vignette|Arbre commémoratif de l'Holocauste - Le mémorial de Berlin dédié aux victimes de l'Holocauste. Auteur : John C. Watkins V Le lieu de mémoire est, pour l'historien Pierre Nora, un support ayant une valeur dans la mémoire collective.
La locution , mise en avant entre 1984 et 1992 par l'ouvrage homonyme, fait son entrée en 1993 dans le dictionnaire Le Grand Robert de la langue française comme étant .
Concept L'expression « lieu de mémoire » est forgée par Pierre Nora pour désigner tout support matériel ou immatériel porteur au présent de valeurs symboliques de « mémoire collective du passé ». Il s’agit d'artefacts chargés idéologiquement pour diffuser auprès de la population une vision déterminée de l’histoire.
Pour caractériser les lieux de mémoires, Nora part de la combinaison des dualités présentes dans la ville : passé et présent ; sacré et prosaïque; individu et collectivité, etc., jusqu'à atteindre les processus d'idéalisation, de description, de symbolisation articulés à travers deux vecteurs : la mémoire et l'identité d'une part, et d'autre part l'apprentissage, la (re)connaissance et le voyage.
Le concept est interprété comme une opposition relativement nouvelle à la manière d'écrire l'histoire et de penser la mémoire collective en France. Son élaboration vise à répondre à des questions sur les mémoires collectives et nationales tout en s'interrogeant sur les relations que celles-ci entretenaient avec l'histoire en tant que discipline. Si on la définit en premier lieu comme l'ensemble des lieux où la mémoire collective s'ancre, se condense, se cristallise, s'abrite et s'exprime, la notion s'étendrait à toute unité significative, d'ordre matériel ou idéal, dont la volonté des hommes ou le travail du temps a fait un élément symbolique du patrimoine mémoriel d'une communauté quelconque. Un lieu de mémoire n’est pas n’importe quel lieu dont on se souvient, mais un lieu où la mémoire agit.
Ce qui fait d’un lieu un lieu de mémoire, c’est à la fois sa condition de carrefour où se croisent différents chemins de mémoire, et sa capacité à perdurer et à être sans cesse remodelé, réinterprété et revisité. D'une certaine manière, les lieux de mémoire montrent que la mémoire de la ville est au bord de l’extinction. Cette attention portée à la mémoire ne peut s’expliquer que parce qu’elle a disparu, a cessé d’être vécue dans la vie quotidienne et se trouve reléguée dans l'histoire et dans les lieux de mémoire.
Les Lieux de mémoire Dès 1978, dans sa contribution sur la « mémoire collective » dans l'encyclopédie La Nouvelle Histoire, Pierre Nora note que , qui cherchent à Selon lui,
Il peut donc s'agir d'un monument, d'un personnage important, d'un musée, des archives, tout autant que d'un symbole, d'une devise, d'un événement ou d'une institution. Même les réseaux sociaux sont utilisés actuellement comme lieux de mémoire virtuelle..
, explique Nora, Citation reprise par . Au contraire de la généalogie, qui investit essentiellement l'histoire et la filiation de familles, en se limitant à l'histoire personnelle ou à celle des personnes entre lesquelles existe un lien, les lieux de mémoire se réfèrent à l'histoire collective. Par leur biais, on peut aborder les institutions, les collectivités et leurs organisations, les grands corps de l'État, les communautés religieuses.
Les volumes des Lieux de mémoire constituent une référence essentielle pour l'histoire culturelle en France. Ils ont été traduits en anglais et publiés de façon sélective (environ un tiers des articles ont été repris) par les presses universitaires de Chicago entre 2001 et 2009, sous le titre Rethinking France. Ces problématiques seront reprises en Allemagne, en Italie, aux Pays-Bas, au Luxembourg, au Québec et en Russie.
En 1987, alors que seule une partie des volumes est publiée, l'historien Henry Rousso déplore l'absence et demande
Table des matières des Lieux de mémoire I. La République
II. La Nation
III. Les France
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Sources utilisées pour la rédaction de l'article
Sonja Kmec, Benoît Majerus, Michel Margue et Pit Péporté, Dépasser le cadre national des 'Lieux de mémoire'. Innovations méthodologiques, approches comparatives, lectures transnationales (Frankfurt a.M. : Peter Lang, 2009)
Autres ouvrages et thèses L'approche de Pierre Nora a inspiré des thèses et des ouvrages et est appliquée à des terrains étrangers en dehors de la France.
Pour la France
Pour l'Algérie Emmanuel Alcaraz, les lieux de mémoire de la guerre d'indépendance algérienne, Paris, Karthala, 2017
Pour l'Allemagne Étienne François, Hagen Schultze (sous la direction de), Mémoires allemandes, Paris, Gallimard, 2007 Kornelia Kończal, miejsce pamięci, dans: Magdalena Saryusz-Wolska, Robert Traba, en collaboration avec Joanna Kalicka (dir.): Modi Memorandi. Interdyscyplinarny leksykon kultury pamięci,Varsovie, Scholar, 2014, p. 229-234. Kornelia Kończal, The (non-)travelling concept of les lieux de mémoire. Eastern and Central European Perspectives (avec Maciej Górny), dans: Małgorzata Pakier und Joanna Wawrzyniak (dir.): Memory and Change in Europe: Eastern Perspectives, New York, Berghahn Books, 2016, p. 59-76. Kornelia Kończal, Pierre Noras folgenreiches Konzept von les lieux de mémoire und seine Re-Interpretationen: eine vergleichende Analyse, dans: Geschichte in Wissenschaft und Unterricht, nº 1–2, 2011, p. 17-36. Kornelia Kończal, Polish-German Realms of Memory. A new paradigm? (avec Maciej Górny, Hans Henning Hahn et Robert Traba), Acta Poloniae Historica, nº 106, 2012, p. 155-167. Deutsch-Polnische Erinnerungsorte, 4 vol., dir. de Hans Henning Hahn et Robert Traba en collaboration avec Maciej Górny et Kornelia Kończal, Paderborn: Schöningh, 2012-2015.
Pour le Canada Jacques Mathieu, Jacques Lacoursière, les mémoires quebecoises, Québec, Presses de l’université de Laval, 1991
Pour la Tchéquie et la Slovaquie Jean-Philippe Namont, « Une mémoire tchécoslovaque existe-t-elle en France ? », Diasporas, histoire et société, revue de l’UMR 5136 du CNRS, Laboratoire FRAMESPA (France méridionale et Espagne, Histoire des sociétés du Moyen Âge à l’époque contemporaine), Équipe DEI (Diasporas - échanges – identités), , , numéro sur le thème « Migrations en mémoire », , et « Les Tchécoslovaques de France et la mémoire de la Première Guerre mondiale », Guerres mondiales et conflits contemporains, , , . https://www.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2007-4-page-107.htm
Pour la Russie Georges Nivat (sous la direction de ), les sites de la mémoire russe (3 tomes), Paris, Fayard, 2007.
Articles connexes Mémoire (sciences humaines) Commémoration Devoir de mémoire
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