L'expression racisme antiblanc fait référence à des actes d'hostilité à caractère raciste visant spécifiquement les Blancs. Parfois vu comme une forme de « retournement » du racisme, il est alors qualifié de « racisme inversé ». Ces notions sont un objet d’étude de la sociologie, de la politologie et du droit, ainsi qu’un sujet d’actualité discuté dans les médias, par les intellectuels et dans la sphère sociale.
Les expressions « racisme antiblanc » et « racisme inversé » sont contestées par la majorité des chercheurs en sciences sociales, qui rappellent l'importance du contexte historique et font une distinction conceptuelle entre le racisme des dominants et l’existence de certains comportements individuels ou de groupes relevant de la haine raciale (injure raciste, harcèlement, agression, appel à la haine ou à la violence). Ces auteurs considèrent que la notion de racisme anti-Blancs n'est pas pertinente dans des sociétés où les Blancs sont en position de domination.
En France, il est considéré comme un phénomène minoritaire à l'échelle nationale par rapport à d'autres types de racisme, les Blancs étant l'objet de très peu de discriminations en ce qui concerne le travail ou le logement. Dans le domaine politique, le terme est surtout utilisé et instrumentalisé par l'extrême droite, en réaction à l'antiracisme, et parfois par une partie de la droite nationale populiste, bien qu'il soit aussi utilisé par certaines associations anti-racistes comme la LICRA et le MRAP. La notion de racisme antiblanc est controversée chez certaines organisations issues de l'antiracisme ou de la gauche, des médias et des chercheurs qui pour la plupart, sans remettre en cause l'existence de ce racisme, critiquent l'utilisation de cette expression en raison de son instrumentalisation par le Rassemblement national qui n’a cependant pas créé le concept. Cette terminologie favoriserait, selon eux, un antagonisme communautaire faisant des distinctions entre les types de racisme.
Origine historique du concept
Comme le note Anna Bax, la première occurrence du terme rapportée par le Oxford English Dictionary date de 1950 et provient d'un article du Washington Post. À partir d'une analyse du corpus de Google Livres, Bax remarque que l'expression commence à gagner en popularité en 1965, l'année du Voting Rights Act consacrant le droit de vote des Afro-Américains.. Selon Emmanuel Debono, les premières polémiques d'ampleur autour du du monde entier ont lieu dans les années 1960 en réaction à la crise congolaise, particulièrement en France..
En philosophie Selon Magali Bessone, professeure en philosophie politique à l'université Panthéon-Sorbonne, si le phénomène du racisme est envisagé de , alors la notion de racisme anti-Blancs n'est pas pertinente .
En sciences sociales Selon Racism, not Race, un ouvrage de vulgarisation scientifique sur le racisme:
Selon Racisms: An Introduction, un manuel d'introduction aux études scientifiques sur le racisme, le ne peut exister qu'au sein d'une telle que définie par Miri Song en 2014. D'un point de vue scientifique, le racisme est une relation de pouvoir sociale inscrite dans une histoire spécifique. Il ne peut pas être réduit à des relations d'individu à individu. Un est, selon l'auteur Steve Garner, difficilement imaginable d'un point de vue sociologique, et ne pourrait éventuellement exister que dans des contextes locaux spécifiques. Il n'existe cependant pas de preuve d'une discrimination des personnes blanches en tant que telles. Toutefois, des discours politiques, qui ne sont pas fondés sur des recherches scientifiques, utilisent cette idée pour mobiliser. Pour Garner, ces allégations de , telles qu'apparues aux États-Unis et en Europe, sont même devenues un aspect fondamental du racisme dans sa version qui ne voit pas la couleur.
Définition du concept de racisme
La sociologie étudie le racisme en tenant compte des contextes socio-historiques spécifiques et de l'existence préalable, dans les sociétés occidentales, d'idéologies et de politiques ayant historiquement donné aux Blancs le rôle de la ..... Les chercheurs établissent une distinction entre ce qui relève de comportements à caractère raciste de portée individuelle, et l'existence d'un , c'est-à-dire inscrit dans l'organisation sociale Joe Feagin, Systemic Racism. New York, Routledge, 2006..
Le sociologue français Éric Fassin recourt au concept de domination sociale pour définir le racisme, qu'il voit comme qui ne peut par définition . Selon lui, le racisme anti-Blanc se base sur une conception purement individualiste., or puisque le racisme est basé sur des rapports sociaux, le racisme anti-Blancs ne peut pas exister pour les sciences sociales et est un concept absurde.
Marie Peretti-Ndiaye, docteure en sociologie et chercheuse, s'appuie quant à elle sur une vision du racisme comme , et affirme qu'en France aujourd’hui, les personnes considérées comme 'blanches' ne font pas l'objet d'inégalités statistiquement significatives en raison de ce facteur. Toutefois, elle concède que ..
Pour Véronique De Rudder, sociologie et chercheuse en migrations de l'université Paris-Diderot, des ne remettent pas en cause . Selon elle, le racisme est moins un ensemble de faits divers qu'un où les maintiennent - même - les (les ) à l'écart de certaines ressources..
Charlotte Recoquillon, géographe à l'institut français de géopolitique, définit le racisme de façon similaire en le dépeignant comme . Affirmant que , elle ajoute que cela n'est pas du racisme d'un point de vue sociologique, parce que cela . Selon elle, , donc d'un point de vue sociologique, « le racisme anti-blanc n'existe pas. ». Selon France Info, cette définition est majoritaire chez les sociologues.
Pour Pamela Ohene-Nyako, doctorante en histoire à l’Université de Genève, le racisme anti-blanc n'existe pas parce qu'il n'y a pas eu ..
