La Grenouille rousse, Rana temporaria, est une espèce d'amphibiens de la famille des Ranidae. Comme tous les amphibiensJACOB J.P (2006). [L’érosion de la biodiversité: les amphibiens et les reptiles] ; Dossier scientifique réalisé dans le cadre de l’élaboration du Rapport analytique, 2007., cette espèce est en régression (accélérée depuis quelques décennies) et a disparu d'une partie de son aire naturelle de répartition.

Description vignette|gauche|Grenouille rousse femelle (Suisse). vignette|Grenouille rousse, les replis latéraux-dorsaux se resserrent derrière les épaules et une marque sombre en forme de ∧ est visible sur le dos. vignette|Mâle de grenouille rousse, avec gorge bleutée et callosité nuptiale sur le pouce. Rana temporaria mesure de 50 à en plaine, et à haute altitude de 70 à chez le mâle et 75 à chez la femelle (au maximum ). La femelle est plus grosse que le mâle.

Son corps est trapu, le museau fortement arrondi chez les individus âgés (à la différence de la grenouille agile, qui a le museau plutôt pointu), un œil doré à la pupille horizontale, un tympan en général bien visible, de la même taille ou plus petit que l’œil, inclus dans une longue tache temporale sombre se prolongeant au-delà de l’œil jusqu'à la narine. Elle possède deux lignes bien marquées sur le dos, formées par des replis latéraux-dorsaux qui de manière caractéristique se rapprochent au milieu du dos. Le mâle possède un sac vocal interne qui produit parfois sur la gorge un reflet bleuâtre.

Les jambes sont courtes c'est-à-dire qu'en rabattant la jambe vers l'avant, le talon dépasse rarement le bout du museau. Elles sont marquées de barres transversales sombres. Les palmures ne dépassent pas la moitié des orteils.

La coloration du corps est extrêmement variée. En général, le dessus du corps est de couleur jaune-rouge à brun-noir, généralement avec des taches sombres, parfois orange ou rouges. Entre les épaules, se dessine souvent une marque sombre, glandulaire, en forme de chevron ∧ et sur le dos, des taches noires, plus étendues que chez toute autre grenouille brune. La grenouille rousse est capable par mimétisme de changer légèrement sa coloration en contractant ou dilatant des cellules à pigment noir situées sous la peau.

La peau des flancs est généralement mouchetée ou marbrée. Le dessous est gris-blanchâtre chez le mâle, et tacheté ou voilé de rouge chez la femelle. La gorge est généralement traversée d'une bande centrale claire. Il a été montré que cette espèce (comme tous les amphibiens probablement) produit des molécules (peptides) antibiotiques Simmaco, M., Mignogna, G., Canofeni, S., Miele, R., Mangoni, M. L., & Barra, D. (1996). Temporins, antimicrobial peptides from the European red frog Rana temporaria. The FEBS Journal, 242(3), 788-792..

Les mâles reproducteurs ont un aspect flasque, une gorge blanc pur ou bleutée, une teinte générale grisâtre et sont dotés de bras robustes. Ils portent des callosités nuptiales marron foncé ou noires sur les pouces. Les femelles sont donc plus grosses, voire dodues, plus claires que les mâles et sans callosités foncées aux pouces. À la saison de la reproduction, elles présentent des granules perlés sur leurs flancs et leurs jambes.

Rana honnorati est parfois considérée comme une espèce distincte de Rana temporariaVoir commentaire sur EuroHerp.

Distribution et habitat vignette|Distribution de la grenouille rousse. Répartition : Cette espèce poïkilothermeArchives internationales de physiologie - Volume 26 p. 7Laurent Touchart, Limnologie physique et dynamique: une géographie des lacs et des étangs, L'Harmattan, 2002, p. 297 se rencontre du niveau de la mer jusqu'à d'altitude en Europe : du nord de l'Espagne, du nord de l'Italie et du nord de la Grèce jusqu'au nord de la Scandinavie et à l'ouest de la Sibérie et au nord du Kazakhstan.

