thumb|250px|La coopération sino-allemande a joué un grand rôle dans l'histoire de la république de Chine du début au milieu du .
La coopération sino-allemande (chinois : 中德合作 Zhōng-Dé hézuò ; allemand : Chinesisch-Deutsche Kooperation) durant les années 1920 et 1930 se rapporte à la collaboration entre la république de Chine et le Reich allemand. Cette coopération avait comme objectif de moderniser l'industrie et les forces armées chinoises, précédant ainsi de peu la guerre sino-japonaise (1937-1945). La république de Chine, qui a succédé à la dynastie Qing en 1912, était affaiblie par des luttes entre seigneurs de guerre et les incursions étrangères. L'expédition du Nord en 1928 unifiait la Chine sous le contrôle du Guomindang (GMT) afin d'endiguer la menace de l'empire du Japon encore bien présente.
Une modernisation urgente de l'armée chinoise et de sa défense alliée au besoin des Allemands d'un approvisionnement sûr de matières premières amènent ces deux pays à avoir des relations plus étroites dans les années 1920 et 1930. Ainsi ces accords seront particulièrement actifs entre l'avènement du régime nazi en 1933 et le début de la guerre avec le Japon en 1937. Des mesures concrètes de la réforme industrielle n'arrivèrent pourtant qu'en 1936, assez tôt toutefois pour permettre à la Chine un profond changement dans sa modernisation et dans sa capacité à résister aux attaques japonaises.
Relations antérieures entre l'Allemagne et la Chine
Auparavant, le commerce sino-allemand passait par la Sibérie et était donc soumis aux droits de douane russes. Afin de les pallier, l'Allemagne décida d'utiliser la voie maritime et les premières cargaisons allemandes arrivèrent dans les années 1750 en Chine. En 1861, à la suite de la défaite de la Chine lors de la seconde guerre de l'opium, le traité de Tianjin fut signé. Ce fut le signal de départ des échanges commerciaux entre la Chine et plusieurs États européens comme la Prusse.
vignette|gauche|150px|Bismarck en 1894.
Au , le commerce extérieur chinois est dominé par l'Empire britannique. Bismarck, avec l'optique de contrecarrer cette domination, souhaite installer des têtes de pont en Chine. En 1885, Bismarck avec l'aval du Reichstag, envoie un premier groupe de surveillance bancaire et industriel afin d'évaluer les investissements futurs possibles. Peu après, sera instituée la Deutsch-Asiatische Bank en 1890. Grâce à ces initiatives, l'Empire allemand devint le second partenaire commercial de la Chine, derrière le Royaume-Uni en 1896.
À cette époque, l'Allemagne n'a pas activement poursuivi des ambitions colonisatrices en Chine, contrairement au Royaume-Uni et à la France. De plus, le gouvernement chinois voyait l'Allemagne comme un partenaire nécessaire à la modernisation du pays. Après un premier mouvement d'auto-renforcement de la Chine qui apparemment échoua à la suite de la défaite lors de la guerre sino-japonaise, Yuan Shikai demanda aux Allemands de l'aider à fonder la première armée d'auto-défense (chinois : 自強軍 ; pinyin : Zìqiáng Jūn) et la création de la nouvelle Armée (新建陸軍 ; Xīnjìan Lùjūn).
vignette|L'armée de Beiyang à l'entrainement.
