vignette|285px|L'ancienne usine Fromage, devenue l'École nationale supérieure d'architecture de Normandie L'École nationale supérieure d'architecture de Normandie (ENSA Normandie) est installée dans une ancienne usine textile édifiée par Lucien Fromage de 1875 à 1880, située à Darnétal (dans l'agglomération de Rouen). Le bâtiment a été construit par des ingénieurs anglais, avec une structure achetée sur catalogue et une enveloppe de briques de grande qualité que l’on trouvait parfois à cette époque.

L'usine Fromage a été réhabilitée par les architectes Patrice Mottini. et Pierre Dufflo, sous la maîtrise d’ouvrage du Ministère de l'Equipement pour un montant de de francs soit TTC. L’école offre de surface utile à ses étudiants, au milieu d’un parc arboré de . Le site reste identifié à son passé industriel car il a été choisi de préserver son identité.

L’ENSA Normandie est un établissement public national à caractère administratif (EPA) sous la tutelle partagée du Ministère de la Culture et de la Communication en co-tutelle avec le ministère de l'Éducation nationale, de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l'Innovation. Cette école appartient au réseau des vingt écoles d’architecture françaises. Elle est membre de la Communauté d’Universités et d’Etablissements Normandie Université (ComUE) et de la Conférence de l'enseignement supérieur de l'agglomération de Rouen (CESAR).

L’ENSA Normandie s’inscrit dans de nombreuses collaborations : avec la Drac Normandie, le Rectorat de l’académie de Normandie et les établissements scolaires de l’Académie (Programmes d’éducation architecturale et artistique - Graines d'architectes - Résidence d'étudiants en Lycée, Voyage en ville), la Fondation Culture et diversité (Programme Egalité des chances), avec les professionnels de l’architecture en partenariat avec le Conseil régional de l’ordre des architectes de Haute-Normandie, la Maison de l’architecture de Normandie, avec les collectivités (région Normandie, Ville de Rouen, Métropole Rouen Normandie, CAUE 76, 27 et 14 en particulier).

L'ENSA Normandie s'adresse à environ dont environ 120 en première année. alt=L'escalier dans le hall d'entrée de l'école|vignette|L'escalier dans le hall d'entrée de l'école.

Histoire L'École nationale supérieure d'architecture de Normandie fut la première École Régionale d'architecture à ouvrir.

Elle fut créée en 1904, après qu'en 1893, le Congrès International des Architectes eut parlé pour la première fois de la création d'une école régionale d'architecture à Rouen.

En 1940, l’ENSA Normandie emménage, avec l’école des Beaux-Arts, dans l’aître Saint-Maclou, un des hauts lieux de l’histoire architecturale de Rouen.

Dans un premier temps, elle a été rattachée à l'École nationale des beaux-arts de Paris, pour ensuite prendre son autonomie pédagogique en 1968 puis juridique en 1982 en devenant un établissement public national à caractère administratif.

L’École Nationale Supérieure d’Architecture de Normandie est à l’origine du projet d’installation dans l’usine Fromage, une usine de fabrication de bretelles et de sangles élastiques qui a fermé définitivement ses portes en 1976.

À la fin des années 1970, face à l’accroissement des effectifs étudiants, le transfert de l'unité pédagogique d'Architecture de Normandie qui partage avec l’école des Beaux-arts l’espace exigu de l’aître Saint-Maclou dans le centre de Rouen, devient une urgence. Après plusieurs options rejetées, l’Établissement public de la Basse-Seine propose l’usine Fromage, qu’il vient de racheter au Ministère de l’Urbanisme et du Logement, à l’époque ministère de tutelle des écoles d’Architecture. Le site présente de nombreux atouts tels que la qualité architecturale et les dimensions du bâtiment, son très bon état de conservation et son implantation privilégiée au sein d’un parc de 4 ha.

En , la proposition est adoptée. Le projet de reconversion de l’ancienne usine en école d’architecture porte sur le corps central et l’aile ouest de l’édifice, soit 75 % de la surface globale du bâtiment, soit au total. De son côté, le Conseil général de la Seine-Maritime rachète l’aile Est pour y implanter une annexe des archives départementales. Les deux programmes feront l’objet de projets distincts. Le programme de l’école d’architecture est élaboré par un groupe de travail qui réunit, sous l’égide du conseil d’administration, les futurs utilisateurs du lieu : enseignants, administratifs et étudiants. La volonté de réinvestir l’ancienne usine de façon contemporaine, mais en préservant autant que possible les formes et symboles témoignant du passé industriel y est énoncée clairement. Le respect des façades et de la volumétrie générale du bâtiment figure parmi les priorités. Le programme prévoit en revanche la reprise complète des volumes intérieurs afin de créer les espaces nécessaires au fonctionnement de l’école : salles de cours, laboratoires de recherche, amphithéâtre, ateliers, bibliothèque, bureaux et une cafétéria. Sa capacité d’accueil est alors établie à . En , sur les trois équipes retenues parmi les 51 candidats initiaux, le jeune architecte brionnais Patrice Mottini, associé avec Pierre Duflo, est désigné lauréat du concours. Son projet ingénieux et provocateur, concilie, comme l’exige le programme, l’aspect industriel du bâtiment et du site, qui sont un emblème de l’architecture industrielle de la fin du , avec le caractère à la fois institutionnel et public d’une école d’architecture de rayonnement national.

