Le Poitevin mulassier , également appelé trait mulassier ou Poitevin, est une race de chevaux française rattachée au groupe des traits. Grand, calme et doté de crins ondulés en raison de son origine liée au cheval flamand, il peut porter des robes variées et originales, comme le bai dun, le souris et le noir. Il tire son nom de la principale fonction d'origine des juments, leur aptitude à engendrer des mules poitevines aux qualités de force et de rusticité très appréciées, par croisement avec des baudets du Poitou. L'industrie mulassière fait les beaux jours du Poitevin mulassier du milieu du jusqu'au milieu du .

La race connaît une très importante régression avec la motorisation et la fin de la demande en mules après la Seconde Guerre mondiale, d'autant plus rapide que les juments donnent naissance à une mule à la place d'un poulain une année sur deux. Le Poitevin est l'une des races de trait françaises les plus menacées de disparition, en raison d'une importante consanguinité et de sa faible rentabilité pour la production de viande. Plusieurs plans de sauvegarde visant à retrouver une diversité génétique ont été mis en place afin de la préserver. Le Poitevin mulassier est désormais valorisé à l’attelage, au débardage, aux travaux urbains et à l'équithérapie. La demande en mules poitevines devrait à terme lui permettre de retrouver sa fonction historique, lorsque les effectifs de la race seront stabilisés.

Dénomination Le Poitevin mulassier est surnommé . Il a pris le nom de sa région d'origine, le Poitou. Il est aussi nommé « trait mulassier » en raison de son utilisation historique, la reproduction pour donner des mules ; on trouve également les noms « trait poitevin » et « mulassier poitevin ». Bien qu'il soit décrit comme un cheval , cette qualification est impropre puisqu'il n'a pas été sélectionné historiquement pour la traction, et était peu prisé dans ce domaine. Il est vraisemblablement la seule race de chevaux au monde à avoir été sélectionnée spécifiquement pour faire naître des mules.

Histoire vignette|gauche|Le marais poitevin, biotope historique du cheval Poitevin mulassier. Son origine est étroitement liée à la petite ville de Melle et au marais poitevin. La race est historiquement élevée près des marais de Luçon et de La Rochelle, ainsi qu'autour de Melle et de Niort. Elle doit son physique à une longue sélection naturelle doublée d'une sélection humaine dans ce biotope humide particulier.

Origine La région poitevine héberge des chevaux dès la préhistoire, des restes datés du Mésolithique ayant été retrouvés près de Surgères et d’Échiré. L'association « Races mulassières Poitou » et l'auteur Éric Rousseaux y voient des ancêtres possibles du Poitevin mulassier actuel., sans que cela soit confirmé par les études scientifiquesL'origine de la totalité des chevaux domestiques a été retracée dans le Caucase, avant notre ère.... Comme tous les chevaux domestiques modernes, le Poitevin mulassier provient de la lignée dite DOM2, qui a émergé dans les steppes eurasiennes vers selon une vaste étude génomique publiée dans Nature..

La tradition dit la race originaire des marais du bas-Poitou. D'autres chevaux sont probablement amenés par les Celtes migrant dans la région durant l'Antiquité. On retrouve leur trace au lorsqu'un prélat de Rome demande une jument de la région au comte de Poitiers. Il semblerait que ces animaux aient été, comme les mulets, parmi les montures favorites des magistrats et des ecclésiastiques médiévaux, et se soient vendus autour de Niort, de Saint-Maixent, de l'Auvergne, du Dauphiné, du Languedoc, et même en Espagne. Peu de sources existent concernant la population équine de la région à ces époques, aussi est-elle mal définie, tout particulièrement avant le .

