Situé dans le département de la Mayenne à Hambers, le Montaigu est une butte régulièrement arrondie, avec chapelle au sommet ( d'altitude), qu'on aperçoit non seulement du Maine, mais de la forêt d'Andaine en Normandie, des collines bretonnes vers Vitré et de toutes les altitudes de dans le bassin de la Mayenne, en Anjou. Il ne manque pas dans le massif montagneux mayennais de sommets plus élevés, notamment au cœur des Coëvrons le mont Rochard tout proche, mais ce sont des groupes confus.
Géographie Montaigu a une physionomie propre, individuelle. Pour l'abbé Angot, les autres hauteurs valent surtout par le piédestal que leur font les pentes graduelles du terrain. Montaigu se détache de son entourage sur tout l'horizon. Aussi a-t-il exercé à tous les âges une attraction singulière sur les populations.
C'est un site privilégié dans le rayon duquel l'homme se plut toujoursC'est aussi pour l'abbé Angot : .
Le panorama du Montaigu permet de voir des plaines illimitées au sud et à l'ouest, vers Sainte-Suzanne et Sablé-sur-Sarthe, Château-Gontier et Laval, et bien au-delà ; ensemble de collines dans les autres directions : les Coëvrons, Pail, Buleu, pour ne citer que les massifs les plus rapprochésL'abbé Angot ajoute .
Histoire Époque préhistorique Monuments mégalithiques Dès la Préhistoire les hommes vinrent occuper le versant méridional du vaste amphithéâtre formé par Crun, Rochard et Montaigu, en face des plaines immenses du pays évronnais. Montaigu surtout eut leurs préférences. M. Émile Moreau a étudié les stations et les monuments mégalithiques de cette région. L'abbé Angot a effectué un résumé de ce qu'il a écrit, en spécialiste, sur ce sujet.
Au village d' Étivau était encore, vers 1850, soutenu sur des supports d'un mètre de hauteur, un dolmen composé de deux tables, formant une longueur totale de . Ces tables ont été brisées pour faire la margelle d'un puits ; deux supports sont encore en place. Non loin de là était « une magnifique table de pierre d'un grès très fin et très brillant, longue de 2,20 m, large de 1,30 m et épaisse seulement de quelques centimètres ». Elle était d'un gris clair à gauche, d'un jaune foncé à droite, et marquée d'une large tache d'un rouge foncé à la partie supérieure. La destination historique de cette pierre était attestée par l'origine mystérieuse qu'on lui attribuait et par la présence d'éclats de la même roche parmi des outils de pierre non polie trouvés dans le voisinage. Des blocs du même grès jaune sont signalés au même endroit. D'autres, que M. Moreau qualifie seulement de « pierres posées », se faisaient remarquer, vers 1875, dans les landes d' Étivau par leurs dimensions, les excavations qu'elles présentaient ou leur groupement.
Dans un champ de la ferme de Richebourg, sur une petite éminence qui forme une sorte de socle de carrés, respecté par la charrue, s'élève le monument remarquable et incontestable dit « les Pierres-Jumelles », restes d'une allée couverte dont les autres pierres sont renversées et dispersées dans le petit terrain en friche. Cette description de M. Moreau est pour l'abbé Angot (en 1904) toujours exacte. Mais le terrain environnant n'est plus en culture. Il a été planté en taillis, et les ronces avec les jeunes pousses de chêne masquent le monument et en rendent l'accès difficile. D'ailleurs les Pierres-Jumelles sont non au village de Richebourg qui s'abrite au pied d'un des contreforts de Montaigu, mais à de là, dans la plaine, sur une ferme récemment créée dans les landes des Rabries. La grande pierre située plus loin, que M. Moreau nomme justement pierre des Rabries, qui mesure au moins de superficie, a été nommée pierre au Renard dans une petite géographie locale, faisant confusion avec la Pierre au Renard du taillis de Crun. M. Moreau signale encore les « pierres posées » qui parsèment les landes des Rabries et un dolmen détruit par la construction de la route de Sainte-Gemmes-le-Robert à Mézangers. Il y en a d'autres. Le nom de Pierre-Aiguë que porte la ferme voisine de Richebourg est un indice. L'abbé Angot indique encore en finissant cette revue sommaire, presque au sommet de Montaigu, au lieu-dit le Grand-Bois, un double alignement de pierres assez grosses qui semblent les supports des tables disparues d'une allée couverte.
