Les Dogons sont des habitants du Mali, en Afrique de l'Ouest. Leur nombre total est estimée à de personnes.. Ils occupent la région nommée pays Dogon, qui s'étend de la falaise de Bandiagara jusqu'au sud-ouest de la boucle du Niger. Quelques Dogons sont installés dans le nord du Burkina Faso.

Les Dogons sont avant tout des cultivateurs (essentiellement de mil) et des forgerons. Ils sont réputés pour leur cosmogonie et leurs sculptures. Leur langue parlée est le dogon, qui regroupe plusieurs dialectes. Il existe aussi une langue secrète, le sigi so, réservée à la société des masques. Les Dogons sont liés avec l’ethnie des Bozos par la « parenté à plaisanterie » (appelée sinankunya au Mali). Dogons et Bozos se moquent les uns des autres, mais parallèlement, se doivent mutuelle assistance.

Histoire Selon leur tradition orale, les dogons seraient partis du Mandé, région située au sud-ouest du Mali, entre le et le et auraient immigré vers les montagnes. Deux explications ont été avancées pour justifier ce départ de leur région d'origine : pour éviter l'islamisation ou à la suite d'une querelle lignagère., la première raison ayant peut-être entraîné la seconde. Ils se seraient installés à Kani Bozon avant de se disperser sur les trois sites que sont la Falaise de Bandiagara (site mis en 2003 sur la liste mondiale du patrimoine de l'UNESCO), le plateau (région de Sangha) et la plaine. Leur installation sur le site de Sangha (ou Sanga) daterait des . Cette falaise était alors habitée par les Tellem (qui signifie « nous les trouvâmes sur place »), portant aussi le nom de Kurumba. D'après les Dogons, les Bana ont précédé les Tellem (il s'agirait des Toloy). Même s'ils ont longtemps subi la domination des divers peuples ayant créé de grands empires ou royaumes, les Dogons ont toujours su conserver leur indépendance à cause de la difficulté d'accès à leurs territoires montagneux isolés. Les Dogons luttèrent farouchement contre les Mossis à l'époque de l'empire sonhrai, puis contre les Peuls à partir du . Les Dogons et les Soninkés sont très liés, les Dogons étaient parfois influencés culturellement et linguistiquement par les Soninkés dont certains se sont mélangés aux Dogons lors de leur grande dispersion après la chute de l'empire du Ghana.

Le peuple Dogon a été pour la première fois étudié par l'explorateur Louis Desplagnes (1871 - 1914), un lieutenant de l'armée coloniale française. Contrairement aux us coloniaux, Desplagnes se montre très respectueux des coutumes et traditions dogons, refusant en particulier de s'emparer des objets qui ne lui sont pas donnés ou échangés de bon gré. Il vit au contact de la population en 1904 et 1905. Il rapporte en Europe les premiers éléments détaillés sur la vie du peuple Dogonhttps://lintermede.com/exposition-dogon-musee-quai-branly-mali.php, Les Dogon au Quai Branly, 2011..

gauche|vignette|Femmes pilant des céréales au pays Dogon. Traditionnellement, les hommes dogons sont en général vêtus d'un boubou appelé le bogolan (ce sont les Dogons qui sont à l'origine de ce tissu) ou d'une tunique ouverte sur les côtés et d'un pantalon tissé de trois bandes de chaque côté des cuisses. Les vêtements de couleur marron, ocre, jaune sont préférés. Les Dogons portent le chapeau conique, mais plus souvent encore le bonnet, surtout chez les hommes âgés. Autrefois les hommes portaient les cheveux très longs et frisés. Sur le haut de la tête un cimier était fait avec les cheveux. Quand les cheveux étaient jugés trop courts, on y ajoutait des éléments. Généralement les cheveux sont rasés vers l'âge de 45 ans. Une ceinture de cauris encercle la tête. Des bracelets de cuivre ou d'argent sont portés au bras, ainsi que des bagues au doigt. Les talismans sont très utilisés. On y ajoute des poils de queue d'éléphant pour la force.

