls ceux d'Ameny-Qemaou et Aoutibrê Hor ont été formellement attribués.
Deuxième partie : apogée
La deuxième partie de la dynastie court d'Ouserkarê Khendjer à Merneferrê Aÿ, soit une douzaine de rois bien mieux attestés. Wolfram Grajetzki évalue à une soixantaine d'années la durée de cette période. La majorité de la documentation de la dynastie, privée comme royale, vient de cette phase, avec notamment la production massive de scarabées privés puis royaux qui a marqué cette phase. La nécropole royale semble être encore le sud de la nécropole memphite comme l'attestent plusieurs pyramide, notamment celle de Khendjer à Saqqarah-SudLe pyramidion de Merneferrê Aÿ découvert à près d'Avaris devait à l'origine provenir de la nécropole memphite et a été apporté à Faqous à une date indéterminée, Kim Ryholt proposant la (, , ).. Cependant, deux tombes royales (S9 et S10) ainsi qu'une troisième inachevée se trouvent près de la tombe de à Abydos : elles sont attribuées, bien que sans certitude, aux frères Khâsekhemrê Neferhotep et Khâneferrê Sobekhotep pour les deux tombes achevées, et à Sahathor pour celle inachevée.
Troisième partie : déclin
La dernière partie de la dynastie est très floue : la chronologie de cette période est très incertaine, le Canon royal de Turin note près de vingt-cinq souverains après le règne de Merneferrê Aÿ, mais l'état du papyrus ne permet de connaître le nom que des cinq premiers du groupe, de Merhoteprê Sobekhotep à Merkaourê Sobekhotep, ainsi que du quatorzième, Merikheperrê. La documentation se raréfie et se concentre dans la Haute-Égypte, ce qui fait dire à Wolfram Grajetzki que cette partie de la dynastie ne régnait que sur cette partie du territoire, ce que conteste cependant Julien Siesse qui fait dater l'émergence de dynasties rivales à la chute de la dynastie ; l'argumentation de ce dernier repose entre autres que le fait que la qualité des objets produits reste identique aux phases précédentes, suggérant ainsi que le pays était d'une richesse atteignable uniquement pendant les périodes d'unité du pays. Au milieu de la , un certain Horemkhâouef de Nekhen voyagea jusqu'à la Résidence à Itjtaouy, pour se voir remettre une statue d'Horus et de sa mère (probablement Isis) de la part du roi en personne. Cet évènement est analysé différemment suivant les chercheurs, certains y voyant les preuves que la dernière phase de la était contemporaine de la (voir également de la dynastie d'Abydos), Julien Siesse suggérant plutôt que la avait pris la suite de la à Itjtaouy.
Des chercheurs, tels que Manfred Bietak et Kim Ryholt, ont avancé que l'instabilité politique devait régner à cette époque et que cette dernière était la conséquence d'une famine prolongée et peut-être d'un fléau qui a frappé au moins la région du Delta et qui a duré jusqu'à la fin de la .
État, société, culture
Le pays est divisé en trois districts administratifs, et ce depuis le règne de : le Nord qui concerne le delta du Nil et la région de Memphis, la « Tête du Sud » qui concerne Thèbes et sa région, et le Sud qui va du Fayoum à la Nubie. Paradoxalement alors que le trône est agité de soubresauts incessants, les hauts fonctionnaires restent en place, poursuivant l'administration du royaume. Les rois s'allient même très souvent avec les hauts fonctionnaires par des mariages entre les princesses royales et ces fonctionnaires. Les arts gardent le même degré de sophistication que lors de la , la qualité ne diminuera vraiment qu'à partir de la Deuxième Période intermédiaire.
