vignette|upright=1.2|Jacques II d'Angleterre, peint par Godfrey Kneller en 1684. Les rébellions jacobites (ou révoltes jacobites) sont une série de soulèvements, de rébellions et de guerres s'étant déroulées dans les îles Britanniques (en Grande-Bretagne et en Irlande) entre 1688 et 1746. Leur objectif commun était de ramener Jacques Stuart, VII d'Écosse et II d'Angleterre (le dernier roi catholique de la monarchie britannique), et, plus tard, ses descendants de la maison Stuart, sur le trône dont ils avaient été privés par le Parlement après la Glorieuse Révolution de 1688. Ces révoltes tirent leur nom du jacobitisme, lui-même issu de , l'équivalent latin de Jacques ( en anglais).

La majorité des insurrections ont été qualifiées de rébellions jacobites par les gouvernements hanovriens en place ; mais ces derniers étaient considérés comme des usurpateurs par les partisans des Stuart. Les première et seconde rébellions jacobites étaient alors nommées respectivement « le Quinze » et « le Quarante-Cinq », en référence aux années où elles se sont tenues (1715 et 1745). Bien que ces révoltes soient des événements à part entière, elles sont cependant à intégrer dans une série de plus importantes campagnes militaires européennes visant à restaurer les Stuart sur les trônes d'Écosse et d'Angleterre (et après 1707, celui de Grande-Bretagne).

Jacques II est déchu en 1688, à l'occasion de la Glorieuse Révolution. Les trônes sont alors réclamés par sa fille Marie II, de confession protestante, et son époux, le Hollandais Guillaume III d'Orange qui se trouve être le gendre et le neveu du roi Stuart. Malgré le traumatisme du massacre injustifié de Glencoe (1692), les révoltes se poursuivent, et même s'intensifient, après l'accession de la maison de Hanovre au trône britannique en 1714 et le couronnement de George . Elles continuent jusqu'à la dernière rébellion jacobite (« le Quarante-Cinq »), menée par le « Jeune Prétendant » Charles Édouard Stuart, anéantie au cours de la bataille de Culloden en 1746, brisant définitivement tout espoir réaliste d'une restauration des Stuart.

Glorieuse Révolution

Avant la seconde moitié du , les royaumes de Grande-Bretagne souffrent un temps d'agitation politique et religieuse au cours des guerres des Trois Royaumes. Le Commonwealth d'Angleterre a disparu avec la Restauration de Charles II, le rétablissement de l'Église d'Angleterre et l'imposition d'un gouvernement épiscopal de l'Église.

En 1685, à Charles II succède son frère, catholique, Jacques II et VII (). Jacques n'est pas favorable aux covenantaires qu'il considère comme des fauteurs de troubles. Il tente aussi d'imposer la tolérance religieuse en faveur des catholiques et, dans une moindre mesure, des protestants dissidents, contrariant ainsi de nombreux membres de l'élite anglicane. Ses vaines tentatives de courtiser les presbytériens écossais ne lui ont pas valu une grande popularité parmi eux non plus, surpris par cette volte-face après qu'il avait tenté de les éliminer. Cependant, malgré toutes ces actions considérées comme impopulaires, ses sujets toléraient Jacques parce qu'il avait déjà plus de 50 ans et que ses deux filles étaient mariées à des protestants. Il semblait clair à tout le monde que le règne de Jacques serait court et que le trône allait rapidement revenir aux mains des protestants.

En 1688 cependant, la seconde épouse de Jacques, Marie de Modène, met au monde un fils, le prince Jacques (), créant la perspective d'une dynastie catholique. En effet, en raison des lois de succession anglaise et écossaise, le prince Jacques a immédiatement supplanté ses sœurs aînées comme héritier du trône.

Les « Sept Immortels » invitent la fille de Jacques, Marie (), et son époux et cousin Guillaume d'Orange () à déposer le Roi et à régner conjointement à sa place. Le , Guillaume débarque à Torbay avec son armée. Le lendemain, Jacques fuit Londres et se réfugie en France le . En , la Glorieuse Révolution change formellement l'Angleterre de monarque, mais de nombreux catholiques, épiscopaliens et royalistes tories soutiennent toujours Jacques comme le seul monarque constitutionnellement légitime.

