L (ou ligue pangermaniste) a existé de 1891 à 1939 et était le plus petit en nombre – mais pas sur le plan financier – des groupes de pression actifs dans l'Empire allemand. Il était perçu comme un groupement des plus bruyants et des plus influents. Son programme basé sur le pangermanisme était expansionniste et nationaliste. En particulier dans l'Empire austro-hongrois des Habsbourg un antisémitisme et un anti-slavisme s'étaient déjà fait jour avant la Première Guerre mondiale. Sur une base régionale, le s'affichait en union personnelle avec les groupements appelés (groupements bellicistes).
Histoire Prologue Le déclencheur initial de la fondation du fut la signature du traité Heligoland-Zanzibar le . Alfred Hugenberg publia dans plusieurs journaux un appel qui demandait la création d'un (ligue nationale) pour la défense des intérêts coloniaux allemands. Ceci déboucha sur une réunion le à Francfort-sur-le-Main, que les membres du allaient par la suite considérer comme l'événement fondateur de leur association. Parmi les membres fondateurs figuraient Alfred Hugenberg, Emil Kirdorf, (initiateur de la fondation Possehl en 1915), Friedrich Ratzel et d'autres.
Développement jusqu'en 1918
Le le « » vit le jour à Berlin avec le soutien de Carl Peters. Ce ne fut qu'en 1894 qu'il reçut le nom de . Dans l'acte constitutif, il était précisé que la nouvelle association n'entendait pas combattre le gouvernement, mais souhaitait le rendre sensible à l'esprit de son programme. Les buts fondamentaux étaient de ranimer la conscience nationale, d'organiser l'administration et le soutien des intérêts allemands à l'étranger et d'exiger une politique en faveur des intérêts allemands marquée par des actes.
La dénomination (tout allemand, pangermain en français), au départ conçue essentiellement comme un élargissement de (empire allemand), avait dans les expressions utilisées au sein du groupement une seconde signification, celle ; - l'expression devint un comparatif du mot (allemand).
La reconnaissance par les de la complète communauté de tous les Allemands, et pas seulement de ceux qui se trouvaient au sein des frontières de l'empire, et leur approche völkisch faisaient naturellement de la maison des Habsbourg la cible principale de leur propagande, puisque c'est en Autriche-Hongrie que se trouvaient les groupes de populations germanophones les plus importants qui ne faisaient pas partie de l'empire allemand.
Au cours des premières années d'existence du mouvement, il y eut d'innombrables discussions sur les orientations à adopter. Ainsi, le président de l'époque, Karl von der Heydt, défendait l'idée que le groupement devait créer son propre parti politique, alors que ses opposants exigeaient au contraire une stricte indépendance et le maintien du mouvement en dehors de la politique des partis. Ce fut en définitive cette position qui finit par s'imposer. Le programme était déjà fixé dans ses tendances fondamentales dès les années 1890. Expansion, développement de la flotte, soutien à ce qui accentuait le caractère national allemand et combat contre les minorités de l'Empire allemand. Ce dernier aspect visait en particulier les Polonais à l'Est et les Alsaciens-Lorrains.
La journée de l'association de 1903 créa une césure dans l'histoire du . Le futur président Heinrich Class y tint un discours intitulé « Bilan de la nouvelle orientation ». Par ce discours, dans lequel il s'en prenait aigrement non seulement au chancelier von Bülow, mais aussi à l'empereur , le matérialisa son passage à l'opposition nationale. En substance, on reprochait à l'Empire allemand ses renoncements en matière de politique étrangère et on exigeait une représentation plus énergique de l'Allemagne vis-à-vis de l'étranger. L'opposition croissante du groupement contre la direction de l'Empire et Guillaume conduisit le groupement au bord de la rupture interne. thumb|Friedrich Ratzel C'est pour cette raison qu'en 1908 Class, qui avait été élu président du groupement, se sentit d'une part obligé de mettre un frein aux critiques acerbes à l'encontre de la politique de la direction de l'empire et, d'autre part, en particulier dans la question de la politique allemande à l'égard de l'Autriche-Hongrie – de revoir entièrement la ligne défendue jusqu'alors par le groupement. Alors que, jusqu'en 1908, la question de l'annexion des territoires germanophones de l'Autriche-Hongrie à l'Empire allemand était un point central, on allait désormais se contenter de recommander un lien étroit entre la double couronne habsbourgeoise et l'Empire allemand. Ceci souleva toutefois une certaine opposition au sein de l'association. en particulier, éditeur du très influent se déclara entièrement contre l'orientation modifiée par Class. Jusqu'à ce qu'éclate la Première Guerre mondiale, ce dernier n'osa pas assumer ouvertement le conflit avec Reismann-Grone car il redoutait que cela ne conduise à un schisme au sein du groupement, ce qui aurait eu raison de l'influence que ce dernier avait sur le plan politique. En outre, le groupement faisait face à de considérables problèmes financiers qui l'empêchèrent au moins jusqu'à la Première Guerre mondiale d'arriver à une consolidation. S'ajoutaient à cela les contradictions croissantes avec d'autres associations nationalistes. Pour ces raisons, le gouvernement de Berlin parvint à tenir le à l'écart jusqu'à la Première Guerre mondiale et à ne l'utiliser qu'en fonction de ses intérêts. Mais même à l'occasion de la seconde crise du Maroc, le secrétaire d'État aux Affaires étrangères prit ses distances par rapport aux positions défendues par la direction du groupement.
