Sauve qui peut (la vie) est un film franco-suisse réalisé par Jean-Luc Godard, sorti en 1980. Il est présenté en compétition au Festival de Cannes 1980.
C'est selon Godard le « deuxième premier film » de sa carrière. Il représente le retour du réalisateur franco-suisse à une forme d'art plus traditionnelle, après la période d'avant-garde et d'engagement politico-artistique qui a marqué sa production depuis 1968 et sa participation au projet cinématographique du groupe Dziga Vertov. C'est le premier des Godard produit par Alain Sarde, et le film est dialogué par Anne-Marie Miéville et Jean-Claude Carrière, avec plusieurs passages inspirés des écrits de Charles Bukowski.
Sauve qui peut (la vie) est aussi le premier de quatre films d'une certaine beauté formelle (les suivants seront Passion, 1982, Prénom Carmen, 1983 et Je vous salue, Marie, 1985), qui auront un bon succès public et un accueil critique quasi unanime. Ce premier film a toutefois choqué une partie du public et de la critique de par son obscénité et sa violence.
Synopsis Le film est divisé en six parties précédées d'intertitres, dont les deux premières constituent presque un court prologue. –1 Sauve qui peut Des nuages blancs dérivent dans un ciel bleu et clair, comme toile de fond du générique du film. 0 La Vie Paul Godard, réalisateur de télévision, vit dans une chambre d'hôtel après s'être séparé de la femme avec laquelle il vivait, Denise. Elle part à vélo hors de la ville, sur une route qui longe un lac, au milieu d'un paysage alpin. 1 L'Imaginaire Pendant que la femme de chambre nettoie sa chambre, Paul quitte l'hôtel, poursuivi par le concierge. L'homme, qui parle un italien mâtiné de français, lui fait des avances sexuelles sans équivoque : il lui dit qu'il l'aime et lui offre son corps. Paul le rejette, irrité, peut-être pas pour la première fois.
Denise s'arrête avec son vélo dans un café de campagne, elle cherche un certain Piaget. Elle le trouve dans la foire du village et ils concluent un accord : Denise travaillera dans son imprimerie après avoir quitté son emploi actuel à la chaîne de télévision. Immédiatement après, Denise se rend chez une amie propriétaire d'une ferme, chez qui elle emménage après sa séparation d'avec Paul, car ils ont décidé de louer leur appartement en ville à une tierce personne.
Paul s'adresse aux élèves d'un lycée pour compenser l'absence de la réalisatrice et écrivain Marguerite Duras : il est allé la chercher à la gare mais elle n'est pas arrivée, ou peut-être n'a-t-il pas eu la patience d'attendre. L'homme reprend une phrase de sa collègue la plus célèbre : « Je fais des films pour passer le temps ; si j'en avais la force, je ne ferais rien ».
2 La Peur Paul va chercher sa fille Cécile, 12 ans, à l'entraînement de football féminin. La mère de Cécile, Paulette, et lui sont séparés. Paul emmène sa fille avec lui au studio de télévision, où Denise attend Marguerite Duras pour une émission. Lorsqu'elle apprend que l'écrivaine n'est pas venue, elle s'emporte contre Paul et l'accable d'un flot d'insultes sous les yeux de sa fille.
Paul raccompagne sa fille chez son ex-femme, Paulette. Ils déjeunent tous les trois dans un restaurant, Paulette récupère sa pension alimentaire mensuelle. Cécile réclame son cadeau d'anniversaire, le père lui balance plusieurs t-shirts de différentes couleurs. Il s'en va en les accusant de ne penser qu'à l'argent.
Paul rencontre Denise dans un café en plein air. La rancœur de l'échec du spectacle avec Marguerite Duras a disparu. Maintenant qu'ils ont décidé de se séparer, ils se remémorent le temps passé ensemble, le temps du travail en commun et de l'amour.
Laissé seul, Paul fait la queue à l'entrée d'un cinéma, mais il est abordé par une prostituée qui se propose aux spectateurs masculins avec circonspection. Il accepte et passent la nuit ensemble dans une chambre d'hôtel. Au matin, il la paie. 3 Le Commerce La prostituée est une provinciale, nommée Isabelle. Elle vit maintenant en ville où elle exerce son métier de manière indépendante, sans proxénète. En sortant d'un supermarché, sa voiture est bloquée par deux proxénètes qui ne tolèrent pas qu'elle empiète sur leur territoire. Pour la punir, le premier lui baisse son pantalon, le deuxième lui donne des violentes fessées, pour que cela lui serve de leçon.
Isabelle vit avec une amie ; la cohabitation est difficile car elle ne peut pas recevoir de clients chez elle ; elle cherche donc un autre appartement à louer. En attendant, sa jeune sœur lui rend visite. Elle arrive de province car elle a besoin d'argent : elle veut acheter un bateau avec des amis. Elle a besoin de et compte les obtenir en se prostituant pour une durée limitée. Isabelle lui demande si elle sait à quoi s'attendre : oui, elle doit « sucer des pines » ; devra-t-elle avaler le sperme ou faire semblant ? Mieux vaut ne pas faire semblant. Quel goût cela a-t-il ? Tout ce que les hommes veulent, c'est vous humilier, dit Isabelle.