L'Écosse tarde à reconnaître Guillaume, qui convoque une Convention des États ; elle se réunit le à Édimbourg et étudie une lettre conciliante de Guillaume, opposée à une lettre hautaine de Jacques. Dans le camp de Jacques, une modeste force de cinquante cavaliers réunis par John Graham de Claverhouse, vicomte de Dundee. Graham se retire cependant au bout de quatre jours, quand le ralliement à Guillaume devient évident. La convention reconnaît ses limites, et Guillaume et Marie sont proclamés à Édimbourg le , et sont finalement couronnés à Londres en mai. Enfin, Guillaume et Marie acceptent que l'Église d'Écosse devienne une institution épiscopalienne, plus encline à suivre les directives de la royauté. Ainsi, la potentielle popularité du jacobitisme en Écosse est nettement diminuée.

Guerre orangiste en Irlande vignette|upright=1|Bataille de la Boyne, peinture de Jan Wyck.

La guerre orangiste en Irlande est le premier des conflits liés aux tentatives de Jacques II pour reconquérir son trône. Elle oppose les jacobites et catholiques irlandais alliés au royaume de France à Guillaume III d'Angleterre, appuyé par les Provinces-Unies, à la tête d'une armée composée d'Anglais, d'Écossais, de Hollandais, de huguenots français, de Danois, de Norvégiens et d'orangistes et protestants irlandais.

Cette guerre a influencé la révolte jacobite en Écosse qui commence à peu près au même moment avec l'insurrection de « Bonnie Dundee ». Quand elle prend fin en après la bataille d'Aughrim et le siège de Limerick, l'armée jacobite irlandaise quitte l'Irlande pour la France, devenant la brigade irlandaise, qui fournit des troupes auxiliaires durant la seconde révolte jacobite de Quarante-Cinq en Écosse.

Révolte de 1689-1692 en Écosse

Le , John Graham, après être rentré de la Convention d’Édimbourg, dresse l'étendard de Jacques sur le de Dundee avec moins de 50 hommes à ses côtés. Fidèle de Jacques VII, il a participé à la répression des covenantaires. Pour cette raison, les historiens presbytériens l'ont plus tard qualifié de (« Clavers le sanglant »), mais, aujourd'hui, on se souvient de lui comme de (« Dundee le Bel »), en référence aux paroles d'une chanson populaire écrite par le poète Walter Scott en 1830.

Pendant ce temps, Jacques est arrivé en Irlande, promettant à Graham le soutien des troupes irlandaises pour appuyer la révolte en Écosse. Au début, le vicomte Dundee éprouve des difficultés à réunir des partisans. L'inefficacité du major-général orangiste à lutter contre Dundee rallie de nombreux Écossais. Deux cents soldats irlandais parviennent avec succès à rejoindre Kintyre, s'ajoutant aux forces de Dundee. Ce dernier obtient aussi des renforts des clans catholiques et presbytériens de l'ouest des Highlands, ainsi que, plus discrètement, de certains nobles des Lowlands. Cela inclut plusieurs membres de la pairie du royaume, comme , comte de Dunfermline (ancien membre du et désormais commandant de la cavalerie de Dundee) ; James Galloway, lord Dunkeld ; James Haliburton de Pitcur ; Sir George Barclay ; lord William Murray ; Alexander Fraser, le frère aîné de Simon Fraser (futur lord Lovat) ; et Gilbert Ramsay, un célèbre avocat d'Édimbourg.

En juillet, les jacobites disposent de 8 bataillons et de 2 compagnies, presque tous constitués d'Highlanders. Dundee gagne la confiance des clans écossais en cultivant le fait que l’Highlander est un gentilhomme qui considère que l’allégeance à son chef et son clan, chacun avec son étiquette et ses préséances, importait davantage qu'une adhésion au jacobitisme. Alors que l'infanterie anglaise est entraînée à combattre en formation, la méthode des Highlanders est bien moins formelle. Après s'être assuré que rien ne l'encombrerait pendant la bataille, en particulier son plaid, l'Highlander se baisse ou se met à couvert lorsque l'ennemi fait feu. Il riposte vaguement, puis se précipite vers son adversaire en hurlant. Il est armé d'une épée large (broadsword ou claymore) et d'un bouclier (targe), ou de toute autre arme à sa disposition, parfois une fourche ou une hache de Lochaber. La « » était dévastatrice pour les troupes en ligne, qui devaient à la fois reformer leur lignes déconstruites, recharger leurs mousquets et fixer leurs nouvelles baïonnettes.

