Etienne Paulin Gagne, né à Montoison (Drôme) le et mort à Paris 6 le Archives de Paris, acte de décès n°1857 dressé le 23/08/1876, vue 14/31, est un avocat, journaliste et poète français. Auteur entre autres de L'Unitéide, poème en 60 actes et vers où l'on « rencontre la plus bizarre agglomération de noms fantastiques et de vers saugrenus que puisse inventer le cerveau humainOctave Delepierre, Histoire littéraire des fous, Trubner, London, 1860, p. 61. » et « candidat universel, perpétuel, surnaturel et inamovibleSimon Brugal, Excentriques disparus, 1890. Réédition : Plein Chant, Bassac, 1995, p. 119-120. Les éléments biographiques du présent article proviennent de cette source ainsi que de L'Histoire des miracles de Paulin Gagne. » à toutes les élections, il figure parmi les fous littéraires recensés par Pierre Gustave Brunet, Raymond Queneau et André Blavier.

Avocat et poète Il fait des études classiques aux collèges de Montélimar et de Valence où, grâce à sa mémoire exceptionnelle, il remporte de multiples prix. Il fait ensuite trois années de droit, à Grenoble et à Paris, puis se fixe à Montélimar, où il donne ses premières plaidoiries.

Grisé par son succès, il s'inscrit au barreau de la Seine. Il n'y plaide qu'une seule fois : son jeune client, accusé de trente-deux vols et de tentatives d'assassinat, écope de la peine maximale. Se trouvant alors « dans un moment de maladie et de désespoirPaulin Gagne, L'Histoire des miracles, 1860, p. 16. », il compose un poème de vers intitulé Le Suicide, puis La Gagne-monopanglotte, poème à la gloire d'une langue universelle formée à partir des mots-racines d'une vingtaine de « langues mères ». Il publie ensuite L'Océan des catastrophes, poème sur tous les désastres qui ont eu lieu dans le monde le . En 1847, découragé par l'indifférence qui accueille ses efforts littéraires, il s'en retourne à Montélimar.

Acclamé par ses concitoyens lorsqu'éclate la Révolution de 1848, il est nommé membre du conseil municipal, premier adjoint au maire et bâtonnier de l'ordre des avocats.

Il rédige L'Espérance, journal républicain catholique, et se présente sans succès aux élections législatives de la Drôme. De retour à Paris, il se lie avec Abd el-Kader, auquel il adresse une Abd-el-Kadéride, et avec la poétesse Élise Moreau de RusÉlise Moreau de Rus gravitait alors dans l'entourage de Marceline Desbordes-Valmore et avait déjà publié plusieurs ouvrages tels que Rêves d'une jeune fille, poésies (1840), Souvenirs d'un petit enfant, contes à la jeunesse (1840), La Fille du maçon, suivi de Simple histoire d'une famille (1847), L'Âge d'or, poésies de l'enfance (1850). Elle composa plus tard une suite à L'Unitéide sous le titre Omégar, ou le dernier homme, proso-poésie dramatique de la fin des temps en 52 chants, précédé d'un prologue et suivi d'un épilogue par M. Gagne (1859)., qu'il épouse le . Il fonde avec elle son deuxième journal, Le Théâtre du monde, et ouvre un cours gratuit de littérature. Le couple s'installe quelque temps plus tard à Montélimar, où Paulin Gagne s'attelle pendant trois ans à son œuvre monumentale, L'Unitéide, partiellement inspiré par le Dernier Homme, récit d'anticipation de Jean-Baptiste Cousin de Grainville publié en 1805. Ce poème de 724 pages et vers annonce l'avènement de la Femme-Messie et la régénération de l'humanité détournée de ses voies par Satan. Parmi les centaines de personnages qui y figurent, on trouve notamment la Pataticulture, « fille de la nature et du siècle en friture », et la Carotticulture, qui entonne au chant VIII, acte 39, une parodie de La Marseillaise intitulée La Carotte universelle.