Ainsi la sortie de la seconde crise marocaine montra les limites auxquelles se heurtaient les membres du lorsqu'ils essayaient d'exercer une pression effective sur le gouvernement. Pour cette raison, leur influence sur l'opinion publique en Allemagne resta plutôt réduite. Aux yeux des , le gouvernement dirigé par Bethmann-Hollweg avait cédé devant la France. Pour le , ceci signifiait un rejet de la politique nationale allemande. Par conséquent, les pangermanistes exigèrent un renforcement de l'armée. La collaboration avec les autres groupements nationalistes resta toutefois réduite. À aucun moment, le ne put jouer en Allemagne un rôle décisif au sein des groupements nationalistes avant la Première Guerre mondiale. En définitive, les discussions internes au groupement en furent la cause. Elles eurent pour conséquence qu'au moment de la déclaration de guerre la , l'organe de Reisman-Grones allait être interdite, en même temps que le journal social démocrate , parce que ce journal s'était prononcé de façon très décidée contre l'entrée en guerre de l'Allemagne aux côtés de l'Autriche-Hongrie.
La pensée des pangermanistes été pénétrée des enseignements du darwinisme social et de Lamarck, du Kampf ums Dasein (se battre pour être présent), du (le droit du plus fort) et la conviction que le peuple allemand en croissance rapide avait besoin de plus d'espace vital ( en allemand) pour pouvoir survivre. Lors de la fondation du , on disait : « il faut vivre à nouveau l'antique Drang nach Osten ». Si on leur faisait le reproche qu'ils refusaient aux minorités les droits que pour leur part ils revendiquaient au profit de leurs congénères à l'étranger, ils admettaient souvent ne représenter que les intérêts de la nation allemande et donc d'avoir élevé leur nationalisme au rang de programme idéologique.
Le puissant écho que les provoquaient avant et pendant la guerre à l'étranger, se retrouva toutefois moins mis en évidence dans les publications officielle du groupement qui, pour des raisons tactiques, se présentait comme « modéré et plein de mesure » que dans les écrits de ceux qu'on appelait les . C'est la raison pour laquelle les ouvrages les plus connus et les plus complets des auteurs étrangers qui s'intéressent au danger représenté par le Alldeutscher Verband, ne contiennent qu'une fraction négligeable des propos qui sont attribuables au groupement. Les cercles Alldeutschen étaient imprégnés d'un antisémitisme sombre et acéré, d'un complexe obsidionnal exigeant l'expansion et de la reconnaissance de la guerre comme une force vitale créatrice, comme . L'État que les planifiaient dans leurs écrits aurait, grâce à ses réglementations en faveur de l'ordre et l'exigence d'une de ses habitants, marqué l'accomplissement de l'État militariste autoritaire prussien avec sa révérence vis-à-vis de l'autorité et son uniformisation générale, liée à la discrimination des groupes marginaux ou des gens qui pensent différemment. L'accentuation exagérée portée sur le caractère national allemand concomitant à l'expulsion ou à l'assimilation forcée des populations slave et juive des territoires annexés, fut mise par les au même niveau que le renforcement des « anciennes vertus allemandes » comme le zèle, le sens du devoir et un conservatisme fermement ancré au sol. Ici aussi, l'expansion et le renforcement étaient censés repousser à l'extérieur et donc apparemment résoudre des problèmes internes comme les tensions sociales ainsi que les injustices sociales, juridiques ou politiques.
Le Alldeutscher Verband au cours de la Première Guerre mondiale
La Première Guerre mondiale fut pour le une période de grand épanouissement. Enfin leurs exigences d'expansion continentales n'étaient plus isolées, puisque le nombre de ses adhérents croissait, comme son influence sur les partis de droite. Le groupement développait alors une importance qu'il n'avait jamais rencontrée précédemment au sein de la société allemande.
Pour une propagande tournée vers des objectifs en relation avec la guerre, le groupement n'était toutefois pas un medium approprié, en raison de l'acharnement dont il avait fait preuve pendant des années et qui l'avait fortement discrédité dans les milieux bourgeois. Pour cette raison, il s'en tint largement à un rôle de coordination et d'intermédiation joué en arrière-plan, ses membres s'engageant dans des groupes comme le (Comité indépendant pour une paix allemande). Celui-ci, avec des membres comme Stresemann; Westarp; ; plus tard Tirpitz et H. St. Chamberlain; et son président pangermaniste Dietrich Schäfer, devint le centre des discussions portant sur le but de la guerre. Le agissait plutôt comme une espèce de « société holding » politico-idéologique qui fournissait aux autres associations des armes spirituelles. Par la suite, le Ausschuss allait prendre part à la fondation du (Parti de la patrie allemande), sorte de syndicat de tous les mouvements nationalistes auxquels collaboraient les mêmes hommes (02/09/1917).
Pendant la guerre, les radicaux pangermanistes soutenaient des objectifs extrêmes. Ainsi, ils préconisaient la création d'une union douanière en Europe centrale sous hégémonie allemande. En outre, les Pays-Bas et la Suisse ainsi que la Belgique (qu'ils appelaient [1648-1801]) et les parties isolées peuplées d'Allemands de l'Autriche-Hongrie ainsi que le Liechtenstein (appelés les « parties perdues de la Fédération » ) devaient devenir membres de l'Empire allemand. De plus, des parties de la France devaient être mises sous surveillance allemande. Les plans concernant les frontières à l'Est étaient semblables : la Russie devait perdre une partie substantielle de ses territoires à l'Ouest. L'empire britannique devait être écrasé au profit de l'empire colonial allemand. Adolf Hitler reprit les idées relatives à l'espace vital (le ) du . Le concept de fut forgé par le géographe et membre fondateur du , Friedrich Ratzel. Ce dernier écrivit au tournant du siècle que l'Histoire était un combat pour l'espace vital et postula un des . L'idée de l'aménagement de l'Europe de l'Est en tant que zone à coloniser fut également propagée dans un livre soutenu par le et rédigé par le théoricien militaire Friedrich von Bernhardi .
Développement de 1918 à 1939