De surcroît, l'aide allemande ne se limite pas à l'aspect militaire, mais recoupe aussi des considérations industrielles et technologiques. On peut prendre comme exemple qu'à la fin des années 1880 la compagnie allemande Krupp AG avait signé avec le gouvernement chinois pour l'édification d'une série de fortifications autour de Port-Arthur. La politique allemande envers la Chine était relativement souple sous Bismarck mais avec l'avènement de celle-ci se tourne vers une politique coloniale plus assumée. Par exemple, lors de la Triple intervention suivant la guerre sino-japonaise, le Japon fut forcé de céder à l'Allemagne les territoires de Hankou et Tientsin. De même, en 1897, les Allemands obtinrent une concession pour sur la région de Jiaozhou dans la division administrative du Shandong à la suite de l'envoi d'un détachement militaire allemand dans la région, en réponse aux attaques de missionnaires par les chinois dans la région. La ville et le port de Tsingtau (Qingdao) se développa à cette époque. Le plus bas des relations sino-germaniques se situe peut-être lors de la révolte des Boxers en 1900. Lors de cette révolte, de nombreux étrangers européens furent tués à cause de leur religion chrétienne. Pour se venger, les Allemands répondirent brutalement et par la force à ces attaques. En effet, l'empereur pressait ses troupes de se ce qui conduisit plus tard à faire de l'étiquette « Huns » le surnom des troupes allemandes durant les deux guerres mondiales.
Au cours de cette période, l'Allemagne a un impact certain sur l'environnement légal chinois. Les années précédant la chute de la dynastie Qing, les réformistes chinois commencèrent le brouillon d'un Code civil largement inspiré du Code civil allemand., code qui avait déjà été copié précédemment par les Japonais. Mais ce brouillon n'a réellement été institué qu'au moment de la chute de la dynastie. Il a été à la base du Code civil de la république de Chine en 1930 qui est actuellement celui en place à Taïwan et influence fortement celui mis en place en Chine continentale. Les , pré-écrits en 1985, puis promulgués en 1986 et enfin mis en application en 1987, ont été réalisés d'après le Code civil allemand.
Cependant, durant les années précédant la Première Guerre mondiale, les relations sino-allemandes s'essoufflent un peu. La première raison est que l'Allemagne était à l'époque politiquement isolée du fait de l'alliance anglo-japonaise de 1902 et de la Triple-Entente de 1907. C'est pourquoi l'Allemagne proposa une alliance de la Chine, des États-Unis et de l'Allemagne en 1907. Proposition qui n'a jamais été concrétisée. En 1912, les Allemands proposèrent un prêt de six millions de mark d'or allemand au nouveau gouvernement républicain chinois et redonnèrent aux Chinois le droit de construire des voies ferrées dans la région du Shandong. Alors que la Première Guerre mondiale déchirait l'Europe, l'Allemagne a offert de retourner Jiaozhou à la Chine afin d'éviter que celui-ci ne tombe dans le giron du prédateur japonais. Néanmoins, le Japon est entré en guerre aux côtés des Alliés et a attaqué les concessions allemandes en Chine. Il captura Qingdao et Jiaozhou. Pendant la guerre, l'Allemagne a abandonné tout rôle majeur et toute initiative en Extrême-Orient, préoccupée par la guerre en Europe.
Le , la Chine déclara la guerre à l'Allemagne. et envahit les concessions allemandes de Hankou et de Tianjin. Les autres concessions allemandes devaient, quant à elles, retourner elles aussi aux Chinois lors de la défaite allemande mais le traité de Versailles en a conclu différemment et les a offert aux Japonais. Le sentiment d'avoir été trahi par les Alliés a contribué à activer le Mouvement du 4 Mai 1919, un mouvement nationaliste. Les conséquences de la Première Guerre mondiale sur les relations sino-allemandes furent très négatives, notamment sur le commerce. Ainsi, sur les allemandes implantées en Chine en 1913, seulement deux restaient en 1919.
Coopération dans les années 1920
Le traité de Versailles limitait fortement l'expansion industrielle de l'Allemagne hors de ses frontières. Son armée était réduite à et sa production militaire avait été réduite drastiquement. Cependant, le traité n'a pas diminué le rôle novateur des Allemands dans le domaine militaire, et de nombreuses usines conservèrent la machinerie et la technologie allemande pour produire du matériel lourd. Ainsi, afin de contourner les restrictions du traité, ces industries formèrent des partenariats avec des entreprises d'autres puissances étrangères comme la Russie ou l'Argentine. Elles réussirent ainsi à fabriquer légalement des armes et à les vendre.
