Le pin blanc de Provence ou pin d'Alep (Pinus halepensis) est un conifère de la famille des Pinacées. C'est le botaniste écossais Philip Miller qui lui donna abusivement ce nom scientifique, en 1768. En effet, c'est le pin de Calabre (Pinus brutia) qui pousse principalement dans la région d'Alep. Sa répartition géographique est essentiellement autour des côtes méditerranéennes, et plus particulièrement en Afrique du Nord et en Espagne. Il est parfois appelé pin de Jérusalem.

Description Arbre d'environ dix à vingt-cinq mètres, souvent penché et peu droit, la cime est assez écrasée, irrégulière et claire, les branches sont assez étalées. Il vit couramment 150 à 200 ans dans une majorité de son aire, et jusqu'à 250 ans au Maghreb.

Les rameaux sont vert clair puis gris clair, assez fins, faisant souvent plusieurs pousses la même année sur les rameaux vigoureux (polycyclisme).

Les bourgeons non résineux sont ovoïdes, aigus, bruns, à écailles libres frangées de blanc.

L'écorce est d'abord lisse et gris argenté, puis crevassée, écailleuse, gris brunâtre.

Les feuilles sont des aiguilles par deux, fines, aiguës souples, de 6 à 10 cm, vert grisâtre, appliquées le long des pousses la première année puis s'en écartant. Elles sont groupées en pinceaux à l'extrémité des rameaux faibles, dont la base est occupée par les fleurs mâles au printemps, mais sont disposées tout au long de la tige sur les rameaux forts. Elles persistent 2 à 4 ans, d'autant moins que les rameaux poussent rapidement.

Les cônes mâles sont jaunes teintés de rouge gorgés de pollen, oblongs, peu serrés ; les fleurs femelles sont pédonculées rose-violacé.

Les cônes femelles sont gros de 6 à 12 cm, à pédoncules épais de 1 à 2 cm, souvent isolés mais pouvant être groupés par 2 à 4. Leur développement se fait sur 3 années: après la floraison, ils verdissent d'abord puis deviennent gris-brun en 2 mois, et arrêtent leur croissance une première fois en début d'été, à une taille de 10 à 15 mm. Au printemps de la , ils reprennent leur croissance en devenant vert et atteignent leur taille définitive en début d'été. Lors du , ils ne grossissent plus mais mûrissent en jaunissant puis deviennent brun clair, luisants. Les graines sont prêtes à germer à partir de juin. Les cônes vont alors suivre deux voies : soit s'ouvrir au cours de l'été avec la sécheresse, soit rester fermés durant des années pour conserver des graines à l'abri des feux. Ces derniers, dit « sérotineux », ont les écailles collées par une abondante résine. Celle-ci est détruite lors des incendies, qui permettent la libération les graines dans un milieu favorable où les jeunes pins auront peu de concurrence. Ouverts ou fermés, les cônes peuvent rester plusieurs dizaines d'années accrochés aux branches. Cependant, les écureuils s'attaquent aux cônes pour se nourrir des graines en arrachant souvent toutes les écailles et en faisant tomber les cônes. Graines gris-noir légère (poids de 1000 graines = 15 à 20 grammes), de 4 à 7 mm de long, dotée d'une aile de 15 à 25 mm facilitant sa dissémination.

Caractéristiques Organes reproducteurs Type d'« inflorescence » : cône Répartition des sexes : monoïque Type de pollinisation : anémogame Période de floraison : avril-mai Graine Type de « fructification » : cône Mode de dissémination : principalement anémochore (les fourmis stockent les graines pour s'en nourrir et contribuent aussi à la dissémination locale des graines tombées au sol). Habitat et répartition Habitat type : bois méditerranéens sempervirens Aire de répartition : méditerranéen

Répartition

Originaire du Bassin méditerranéen-Macaronésie où il est particulièrement présent sur le littoral du bassin algéro-provençal, il a notamment été introduit en Californie, mais aussi en Afrique du Sud, en Argentine et au Chili où il se montre parfois invasif. En Méditerranée, plus du tiers des surfaces boisées en pin d'Alep se répartissent entre l'Algérie et la Tunisie.

En Tunisie, c'est la première espèce forestière. Elle se rencontre dans près de 93% en fûtaies composées uniquement de pins d'Alep (sans mélange avec d'autres essences) sur une bande diagonale au sud de la Medjerda et au nord d'une ligne allant de Fériana vers Enfida sur la côte essentiellement dans les gouvernorats de Kasserine, el Kef, Siliana, Zaghouan et dans une moindre mesure Béja. C'est aussi l'essence privilégiée des reboisements artificiels (plus d'un 5ième des plantations entre l'indépendance et les années 1990) avec un fort succès sur les sols calcaires.

En France-métropolitaine, il est essentiellement présent dans le Grand-Midi Méditerranéen, relevant de son biome d'élection : majeure partie de l'Occitanie, vallée méridionale du Rhône (avec pour limite septentrionale le secteur de Valence), majeure partie de Provence-Alpes-Côte d'Azur et Corse. Au nord de cette grande région, il est présent dans les secteurs de France-métropolitaine suivants : Lot-et-Garonne, Saintonge, Aunis, Archipel charentais, Rhône (département), Haute-Savoie, Val de Loire tourangeau, Nord du Berry, EssonneRépartition du pin d'Alep en France-métropolitaine.

Le pin d'Alep en zone méditerranéenne se développe en boisements parfois importants. Mais cette espèce est aussi présente sous la forme d'îlots voire d'arbres isolés au milieu de formations comme la garrigue. La fréquence des indices de présence de l'écureuil dans ces sous-bois démontre l'importance de ce ligneux dans le cycle alimentaire de certaines espèces comme dans le cas présent Sciurus vulgaris.