Pooja Sawrikar, psychologue et Ilan Katz, chercheur en travail social de l'Université de New South Wales, remettent en cause cette définition du racisme, qu'ils résument par (). Trouvant cette approche , ils réfutent les définitions du racisme basées sur le pouvoir social, qui réduiraient selon eux le racisme au suprémacisme blanc dans les sociétés à majorité blanche. Ainsi, l'idée selon laquelle serait donc fausse et raciste. Par ailleurs, ils affirment que cette approche où les Blancs sont mis au centre de tout discours sur la race pousse à l'impuissance dans la lutte contre le racisme. Cette impuissance se manifesterait sous la forme d'un sentiment de culpabilité chez les personnes blanches, dû au fait qu'ils ne peuvent rien individuellement contre le racisme vu qu'ils sont oppresseurs de par leur couleur de peau, et une sensation d'impuissance au sein des minorités ethniques, qui seraient forcées d'admettre que le racisme est un état de fait qu'ils ne peuvent changer. L'approche pousserait également à la passivité, à la fois des personnes blanches ne participant pas à la lutte anti-raciste qui se complairaient dans leur rôle assigné de dominants, et des personnes issues des minorités raciales, qui rejetteraient toute responsabilité en raison de leur statut de minorité..
Proche de cette vision, le politologue, sociologue, historien des idées et directeur de recherche au CNRS honoraire français Pierre-André Taguieff considère que les notions de « racisme institutionnel », « racisme structurel » ou « racisme systémique » dérivent de la définition antiraciste du racisme fabriquée par des militants afro-américains révolutionnaires à la fin des années 1960. Selon lui, ces termes ne seraient pas l'expression d’une conceptualisation du racisme, mais « une arme symbolique qui consiste à réduire le racisme au racisme blanc censé être inhérent à la « société blanche » ou à la « domination blanche », celle-ci étant la seule forme de domination raciale reconnue et dénoncée par les néo-antiracistes. » La société blanche étant conceptualisée comme « intrinsèquement raciste », « il s’ensuit que le racisme anti-Blancs ne peut pas exister. C’est là un article de foi fondamental du nouveau catéchisme « antiraciste ». »Pierre-André Taguieff et Kévin Boucaud-Victoire, « Pierre-André Taguieff : "Ce pseudo-antiracisme rend la pensée raciale acceptable" », marianne.net, ..
Pour Daniel Sabbagh, directeur de recherche au Centre de recherches internationales, le racisme est appréhendable selon trois points de vue. Le premier est idéologique, fondé sur la hiérarchisation de « races » définies par une racialisation de l'humanité. Le deuxième, objet d'études de la psychologie sociale notamment, conçoit le racisme comme un ensemble d'attitudes négatives à l'égard de l'autre racisé (« racisme attitudinal »). Le troisième est le racisme systémique.. Le chercheur estime que l'usage de l'expression « racisme anti-Blancs » n'est pas abusive pour caractériser, par exemple, le racisme idéologique ou attitudinal inévitablement produit en réaction au racisme subi, sans commune mesure, par les « non-Blancs ». Il cite en exemple le discours idéologique d'Elijah Muhammad, dirigeant de la Nation of Islam, assimilant les Blancs à des « démons », et la vidéo du rappeur français Nick Conrad, diffusée sur le web en et intitulée Pendez les Blancs. Daniel Sabbagh convient que si l'on ne retient que le racisme systémique, comme conception du racisme, alors l'expression « racisme anti-Blancs » est sans objet. Il estime cependant que le racisme doit être étudié dans toutes ses dimensions.
Racisme inversé Les sociologues américains, auteurs du , considèrent que le terme, qui suggère à tort que le racisme peut être étudié , n'est pas adapté ; une importante distinction existant entre le racisme blanc qui résulte d'un héritage de l'impérialisme et sa « version noire » qui, elle, représente une réaction au racisme blanc..
Robin DiAngelo dénonce également le terme de « racisme inversé » ; . Selon elle, lorsque l'on comprend que le racisme est un système de pouvoir institutionnel inégal, il est impossible de parler de racisme inversé ; ..
Pour Matthew Desmond et Mustafa Emirbayer (du département de sociologie de l'université du Wisconsin à Madison), .
Le terme a été utilisé au Zimbabwe pour parler des violences anti-blancs et de l'idéologie de l'Union nationale africaine du Zimbabwe - Front populaire (ZANU-PF) faisant des Blancs au début des années 2000 des ennemis de l'État, qu'il fallait écraser, et qui devaient prouver leur loyauté à l'État du Zimbabwe en dénonçant leurs supposés pays d'origine, y compris s'ils s'étaient battus contre la colonisation..
Par continent et pays Amériques États-Unis
Aux États-Unis, l'idée de racisme inversé entre dans les débats politiques à partir de 1965. Les néo-conservateurs réagissent aux politiques de discrimination positive en les déclarant contraires à l'idéal d'une société qui ne verrait plus la race (color-blind). Ils accusent les antiracistes d'être les véritables racistes.. En 1978, la jurisprudence de la Cour suprême reconnaît pour la première fois une contre une personne blanche en matière de discrimination positive.. Certains Afro-Américains et Afro-Caribéens expriment une hostilité ou une indifférence envers les blancs qui est interprétée par certains comme ressemblant à une image inversée du racisme blanc. Des chercheurs en sociologie comme Jessica T. Simes ou en psychologie comme Len Lecci et James D. Johnson ont abordé la question dans certains articles. Ils désignent ce phénomène en utilisant les expressions « antiwhite sentiment ». ou « antiwhite attitude »..