Le chasseur de chars M10, connu sous le surnom de M10 Wolverine » (le nom officiel américain du M10 était « affût automoteur M10 - »), est un blindé américain construit à partir de 1942 ayant servi pendant la Seconde Guerre mondiale.

Pour pallier l'infériorité des Sherman face aux blindés ennemis et suivant les théories de l'état-major en vigueur durant la guerre, les Américains dotèrent leurs unités d'un véhicule spécialisé dans la lutte antichar, à l'instar des chasseurs de chars allemands. Les théoriciens de l'armée blindée américaine voyaient dans le Sherman un char d'appui, qui n'avait donc pas vocation à aller affronter les chars adverses.

Le M10 Wolverine (en français : glouton ou carcajou), (nom anglais d'un mammifère de la taille d'un petit ours) était mécaniquement très proche du Sherman et son train de roulement était le même. En revanche, sa superstructure et sa tourelle lui étaient spécifiques.

Le canon de valait largement celui du Panzer IV, mais se révéla trop faible contre le blindage des chars allemands plus lourds. Livré aux Britanniques et adapté par eux, le M10 prit le nom d'Achilles. Ce char est parfois surnommé Wolverine également au sein de l'armée britannique.

Développement et production

Contexte upright=1.2|thumb|left|Un M10 exposé au Musée Mémorial de la Bataille de Normandie de Bayeux.

En 1940, la défaite de l'armée française inquiéta l'état-major américain. Ce dernier était bien conscient que, tôt ou tard, les États-Unis devraient entrer en guerre et affronter les Panzerdivisionen du Troisième Reich. Pour la philosophie de l'emploi des chars, les théoriciens américains distinguaient deux catégories de véhicules : Les chars, qui avaient pour mission d'appuyer l'infanterie avec leur canon, en utilisant des obus explosifs ; Les chasseurs de chars (ou en anglais), qui étaient destinés à affronter les blindés ennemis grâce à leur puissante pièce antichar. De ce fait, une grande panoplie de matériel antichar est développée. En 1941, personne n'a encore tranché entre des canons tractés ou des automoteurs mais, au fil du temps, l'idée d'un engin automobile supplante la pièce tractée, grâce à sa meilleure manœuvrabilité.

Développement initial Afin de mettre au point une telle machine, trois canons sont envisagés dès le départ. Le premier est le canon antichar de , existant déjà en tracté. Son faible gabarit lui permet d'être installé sur l'arrière d'une Jeep, lui conférant une très bonne mobilité. Cependant le châssis de la Jeep s'avère trop faible pour pouvoir supporter le poids et surtout le recul de l'arme. Les Américains décident alors de le transposer sur un véhicule de plus grande taille, plus précisément sur le châssis d'un Dodge , ce qui donne le WC 55 Gun Motor Carriage M6. Cette fois, le châssis est apte à encaisser le recul du . On lui reproche néanmoins son manque de mobilité sur terrain meuble comparé à un véhicule entièrement chenillé, la faible protection offerte par le bouclier du canon, et enfin la faiblesse du canon de face aux blindages des chars adverses. L'engin sera toutefois produit et engagé sur le sol tunisien, de fin 1942 à début 1943. thumb|M3 GMC de l'armée anglaise en Italie, 1945 Par la suite, le canon de campagne de , une variante locale du célèbre « 75 » français modèle 1897, est retenu. Alors en cours de remplacement par le canon de M2, cette pièce est disponible en grandes quantités dans les stocks. Grâce à l'expérience acquise avec les faibles performances des châssis de camions modifiés, c'est la plate-forme du M3 Half-Tracks qui servira de support au canon de . Le nouveau véhicule prend la dénomination de M3 GMC (Gun Motor Carriage) et est engagé dans les Philippines en 1941, à raison de quinze exemplaires, et en Afrique du Nord face aux troupes de Rommel. Même si cette conversion demeure assez réussie, elle pèche par son faible blindage et marque le pas face aux panzers. De plus, son habitacle ouvert met en péril l'équipage et les servants de la pièce de , qui ne sont pas à l'abri des éclats d'obus ni des grenades.