Considéré comme espèce envahissante et très vulnérable aux incendies, le pin d'Alep apparaît en régions semi-désertiques, notamment en Libye, où sa tolérance à la sécheresse est remarquable (il supporte des moyennes annuelles de précipitations de seulement ). Il craint en revanche les périodes prolongées de gel, notamment pour les provenances du sud de son aire, les grands gels en dessous de -15 °C. Il est en particulier sensible à ces gelées lorsqu'elles surviennent après une période hivernale chaude qui a provoqué le démarrage précoce de croissance. Dans l'absolu, des peuplements ont résisté à des températures de -20 °C. Il est très vulnérable face aux chutes de neige importantes ; ses branches fragiles cassent facilement, l'arbre pouvant même être déraciné. Gel et neige limitent ainsi sa présence en France en dessous de 800 m en versants nord, et 1000 m en versants sud, à 1500 m au Maghreb. Outre l'avifaune, le pin d'Alep héberge notamment : le mulot, l'écureuil, la cigale, la chenille processionnaire du pin et le bombyx du pin.

Le pin d'Alep est une des essences les plus adaptables pour les types de substrats et la qualité des sols : des sols carbonatés argileux sur calcaires ou marnes jusqu'aux sols sableux acides sur grès, gneiss ou granite. Sur sols acides, il est moins présent historiquement, car le pin maritime, à croissance plus rapide et meilleur producteur de résine, lui a été longtemps préféré. Sa croissance en hauteur et sa productivité sont plus liées à la disponibilité en eau dans le site qu'au climat : cette disponibilité dépend entre autres de la topographie, de la profondeur et de la qualité du sol. À climat identique, il peut se contenter de fissures dans des rochers pour survivre et atteindre 1 m de haut en 50 ans, et atteindre 25 m de haut sur des sols profonds de fond de vallée. Il résiste bien aux embruns salés en bord de mer.

C'est .

Comportement au feu Le pin d’Alep est une espèce très inflammable. De plus, certaines de ses caractéristiques morphologiques et physiologiques favorisent la propagation de l’incendie. Ses branches mortes ne s’élaguent pas ; ses cônes s’accumulent dans le houppier qui devient très inflammable ; la faible densité d’aiguilles facilite l’apport d’oxygène ce qui attise la combustion ; ses rameaux renferment une forte concentration en éléments chimiques volatils très inflammables, comme des terpènes…

Cependant après le passage du feu, l’espèce a des atouts pour reconquérir les sols incendiés. Comme d’autres conifères, elle produit des cônes fermés par la résine (comportement de sérotinie), qui même à maturité persistent sur l'arbre et ne s'ouvrent que sous l'effet de la chaleur intense et brutale de l'incendie. « Une fois libérées, les graines de cônes sérotineux (40 à 80 % des cônes produits chaque année) présentent un plus fort taux de germination que les graines issues de cônes non sérotineux ». Il s’agit en quelque sorte d’une adaptation au feu. La pluie de graines ( en moyenne) en provenance des cônes ouverts par le feu démarre quelques heures après le passage du feu et dure environ une semaine avec un pic entre le premier et le troisième jour.

Compte tenu de ses propriétés très inflammables, faut-il ou non reboiser en pin d'Alep ? Si l'on souhaite retrouver un paysage similaire à celui d'avant l'incendie, on favorisera le retour du pin d'Alep qui bénéficie d'un bon potentiel de régénération après les feux. Cependant, si on envisage des peuplements moins vulnérables au feu, on privilégiera d'autres espèces, comme le pin pignon à l'écorce plus épaisse et à la houppe plus dense, ce qui limite le développement du sous-bois. On peut aussi améliorer la résilience des peuplements en introduisant des feuillus. Des outils d'aide à la décision "comme ceux-développés dans le cadre du projet de recherche européen FUME (2009, 2013) - expliquent comment obtenir des peuplements plus résistants face au feu, et se régénérant mieux après le passage du feu". Les chercheurs ont notamment montré comment transformer des peuplements de pins en forêts mélangées pin et chêne blanc pour limiter les risques à long terme. vignette|Écorce d'un pin d'Alep.

Propriétés et utilisations

Le bois souple et dur fut utilisé pour l'étayage des mines, la construction navale et la charpenterie. La qualité est moyenne et les nœuds sont fréquents. Il est assez riche en canaux résinifères; peut donc être gemmé car sa résine est appréciée, mais pas assez abondante pour que le gemmage soit encore pratiqué en France (le gemmage consiste à blesser le pin pour en extraire la gemme ou résine). vignette|Pin d'Alep dans la forêt de Fontvieille (13). Les pêcheurs se sont longtemps servis de son écorce pilée et bouillie, dont les tanins renforçaient et teignaient les filets.

Les Grecs utilisent sa résine pour parfumer la retsina, un vin local.

À l'heure actuelle, le bois est surtout utilisé pour l’industrie papetière et le bois-énergie pour les plus petits diamètres, et pour la caisserie, l’emballage, voire la charpente pour les plus gros diamètres.

En Tunisie, les graines sont utilisées pour la consommation humaine pour produire une pâte qui entre dans la composition d'un pudding traditionnel appelé Assidat zgougou, particulièrement prisé des Tunisiens à l’occasion du Mouled. Les volumes consommés sont à la hausse, en particulier grâce à la commercialisation des graines transformées sous forme de pâte ce qui a permis une utilisation simplifiée dans l'industrie pâtissière (gâteaux, crèmes, glaces). De plus, des crèmes desserts aromatisées aux graines de pin d’Alep sont fabriquées par des sociétés majeures de l'agroalimentaire et commercialisées tout au long de l'année dans les grandes surfaces.

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