Stations d'habitation Outre les monuments mégalithiques dont les premiers habitants de cette région parsemèrent le pays, nous connaissons de plus les stations où ils fixèrent spécialement leur habitation. Et c'est encore M. Moreau qui eut, en 1874, le bonheur de découvrir deux centres principaux d'habitations, reconnaissables aux outils en pierre non polie et surtout aux nombreux déchets de leur fabrication dont le sol était parsemé. Ces deux stations, situées à la limite des communes de Mézangers et d'Hambers, sur un plateau de d'altitude, formé d'un sable gris d'alluvion, sont : l'une à la ferme de la Maison-Neuve, qui a donné des outils du type acheuléen ; l'autre au point culminant du plateau, au lieu du Bout-du-Bois. Ce dernier a fourni de nombreux débris et quelques outils d'aspect moustérien, d'un quartzite « très fin, d'un très beau lustre, fragile, sensible aux actions atmosphériques ».
Depuis la découverte de ces stations, M. Maulavé, curé de Mézangers, les a soigneusement explorées et en a découvert dans le voisinage, au lieu du Portail, une troisième beaucoup plus riche en outils travaillés, haches, pointes de flèches, lames, etc. Au début du , c'est au presbytère de Mézangers qu'il fallait voir le musée de ces stations préhistoriques, composé de plusieurs centaines d'objets : outils, percuteurs, nuclei, tous de l'époque paléolithique. L'abbé Angot s'interrogeait : Puisse cette collection riche encore, malgré des détournements regrettables, se conserver intacte et s'enrichir de plus en plus. Il indique aussi que les silex importés y sont en petite quantité en comparaison des matériaux indigènes. Ainsi les pentes méridionales et occidentales de Montaigu ont été recherchées et habitées par les populations de l'époque paléolithique et des vestiges nous en ont été conservés, soit dans les monuments qui émergent du sol, soit dans les produits et les débris de l'industrie de ces peuplades mis chaque jour encore à la lumière par la charrue.
Période gallo-romaine Montaigu est situé au centre du pays des DiablintesL'emplacement de Jublains n'avait-il pas été choisi en vue de Montaigu par suite de l'attraction qui s'était exercée déjà sur les premiers habitants du pays ? Il y a moins de 6 kilomètres de la ville au sommet de la colline d'où l'on peut explorer du regard toute la plaine..
Toujours est-il que la loi, souvent constatée ailleurs, de la superposition des civilisations successives dans le même lieu, se vérifie encore ici. Le même versant méridional de la chaîne de collines dont Montaigu est un chaînon, fut choisi par les Romains pour la création de divers établissements et pour la direction de la grande voie militaire de Tours à Vieux par le Mans et JublainsM. Moreau a retrouvé à Étivau et à Richebourg, en plein pays de monuments mégalithiques, traces d'un four à briques et d'une autre construction avec un four en petit appareil, et, à Pierre-Aiguë, une carrière de granit où gisaient des tronçons de colonnes du diamètre de celles employées à Jublains, mais d'où aussi, il faut le dire, on a extrait au le granit dont sont construites les maisons du village de Richebourg..
C'est dans ce pays où se trouvent les vestiges préhistoriques mêlés aux ruines romaines, que passe la voie des légions, le long des derniers contreforts de Montaigu, et la montagne en est comme un jalon, comme une borne gigantesque, à mi-chemin de Jublains et de Rubricaire, poste militaire édifié sur la voie, peut-être à une bifurcation.
