Dumuzi ( en sumérien), aussi appelé Dumuzid ou, en babylonien, Tammuz, est un dieu de l'abondance de la Mésopotamie antique dont les premières traces écrites et iconographiques apparaissent au

Il figure dans la Liste royale sumérienne comme « Dumuzi le berger », roi de Bad-Tibira, cinquième roi de la première dynastie archaïque sumérienne de la période légendaire d'avant le Déluge. Il est par ailleurs repris sous le nom de « Dumuzi le pêcheur », roi de la ville d'Uruk Kulaba.

À la suite de son mariage, rappelé par la symbolique rituelle du Mariage sacré, avec la déesse Inanna, il devient le berger du peuple et rapproche ainsi le roi de Sumer de l'état divin. Mais, son épouse, au retour d'un séjour qu'elle passe aux Enfers, le choisit pour l'y remplacer. Il meurt donc et est alors considéré comme une divinité infernale. Sa mort symbolise l'arrivée de l'été brûlant, de la sécheresse et de la pénurie de nourriture ; elle inspire l'écriture de nombreux textes de lamentations. Il ressuscite, cependant, au début de chaque printemps et est remplacé aux Enfers par sa sœur Geshtinanna. Son retour symbolise le renouveau de la vie et la réapparition de l’abondance.

À partir du , le rituel du Mariage sacré tombe dans l'oubli et le dieu de l’abondance Dumuzi devient Tammuz, une divinité secondaire principalement rattachée aux Enfers. Considéré comme le prototype du dieu mourant, son culte connaît un renouveau vers la fin du sous le nom d'Adon. Son mythe présente des similitudes avec d'autres comme celui de Perséphone et rappelle des éléments présents dans le récit de la Passion du Christ. Tammuz est mentionné dans l'Ancien Testament et son culte semble survivre jusqu'au sous forme de lamentations qui lui sont adressées.

Les récits mythologiques Le mythe de Dumuzi est issu d'une tradition orale ancienne qui a donné naissance à un véritable et dont les premiers documents écrits en sumérien datent du La majeure partie des textes littéraires sont des œuvres en sumérien dont les copies datent de la période d'Isin-Larsa (du au ).

Les documents les plus tardifs datent de l'époque néo-babylonienne ( - ), ils ont été retrouvés dans la bibliothèque du temple de Shamash à Sippar. Rédigés en sumérien et en akkadien, ils consistent en des textes de lamentations d'Ishtar (version sémitique d'« Inanna ») relatifs à la mort de Tammuz.

L'ensemble de ces documents est classé en quatre groupes : les textes mythologiques, se référant principalement à la mort de Dumuzi dont le mythe de la Descente d'Inanna aux Enfers pour lequel il existe deux versions principales : l'une en sumérien qui contient quatre cents lignes et l'autre, plus courte, écrite au en akkadien est constituée de cent trente-huit lignes. ; des textes de poésie pastorale et de poésie d'amour se référant principalement au mariage de Dumuzi et Inanna. Ils étaient majoritairement utilisés lors de cérémonies de mariage ou comme littérature amoureuse ; de brèves chansons déplorant principalement la disparition et la mort de Dumuzi, chansons se confondant parfois avec d'autres mythes. Quelques chansons sont joyeuses ou humoristiques ; des lamentations (longs poèmes rédigés en sumérien), en particulier de la période paléo-babylonienne.

Il n'existe que peu de doubles, la majeure partie des textes littéraires sumériens relatifs à Dumuzi sont uniques ou presque. Beaucoup sont écrits en dialecte emesal dont les lamentations qui existent sous forme de balag (lamentations liturgiques accompagnées par des sortes de cymbales et de lyres) à la composition très répétitive ou sous forme dershemma (récités par des lamentateurs accompagnés d'un tambourin). Ces derniers s'étendent plus sur des détails qui entourent les événements de la mort de Dumuzi et fournissent ainsi aux historiens de précieuses indications sur les rites funéraires de l'époque. Il y a plusieurs textes écrits sous forme syllabique et, donc, transmis phonétiquement. Apparemment, ils ont pu être chantés par des gens qui n'ont peut-être pas pu en comprendre pleinement le sens.