Rana temporaria est la grenouille brune (genre Rana) la plus répandue en Europe. Elle est largement répandue dans le nord de la France et en Belgique, avec des lacunes en Aquitaine, Provence et en Corse. Au sud de l'Île-de-France, elle est surtout commune sur les reliefs (Morvan, Massif central, Pyrénées, au-dessus de ). Habitat : La grenouille rousse est l'amphibien qui atteint les altitudes les plus hautes en France : dans le Jura, dans le Massif central, dans les Alpes et dans les Pyrénées. Elle vit dans n'importe quel type d'habitat humide : bois (ornières des chemins forestiers, mares), landes, dépressions prairiales, terres cultivées, parcs et jardins. D'après une étude des sites de reproduction de Rana temporaria en Deux-Sèvres et Charente-Maritime, plus de 90 % des pontes se trouvent au sein de milieux aquatiques temporaires et pour la plupart, avec des hauteurs d’eau inférieures à .

Dans le nord, elle préfère les milieux terrestres et ne retourne à l'eau que pendant les périodes de reproduction et d'hivernage. Dans le sud, elle peut rester à proximité des mares et des ruisseaux. Elle est très présente en montagne.

Mode de vie vignette|Une jeune grenouille rousse en Maurienne (Savoie) à d´altitude. La grenouille rousse est active de jour comme de nuit, mais reste cachée les jours de forte chaleur. La vie de l'adulte est caractérisée par des migrations entre trois habitats : le site de ponte aquatique au printemps, le site d'alimentation l'été et le site d'hibernation. Alimentation : Elle se nourrit d'arthropodes, comme des petits insectes ou crustacés, d'arachnides, mais aussi de mollusques (limaces), de vers de terre et de larves d'amphibiens. Elle capture ses proies en lançant sa langue gluante sur eux. Une étude ayant comparé (sur un même territoire) son contenu stomacal avec celui du lézard Lacerta vivipara a montré qu'elle avait une nourriture plus variée que luiPilorge T (1982). Régime alimentaire de Lacerta vivipara et Rana temporaria dans deux populations sympatriques du Puy-de-Dome. Amphibia-Reptilia, 3(1), 27-31|résumé.. Hibernation : Durant les quatre mois d'hiver, elle hiberne, sous une souche ou en s'envasant dans le fond d'un ruisseau ou d'une rivière. En général, ce sont les mâles qui s’installent au fond des points d'eau pour être les premiers occupants le printemps venu. Ils y restent immobiles, pour réduire leurs besoins vitaux au maximum. La respiration se fait à travers la peau. Les femelles hibernent souvent sous des feuilles, des rochers, des souches, dans des sols détrempés.

Reproduction vignette|Amplexus axillaire : le petit mâle enserre très fermement sous les aisselles une grosse femelle rougeâtre, pleine d'ovocytes. vignette|Accouplement de grenouilles rousses ; typiquement le mâle a la gorge blanche et la femelle rouge. vignette|Amas d’œufs de grenouilles rousses (Ardennes, Belgique). Les pontes flottent en surface, à la différence des pontes de Grenouilles agiles, vertes et rainettes, qui sont immergées. vignette|Vocalisations À la sortie de l'hibernation, en janvier-février (et beaucoup plus tard en montagnes), les grenouilles rousses migrent en masse, la nuit, vers leur site de reproduction. Elles peuvent parcourir un ou deux kilomètres. L'accouplement et la ponte se déroulent sur une période pouvant aller de 15 jours à beaucoup plus dans les régions méridionales, entre janvier-février et avril, selon l'avancement de la végétation et l'altitude. L'effet du réchauffement climatique s'est fait aussi sentir puisqu'un suivi. durant 23 ans de sites de ponte en Bretagne a montré que le début des pontes s'était avancé de 27 jours entre 1984 et 2007. Mais l'effet le plus perturbateur a été la vague de chaleur de 2003 qui a réduit dangereusement le taux de fécondité de l'année suivante.

Les sites de reproduction sont en général des pièces d'eau stagnante (mares, fossés, ornières forestières), des dépressions inondables, des ruisseaux.