En automne 1940, un candidat supplémentaire vient s'aligner : il s'agit du canon antiaérien de à haute vitesse initiale (désigné 3 inch Gun M5 dans la nomenclature américaine). Il s'avère que ce canon est bien plus performant que les deux précédents, mais qu'il n'existe qu'en version antiaérienne. Par conséquent, son poids important et son volume le rendent impropre au combat antichar. La conversion en pièce tractée prend beaucoup de temps et le premier prototype est livré en . Les essais effectués en ne donnent guère satisfaction pour la balistique et le canon est retravaillé par les ingénieurs, qui parviennent enfin à le rendre convenable en mai de la même année. Un premier prototype est construit sur base de tracteur chenillé M2 : le M5 . GMC. Malgré une puissance de feu enfin à la hauteur des espérances, les autres facteurs tels que la mobilité ou la protection sont perfectibles, de même que la fiabilité. Par exemple, les munitions et les réservoirs d'essence étaient positionnés devant le bouclier du canon !

À la suite de l'attaque de Pearl Harbor, le , et à la déclaration de guerre par l'Allemagne hitlérienne cinq jours plus tard, les Américains commandent en urgence du M5. Heureusement pour les futurs équipages, la commande est annulée car, lors des tests de qualification en , le véhicule finit par s'autodétruire. Après la mise aux oubliettes du M5 GMC, d'autres prototypes sont testés à l'instar du T24 sur châssis de M3, ou encore le T40 équipé d'un Modèle 1918. Rebaptisé M9, cet automoteur sera commandé puis abandonné à cause du faible nombre de Modèles 1918 disponibles.

Le soulagement vient enfin avec l'arrivée en des premiers M4 Sherman. Reprenant un projet de TD (Tank Destroyer) à tourelle datant de , la Fisher Body Division construit le prototype T1, qui s'avère perclus de défauts : trop lourd, trop haut, faible mobilité, tourelle inadaptée au canon M7 de . Un deuxième prototype, le T35, est construit sur base de Sherman M4A2 avec moteur Diesel GM 6046. Le haut de caisse est modifié afin d'accueillir une tourelle à ciel ouvert à surfaces inclinées, augmentant sa protection. Celle-ci est d'ailleurs jugée trop faible, et le T35 voit ses flancs adopter lui aussi le principe des dièdres inclinés. Devenu T35E1, il subit une batterie de tests en avril/. Le , le T35E1 est renommé Gun GMC M10 et est validé par la même occasion.

Production thumb|M-10 en production au General Motors tank arsenal en mars 1943 thumb|M10 destroyer du 8 RCA, Illhaeusern, visible là où il a été touché. D' à , la Fisher Body Division assemble dotés de moteurs Diesel Gray Marine Motor Company.. D' à , Ford assemble . D'octobre à , la Fisher Body Division assemble du M10A1, plus nus pour conversion en M36 Jackson en . Au total, du M10 ont été fabriqués d' à , contre produits d' à , soit toutes versions confondues.

+Production du M10 et M10A1 Modèle Quantité Contrat N° de Série N° US army M10 Fisher Body Division 374-ORD-1880 3 à 1802 4040705 à 4042504 M10A1 Ford 374-ORD-1213 1803 à 2840 4046509 à 4047546 M10 Fisher Body Division 374-ORD-1880 2841 à 4040 4081054 à 4082253 M10 Fisher Body Division 374-ORD-1880 5991 à 7107 40110110 à 40111226 M10 876 Fisher Body Division T-7581 7108 à 7983 ? M10A1 375 Fisher Body Division 374-ORD-1213 7984 à 8358 40112380 à 40112754

+Production du M10 et M10A1 Mois M10 M10A1 Septembre 1942 105 Octobre 1942 170 3 Novembre 1942 137 18 Décembre 1942 199 7 Janvier 1943 276 56 Fevrier 1943 340 116 Mars 1943 330 150 Avril 1943 428 133 Mai 1943 416 123 Juin 1943 400 133 Juillet 1943 402 124 Août 1943 465 131 Septembre 1943 498 49 Octobre 1943 350 150 Novembre 1943 237 220 Décembre 1943 240 Janvier 1944 300 châssis Total