Les femmes dogons portent le pagne et le boubou féminin. Les coiffures sont très riches et variées. Elles sont en forme de casque, avec de longues mèches tressées sur les côtés, un nœud de cheveux sur la nuque et le cimier sur le haut du crâne. À la coiffure sont ajoutés des perles ainsi que des bijoux d'or ou d'argent. Les oreilles sont percées et de nombreuses boucles d'or y sont fixées en forme de cercle. Vers l'âge de trois ans un anneau est fixé à la lèvre inférieure pour le premier stade d'initiation à la parole, puis trois anneaux au nez entre 10 et 12 ans, celui du milieu en cuivre pour attirer les bonnes paroles et les autres en aluminium pour chasser les mauvaises. Les pierres précieuses sont aussi utilisées pour les parures. On n'observe ni scarification ni tatouage.

Religion thumb|upright=0.6|Sculpture dogon en bois, probablement une figure ancestrale, du , au Pavillon des Sessions, au musée du Louvre. Originellement, les Dogons sont animistes et auraient quitté le Mandé parce qu'ils refusaient d'embrasser l’islam (les guerriers peuls les appelaient les « Habés » — païens). Actuellement ils sont, pour certains, musulmans, et une minorité est chrétienne.

Animisme dogon La religion animiste des Dogons (en) se fonde, outre le culte voué au Dieu créateur Amma ou Amba, sur le culte des ancêtres. Cet animisme prend quatre formes : le culte du lébé, le culte du Binou, le culte des âmes, l'institution des masques (société Awa)..

Cosmogonie dogon Marcel Griaule, ethnologue, a étudié les Dogons avant la guerre, lors de la mission Dakar-Djibouti qu'il a dirigée à partir de 1931. En 1946, il a eu des entretiens avec OgotemmêliMarcel Griaule, Dieu d'eau : entretiens avec Ogotemmêli, Le Livre de poche, Paris, 1987 (éditions antérieures), 255 p. ., un ancien chasseur devenu aveugle à la suite d'un accident et ayant mis à profit l'inactivité due à son handicap pour approfondir ses connaissances traditionnelles. À partir de ces entretiens, il a publié plusieurs livres, dont le célèbre Dieu d'eau sur la cosmogonie dogon.

Les Dogons croient en un dieu unique, Amma. Celui-ci a créé la Terre et en a fait son épouse, qui lui a donné un fils, Yurugu ou le « Renard pâle »Marcel Griaule, Le Renard Pâle, tome 1, fasc. 1 , Le mythe cosmogonique. La création du monde, Institut d'Ethnologie, Université de Paris, 1965, 538 p.. C’était un être imparfait qui ne connaissait que la première parole, la langue secrète sigi so. La Terre a ensuite donné à Amma un couple d'enfants jumeaux appelés Nommo. Ceux-ci étaient à la fois mâles et femelles. Maîtres de la parole, ils l’ont enseignée aux huit premiers ancêtres des hommes, quatre couples de jumeaux, nés d'un couple façonné dans l'argile par Amma.

Légende de Sirius

Robert K. G. Temple, auteur lié aux mouvements ésotériques, a produit la description courante de la cosmogonie dogon dans son ouvrage (1976) Robert K. G. Temple, The Sirius Mystery, Sidgwick and Jackson, Londres, 1976, 290 p. .. Dans cet ouvrage, il affirme que les Dogons tiennent leur savoir ancestral des suites de la visite chez eux d'extraterrestres amphibiens venus de Sirius.

Une équipe conduite par un ethnologue belge, Walter Van Beek, a passé une dizaine d'années chez les Dogon à partir de 1991. Il a conclu n'avoir trouvé aucune trace d'une tradition autour de Sirius dans la cosmogonie dogon, contrairement aux écrits de Marcel Griaule et Robert K. G. TempleWalter E. A. van Beek et Jan Jansen, La mission Griaule à Kangaba (Mali), Cahiers d'études africaines, n°158, 2000..

Il est aujourd'hui admis que ce mythe de Sirius B, ainsi que d'autres faits astronomiques non observables à l'œil nu que la cosmogonie dogon aurait intégrés, tels que les quatre plus grosses lunes de Jupiter ou bien les anneaux de Saturne, sont très probablement un cas de « contamination culturelle », et que ces connaissances ne seraient entrées dans la culture dogon que lors de contacts récents avec des Occidentaux....

