L’histoire du Nigeria remonte à la préhistoire. Au , les premières institutions politiques connues se développent et étendent leur emprise.
De 900 à 1500, le territoire de l’actuel Nigeria était divisé en plusieurs États correspondant peu ou prou aux actuels groupes ethniques, dont les royaumes yoruba, le royaume ibo de Nri, le royaume edo du Bénin, les royaumes haoussa et les Nupe. De nombreux petits États au sud et à l’ouest du lac Tchad furent absorbés. Le Bornou, d’abord province occidentale du royaume de Kanem, devint indépendant à la fin du . D’autres États ont probablement existé, mais ne sont pas encore formellement attestés.
Le pays est placé sous protectorat du Royaume-Uni à partir de 1886, baptisé Nigeria d'après le fleuve Niger, et accède au statut de colonie en 1914.
Le Nigeria accède à l'indépendance en 1960 sous la forme d'un royaume du Commonwealth, avec pour monarque la reine Élisabeth II, avant de devenir une république en 1963. Le pays devient pendant quelques décennies le théâtre de coups d’État et de guerres civiles, avec quelques périodes démocratiques. Un régime démocratique fragile s'installe en 1999. Le pays le plus peuplé ( de Nigerians en 2024) d'Afrique devient aussi une nation particulièrement dynamique, d'un point de vue culturel et économique.
Préhistoire thumb|Figure composite nok en terre cuite. Dans les forêts du sud-ouest du Nigeria, des restes humains parmi les plus anciens d'Afrique ont été découverts par Charles Thurstan Shaw en 1965, dans un abri sous roche à Iwo Eleru. Ces restes humains ont été datés entre et .. Il semble notamment que les humains vivaient dans les forêts tropicales il y a , comme le démontre le site d'Iho Eleru..
D'autres recherches archéologiques témoignent également d’un peuplement du sud-ouest du Nigeria vers , et peut-être encore plus tôt à Okigwe, dans le sud-est du pays. Les éleveurs du pratiquent la céramique et la microlithique. Au sud, les populations de chasseurs-cueilleurs se sédentarisent et commencent à vivre de l’agriculture autour du Le travail du fer est attesté au
La première civilisation connue au Nigeria est la civilisation Nok, apparue environ en sur le plateau de Jos, au nord-est du pays...
De 500c à 1800c : premières civilisations connues
De 900 à 1500, le territoire de l’actuel Nigeria était divisé en plusieurs États correspondant peu ou prou aux actuels groupes ethniques, dont les royaumes Yoruba, le royaume Ibo de Nri, le royaume Edo du Bénin, les royaumes haoussa et les Nupe. De nombreux petits États au sud et à l’ouest du lac Tchad furent absorbés. Le Bornou, d’abord province occidentale du royaume de Kanem, devint indépendant à la fin du . D’autres États ont probablement existé, mais ne sont pas encore formellement attestés.
Royaume de Nri (Igbo: Ọ̀ràézè Ǹrì) Sites archéologiques au Nigeria
Royaumes Yoruba
Les Yoruba furent le premier groupe dominant la rive ouest du fleuve Niger. D’origines diverses, ils sont issus de plusieurs vagues de migrations. Les Yoruba étaient organisés en plusieurs clans patrilinéaires qui formaient des communautés villageoises et vivaient de l’agriculture. À partir du , les villages adjacents se regroupèrent en de multiples villes-États. Cette urbanisation s’accompagna d’un florissement artistique (statues en ivoire et en terre cuite, objets en métal). Les Yoruba vénéraient une multitude de dieux, à la tête desquels se trouvait une divinité impersonnelle, Olodumare ou Olorun. Oduduwa était vénéré comme le créateur de la Terre et l’ancêtre des rois. Selon la légende, il fonda Ife et chargea ses fils d’établir d’autres villes, où ils régnèrent en tant que prêtres-rois. L'Empire d'Ife se trouvait au centre de plus de 400 cultes aux dimensions politiques autant que religieuses.