La voie de Jublains au Mans passant par Rubricaire, qui est exactement sur la ligne droite d'un point à l'autre, devait visiter le versant méridional de MontaiguMais comme les agglomérations gauloises, puis les villas latines, y avaient succédé aux peuplades primitives, l'intention de se mettre en contact avec leurs sujets et de les maintenir dans l'obéissance peut aussi avoir décidé les Romains à diriger leur voie principale par ces coteaux ensoleillés..
Époque franque Après la disparition des Romains, mais à une époque où la langue latine gardait encore son empire, les nouveaux colons francs s'établirent à leur tour dans les lieux privilégiés par la nature qui gardaient les traces de trois civilisations successives. Les villages surgirent et s'échelonnèrent presque sans interruption sur la voie romaine partout où les sources et un abri protecteur offraient des agréments ou des avantages appréciablesC'est de l'époque mérovingienne que datent les villages d'Étivau, Neuville, Richebourg, Pierre-Aiguë, Champfleury, Montaigu, alignés sur un espace de deux kilomètres à peine à la base de Montaigu ou de ses contreforts. Chelé et Origné, peu éloignés aussi de la voie romaine, sont les seuls centres entre Jublains et Rubricaire qui aient gardé dans leur nom la preuve d'une origine antérieure à l'époque franque. Ils durent prendre un développement nouveau et se transformer dans le temps où se multipliaient les lieux habités, et où la culture regagnait du terrain..
Parmi les nouveaux noms, l'abbé Angot en cite de riants comme Étivau, Champfleury, qui conviennent merveilleusement aux sites des villages qu'ils dépeignentEn face d'une plaine plantureuse ou de landes fleuries, sur des coteaux où l'on va surprendre les premières apparitions des végétations printanières, ajoute l'abbé Angot.. Richebourg et Villeneuve rappellent la formation de ces agglomérations de villageois qui se groupaient sous la protection d'un chef. Pierre-Aiguë, comme un peu plus loin Pierre-Fritte, sont des souvenirs des monuments mégalithiques qui surgissaient du sol bien plus nombreux qu'aujourd'hui.
Ces villages, nous les retrouverons modifiés, renouvelés à d'autres époques ; mais dès lors par leur nombre, leur rapprochement, ils attestent combien, aux temps mérovingiens et carolingiens, les Francs aimèrent les champs conquis par la culture sur les pentes méridionales du mont. Cette époque est peut-être celle où la vie fut le plus active et la population le plus dense dans ce petit espace. Les paroisses elles aussi se constituaient. Hambers, Sainte-Gemme, Bais et Mézangers entourèrent le mont et s'en partagèrent les terres cultivables et les lieux habitésHambers, qui touche à la base septentrionale, prit tout ce versant et dépassa même le sommet, prenant pour limite, au-delà du village de Montaigu, le ruisseau du Rocher et le chemin de Montaigu à Izé : Sainte-Gemme eut le versant plus favorisé du sud ; Bais eut au N.-.E. ce que lui attribuait la ligne de partage des eaux ; Mézangers s'élève à peine sur les pentes S.-O. Les populations qui étaient chrétiennes eurent dès lors leurs églises et leur culte paroissial..
Les Francs, on le sait, ne construisirent point de routes ; ils se bornèrent à entretenir insuffisamment celles des voies romaines qui leur étaient les plus nécessaires. Mais si les rois et les grands feudataires se confinèrent dans ce rôle, les populations ne purent manquer de créer des communications entre leurs groupes les plus rapprochés, d'église à église, de village à village, et de tous les lieux habités aux anciennes et principales artères du paysCes sentiers se frayèrent ainsi tout naturellement, marquèrent peu à peu leur sillon sur le sol et sont devenus avec le temps, sous l'action des eaux dans ces terrains accidentés, les chemins creux que nous voyons, d'aspect souvent étrange, obscurs comme des tunnels, bordés d'épais buissons et d'arbres fantastiques, noueux, torturés, qui leur font une voûte de leurs rameaux et dont les racines sortent du talus des haies avec des contorsions de serpents..