Ainsi, les récits mythologiques concernant Dumuzi s'articulent principalement autour de deux événements principaux : son mariage avec la déesse Inanna, sa parèdre, et l'exil dans les Enfers que lui impose son épouse. Dumuzi apparaît également dans deux épopées mésopotamiennes : le Mythe d'Adapa et lÉpopée de Gilgamesh.

Le mariage de Dumuzi vignette|Terre cuite de Tello (Girsu antique). Couple enlacé. Ce relief date de la période amorrite (Première dynastie de Babylone), vers 2000-1600 av. J.-C. Musée du Louvre. L'association de Dumuzi avec Inanna/Ishtar est au cœur de son culte et de son iconographie. Cette relation est mise en évidence dans les chansons d'amour et les textes mythologiques, où Dumuzi est souvent décrit comme le consort d'Inanna/Ishtar. Leur amour et leur dynamique relationnelle sont centraux dans plusieurs mythes, y compris ceux qui traitent de la mort et de la résurrection de Dumuzi, reflétant les cycles de la fertilité et des saisons.

L'appel d'Inanna Dans cette première version, Inanna choisit et appelle Dumuzi qu'elle élève au rang de divinité.

À la suite de quoi la déesse se baigne, se frotte avec du savon et s’habille de ses . Elle convoque ensuite Dumuzi dans son sanctuaire, duquel émanent des chants et des prières afin que son futur amant prenne du plaisir auprès d'elle.

La présence de Dumuzi emplit la déesse de tant de désir que, sans attendre, elle chante un poème à la gloire de sa vulve. Celle-ci devient une corne, un , un , une ou un .

La réplique (chantée par l'assistance) ne se fait pas attendre :

Inanna répond alors joyeusement : . Ensuite, la végétation tout autour des deux amants devient florissante. Inanna, jeune et heureuse épouse de Dumuzi part habiter avec son mari et s’installe dans la et la . Elle boit du lait frais et crémeux en échange de quoi elle protège le , et veille sur la .

Dans ce poème à la forte teneur érotique, Dumuzi est peu actif et fait l'objet d'un choix unilatéral de la part d'Inanna. Celle-ci ne peut plus attendre davantage avant de rencontrer son amant afin qu'il lui sa vulve. Mais, la version suivante montre un Dumuzi beaucoup plus actif : d'abord éconduit par la déesse, il doit entrer en concurrence avec un autre prétendant.

L'agriculteur et le berger alt=Photo d'un morceau de pierre orange recouverte de signes d'écriture|vignette|Tablette décrivant en sumérien l'épisode où Enkimdu et Dumuzi essayent de gagner la main de la déesse Inanna. Nippur, (Musée archéologique d'Istanbul, Turquie).

Cette version oppose à Enkimdu, dieu des agriculteurs, auquel il dispute les faveurs de la déesse Inanna. Pour arriver à ses fins, aidé en cela par le dieu soleil Utu (le frère d'Inanna), Dumuzi oppose ses produits d'origine animale à ceux d'Enkimdu, l'agriculteur, qui apporte ses produits agricoles.

Bien qu'au début de l'histoire Inanna préfère l'agriculteur, elle finit par choisir Dumuzi, plus riche et plus cultivé, et par l'épouser. Samuel Noah Kramer voit également, à travers Dumuzi, un personnage à l'humeur belliqueuse, conquérant le cœur d'Inanna à grands coups d'éclat (les vers ci-dessus en sont l'illustration) alors que le personnage d'Enkimdu est plus pacifiste. En bon garçon, l'agriculteur arrête la dispute et propose de mettre ses prairies à disposition des troupeaux du berger. Dumuzi, quant à lui, invite l'agriculteur à son mariage au cours duquel Enkimdu offre les produits de ses champs en cadeaux de noces à Inanna.

Ici aussi, le mariage déifie Dumuzi et rapproche donc tous les rois de Sumer de l'état divin. Il assure un règne d’abondance et de richesse.