Isabelle se rend chez un client d'un certain âge dans une chambre d'hôtel, l'homme la force à accomplir un acte sordide, elle doit se faire passer pour sa fille pour assouvir un fantasme incestueux. Dans les jours qui suivent, Isabelle téléphone à d'autres numéros trouvés dans les annonces, les appartements ne sont plus disponibles. Elle se rend à un nouveau rendez-vous, un homme d'affaires et son collaborateur la font se déshabiller avec une autre prostituée et organisent un plan à quatre.
Isabelle parvient enfin à obtenir un rendez-vous pour visiter un appartement à louer ; par coïncidence, il s'agit de l'appartement laissé vacant par Denise et Paul. À son arrivée, elle les surprend dans une situation délicate : Paul s'était jeté sur son ex-compagne et la fait tomber par terre. L'arrivée d'Isabelle le convainc de partir. 4 La Musique Isabelle et Denise découvrent leur compatibilité de caractère, se lient d'amitié et se confient l'une à l'autre. Isabelle loue un logement. Paul donne rendez-vous à Denise à la gare, mais la situation entre eux est désormais totalement compromise, elle part immédiatement sans qu'il puisse l'embrasser.
Un jour, Paul croise son ex-femme et sa fille dans la rue, les arrête et leur propose de se voir plus souvent. Paulette ne lui répond pas mais ne semble pas s'y opposer. Alors qu'il s'éloigne, Paul est renversé par une Mercedes, à bord de laquelle se trouve la sœur d'Isabelle ainsi qu'un homme.
A terre, agonisant, Paul s'étonne de ne pas voir défiler toute sa vie devant ses yeux, et murmure « un peu bêtement, je me suis mis à penser ». Paulette regarde son ex-mari et dit à sa fille « Qu'est-ce que tu regardes ? Ça ne nous regarde plus !»
Alors qu'elle s'éloigne lentement du lieu de l'accident, Cécile passe devant un orchestre à cordes qui joue le générique. De temps en temps, tout au long du film, un personnage disait qu'il entendait de la musique et demandait une explication.
Fiche technique
Titre original : Sauve qui peut (la vie) Réalisation : Jean-Luc Godard Scénario et dialogues : Anne-Marie Miéville, Jean-Claude Carrière Photographie : Renato Berta, William Lubtchansky, Jean-Bernard Menoud Montage : Jean-Luc Godard et Anne-Marie Miéville Musique : Gabriel Yared Décors : Romain Goupil Producteur : Alain Sarde, Jean-Luc Godard Sociétés de production : Sonimage / Sara Films / MK2 / SAGA Production / Pays de production : et Langue originale : français Budget : 2,8 millions de francs. (soit environ en ) Format : couleurs par Eastmancolor - 1,66:1 - Son mono - 35 mm Genre : Drame Durée : 88 minutes Dates de sortie : France : (Festival de Cannes 1980) ; (sortie nationale) Suisse : Classification : France : interdit aux moins de 18 ans (modifié le en interdiction aux moins de 12 ans avec le nouveau visa d'exploitation ).
Distribution Isabelle Huppert : Isabelle Rivière Jacques Dutronc : Paul Godard Nathalie Baye : Denise Rimbaud Cécile Tanner. : Cécile, la fille de Paul Paule Muret : Paulette, l'ex-femme de Paul Fred Personne : M. Personne, le premier client d'Isabelle Roland Amstutz : l'homme d'affaires, deuxième client d'Isabelle Anna Baldaccini : la sœur d'Isabelle Roger Jendly : l'homme en voiture avec la sœur d'Isabelle Dore de Rosa : le groom italien Monique Barscha : la cantatrice Michel Cassagne : Michel Piaget Catherine Freiburghaus : la fille de la ferme Claude Champion : l'inconnu Gérard Battaz : le motard Angelo Napoli : le fiancé italien Serge Maillard : l'entraîneur de foot Bernard Cazassus : un des deux proxénètes qui menacent Isabelle Marie-Luce Felber : Marie-Luce, l'amie d'enfance d'Isabelle Guy Lavoro : Thierry, le secrétaire de l'homme d'affaires Nicole Wicht : la prostituée avec l'homme d'affaires Maurice Buffat : le troisième client Eric Desfossés Nicole Jacquet Michelle Gleiser : la femme au café Irène Floersheim : la serveuse au café Georgiana Eaton : la fille qui choisit de ne pas choisir Serge Desarnault (non crédité) : le cinéphile Hélène Hazera (non créditée) : Hélène, amie et colocataire d'Isabelle Marguerite Duras (voix, non créditée)
Production Début 1979, Marin Karmitz achète les droits d'un film dont on ne sait encore rien et qui est censé représenter le retour de Godard au cinéma commercial après les années de l'avant-garde politico-artistique. Il s'associe à un jeune producteur de 27 ans, Alain Sarde, qui entame dès lors une collaboration avec le réalisateur franco-suisse qui occasionnera 9 films de 1979 à 2004.
Godard demande également l'aide de Jean-Claude Carrière pour le scénario, avec qui il travaille déjà sur un projet de film aux États-Unis sous le patronage d'un de ses vieux admirateurs, le réalisateur Francis Ford Coppola. En réalité, il n'y aura jamais de véritable scénario, mais plutôt un travail d'équipe entre Godard, sa compagne Anne-Marie Miéville et Carrière sur la construction des personnages et des situations, qui s'étend de janvier à dans la ville suisse de Rolle, où vit le couple Godard-Miéville. La fin du film à Genève, dans laquelle le personnage masculin se fait renverser par une voiture, est inspirée de la conclusion de L'Homme qui aimait les femmes (1977) de François Truffaut.