Le M10 est vite reconnu comme étant supérieur aux projets concurrents ou passés par la Palmer Board, une commission réunissant des experts sous l'égide du brigadier général Williston B. Palmer, dont le but est de gérer les foisonnements d'idées et de prototypes et de trancher dans les études menées. La commission regrette cependant que le M10 ne soit guère meilleur qu'un M4 Sherman sur le plan de la protection et de l'armement. upright=1.2|thumb|left|Équipage d'un M 10 Tank Destroyer (Wolverine) au repos à côté de leur char lors de la libération du village d'Hyon (Hainaut - Belgique) 2 - 3 septembre 1944. Des commandes ayant été passées à la firme Ford, produisant des Sherman M4A3, le M10 reprend le châssis de ce dernier, ainsi que le moteur GAA V8 essence pour devenir le M10A1. Plus léger que le M10 de base, il ne possède qu'un seul bloc moteur essence au lieu de deux blocs Diesel couplés auparavant. Les grilles du capot moteur sont désormais plus larges, la plaque avec le double pot d'échappement est remplacée par une petite porte avec deux sorties coudées d'échappement. La version M10A1 ne sera pas déployée au front et servira de base pour le futur M36 équipé d'un canon de . thumb|TD M10 au musée des Blindés de Saumur. Tout au long de sa production, le M10 recevra des modifications. La rotation de la tourelle se fait mécaniquement, c'est-à-dire à l'aide d'une manivelle. Le poids du canon et des tourillons déséquilibrent le véhicule, et la tourelle devient difficile à tourner à la force des bras lorsque le blindé évolue sur une pente ou un dévers. Elle a aussi tendance à tourner toute seule vers le bas lorsque le véhicule est incliné, et seul un système de blocage amélioré résoudra ce défaut. Cependant, une tourelle motorisée n'a jamais été ajoutée aux chars en service aux États-Unis. La mitrailleuse de est installée à l'arrière de la tourelle ouverte, ce qui est censé faire contre-poids au canon de . Cette solution n'étant pas suffisante, les crampons de chenilles sont à leur tour installés vers la poupe du TD, ce qui ne s'avère pas plus satisfaisant. Un vrai contrepoids est alors greffé à l'arrière de la tourelle, avec pour conséquence l'alourdissement global du véhicule. Les équipages ajoutèrent des toits blindés à leurs tourelles, souvent tous articulés afin qu'ils puissent s'ouvrir pour vraiment voir ce qui se passait sur le terrain.

Dans un premier temps, des gueuses parallélépipédiques pesant une tonne, en fer, fonte ou plomb, sont installées sur les modèles déjà construits. Pour les véhicules à produire, un contre-poids de forme triangulaire de est automatiquement installé à partir de . Fin mars de la même année, un modèle profilé et plus lourd de fait son apparition et n'est adopté qu'en juin.

Un aspect de la conception qui montre à quel point il a été précipité sont les trappes du conducteur. Ils étaient plus grands que les Sherman produits à la même époque, mais ne pouvaient être ouverts ou fermés si la tourelle était vers l'avant. L'équipage devait donc choisir si le pilote et le copilote allaient bien voir ou être enfermés, avant la bataille ou le mouvement. Le M10 n'avait pas de panier de tourelle, le conducteur et le copilote avaient donc plus de facilité à sortir de la tourelle sans toit.

Il n'était pas rare que des unités de M10 soient utilisées comme artillerie fixe pendant plusieurs jours. Les M10 avaient à bord tout l'équipement nécessaire pour être utilisé comme artillerie. Quelques bataillons TD ont consacré presque autant de temps à l'artillerie qu'à leur rôle TD. Cette capacité était souvent utilisée en Italie parce que le canon de du M10 ne déchirait pas les routes vitales autant que les canons plus gros.

Au début, seuls les M10 TD étaient autorisés pour un service à l'étranger, et le M10A1, même s'il s'était avéré supérieur sur le plan automobile, ne devait être utilisé que dans le cadre de la formation aux États-Unis. Il y avait des doutes sur l'utilité du TD motorisé avant le débarquement de Normandie, et la production du M10 fut interrompue car de nombreuses unités TD furent reconverties en unités de canons remorqués ou dissoutes.