Fou ? Quelques mois après son retour à Paris en 1858, Paulin Gagne sous-loue son salon à une société d'« évocateurs » pratiquant le spiritisme selon les doctrines d'Allan Kardec. Muni d'un crucifix, il se rend un soir à l'une de leurs séances :

Gagne est emmené à la maison de santé de Picpus. Relâché au bout de quelques jours, il raconte son expérience dans L'Histoire des miracles, qu'il signe « l'avocat des fous », et continue à composer et à publier des poésies. Il fonde Le Journalophage, ou le Mangeur de journaux, satire anti-journal, paraissant quand il peut, par M. Gagne tout seul en 1858, L'Uniteur du monde visible et invisible en 1860 et L'Archi-soleil en 1865. Il envoie à tous les journaux un programme politique prônant la « République-Empire-Royauté » et il placarde les murs de circulaires signées « , candidat universel, perpétuel, surnaturel et inamovible au Sénat ou au Députat de tous les départements. »

Sauver le monde en riant vignette|Gagne au pied de l'obélisque de Louxor. Lors de la famine qui ravage l'Algérie en 1868, Gagne publie dans L'Unité, journal universel et pantoglotte de l'avenir une « constitution philanthropophagique » instaurant des « sacrifices sauveurs » qui permettront aux gens de se manger les uns les autres. Ceux qui ne veulent pas mourir pourront se faire couper une jambe ou un bras. Leurs membres seront accommodés de diverses manières et consommés avec recueillement par les affamés. Pendant le siège de Paris, en 1870, il propose de « philanthropophager » ainsi tous les journalistes et tous les vieillards. Il se dit prêt à s'immoler lui-même le premier. La place de la Concorde sera transformée en un vaste temple universel « rayonnant de toutes les splendeurs des cieux ». Aux côtés du pape Pie IX, devenu archi-pontife, il sera, lui, Gagne I, l'archi-monarque de la France et du monde.

Surgissant dans les réunions publiques avec « sa barbe et ses cheveux blancs démesurément longs, ses allures hoffmannesques, sa figure émaciée, son grand corps maigre serré dans une redingote noire boutonnée jusqu'au couSimon Brugal, Op. cit., p. 124. », Paulin Gagne ne recula jamais devant aucun excès verbal pour faire parler de lui. On se moqua cruellement de ses vers et de ses proclamations. On se gaussa de le voir trotter chez les marchands et dans les galeries pour placer ses ouvrages. Et l'on haussa les épaules lorsque, après une ultime pétition où il demandait pour ses travaux littéraires « une récompense ou une aumône nationale » capable de le « ravir aux crocs de la faim », il mourut de misère et de privations.

Relégué en marge d'une société qu'il avait courtisée toute sa vie avec une persévérance hors du commun, Paulin Gagne en triompha néanmoins d'une certaine manière en faisant rire de lui et en devenant ainsi, sinon un grand homme, un homme connuPierre Popovic, « Paulin Gagne, le poète qui faisait rire de lui » in Tangence, n° 53, décembre 1996. Texte en ligne consulté le 21 mai 2007. Et peut-être la clef de ses plus folles extravagances se trouve-t-elle dans la devise de Gagne I, Salvat ridendo mundum : « Il sauve le monde en riantPaulin Gagne, L'Archi-monarquéide, ou Gagne premier, 1876.. »

André Blavier conclut l'étude qu'il consacre à Paulin Gagne, dans Les fous littéraires (1982), par cette parodie publiée dans L'Éclipse, le :

« Aux archi-démêlés pour mettre une archi-fin, L'Archi-monopanglant, par un arrêt certain, Aux archi-prétendants apprend que, sans réplique, L'archi-monarque-roi fait l'archi-république. »

Pour Gérard Durozoi, .