Le Ministère de l’Équipement, qui était le maître d’ouvrage, n’était donc pas à l’initiative du projet. Le Maître d’Ouvrage Délégué était la Direction départementale de l'Équipement de Seine-Maritime. Le projet était de transformer cette usine textile, dont les ateliers étaient entièrement destinés aux métiers à tisser de marque Stäubli frères et , en locaux d’enseignement supérieur avec une règlementation et un cahier des charges très différents.

L’usine Fromage est un édifice imposant par ses dimensions monumentales avec ses de longueur sur de largeur. Sa composition est classique avec un corps central flanqué de deux ailes latérales symétriques et par ses façades austères. Les motifs étoilés en brique jaune représentées sur le bandeau qui couronne l’édifice, le balcon sur la façade principale signalant le bureau du directeur et le dessin hiérarchisé des baies (cintré au premier niveau et en arc segmentaire sur les étages) constituent les seules concessions décoratives apportées au bâtiment. Un niveau de soubassement au sud, sur la rue des Petites-Eaux-de-Robec, permet de rattraper la déclivité du terrain. alt=Les escaliers de l'ENSA|vignette|Les escaliers principaux au cœur de l'ENSA. À l’intérieur du bâtiment, chaque niveau d’atelier consistait jadis en un vaste plateau libre éclairé par de larges baies. L’ossature de l’usine se composait de poteaux de fonte régulièrement espacés de dans la largeur et de dans la longueur ainsi que de poutres en bois portant des planchers constitués de solives et de parquets en sapin. La solidité et la souplesse de ce système constructif permettait de supporter le poids des machines et d’encaisser leurs vibrations. Dans les deux ailes, chaque niveau d’atelier comptait 6 rangs de 18 métiers à tisser. Il y en avait proportionnellement autant dans le corps central, à l’exception du rez-de-chaussée, où étaient installées les machines à vapeur, et du premier étage où se trouvaient les bureaux. Cela faisait un total de près de 500 métiers mus par deux puissantes machines à vapeur Corliss.

Lors de la réhabilitation, comme le demandait le programme, un espace centré servant de lieu de passage, d’échanges et de rencontres, a été créé à l’intérieur du bâtiment, à la jonction du corps central et de l’aile ouest. À cet endroit, tous les planchers ont été supprimés pour réaliser une percée sur toute la hauteur du bâtiment. Une verrière a été installée en couverture. Elle assure l’éclairage zénithal de cet espace évidé conçu comme un puits de lumière. Le double escalier monumental en métal doré qui dessert tous les niveaux du bâtiment est inspiré du dessin des escaliers de l’usine. Les rampes et les garde-corps, commandés à des artisans-décolleteurs du Massif central, reprennent le modèle original adapté aux normes de sécurité actuelles. Cependant, la circulation dans cet escalier labyrinthique ne relève pas d’une rationalité industrielle, mais plutôt d’une poésie du mouvement. Dans cet espace centré, l’architecte a souhaité conserver sur toute la hauteur du bâtiment une trame de l’ossature d’origine : des poteaux de fonte couronnés d’une platine sur laquelle sont boulonnées des poutres en bois maintenant sectionnées. Outre sa fonction décorative, cet assemblage constitue un précieux témoignage de la technique constructive employée dans l’architecture industrielle au , non sans valeur didactique pour des étudiants en architecture. Dans une des salles de cours dans l’aile Ouest, un escalier à colimaçon d’origine a été conservé. Il dessert désormais une mezzanine servant d’atelier.

Au rez-de-chaussée de l’aile ouest, l’amphithéâtre de l’école est directement accessible depuis l’espace centré. C’est un espace ouvert de et d’une capacité d’accueil de . Il est doté d’un équipement spartiate constitué de banquettes en béton encaissées dans le sol, sans dossier ni tablette. La différence entre l’espace disponible dans l’école () et la surface requise par le programme () a permis à l’architecte de traiter l’extrémité ouest de l’usine comme un vaste espace de décompression. Dans ce grand hall qui occupe les neuf dernières travées de l’aile ouest, la seule intervention architecturale a consisté à supprimer les planchers existants sur les 3 niveaux que compte le bâtiment à cet endroit, afin de révéler la structure et la charpente d’origine sur de hauteur. Ce vaste volume de est utilisé ponctuellement comme atelier d’expression artistique, salle d’exposition ou encore pour les journées de jury. Il constitue une précieuse réserve d’espace en cas d’extension. Dans son projet original où l’entrée de l’école devait s’effectuer par l’aile ouest, Patrice Mottini considérait le grand hall comme un espace d’accueil. C’est donc en toute logique qu’il a édifié, en fond de ce grand hall, une façade intérieure délimitant l’emprise réelle de l’école. Suivant le principe retenu pour les adjonctions contemporaines, l’architecte a construit cette façade intérieure en parpaing et laissé libre cours à son expression en lui conférant un ordonnancement classique.