Cette tactique des Highlanders a défait une armée de Lowlanders fidèle à Guillaume, pourtant bien supérieure en nombre, au cours de la bataille de Killiecrankie, le . Près de deux mille Lowlanders perdent la vie, ainsi qu'environ six cents Highlanders (un tiers de leur force), des Lowlanders jacobites et Dundee lui-même est tué pendant la bataille. Au cours des combats de rue de la bataille de Dunkeld, le , les Highlanders jacobites reculent devant les Cameroniens (constituant désormais un régiment gouvernemental). La majeure partie du Nord de l'Écosse demeure hostile au gouvernement de Guillaume et les expéditions envoyées pour soumettre les Highlands échouent les unes après les autres, se transformant en une série d'escarmouches. Les forces jacobites subissent une défaite cuisante à Cromdale le . Plus tard ce mois de mai, le major-général Mackay construit Fort William sur le site d'un ancien fort construit par Cromwell en plein milieu des Highlands.

En juin parvient la nouvelle de la victoire de Guillaume d'Orange sur Jacques II lors de la bataille de la Boyne et de la ruine des espoirs jacobites. Le , Guillaume offre le pardon à l'ensemble des clans des Highlands pour leur participation à la rébellion jacobite, à condition qu'ils lui aient prêté un serment d'allégeance avant le devant un magistrat. Les chefs des clans des Highlands envoient un mot à Jacques, à présent en exil en France, dans lequel ils lui demandent la permission de prêter ce serment. Jacques hésite, avant de l'autoriser dans un message qui ne parvient à ses destinataires qu'à la mi-décembre. Malgré un hiver rude, quelques-uns parviennent à prêter serment à temps. La brutalité du massacre de Glencoe en précipite les ralliements, et, au printemps, tous les chefs jacobites ont prêté serment au roi Guillaume.

Le « Vieux Prétendant » vignette|upright=1|Jacques François Stuart (1688-1766), le « Vieux Prétendant. » Après la mort de Jacques II en 1701, la revendication jacobite a été transmise à son seul fils légitime, Jacques François Stuart (James Francis Edward Stuart, 1688-1766). Ses partisans l'ont proclamé Jacques III d'Angleterre et d'Irlande et VIII d'Écosse. Le roi de France Louis XIV et le pape Clément XI l'ont tous deux officiellement reconnu. Ce n'est que plus tard que Jacques III a été surnommé le « Vieux Prétendant » afin de le distinguer de son fils, Charles Édouard Stuart (1720-1788), le « Jeune Prétendant. »

Tentative d'invasion en 1708 Après une brève paix, la guerre de Succession d'Espagne de 1701 installe sur le trône Philippe de France, et renouvelle par là-même le soutien des Français aux jacobites dans une lutte commune contre les Anglais. En 1708, Jacques Stuart, le Vieux Prétendant, embarque à Dunkerque avec français dans plus de 30 navires de la marine française. Leur tentative de débarquement dans l'embouchure de la Forth est contrecarrée par la sous le commandement de l'amiral George Byng. Malgré les protestations de Jacques lui-même, l'amiral français, Claude de Forbin, choisit de ne pas prendre le risque d'un débarquement et choisit la retraite. Byng poursuit la flotte française et la contraint à battre en retraite vers le nord de l'Écosse, perdant navires et de nombreux hommes lors de naufrages sur la route de Dunkerque.

Cette tentative d'invasion manquée, rapidement matée par la Royal Navy, a lieu un an après l'Acte d'Union de 1707, qui unit l'Angleterre à l'Écosse au sein du royaume de Grande-Bretagne, sécurisant la religion des presbytériens pratiquée majoritairement au sud de la rivière Tay.