Le est le texte sacré de l’islam. Pour les musulmans, il reprend mot pour mot la parole dAllah (Dieu). Œuvre de l’Antiquité tardive (), le Coran reste le premier et le plus ancien livre connu en arabe à ce jour. La tradition musulmane le présente comme le premier ouvrage en arabe clair, avec le caractère spécifique d’inimitabilité dans la beauté de sa structure et dans ses principes moraux et éthiques.
Pour les musulmans, le Coran regroupe les révélations d’Allah transmises par l’archange Gabriel (, Jibrīl) au dernier prophète et messager de Dieu, Mahomet (, Muḥammad, « le digne de louanges »), de 610–612 jusqu’à sa mort en 632.
Le Coran est parfois appelé al-kitāb (« le Livre »), adh-dhikr (« le Rappel ») ou encore al-furqān (« le Discernement »). Pour les musulmans sunnites, il est l’expression d’un attribut incréé de Dieu adressé à toute l’humanité.
La tradition musulmane considère que le texte canonique du Coran remonte au troisième calife, Uthmān. Ce point fait néanmoins toujours l’objet de recherches et de débats parmi les historiens du . Pour ces derniers, le Coran est un « ensemble composite de textes compilés ou rédigés par des auteurs différents, fixé dans les dernières années du , sous le règne du calife omeyyade Abd al-Malik (685-705), véritable organisateur de l'empire et qui fit de l’islam sa religion officielle »"La fin d'une énigme", L'histoire, 472, 2020, (citation) résumant Le Coran des historiens, 2019. Voir aussi : The Oxford Handbook of Qur'anic studies, 2020. Ce texte rassemblerait des éléments venant de la prédication de Mahomet, mais aussi des textes d’origine chrétienne, voire païenne.
Le Coran serait donc l’héritier de sources multiples rassemblées par la première communauté des « croyants » qui se reconnaissait dans l’enseignement de Mahomet. La date de fixation du texte coranique suscite des débats chez les historiens.
Étymologie Qurʾān est le terme le plus utilisé par le Coran pour se désigner lui-même. Mais à l’origine, au , il ne désigne pas encore le livre comme un texte fixé comme cela sera le cas par la suiteD'autres termes sont aussi utilisés dans le Coran pour s'auto-désigner. Ainsi, le Coran s'est défini comme kitab progressivement en niant les références antérieures à lui (apocryphes...) et en s'identifiant à un kitab céleste transcendant [Arkoun M. « Coran : sens coranique », Dictionnaire du Coran, 2007, Paris.]..
Le mot arabe قُرْآن, qurʾān, dérive, pour la tradition musulmane, du verbe َقَرَأ, qaraʾa, qui signifie « lire, réciter »Déroche, Le Coran, 2019, Chap. II. Des érudits musulmans lexicographes, spécialistes du vocabulaire du Coran, ont expliqué qu’on pouvait trouver différentes origines à ce terme : par exemple, le sens « rassembler/collecter », ou celui de « lire/réciter ». Pour Anne-Sylvie Boisliveau, dans l’emploi coranique, seul le second est possible. Le terme, qui est un nom d’action, est donc interprétable comme « Récitation »Boisliveau A.S., Le Coran par lui-même, 2014, partie I.2, et suiv.. Le terme va être utilisé pour désigner le Coran, le livre sacré de l’islamArkoun M., « Coran, sens coranique », Dictionnaire du Coran, 2007, et suiv..
Pour William Graham, le sens premier du mot Qurʾān renvoie à une Cette dernière approche est, pour l'auteur, un usage post-uthmanien ou post-Muhammadien.. L’auteur insiste sur l’originalité du terme qui et qui renvoie au W.A. Graham, « The earliest meaning of “Qur’ān” », Die Welt des Islams, 23-24 (1984)..