Les mâles se rassemblent à la surface de l'eau et commencent à chanter en chœur la nuit pour attirer les femelles. Le coassement est un ronronnement sourd, semblable au bruit d'un train. Ces chants s'entendent la nuit et le jour au moment des grandes frénésies, ils ne sont pas toujours très audibles de loin. Le mâle ne possède qu'un sac vocal (qui se gonfle sous la gorge) à la différence de la grenouille rieuse qui en possède deux.

Le mâle s'agrippe à la femelle à l'aide de ses pattes avant et l'enserre très puissamment sous les aisselles (technique qualifiée d'amplexus axillaire). Des callosités nuptiales rugueuses disposées sur ses doigts avant l'empêchent de glisser. Les couples restent en amplexus moins de 24 heures.. Lorsque la femelle pond ses œufs, le mâle les fertilise au fur et à mesure avec son sperme.

Pour tenter de refuser l'accouplement, les femelles peuvent se détourner du mâle, imiter son cri pour en empêcher d’autres d'approcher, ou feindre la mort en s'immobilisant.

Il y a deux fois plus de mâles que de femelles sur les sites de reproduction. Après un accouplement, les mâles restent sur le point d'eau avec les autres mâles. Certains s'accouplent plusieurs fois durant la même saison.

La femelle pond de 700 à en amas gélatineux, déposés sur le fond, sur la végétation ou flottant à la surface d'eaux peu profondes. Elle quitte ensuite l'eau tandis que le mâle y reste plus longtemps pour s'accoupler avec d'autres femelles.

Les œufs bicolores se développent en 1, 2 ou 3 semaines, en fonction de la température ambiante, et donnent naissance à des têtards. Ces larves se nourrissent d'algues, de détritus, de protozoaires et de pollen.

Le développement des têtards dure de deux à trois mois jusqu'à leur métamorphose en grenouillettes : leurs poumons se développent, leurs petites dents cornées font place à une langue gluante, leur queue rétrécit, quatre pattes se forment, des yeux proéminents apparaissent. Durée de vie La grenouille rousse peut vivre de 6 à 10 ans. La maturité sexuelle est atteinte vers 2-3 ans, plus tard en montagne. Protection Les grenouilles rousses sont capturées pour la consommation dans l'est de la France et le sud de la Belgique. En France, la grenouille rousse est partiellement protégée par l'arrêté du 19 novembre 2007 (article 4), par la directive habitats (annexe V), et par la convention de Berne (annexe III).

État des populations, pressions, menaces Depuis plusieurs décennies, des mortalités massives et anormales et des disparitions locales sont signalées par les naturalistesCunningham, A. A., Langton, T. E. S., Bennett, P. M., Lewin, J. F., Drury, S. E. N., Gough, R. E., & Macgregor, S. K. (1996). Pathological and microbiological findings from incidents of unusual mortality of the common frog (Rana temporaria). Philosophical Transactions of the Royal Society of London B: Biological Sciences, 351(1347), 1539-1557..

Cette espèce est victime de la destruction, pollution (par les pesticides notamment) et fragmentation écologique d'une grande partie de ses habitats naturels. Elle pourrait éventuellement souffrir de ces effets de perturbateurs endocriniens pouvant perturber sa reproductionGallien, L. (1938). Action des hormones sexuelles dans la différenciation du sexe chez Rana temporaria L. Bull. Biol. France et Belg, 72, 269-296.. En 1959, on signalait déjà en Camargue qu'elle régressait plus vite que Rana ridibunda pereziPetit G & Knoepffler P.H. (1959). Sur la disparition des amphibiens et des reptiles méditerranéens. Animaux et végétaux rares de la Région méditerranéenne..

Galerie photographique

Exploitation Pendant plusieurs siècles, sans doute entre le XVIIIe siècle et le début du XXe siècle avant l'arrivée de le réfrigération moderne, la grenouille Rana Temporaria a été utilisée par les communautés russes et quelquefois finlandaises pour conserver le lait plus longtemps. Les grenouilles étaient introduites dans les contenants du lait et conservées au frais. Leur peau secrète un cocktail de peptides antimicrobiens qui combattent les bactéries comme le staphylocoque et la salmonelle.

Synonymie