Blaise Compaoré, né le à Ziniaré, est un militaire et homme d'État burkinabè, président de 1987 à 2014.

Arrivé au pouvoir le à la suite du coup d'État contre le père de la Revolution burkinabè Thomas Sankara, il est le fondateur de l'Organisation pour la démocratie populaire/Mouvement du travail (ODP/MT), qui fusionne avec douze autres partis politiques pour donner naissance, le , au Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), ancien parti au pouvoir. Il est l'auteur principal de l'assassinat de Thomas Sankara, son prédécesseur, survenu lors du coup d'État de 1987. Élu président de la République en 1991 à la suite d'un scrutin contesté et boycotté par l'opposition, il est réélu en 1998, en 2005 et en 2010.

Il démissionne en 2014, après vingt-sept années au pouvoir, à la suite du soulèvement populaire des 30 et . En 2022, alors qu'il s'est réfugié en Côte d'Ivoire, il est condamné par contumace, à Ouagadougou, à la prison à perpétuité pour « complicité d’assassinats » et « atteinte à la sûreté de l’État ».

Biographie

Enfance, formation et débuts Blaise Compaoré naît le 3 février 1951 à Ziniaré, au nord de Ouagadougou. Il est l’aîné des sept enfants de Bila Maurice Compaoré et de Tiga Thérèse Bougouma. Son père s'engage dans l’Armée française en tant que tirailleur sénégalais en 1934. Il rentre au pays en 1947, où il exerce la fonction de garde républicain. Avec ses frères et sœurs, Blaise Compaoré passe une enfance heureuse soit à Ziniaré, soit à Boromo. Il se souvient encore des parties de chasse qu’il effectuait avec son père et de la grande affection dont la mère entourait ses enfantsBamba Alex Souleymane, , .

Blaise Compaoré entame l’école primaire à Guilongou (Ziniaré). Plus tard, il entre au Collège Saint-Joseph des missionnaires à Fada N’Gourma, puis à l’École normale de Ouagadougou, à partir de la seconde. Brillant, il décroche un baccalauréat D en 1972. Les succès scolaires de Blaise cachent mal son tempérament quelque peu turbulent. Il s’est souvent retrouvé à la tête de mouvements de défense des droits des élèves. À la suite d’une manifestation de collégiens en 1971, il est enrôlé d’office dans le contingent spécial de l’Armée, en guise de correction. Il se retrouve rapidement affecté à la garde du domicile du président de la République, Aboubacar Sangoulé LamizanaBamba Alex Souleymane, , .

La punition est plutôt une aubaine pour le garçon qui, depuis longtemps, rêvait du métier des armes - influence de son père oblige. En , il réussit le concours d’entrée à l’École militaire interarmées du Cameroun. Pendant les années suivantes, son activité professionnelle au pays est entrecoupée par de nombreux stages à l’extérieur : spécialisation à l’École d’infanterie de Montpellier ; stages d’instructeur commando à Mont-Louis, à Collioure et à Münsingen en Allemagne, à Briançon et à Montgenèvre ; stage dans les Troupes aéroportées de France ; stage d’instructeur parachutiste à Rabat.

Affecté à la Compagnie d’intervention aéroportée (CIA) de Bobo-Dioulasso en , Blaise Compaoré rejoint Ouagadougou deux années plus tard, pour occuper la fonction d’aide de camp du chef d’Etat-major des Armées. En , il prend la tête du Centre national d’entraînement commando (CNEC) de Pô. Au début de l’année 1982, il effectue un nouveau stage à Pau (France), pour se perfectionner au métier d’officier para. La même année, il gagne ses galons de capitaine. Blaise Compaoré se marie en 1985 à une jeune métisse franco-ivoirienne, Chantal Terrasson de Fougères. Il est père d’une fille, Djamila Imani. Il est connu pour sa grande passion pour le sport, dont il a pratiqué plusieurs disciplines : le basket-ball, le football, le volley-ball. Il aime aussi la lecture, l’architecture et les animaux sauvagesBamba Alex Souleymane, , .