Royaumes d’Oyo et du Benin
thumb|La ville de Benin (Olfert Dapper, 1686) Au , l'Empire d'Oyo et celui du Bénin dépassèrent Ife sur le plan politique et économique, tandis que cette dernière gardait son statut de centre religieux. Oyo adopta le modèle gouvernemental d’Ife, avec un membre de la dynastie au pouvoir contrôlant plusieurs villes-États plus petites. Un conseil nommait le roi et surveillait ses actes. La capitale était située à environ de l’actuelle ville d’Oyo. Contrairement aux royaumes Yoruba dont la végétation était essentiellement forestière, l’Oyo était couvert de savane et son armée développa une puissante cavalerie, ce qui lui permit d’affirmer son hégémonie sur les royaumes Nupe et Borgou adjacents et d’ouvrir des routes commerciales vers le nord.
Les Yoruba installèrent une communauté dans la zone edophone à l’est d’Ife, qui en devint dépendante au début du . Au siècle suivant, elle devint un centre commercial indépendant, bloquant l’accès d’Ife à la côte. Le roi détenait le pouvoir politique et religieux, et la tradition en faisait un descendant de la dynastie d’Ife.
Royaumes du nord
Le commerce fut la source de l’émergence de communautés organisées au nord du pays, recouvert par la savane. Les habitants préhistoriques de la lisière du désert s’étaient trouvés largement dispersés au millénaire , lorsque la dessiccation du Sahara commença. Des routes commerciales transsahariennes reliaient l’ouest du Soudan à la mer Méditerranée depuis l’époque de Carthage, et au Nil supérieur depuis des temps bien plus reculés. Ces voies de communication et d’échanges culturels subsistèrent jusqu’à la fin du . C’est par ces mêmes routes que l’islam se répandit en Afrique de l'Ouest à partir du .
Une lignée d’États dynastiques, dont les premiers États Haoussa, s’étirèrent à travers l’ouest et le centre du Soudan. Les plus puissants parmi ces États furent l’empire du Ghana l’empire de Gao et le royaume de Kanem, qui se trouvaient à l’extérieur des frontières actuelles du Nigeria mais qui en ont subi l’influence. Le Ghana commença à décliner au . L’empire du Mali lui succéda, qui consolida la plus grande partie du Soudan occidental au cours du . À la chute du Mali, un chef local nommé Sonni Ali fonda l’empire songhaï, qui s’étendait sur le centre du Niger et l’ouest du Soudan. Il prit ainsi le contrôle du commerce transsaharien, basant son régime sur les revenus du commerce et la coopération avec les marchands musulmans. Sonni Ali prit Tombouctou en 1468 et Jenne en 1473. Son successeur, Askiya Mohammed Touré, fit de l’Islam la religion officielle de l’empire, bâtit des mosquées et fit venir des scientifiques musulmans à Gao.
Bien que ces empires n’eurent que peu d’influence politique sur le Nigeria avant 1500, leur impact culturel et économique fut considérable et se renforça au au fur et à mesure que l’islam se répandit. Tout au long du , la plus grande partie du nord du Nigeria payait un tribut à l’empire Songhaï ou à l’empire Bornou.
Royaume de Kanem-Bornou
L’histoire de Bornou est étroitement associée à celle du royaume de Kanem, qui marque de son emprise le bassin du lac Tchad au . Le royaume de Kanem s’est étendu à l’ouest pour inclure la région qui allait devenir Bornou. Le roi de Kanem et sa cour avaient adopté l’Islam au , ce qui a eu pour effet de renforcer les structures politiques et sociales de l’État. De nombreuses coutumes antérieures subsistèrent cependant et les femmes, par exemple, conservèrent une grande influence politique.
Le Kanem étendit peu à peu son influence sur Bornou. Traditionnellement, l’administration de Bornou était confiée à l’héritier du trône pendant sa période de formation. Au , des conflits dynastiques forcèrent le roi et ses suivants à s’installer à Bornou, où les Kanuri émergèrent en tant que groupe ethnique entre la fin du et le début du . La guerre civile qui secoue Kanem au cours de la seconde moitié du permet à Bornou de regagner son indépendance.
