En grammaire, le participe est un mode du verbe qui lui donne les caractéristiques d'un adjectif. De ce fait, il « participe » à la fois d'une nature verbale et d'une nature de qualificatif.
Dans les langues flexionnelles, il ne se conjugue pas mais peut se fléchir comme un adjectif, d'autant plus quand il accompagne un nom, avec lequel il peut s'accorder. En français, le participe passé s'accorde orthographiquement (par exemple chanté, -ée ; -és, -ées = « qui est chanté, -ée ; qui sont chantés, -ées ») mais pas toujours le participe présent épithète, selon qu'il a ou non des « compléments du verbe » (chantant = qui chante : une rivière chantante ; une cantatrice chantant La Reine de la Nuit).
Dans certaines langues, telles que le latin, il existe non seulement les participes passé et présent mais aussi un participe futur : par exemple, morituri, « allant mourir », est le nominatif masculin pluriel du participe futur du verbe déponent latin mori, « mourir ».
En revanche, son héritage verbal lui permet de recevoir des compléments et des marques temporelles.
Il sert de second élément, apportant le sens lexical, dans un temps composé : « j'ai marché ».
Participe actif et participe passif thumb|Céline Dion chantant Taking Chances, photographiée en 2008 par Anirudh Koul.Le participe présent (chantant) marque « Céline » comme étant l'agent (actif) d'une action (chanter) dont on peut préciser l'objet (Taking Chances).Le participe passé (photographiée) la marque comme étant l'objet (passif) d'une autre action (photographier) dont on connaît l'agent (Anirudh Koul) et un complément circonstanciel de temps (en 2008).
Qualificatif de l'agent et de l'objet
Les verbes transitifs traduisent d'une manière générale une action, effectuée par un agent et portant sur un objet (parfois désigné par patient, du latin patior, je subis) : « La fille chante des chansons » : L'agent (sujet) est la fille, l'action est chanter, et l'objet de l'action est des chansons.
À chaque verbe de ce type peuvent correspondre deux participes, l'un permettant de qualifier l'agent (le participe actif), l'autre l'objet (le participe passif), qui peuvent l'un et l'autre être utilisés comme épithète ou attributCf Grevisse, Le bon usage, §886 et suivants : Le participe.Cf Grevisse, Le bon usage, §889 et suivants : Le participe passé. : « La fille chantante » : chantant qualifie ici l'agent habituel de ce type d'action. « Les chansons chantées » : chanté qualifie l'objet habituel de l'action. Cette même opposition se retrouve dans de nombreuses langues, par exemple en espéranto : Mi estas amanta : Je suis aimant, Je suis en train d'aimer, agent de l'action. Mi estas amata : Je suis aimé, Je suis en train d'être aimé, objet patient de l'action.
N.B. : La désignation de participe « actif » ou « passif » renvoie à la relation entre l'action et l'objet qualifié, non au caractère actif ou passif de la construction grammaticale dans laquelle il se trouve. On peut rencontrer un participe passif dans une construction active, quand il est employé pour former des temps composés (j'ai terminé mon repas), aussi bien que dans une construction passive, quand il sert à former la voix passive (le repas est terminé).
Emploi comme qualificatif
Le participe a un caractère d'adjectif dans le sens où il peut qualifier l'objet auquel il se rattache. Il conserve également normalement un caractère verbal, dans le sens où il peut lui-même recevoir les mêmes compléments que le verbe dont il est issu, ainsi le cas échéant que des marques verbales.