Coup d'État du 3 août 1983

Le , Thomas Sankara s'empare du pouvoir grâce à un coup d’État. Le nouveau pouvoir change le nom du pays : la Haute-Volta devient le Burkina Faso. Blaise Compaoré, alors capitaine, soutient l'action de Thomas Sankara.

Coup d'État du 15 octobre 1987

Après ses études militaires en Algérie, Blaise Compaoré a pris le pouvoir le « Jeudi noir » , lors d'un coup d'État sanglant au cours duquel Sankara, son prédécesseur à la tête de l'État, a été tué. Compaoré a décrit le meurtre de Thomas Sankara comme un « accident ». Au moment de prendre la présidence, il a déclaré que Sankara avait « trahi l'esprit de la révolution ». Il engage alors une politique de « rectification de la Révolution », en réalité un retour à la normale des relations avec la Côte d'Ivoire et implicitement avec la France, qui s'étaient précédemment envenimées. En , le sénateur et ex-seigneur de guerre libérien Prince Johnson affirme que ses hommes avaient participé à l'assassinat de Thomas Sankara et cela à l'instigation de Blaise Compaoré. L’enquête menée à partir de 2015 afin d'éclaircir les circonstances de cet assassinat semble toutefois écarter cette hypothèse, bien que des doutes perdurent.

Juste après son accession au pouvoir, il a éliminé deux de ses anciens compagnons dans le gouvernement de Sankara, les capitaines Henri Zongo et Jean-Baptiste Boukary Lingani, accusés de comploter contre le régime. La responsabilité de Blaise Compaoré dans l'assassinat de Sankara a fait l'objet d'une plainte contre le Burkina Faso déposée par Mariam Sankara, la veuve de l'ancien président. En avril 2006, le Comité des droits de l'Homme des Nations unies a condamné le Burkina Faso pour refus d'enquêter sur les circonstances de la mort de Thomas Sankara (et d'en poursuivre les responsables)..

Élections de 1991 et de 1998

Blaise Compaoré a été élu président de la République le . Les principaux partis de l'opposition avaient boycotté cette élection pour protester contre sa prise de pouvoir illégale. Lors de cette élection, le taux de participation a été de 25 %, traduisant la très forte instabilité politique et la protestation dans la population. Il est réélu une première fois le . Quelques jours après sa réélection, le célèbre journaliste Norbert Zongo est assassiné par des éléments de sa garde rapprochée à l'instigation de son frère, François Compaoré.

Élection de 2005

thumb|gauche|upright|Le palais de Kosyam, siège de la présidence depuis 2005. En , Blaise Compaoré a annoncé son intention de participer à la prochaine élection présidentielle. Les hommes politiques de l'opposition ont déclaré son souhait de se représenter en 2005 comme anticonstitutionnel à cause d'un amendement constitutionnel passé en 2000, limitant un président à deux mandats et réduisant la longueur d'un mandat de sept à cinq années, empêchant ainsi Compaoré d'entreprendre un troisième mandat. Les partisans de Compaoré ont contesté ceci, arguant que l'amendement ne pouvait pas être appliqué rétroactivement.. Malgré les objections de l'opposition, en , le Conseil constitutionnel a jugé que Compaoré étant un président en exercice en 2000, l'amendement ne pouvait pas prendre effet avant la fin de son second mandat, l'autorisant ainsi à présenter sa candidature à l'élection de 2005. Le , Compaoré est réélu face à 12 autres candidats en étant crédité de 80,35 % des votes. Bien que 16 partis de l'opposition aient annoncé une coalition pour empêcher Compaoré de garder le pouvoir, personne n'a finalement voulu abandonner son poste à un autre chef de la coalition et l'alliance a échoué. Compaoré a prêté serment pour un autre mandat présidentiel le ..

Élections de 2010

vignette|upright|Sympathisants lors de l'élection de 2010 Le , Blaise Compaoré est réélu dès le premier tour de scrutin à la tête du Burkina Faso, avec 80,15 % des suffrages exprimés, pour un dernier mandat« Le président Compaoré réélu dès le premier tour au Burkina Faso » L'Express.fr, mis en ligne le 25 novembre 2010.