L'assèchement des marais poitevins La race prend forme lorsqu'à la demande du roi Henri IV de France, en 1599., Sully charge des ingénieurs hollandais et flamands dirigés par Humphrey Bradley d'effectuer les travaux d’assèchement du marais poitevin. Ils amènent avec eux des chevaux flamands, danois et norvégiens, surtout des Brabançons, mais aussi des Flamands, une vieille race chevaline de travail particulièrement réputée au . Ces animaux, dont la taille ne dépasse pas pour un poids allant jusqu'à , s’accouplent avec les juments autochtones. Ce croisement forme la souche de la race dite , un animal volumineux, lent et lymphatique, assez proche du cheval flamand de l'époque.

Ces animaux gardent leur type du fait de la proximité de biotope entre les polders hollandais et les marais poitevins, mais aussi en raison de l'absence de croisements extérieurs subséquents.

Premiers croisements et sélection À la fin du , l'administration des haras tente d'imposer des croisements avec des étalons légers normands et anglais afin de fournir la cavalerie. Malgré les incitations financières, les éleveurs paysans protestent car les juments issues de croisements avec le Pur-sang sont sans valeur pour donner des mules. La race tend à s'alléger avec ces croisements, mais aussi avec les modifications de son biotope. La sélection porte sur un animal résistant aux conditions humides de la région. Le cheval Poitevin acquiert d'énormes sabots larges, très particuliers parmi les races équines, et un caractère lent et calme. Certains documents récents laissent entendre qu'il était employé à l'attelage, sa grande force étant un atout pour le travail en terrain boueux. Il aurait réalisé divers travaux agricoles ou de débardage au besoin. Pour Lætitia Bataille, ces animaux n'étaient pas mis au travail, en particulier à l'attelage puisqu'ils n'étaient pas caudectomisés. L'industrie mulassière se serait donc mise en place rapidement. Le Poitevin mulassier n'a jamais subi de pratiques de caudectomie.

Industrie mulassière

thumb|left|Illustration d'un étalon mulassier dans l'encyclopédie pratique de l'agriculteur, publiée par Firmin-Didot et Cie, tome 5, 1877. Les juments poitevines sont utilisées pour faire naître de grandes mules rustiques par croisement avec des baudets du Poitou, les fameuses mules poitevines. Mules et mulets étant des hybrides stériles, de tels animaux ne peuvent naître que par croisement entre un âne et une jument. L'industrie mulassière du Poitou est fréquemment combattue par l'administration des haras. En 1823, le préfet des Deux-Sèvres demande que le haras de Saint-Maixent n'héberge plus que des chevaux de demi-sang, les étalons mulassiers étant impropres à l'élevage du cheval de cavalerie.

D'après le vétérinaire Eugène Ayrault (1867) les départements de la Vendée et surtout celui des Deux-Sèvres font naître le plus grand nombre de chevaux mulassiers. Dans ce dernier, le nombre de poulinières mulassières est estimé à . L'hippologue Eugène Gayot signale la « race poitevine mulassière » comme un « groupe d'animaux dont la principale destination est d'entretenir la poulinière vouée à la production du mulet », ajoutant qu'« autrefois cette race ne portait que le nom de poitevine ». Beaucoup de juments de races diverses donnent des mulets à l'époque, mais toujours d'après Gayot, aucune n'est reconnue plus apte que . La Poitevine mulassière devient réputée dans le monde entier. Cette préférence est vraisemblablement due au fait que les juments poitevines lèguent à leur muleton une conformation charpentée.

Les mules sont très demandées aux États-Unis de la fin du jusqu'à 1914. À la fin du , on compte environ dans tout le Poitou. C'est dans le département des Deux-Sèvres, particulièrement l'arrondissement de Melle, près de Luçon ainsi qu'à Saint-Maixent, que se concentre l'élevage mulassier, dans des lieux nommés « ateliers ». Un atelier est relativement coûteux : au milieu du , seuls les quatre neuvièmes des juments mises au baudet finissent par mettre bas. Il faut nourrir seize juments pour avoir, chaque année, trois mules et trois mulets, élever tous les ans une mulassière et mettre deux juments au cheval pour entretenir le cheptel.