Succession et idéologie royale
Le mode de succession de la dynastie est l'objet de débats entre les chercheurs depuis plusieurs décennies : en effet, la dynastie est constituée par de nombreux rois qui, les sources l'attestent, ne sont pas tous membres d'une même famille. Ainsi, l'Égypte a été considérée comme en période d'instabilité politique, manifestation du déclin du Moyen Empire. Cependant, ce point de vue est aujourd'hui considéré comme trop réducteur, a minima pour les deux premiers tiers de la dynastie. L'instabilité politique n'est en fait qu'apparente : les institutions fonctionnent toujours très bien. Prenant ceci en compte, deux théories ont été avancées pour expliquer ce nombre de rois très importants : d'après William Christopher Hayes les rois de la dynastie étaient élus par un collège de hauts fonctionnaires, dont le premier d'entre eux, le vizir, était une charge administrative qui avait la particularité d'avoir été héréditaire pendant cette période ; d'après Stephen Quirke, suivi par Julien Siesse, des alliances stratégiques existaient entre les rois et les grandes familles du pays, garantissant à la fois la pérennité des hautes fonctions (notamment le vizirat, les gouvernorats d'Abydos et d'El Kab), et donc la stabilité monarchique ; ce système profitant donc à la fois aux grandes familles et à la famille royale.
En réalité, trois modes de successions ont été attestés : le mode de succession père → fils, attesté pour les rois Amény-Qémaou et son fils Hotepibrê Qémaou-Sa-Hornedjhéritef ; d'autres exemples peuvent être déduits par la présence de reines à la fois « épouse du roi » et « mère du roi » (Noubhetepti et peut-être Sénet, si cette dernière est bien une reine de la ) ; le mode de succession fratrilinéraire, attesté pour les trois frères Khâsekhemrê Neferhotep, Sahathor et Khâneferrê Sobekhotep ; le remplacement d'une famille par une autre, attesté de manière certaine pour Sekhemrê-Souadjtaouy Sobekhotep puis son successeur Khâsekhemrê Neferhotep, tous deux proclamant pendant leurs règnes respectifs leurs origines non royales ; un autre cas peut-être déduit par le couple Dedousobek-Iouhetibou, parents d'un roi non nommé ; d'autres cas peuvent également être déduits par l'abondance des « sœurs du roi » qui n'étaient pas filles de roi, comme celles attestées sur le papyrus Boulaq 18.
La particularité de la , a minima à partir du règne de Sekhemrê-Souadjtaouy Sobekhotep, est la mise en avant des frères du roi, portant le titre de « fils du roi », et non de « frère du roi », et ce malgré le fait qu'ils n'étaient pas fils de roi mais seulement frères de roi. C'est le cas des frères de Sekhemrê-Souadjtaouy Sobekhotep, Khâkaou et Séneb, ainsi que des frères de Khâsekhemrê Neferhotep, les futurs roi Sahathor et Khâneferrê Sobekhotep. Si aucun fils n'est attesté pour Sekhemrê-Souadjtaouy Sobekhotep, un fils est attesté pour Khâsekhemrê Neferhotep, nommé Haânkhef ; ce fils est pourtant placé après les frères du roi dans les inscriptions. Cet état de fait est en opposition totale avec la pratique de la , qui offre en effet un silence complet sur la fratrie royale. Cette idéologie semble être dans l'air du temps, car il a été remarqué que l'identité du responsable du culte funéraire, la très large majorité du temps incombant au fils aîné du défunt dans les périodes précédentes, et notamment pendant la , est remplacé en grande partie par le frère du défunt pendant la . C'est donc une évolution sociale qui est à l'œuvre à cette époque, touchant toutes les élites jusqu'à la monarchie elle-même. Un élément important est le Papyrus Westcar, dont l'unique copie conservée semble dater de la Deuxième Période intermédiaire mais dont la rédaction semble correspondre à un état de la langue de la : il met en scène à la fin du récit l'avènement des trois premiers rois de la en tant que frères se succédant successivement (ce que l'archéologie a démenti par ailleurs). Ainsi, cette évolution sociale aurait également pénétré la littérature égyptienne de cette époque.
Une autre particularité de la , bien que déjà sensible dès la fin de la dynastie précédente, est le rôle croissant joué par les femmes de la famille royale : On note en effet l'importance prise par Néferou-Ptah, fille d' qui a peut-être été pressentie pour succéder à son père comme l'indique la présence du cartouche dans lequel son nom était inscrit (à l'usage exclusif des rois en temps normal), puis par l'avènement de Néférousobek, première souveraine égyptienne attestée de manière certaine. Un autre cas semblable, cette fois propre à la , est le cas de la princesse Iouhetibou Fendy, fille de Sekhemrê-Souadjtaouy Sobekhotep, roi qui n'avait pas de fils et dont la fille en question avait son nom inscrit dans un cartouche.