Romance dans les jardins Dans cette version, Inanna et Dumuzi sont deux jeunes amoureux. Dumuzi fait secrètement la cour à Inanna qui, de son côté, cache cette liaison à ses parents. Elle doit en effet leur demander l'autorisation de partager le lit de son prétendant Dumuzi.

Le poème commence par le monologue d'Inanna qui rencontre son amoureux :

Ensuite, pour ne pas devoir mentir à sa mère, Inanna prétend s'être efforcée de se libérer de l'étreinte de Dumuzi :Dumuzi fournit, ensuite, la réponse qu'Inanna doit donner à sa mère : Mais, tôt ou tard, Dumuzi, ayant goûté à l'amour d'Inanna, doit promettre de prendre la déesse comme épouse légitime. Soutenu ensuite par sa sœur Geshtinanna et le dieu soleil Utu, il demande et obtient la main de la déesse auprès de ses parents Nanna et Ningal.

À cette version, s'ajoutent plusieurs épisodes indépendants où Inanna s'interroge sur les origines familiales de son nouveau mari, où Dumuzi construit la maison du couple et où Inanna découvre une servante dans le lit de son époux.

La mort de Dumuzi alt=photo de deux pierres sculptées, une à gauche en blanc représentant des hommes et une en noir plus petite à droite |vignette|Sceau-cylindre : Dieu soleil en été brûlant les plantes et Dumuzi le dieu de la fertilité revenant des Enfers (à droite). - Girsu - Époque d'Akkad, vers – Chlorite Musée du Louvre - OA 11566.

L'autre événement qui compose la mythologie de Dumuzi se situe à la fin du mythe de la Descente d'Inanna aux Enfers. Inanna, accompagnée de sept gardiens des Enfers ( : les démons ou brigands), revient du monde d'en bas et cherche une personne pour l'y remplacer. Après quelques investigations, elle découvre son époux, Dumuzi, confortablement installé sur près du pommier de Kulaba.

Furieuse, car Dumuzi n'a pas respecté le deuil qu'il aurait dû suivre à la disparition de son épouse, Inanna ordonne aux Gallu de le capturer afin qu'il la remplace aux Enfers. Dumuzi pleure et demande à son beau-frère Utu de le transformer en serpent. Celui-ci, ému par les pleurs du berger, accepte de l'aider. Dumuzi s'enfuit dans la steppe. Selon la chercheuse Bénédicte Cuperly qui relit et étudie les textes, Inanna ne condamne pas complètement Dumuzi par colère et seule une partie de lui est remise aux Gallu : la « chose » (partie manquante sur la tablette) de Dumuzi..

À cet endroit, le texte se trouve en mauvais état, la suite du récit est donc encore mal connue. Apparemment, Dumuzi s'en va chez sa sœur Geshtinanna et, malgré son aide, est capturé et emmené dans le monde inférieur par les Gallu.

D'autres récits concernant la mort de Dumuzi ont été retrouvés et traduits. S'ils présentent de légères différences avec la Descente d'Inanna aux Enfers, ils permettent de reconstituer la trame du récit. Dans un texte intitulé Dumuzi et Geshtinanna retrouvé dans l'ancienne ville d'Ur, Inanna revient seule des Enfers et reprend sa vie normale. Au bout de quelques jours, elle est rejointe par les Gallu qui lui rappellent qu'elle doit encore trouver une personne afin de la remplacer dans le monde inférieur. Dans cette version, Inanna livre Dumuzi sans même donner de raison, sinon qu'elle craint de retourner dans le monde d'en bas. Les démons sont ici plus cruels et battent Dumuzi pendant qu'il implore l'aide d'Utu. Celui-ci, contrairement à la Descente d'Inanna aux Enfers, lui accorde assistance plus par justice que par pitié et le transforme également en serpent..

Un autre texte, probablement plus ancien, où Inanna n'entre nullement en scène et ne livre pas Dumuzi aux démon.., Le Rêve de Dumuzi, commence alors que Dumuzi se trouve seul dans la steppe où il se lamente plein de funestes pressentiments.

C'est alors qu'il s'endort, fait un rêve prémonitoire à la suite duquel il appelle sa sœur Geshtinanna afin de pouvoir l'interpréter.