Révolte de 2011

La révolte burkinabè commence le , à la suite de la mort d’un élève battu par les policiers de Koudougou au Burkina Faso. Les manifestations, demandant une enquête sur sa mort et réclamant la fin de l’impunité pour les violences policières, sont réprimées dans le sang en février, et s’amplifient en émeutes au mois de mars. En avril, de nombreuses mutineries éclatent dans les forces de l’ordre, armée et CRS. En mai, la contestation se maintient de façon diffuse.

Révolution de 2014, démission, fuite, exil et retour

Dès le début de l'année 2014, le régime Compaoré fait face à la pression de la rue : syndicats et étudiants manifestent presque chaque mois pour exprimer leur insatisfaction.

Le , Blaise Compaoré fait face à un soulèvement populaire d'une grande ampleur, à Ouagadougou comme dans d'autres villes. Blaise Compaoré souhaite se présenter pour un cinquième mandat consécutif en 2015. Pour ce faire, de la loi fondamentale doit être modifié. La tension monte alors que l'assemblée nationale s'apprête à voter cette modification. Des manifestants se pressent près du Parlement et différents bâtiments publics, les forces de sécurité réagissent par des coups de matraques, des tirs et l'emploi de gaz lacrymogène. Cette répression fait au moins 30 morts. Près de personnes franchissent les lignes de police et mettent le feu au Parlement. Ils prennent le contrôle de la télévision peu après.

Sous la pression de la rue et des militaires, Blaise Compaoré dissout le gouvernement et annonce qu'il renonce à modifier la loi fondamentale. Le lendemain, il quitte le pouvoir car les militaires ne le soutiennent plus. Le chef d’état-major des armées, Honoré Traoré, annonce la création d’un « organe de transition », chargé des pouvoirs exécutif et législatif, dont l’objectif est un retour à l’ordre constitutionnel « dans un délai de douze mois »Blaise Compaoré quitte le pouvoir. Exfiltré par les Français après avoir prévenu les partis d'opposition qui n'étaient pas défavorables à l'opération, Blaise Compaoré trouve refuge, avec le soutien du président français François Hollande., en Côte d'Ivoire le Jeune Afrique : Exclusif. Burkina : comment la France a exfiltré BlaiseRFI : Burkina Faso: la France a bien exfiltré Blaise Compaoré puis au Maroc le . Après quelques semaines passées au Maroc, Blaise Compaoré retourne en Côte d'Ivoire où la nationalité ivoirienne lui est accordée..

Il vit depuis lors en exil avec son épouse Chantal, sa fille Djamila, régulièrement de passage, et une partie de sa belle-famille dans une villa luxueuse du très huppé quartier Cocody Ambassades, entre le complexe hôtelier Sofitel-Hôtel Ivoire et l’ambassade d’Arabie saoudite.. Chantal Camparoé et son mari Blaise Camparoé, mènent une vie discrète et casanière à Abidjan. L'ancien président du Burkino Faso, obtient la nationalité ivoirienne, grâce à son épouse, ce qui sécurise leur situation et les préserve d'une extradition. Peu loquace de nature, Blaise Camparoé ne sort quasiment pas. La famille s'aère de temps en temps en se rendant à Assinie, station balnéaire et lieu de villégiature de la bourgeoisie abidjanaise, au Maroc pour des soins, ou encore au Sénégal. Mais, isolé, nolstalgique du pouvoir, la santé de l'ancien président décline, y compris sa santé mentale

Le , près de deux ans après sa chute, la justice burkinabè abandonne les charges liées à la tentative d'amender la Constitution, mais maintient celles liées à la répression des manifestations..

En , pour la première fois depuis son départ en exil, Blaise Compaoré rencontre à Abidjan Zéphirin Diabré, ministre burkinabè de la Réconciliation nationale. Il est évoqué un éventuel retour de l’ancien président à Ouagadougou, où il pourrait être jugé dans l’affaire Sankara. Le , alors qu'il est toujours réfugié en Côte d'Ivoire, il est condamné par contumace, dans ce procès, à Ouagadougou, à la prison à perpétuité pour « complicité d’assassinats » et « atteinte à la sûreté de l’État » en raison de son coup d'État contre Thomas Sankara et de l'assassinat de celui-ci.