Culture La majorité des Dogons pratiquent une religion animiste incluant l'esprit ancestral Nommo, avec ses festivals et une mythologie dans lesquels Sirius joue une part importante. Une minorité significative des Dogons s'est convertie à l'islam et quelques autres au christianisme..

Les Dogons tracent leur ascendance par un système patrilinéaire. Chaque communauté, ou chaque famille au sens large, est dirigée par un patriarche. Ce chef est l'aîné survivant de l'ancêtre de la branche locale de la famille. Selon la base de données NECEP., dans ce système patrilinéaire, des mariages polygames avec jusqu'à quatre épouses peuvent se produire.

La plupart des hommes, cependant, n'ont qu'une seule épouse et il est rare qu'un homme en ait plus de deux. Selon les us, les épouses n'intègrent le foyer marital qu'après la naissance de leur premier enfant. Les femmes peuvent quitter leur mari peu après le mariage, avant la naissance de leur premier enfant. Après un accouchement, le divorce est rare et pris très aux sérieux, exigeant la participation de tout le village. Une famille au sens large peut compter jusqu'à cent personnes et s'appelle le guinna.

Les Dogons recherchent fortement l'harmonie, ce qui se traduit dans plusieurs de leurs rites. Par exemple, dans un de leurs rituels les plus importants, les femmes félicitent les hommes, les hommes remercient les femmes, les jeunes expriment leurs appréciations envers les vieux et les vieux identifient les contributions des jeunes. Un autre exemple est la coutume des salutations raffinées toutes les fois qu'un Dogon en rencontre un autre. Cette coutume est répétée à plusieurs reprises, dans tout le village de Dogons, toute la journée. Au cours de ces salutations formelles, la personne entrant répond à une série de questions au sujet de toute sa famille, posée par la personne qui était déjà là. Invariablement, la réponse est Sewa, ce qui signifie que ça va bien. Puis le Dogon entrant répète le rituel, demandant au résident comment va sa famille entière. En raison de la répétition du terme sewa dans tout village Dogon, les peuples voisins les ont surnommés les personnes de sewa.

Les Dogons sont des agriculteurs et cultivent le millet perle, le sorgho et le riz, ainsi que l'oignon, le tabac, les arachides et quelques autres légumes. Marcel Griaule a encouragé la construction d'un barrage près de Sangha et a incité la culture des oignons. L'économie de la région de Sangha a doublé depuis lors et ses oignons sont vendus jusque sur le marché de Bamako et même de la Côte d'Ivoire. Les Dogons élèvent également des moutons, des chèvres et des poulets. Le grain est stocké dans des greniers.

Société et rites religieux thumb|left|200px|La toguna du village de Endé au pays Dogon. thumb|upright=0.5|Pilier dogon soutenant jadis le "vestibule" (salle du Conseil) de la chefferie de Bankass.

Toguna La shônan, communément appelée toguna (ou « case à palabres »), est une construction présente dans chaque village, sous laquelle les hommes du village, et plus particulièrement les anciens, se réunissent pour parler des affaires communes. Sa taille basse est conçue pour préserver l'ombre et la fraîcheur du lieu de réunion. Selon une explication plus récente inventée par les guides dogons, la hauteur restreinte de la toguna obligerait les hommes à s’asseoir et interdirait l’emportement (puisqu'en se levant brusquement, on se cogne le crâne)Dominique Fleurmont, « Kanaga sans frontière », dans Télérama hors série « Dogon », avril 2011, 93.. La toguna est constituée de huit piliers en bois sur lesquels reposent jusqu'à huit couches de chaume. Le nombre 8 fait référence au nombre des premiers ancêtres dogons. Des symboles dogons sont sculptés sur les piliers.

Rite funéraire Le rite funéraire se déroule en trois temps : Lors du décès, un enterrement est organisé. Le corps du défunt est lavé avant d'être déposé à l'air libre dans les failles des falaises qui servent de cimetière. Son âme reste dans le village. Quelques mois plus tard, sont organisées des funérailles qui permettent à la famille et aux proches de rendre un hommage au défunt. Son âme continue d’errer dans les alentours.