Pour A.-S. Boisliveau également, le terme qurʾān contient les idées d’oralité et de transmission. Il est employé dans trois situations et . Le premier usage se rapproche du statut du texte biblique, le deuxième est surtout lié à un contexte polémique qui voit utiliser un vocabulaire similaire au premier, le troisième (plus rare) assimile le Coran à une . La définition exacte de l’objet désigné par ce terme est encore incertaine et il n’est pas non plus certain que les trois usages désignent le même objet.
De nombreux chercheurs« Le rapprochement a été largement repris par les commentateurs contemporains, avec parfois des ajustements » ;
François Déroche, « Structure et langue », Le Coran, 2019, ont fait le lien entre le mot qurʾān et le terme syriaque qeryânâ qui signifie Anne-Sylvie Boisliveau, Le Coran par lui-même. Vocabulaire et argumentation du discours coranique autoréférentiel, Leiden, Brill, 2014, .. Certains concluent à un emprunt direct au syriaqueLuxenberg, Gilliot... - Claude Gilliot, « Le Coran, production littéraire de l’Antiquité tardive », dans la REMMM 129, 2011, . D’autres voient là une plutôt qu’un emprunt direct, car l’usage du terme qeryânâ n’est attesté qu’à partir des manuscrits liturgiques syriaques des .
Anne-Sylvie Boisliveau explique que . Pour elle, le mot qurʾān provient de la racine arabe q-r-’ « sur un schème arabe, et non syriaque », terme inventé par l’auteur du Coran . Cette création servirait à afin de donner à la nouvelle récitation une Hassan Bouali, « Anne-Sylvie Boisliveau, Le Coran par lui-même. Vocabulaire et argumentation du discours coranique autoréférentiel », Archives de sciences sociales des religions, 168, 2014, , consulté le ..
Pour certains auteurs, le terme Coran est à mettre en relation avec les termes qerīʾā et miqrāʾ (possédant la même racine q-r) utilisés dans le judaïsme rabbinique et qui signifie à la fois « le fait de lire à voix haute un passage des Écritures saintes » et « le passage lui-même ». Le second terme est ainsi utilisé par le Talmud pour désigner la Bible. Pour A.-S. Boisliveau, l’influence de ces termes (et du terme syriaque qeryânâ) est « indéniable » sans pour autant conclure à un emprunt direct à l’hébreu et au syriaque, mais plutôt à une création d’un terme qui n’existait pas avant qu’il ne serve à désigner exclusivement la récitation coranique.
Description Le Coran est divisé en chapitres, appelés « sourates », au nombre de 114Posant la question « Pourquoi 114 sourates ? », Robinson voit un précédent dans les 114 logia de l'évangile selon Thomas, écrit non canonique trouvé dans la bibliothèque de Nag Hammadi, N. Robinson, "The Qur’an and Christianity", The Oxford Handbook of Qur'anic Studies, 2020, . Voir aussi : W. Atallah, « L'Évangile Selon Thomas Et Le Coran », Arabica, 23(1), 1976, 309-311., dont la première est appelée Al Fatiha (parfois traduite par « la liminaire », « le prologue », « l’ouverture », ou encore « la mère du livre »). Ces sourates sont elles-mêmes composées de versets nommés āyāt (pluriel de l’arabe āyah, qui signifie « preuve », mais également « signe », et que l’on retrouve notamment dans le mot « ayatollah »).
Les versets sont au nombre de pour le hafs (lecture orientale) et le warch (lecture occidentale).
Ordre des sourates vignette|droite|Coran datant de 1867 à Istanbul, en Turquie. Il s'agit de la première sourate nommée traditionnellement Al-Fatiha (« l'ouverture »). vignette|droite|Récitation de la Fatiha en mujawwad.
Selon la tradition musulmane, à la suite de la mort de Mahomet, c’est sous le calife Othman que le texte a été fixé et qu’il est devenu la version officielle du Coran entre 644 et 656 de l’ère chrétienne. Othman aurait ressenti le besoin de fixer le texte après la mort de beaucoup de compagnons du Prophète (Sahaba) experts en récitation (les qurraʾ ou récitateurs du Coran). Tous les exemplaires connus de recensions divergentes (quant aux sourates ou à l’ordre de celles-ci) furent alors détruits pour ne garder que la « vulgate d’Othman »Régis Blachère, Claude Gilliot, « Coran (al-Quran) », Encyclopædia Universalis..