Dans leur emploi de qualificatif, les deux participes peuvent s'accorder régulièrement, comme tout adjectif (quand l'adjectif s'accorde). C'est essentiellement cette forme d'emploi qui entraîne l'accord du participe passé en français. « Le participe est donc à cet égard comme les adjectifs : comme eux, il s'accorde en genre, en nombre, & en cas avec le nom auquel il est appliqué ; & les adjectifs expriment comme lui des additions accessoires qui peuvent s'expliquer par des propositions incidentes : des hommes savants, c'est-à-dire, des hommes qui sont savants. En un mot le participe est un véritable adjectif, puisqu'il sert, comme les adjectifs, à déterminer l'idée du sujet par l'idée accidentelle de l’événement qu'il exprime, & qu'il prend en conséquence les terminaisons relatives aux accidents des noms & des pronoms. Mais cet adjectif est aussi verbe, puisqu'il en a la signification, qui consiste à exprimer l'existence d'un sujet sous un attribut ; & il reçoit les diverses inflexions temporelles qui en sont les suites nécessaires : le présent, precans (priant) ; le prétérit, precatus (ayant prié) ; le futur, precaturus (devant prier). » (Encyclopédie de Diderot)Encyclopédie de Diderot, article participe.
Le participe peut cependant perdre sa caractéristique et fonctionner dans certaines constructions comme un adjectif simple, qualifié dadjectif déverbal :C'est un sujet intéressant mon élève : par son caractère verbal le participe peut ici recevoir un complément d'objet, ou d'autres compléments (circonstanciel de temps, etc).C'est un sujet très intéressant : le qualificatif intéressant peut recevoir un adverbe très, mais dans cette position le qualificatif ne peut plus recevoir de compléments verbaux.
Certaines langues font une distinction entre un adjectif verbal et un participe adverbial (parfois appelé gérondif), qui joue le rôle d'un adverbe dans la phrase où il apparaît. Ces deux formes sont différentes dans des langues comme le russeThe Russian Participles. Part of “An Interactive On-line Reference Grammar — Russian” by Dr. Robert Beard. et d'autres langues slaves, le hongrois, et de nombreux langages eskimo comme le sirenik qui possède un système complexe de participesMenovshchikov, G.A.: Language of Sireniki Eskimos. Phonetics, morphology, texts and vocabulary. Academy of Sciences of the USSR, Moscow • Leningrad, 1964. Original data: Г.А. Меновщиков: Язык сиреникских эскимосов. Фонетика, очерк морфологии, тексты и словарь. Академия Наук СССР. Институт языкознания. Москва • Ленинград, 1964. Quelques grammaires descriptives placent ces deux formes dans deux catégories différentes.
Marquage temporel du participe
Le participe actif qualifie (au présent) un agent en train de réaliser son action, ou la réalisant de manière habituelle. C'est donc au sens propre un « participe présent ».
Certaines langues, tels le latin, l'espéranto ou le lituanien utilisent également un participe passé et un participe futur. Le participe passé qualifie alors l'agent qui a accompli l'action, ou qui l'accomplissait de manière habituelle ; et le participe futur qualifie l'agent qui s’apprête à accomplir l'action, ou qui a vocation à le faire.
Exemples : (latin) ămātūrus, a, um : allant aimer, devant aimer. prĕcātus, a, um : ayant été prié, prié. cēnāns, tis' : dînant. Phrase célèbre : te salutant. : « [Ceux] te saluent. » (espéranto) Mi estas venonta : Je vais venir, Je suis sur le point de venir. Mi estas veninta : Je suis venu. (lituanien) gyvensiantis, gyvensiąs, gyvensianti : allant vivre. Noter que le « participe passé » en français ne correspond pas à une différence de marquage temporel.
Participe substantivé
Le participe peut être substantivé. Le participe actif devient alors un nom d'agent : « le mandant » est celui qui donne un mandat, « le mandé » est celui qui reçoit ce mandat.
En arabe, on trouve aussi un participe actif et un participe passif. Le participe actif (ou اسم الفاعل ism al-fāʿil)The morphological features tag set for Arabic text, Majdi Sawalha, University of Leeds, Leeds. désigne celui qui fait l’actionLe participe actif en arabe., le participe passif (ou اسم المفعول ism al-mafʿūl) désigne celui qui subit l'actionFiches grammaticales, Nedjmeddine Khalfallah, Département d’Arabe - Université de Lorraine. Le participe actif peut être utilisé comme un adjectif ou un nom, ou avec sa valeur verbale (il fait alors fonction d'inaccompli). Quant au participe passif, il peut aussi marquer parfois le résultat de l'action.