Les poulains poitevins mâles, qui ne peuvent servir à l'industrie mulassière, sont réputés « mous » et donc de moindre valeur par rapport aux principales races de traction du , comme le Percheron. Certains commerçants du Berry et de la Beauce achètent de jeunes poulains poitevins à la robe grise, et les nourrissent en abondance afin de les rendre plus énergiques, avant de les revendre à l'âge de quatre ans comme étant des Percherons. Ces animaux se retrouvent dans des régions aussi éloignées que la Saintonge, l'Yonne, le Nivernais et le Gâtinais.

Les poulains et pouliches mulassières se vendent sur les foires de Marans, Nuaillé, Surgères, Rochefort, Pont-l'Abbé et Saujon. En 1867, juments mulassières ou croisées sont recensées ; au début du , le berceau d'élevage compte plusieurs dizaines de milliers de ces animaux, mais cette même époque voit l'amorce du déclin. L'élevage mulassier commence en effet à décliner dans les années 1920.

Ancien type La race évolue très peu jusque dans les années 1840, après quoi les croisements tendent à voir émerger des animaux métissés sous l'influence conjointe des haras, recherchant des chevaux de cavalerie, et des éleveurs eux-mêmes qui cherchent à augmenter la production mulassière.

Descriptions historiques Jacques Bujault, cultivateur de Chaloue près de Melle, dresse du Poitevin le portrait peu flatteur que voici :

.

Eugène Ayrault en fournit une description plus récente :

.

Pour Eugène Gayot, la jument Poitevine mulassière est « lourde, commune, molle et de taille moyenne ». Les éleveurs la recherchent avec de gros membres, beaucoup de crins, et une croupe forte. Ils privilégient la robe noire.

Croisements et raréfaction de l'ancien type thumb|Anglo-poitevin dans La connaissance générale du cheval d'Eugène Gayot, 1861.

Ayrault ajoute que la race a été croisée, vraisemblablement au début du , avec des Percherons. De 1860 à 1867, d'autres croisements ont lieu avec des étalons Bourbouriens introduits dans la région. Enfin, la même époque voit des croisements avec le Breton, une pratique soutenue par André Sanson mais dénoncée par d'autres hippologues. Les éleveurs de la région croisent leurs animaux et produisent des mules avec des juments bretonnes, donnant au Poitevin mulassier une tête plus carrée, une encolure et des oreilles plus courtes. La robe grise devient plus fréquente, le corps s'allonge et perd en poids ; les membres s'étirent et diminuent en largeur.

En 1861, M. Maurice Pineau dit à ce sujet que , et se demande si . La « grosse jument mulassière » se fait rare du fait de l'allègement général de la race par croisements, mais aussi de pratiques d'élevage et de sélection inadaptées. D'autre part, les assèchements des marais continuent à influencer la race ; l'« ancien type » du trait mulassier, né et élevé dans le Marais, est en voie de disparition dans les années 1850 en raison de croisements avec des chevaux Pur-sang et demi-sang dans les haras de Saint-Maixent et de La Roche-sur-Yon ; d'où est né l'anglo-poitevin. Ce demi-sang est destiné au carrossage et aux armes. Les juments mulassières réputées dérivent finalement d'un mélange entre chevaux bretons des plaines et vieille souche poitevine. Une distinction perdure entre la « véritable » jument poitevine et les animaux très métissés. La variété souche du pays, préférée des paysans, parvient à perdurer et forme la base retenue pour la création du stud-book de la race.

Création et organisation du stud-book vignette|gauche|Étalon mulassier présenté à Paris en 1907. Le stud-book du trait poitevin « mulassier » est créé par la société centrale d'agriculture des Deux-Sèvres le , avec une section chevaline et une section asine.. Paru le 31 décembre 1885, il permet de fixer les critères de la race et de mettre fin à la politique de croisement en favorisant la « race pure ». Il marque également la fin des interventions de l’État contre l'industrie mulassière.