Les sourates sont assemblées dans un ordre de longueur assez sensiblement décroissant, et non dans l’ordre chronologique des révélations. Cet ordre aurait été fixé dans la recension othmanienne selon la majorité des savants musulmans tandis que d’autres l’attribuent à Mahomet lui-même. Toutefois, cette question d’ordonnancement ne prend son sens que lors de la mise par écrit du textePour l'auteur, si Mahomet a, en effet, récité certaines sourates selon un ordre précis, .Ingrid Mattson, The story of the Qur'an, John Wiley & Sons, Inc. éditions, ..
Certains des manuscrits de Sanaa montrent des ordonnancements de sourates différents de la version d’Othman. Selon Moezzi, . Il précise en outre que l’ordre des sourates rappelle les recensions d’Ubay Ibn Ka'b et d’Abdullah Ibn Mas'ûd.
Diverses tentatives ont été faites pour reconstituer l’ordre chronologique des sourates, y compris par des orientalistes européens tels que Blachère. Des critiques font remarquer toutefois que cet ordre chronologique est trop dépendant de la biographie de MahometGabriel Said Reynolds, Le problème de la chronologie du Coran, University of Notre Dame..
Chronologie de la rédaction
Vision musulmane traditionnelle
vignette|Un manuscrit contenant les versets 7 à 12 de la sourate Al-Ma'idah (La table servie). Non daté et graphie non classéeF. Déroche, Catalogue des manuscrits arabes . partie. Manuscrits musulmans. Tome 1, 1 : . Paris, Bibliothèque nationale, 1983, ..|alt= Les sourates ont été classées très tôt en “médinoise” ou “mecquoise” par la tradition musulmane. Ainsi, l’édition du Caire, l’édition de référence du Coran (édition receptus) datant de 1924, présente une approche chronologique des sourates. Cette séparation en deux parties tente de les distinguer par des différences de style (vocabulaire, longueur des versets et sourates) et de thèmes abordésAinsi, les sourates de la fin du Coran sont généralement considérées comme appartenant aux plus anciennes. Ce classement chronologique des sourates remonteraient à Ibn Abbas (mort en 688)Déroche Fr., « Chapitre II - Structure et langue » dans Le Coran, 2017, ..
Néanmoins, la recherche historique a montré que des versets d’un groupe sont intégrés dans des sourates de l’autreAmir-Moezzi M., "Le shi'isme et le Coran", Le Coran des historiens, t.1, 2019, .Michel Cuypers, Geneviève Gobillot ; Idées reçues, le Coran, Éditions Le Cavalier Bleu, Paris, août 2007. Chap. Définition - Le Coran, ..
De plus, la division proposée par la tradition musulmane est moins géographique que temporelle. Il est significatif que les sourates médinoises qui correspondent à l’an I de l’islam soient associées à la période où Mahomet devient un chef politique. La période mecquoise antérieure à l’Hégire est en effet selon la tradition musulmane le début de la prédication de Mahomet.
Cela n’empêche pas, toutefois, des « désaccords au sein de la tradition musulmane » et une absence de consensushttp://icar.cnrs.fr/llma/sommaires/LLMA_8_06_Kouloughli_Coran.pdf. Il existe en effet des listes contradictoires jusqu’au .. Stefanidis rappelle qu’au cours des premiers siècles, ces listes sont reçues avec prudence et méfiance.. Cette classification chronologique n’est pas fixe au sein même de la tradition musulmane et elle varie selon les auteurs. Ainsi, plusieurs sourates sont placées, selon les auteurs, dans l’une ou l’autre des catégories. Pour certains exégètes musulmans minoritaires, par exemple, la sourate 102 est médinoise. Les autres la considèrent comme mecquoiseP. Neuenkirchen, "Sourate 102", Le Coran des Historiens, 2019, et suiv..
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