La Carotte universelle Allons enfants de la carotte Le jour de gloire est arrivé, Contre nous du blé qui marmotte L'étendard sanglant est levé ; Ils viennent jusque dans nos bras Égorger nos carottes compagnes ! Aux armes, carottiers, formez vos bataillons, Marchons, que la carotte inonde nos sillons.Amour sacré de la carotte Conduis, soutiens nos bras vengeurs, Liberté chérie en compote Combats avec tes défenseurs. Des peuples fiers de leur victoire Viens parfumer le pot-au-feu Pour qu'ils puissent faire en tout lieu Éclater la carotte en gloirePaulin Gagne, L'Unitéide, ou la Femme-Messie, 1857, chant VIII, acte XXXIX..

Principales publications Le Suicide, ou Cris de désespoir, de haine, de défaite, et chants d'espérance, d'amour, de triomphe, etc., poème dramatique (1841) Catastrophe du chemin de fer. Au profit des victimes. Le Délire, monologue en vers (1842) (1842) L'Océan des catastrophes, poème sur les désastres du , avec des notices en prose sur le tremblement de terre d'Antigoa et de Liverpool, suivi de l'Incendie de Hambourg, poème, et sur la nouvelle comète de 1843 (1843) La Gagne-monopanglotte, ou Langue unique et universelle, formée de la réunion radicale et substantielle de toutes les langues mères, et l'Empire universel, poème en 10 chants et dont il est seulement donné ici quelques fragments (1843) Voyage de S. A. I. Napoléon, ses discours à Lyon et à Bordeaux, itinéraire et entrée à Paris. Vive l'empire et vive l'empereur ! chant lyrique et final ; et l'Unitéide des peuples, ou la Femme messie et unitrice sauvant le monde, qui prend son nom, par l'Unité napoléonienne. Recueil de poèmes et chants populaires (1852) L'Unitéide, ou la Femme-Messie, poème universel en 12 chants et en 60 actes, avec chœurs, précédé d'un prologue et suivi d'un épilogue par Gagne (Élise Moreau de Rus) (1857) L'Histoire des miracles, renfermant une dédicace à Gagne, un préambule historique, l'histoire de ma mort, les mémoires de ma vie miraculeuse et le bonheur du crucifiement (1860). Texte en ligne Le Calvaire des rois : Louis XVI, Marie-Antoinette, Élisabeth et Louis XVII, martyrs et christs de la royauté, régi-tragédie épique, historique et nationale en 5 actes et en vers (1863) Le Congrès sauveur des peuples et des rois, salutéide ou poème-opéra de salut de l'avenir, historique, national et universel, en 24 chants-actes dialogués destinés au théâtre et en vers (1864) Les Deux Luxes des hommes et des femmes, luxéide, drame prostitutionicide et luxicide en 3 éclats, joué sur tous les théâtres du monde, précédé d'une préface et suivi d'un épilogue, accompagné de l'Abd-el-Kadéride (1865) L'Anarchiade de la décentralisation, archi-drame flagellateur en 5 éclats, joué sur tous les théâtres du monde (1865) La Sataniade du spiri-satanisme, archi-drame spiriticide en 5 éclats infernaux, joué sur tous les théâtres du monde, précédé d'une préface miraculeuse (1865) La Républiquéïde, empire, royauté, seul gouvernement définitif de salut, dirigé par le trium-vir-salvat de Thiers, ou de Hugo, ou du duc d'Aumale, ou de Gambetta, et de Napoléon III et de Henri V, vélocitête-poème-opéra dramatique en 5 fastes à réveils (1872) La Guerriade, déesse de la guerre, poème épique de la guerre étrangère, civile, politique et morale en 12 chants (1873) L'Archi-monarquéide, ou Gagne premier, archi-monarque de la France et du monde, par la grâce de Dieu et de la volonté nationale, poème-tragédie-comédie-drame-opéra épique en 5 actes et 12 chants, avec chœurs, joué sur tous les théâtres du monde, précédé d'une préface et d'un prologue, et suivi d'un épilogue (1876)

Notes et références

Voir aussi Bibliographie . . .

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