La prospérité de Bornou repose notamment sur le commerce d’esclaves à travers le Soudan ainsi que le commerce du sel et de bétail. La nécessité de protéger ses intérêts commerciaux incite Bornou à intervenir à Kanem, qui continuait à être le théâtre de batailles tout au long du et au début du .. Malgré sa relative faiblesse politique, les cours et les mosquées de Bornou, patronnées par une lignée de rois érudits, étaient des centres de culture et d’enseignement islamiques réputés.
États Haoussa
Au , quelques États Haoussa comme Kano, Katsina et Gobir se sont développés en villes fortifiées, actives dans le commerce et la production de biens. Jusqu’au , ces petits États se situent à la périphérie des grands empires soudanais de l’époque. Ils subissent la pression constante de l’empire songhaï à l’ouest et de royaume du Kanem-Bornou à l’est, à qui ils payent un tribut. Les conflits armés ont généralement des motivations économiques, comme lorsque la coalition haoussa mène une guerre contre Jukun et Nupe au centre de la région, pour ramener des esclaves ou contrôler les routes de commerce.
L’Islam est introduit chez les Haoussa par les caravanes. La chronique de Kano rapporte la conversion de la dynastie régnante de Kano par des clercs venus du Mali, témoignant de l’influence malienne loin à l’est. L’acceptation de l’Islam est progressive, et les croyances animistes subsistent longtemps dans les campagnes. Kano et Katsina, grâce à la réputation de leurs écoles et de leurs mosquées, prennent une part importante à la vie intellectuelle et culturelle du monde musulman. Les Peuls ( ; ), originaires de la vallée du fleuve Sénégal, commencent à intégrer le royaume Haoussa vers le .
Période pré-coloniale (1472-1800)
Premiers explorateurs européens et commerce d'esclaves L'esclavage est une histoire ancienne, en Afrique comme ailleurs. Il faut distinguer le statut d'esclave, de la mise en place d'échange ou de commerce d'esclave, la traite esclavagiste. Dans l'Antiquité, l'esclave n'est pas défini par sa couleur de peau : chez les Grecs par exemple, tout «barbare» ou «non-civilisé» pouvait être réduit au statut d'esclave. Les Grecs ont réduit d'autres Grecs au statut d'esclaves, les Romains ont eu des Grecs comme esclaves, mais, pendant la période romaine, une grande partie des esclaves étaient issues du nord de l'Europe. La traite esclavagiste a souvent résulté, initialement, de guerres : les prisonniers de guerres servaient comme esclaves. Un des montages les plus anciens et les plus connus de traite d'esclave, concernant l'Afrique, est le « baqt » : ce pacte de paix est conclu en 652 entre le royaume nubien copte de Makurie d'une part, et l'Égypte d'autre part. Ce pacte prévoit notamment la fourniture chaque année par la Nubie d'environ en échange de farine, de vêtements et de chevaux fournis par l’Égypte...
La traite esclavagiste prend une dimension plus large avec les Portugais au . Un navire portugais accoste dans le golfe du Bénin en 1472, initialement attiré par le commerce de l'or. Mais bien vite, une traite des esclaves se met en place, vers la péninsule ibérique puis à travers l'océan Atlantique vers le Brésil par exemple (le Brésil est une colonie portugaise à partir du ). Des comptoirs sont fondés le long de la côte africaine, notamment la ville de Lagos. À l'origine occupé par une tribu du peuple Yoruba, le site de Lagos est constitué d'un ensemble d'îles dans une lagune abritée de l'océan Atlantique, au bord du golfe du Bénin. Lagos devient un centre majeur de la traite des esclaves au cours du . Les Anglais suivent, puis les Français. Rapidement, du , le trafic d'êtres humains par des marchands européens supplante tous les autres commerces de la côte, dans le golfe de Guinée. En France, le ministre Colbert participe à l'élaboration du Code noir (1685)(la traite atlantique concerne exclusivement les Noirs), au ,un texte juridique précisant le statut des esclaves.