À la suite de la mort de Yuan Shikai, le gouvernement de Beiyang s'écroule, entrainant avec lui la guerre civile dans le pays. On voit alors s'affronter à nouveau des seigneurs de guerre pour la suprématie sur la région. Par conséquent, de nombreux fabricants d'armes allemands s'emploient à rétablir des relations commerciales avec la Chine pour profiter du marché en croissance des armes et de l'assistance militaire.
Le gouvernement de Guomindang à Guangzhou a lui aussi besoin de l'aide allemande. Chu Chia-hua (朱家驊; Zhū Jiāhuá) qui a étudié en Allemagne durant les années 1910 et 1920 devient l'instigateur d'une grande partie des éminentes relations sino-allemandes de 1926 à 1944.
Il y eut plusieurs autres raisons que l'expertise technologique allemande qui firent de l'Allemagne la meilleure candidate des relations de la Chine vis-à-vis des autres puissances étrangères. La première fut que l'Allemagne ayant perdu beaucoup de son influence sur nombre de territoires après la Première Guerre mondiale, ne possédait plus d'intérêts coloniaux en Chine et les protestations chinoises envers les étrangers de 1925-1926 étaient principalement dirigées contre le Royaume-Uni. De surcroît, contrairement à la Russie qui a aidé à la réorganisation du Guomindong et a ouvert aux communistes les portes du parti, les Allemands n'ont pas d'intérêt politique non plus en Chine, évitant la création de points de discordes avec le gouvernement central. Ensuite, Tchang Kaï-chek voit l'histoire allemande comme un facteur pouvant stimuler le développement de la Chine. Pour lui l'unification allemande peut servir de leçons à la Chine et à sa propre unification. Enfin, l'Allemagne était vue comme une force de premier plan pour le développement de la Chine.
En 1926, Chu Chia-Hua invita à analyser les investissements potentiels en Chine. L'année suivant son arrivée à Ghangzhou, lui fut offert un poste de conseiller auprès de Tchang Kaï-chek. En 1928, Bauer, retourné en Allemagne, cherche à conclure des contacts avec des industriels pour aider aux efforts de reconstruction chinoise. Il cherche aussi à recruter des personnes pour une mission permanente avec Tchang Kaï-chek à Nankin. Cependant, Max Bauer n'a pas rempli totalement sa mission avec les industriels allemands notamment à cause de l'instabilité politique régnant en Chine mais aussi car il était devenu persona non grata pour sa participation en 1920 au putsch de Kapp. De surcroît, l'Allemagne était toujours bâillonnée par le traité de Versailles qui l'empêchait des faire des investissements directs dans l'armement. Bauer contracta la variole sept mois après son retour de Chine et fut enterré avec les honneurs à Shanghai. Cet homme a jeté les bases futures des relations sino-allemandes grâce aux conseils qu'il a fournis au gouvernement de Guomintang à propos de la modernisation industrielle et militaire de la Chine. Il a milité pour la diminution de l'armée chinoise afin d'améliorer la qualité de ses combattants et aussi pour l'ouverture du marché chinois aux exportations allemandes.
Coopération dans les années 1930 vignette|Chiang Wei-kuo, fils adoptif du maréchal Tchang Kaï-chek, avec son uniforme de l'armée allemande. Malgré tout, le commerce sino-allemand connut un ralentissement entre 1930 et 1932 à cause de la Grande Dépression. De plus, l'industrialisation chinoise ne progressait pas aussi rapidement qu'elle l'aurait dû à cause de conflits d'intérêts entre différentes agences chinoises pour la reconstruction du pays, notamment entre les industries allemandes, les agences d'import-export allemandes et la Reichswehr, tous ont cherché à récupérer le profit du développement de la Chine. La situation se modifie peu jusqu'à l'incident de Mukden qui voit la conquête de la Mandchourie par le Japon. Cet événement a amené la Chine à redéfinir sa politique industrielle afin d'être en mesure de redécouvrir sa capacité militaire et industrielle de résister au Japon. En substance, le pays voulait établir une défense nationale centrale et planifiée.