Participe et conjugaisons
Forme progressive
Dans certaines langues, le participe actif sert à former des temps composés dénotant une forme progressive : : je suis en train de lire, littéralement *je suis lisant. : il est en train de chanter.
Une tournure fréquente était l'emploi de semi-auxiliaires de mouvements suivis du gérondif.Je m’en vas désaltérant' (La Fontaine)Un couplet qu’on s’en va chantant (Musset)il va s''amenuisant
Temps composés
Dans de nombreuses langues, le participe passif sert à former des temps composés : j'ai lu le livre. I have read the book. Ich habe das Buch gelesen. Ho letto il libro. He leído el libro.
Conjugaison passive
La voix passive est généralement formée à partir du participe passif, employé dans une construction « objet-attribut ».
Aspect accompli/inaccompli
Dans certaines langues, le participe distingue l'action accomplie de celle en cours d'exécution (inaccomplie). Ce n'est pas le cas en français : Les moutons sont tondus (en train d'être tondus, participe inaccompli). Les moutons sont tondus (ayant été tondus, participe accompli). Comme en français dans l'exemple ci-dessus, la distinction de sens peut être rétablie si nécessaire par des constructions plus complexes : The book is read = the book is being read = le livre est en train d'être lu (participe inaccompli). The book is read = the book has been read = le livre a été lu (participe accompli).
Participes en français
Participe présent et participe passé
En grammaire française, le participe possède deux temps liés à deux voix dont les désignations traditionnelles dérivent de la grammaire latine, où elles désignent correctement « les diverses inflexions temporelles qui en sont les suites nécessaires ».
Voix active À l'origine, le participe en -ns exprimait la participation à l'actionInitiation à la langue latine et à son système, p. 140.. Il devint donc, lorsque les participes furent intégrés à la conjugaison un participe de temps présent et de voix active : ămāns = = = .
Le participe en -turus et en -surus exprimait, lui, l'aptitude à l'action. Il devint donc un participe de temps futur et de voix active : ămātūrus = = = .
Le français, par ses temps composés, innove du latin d'un participe passé actif. Le latin devait recourir pour cela à une paraphrase : cum amauisset = = = .
+mode participe, voix activetiroir verbal françaisaimerămāretiroir verbal latinfutur—ămātūrus, a, umfuturprésentaimantămāns, tisprésentpassé composéayant aimé—parfaitpassé surcomposéayant eu aimépassé simple— Voix passive Le participe en -tus et en -sus exprimait l'état qui résulte de l'action de façon passive ou active. Il devint toutefois un participe de temps passé et de voix passive : ămātus = = = .
Le français, par ses temps composés, innove du latin d'un participe présent passif. Le latin devait recourir pour cela à une paraphrase : cum amaretur = = = . +mode participe, voix passivetiroir verbal françaisêtre aiméămārītiroir verbal latinfutur——futurprésentétant aimé—présentpassé composéayant été aiméămātus, a, umparfaitpassé surcomposéayant eu été aimépassé simpleaimé
Voix médiane Il n'y a pas de voix médiane en latin ni en français. Le français recours pour cela à la voie pronominale et le latin à la voix déponente qui exprime par sa forme passive une voix active.
+mode participe, voix pronominalemode participe, voix déponentetiroir verbal françaiss'étonnermīrārītiroir verbal latinfutur—mīrātūrus, a, umfuturprésents'étonnantmīrāns, tisprésentpassé composés'étant étonnémīrātus, a, umparfaitpassé surcomposés'étant eu étonnépassé simple—
La grammaire scolaire nomme gérondif une forme composée de la préposition en suivie d'un participe présent (en marchant) ;
L'aspect du participe passé est accompli et son usage dans les formes composées et surcomposées s'oppose à celui des formes simples : je prie (= je suis priant, inaccompli du présent).