Le duché de Savoie est un fief du Saint-Empire romain germanique, du au , bénéficiant d'une relative autonomie politique. Il a pour capitale la ville de Chambéry (1416-1563), située sur le versant septentrional des Alpes, puis celle de Turin (1563-1713), en Piémont.

Le duché correspond à l'ensemble des territoires, appelés également les États de Savoie, obtenus par la maison de Savoie, depuis son émergence au cours du . En 1416, le comte obtient de l'empereur l'érection du comté de Savoie en duché. Ses successeurs obtiennent le titre et le royaume de Sicile en 1713, puis celui de royaume de Sardaigne en 1720. En 1860, le duché de Savoie ainsi que le comté de Nice sont annexés à la France après plébiscite sous le Second Empire de , tandis que le reste des territoires est intégré au nouveau royaume d'Italie dont la maison de Savoie prend la couronne.

Géographie vignette|gauche|Duché de Savoie au . Le duché de Savoie, en 1416, s'organise autour de châtellenies, qui se regroupent en bailliages. Il y a ainsi treize bailliages ou équivalents et quelque 175 châtellenies.., dont : le bailliage de Savoie (18 châtellenies), comprenant la Savoie Propre, la Maurienne et la Tarentaise, avec pour chef-lieu Chambéry, capitale du duché jusqu'en 1563 ; le bailliage de Bugey (3 châtellenies), siège : Rossillon (château) remplace l'ancienne cité stratégique de Saint-Rambert-en-Bugey, puis est remplacée par Belley ; le bailliage du Val d’Aoste (5 châtellenies), siège : Aoste (tour du bailliage) ; le bailliage du val de Suse avec le Canavais (3 châtellenies) ; le bailliage du Chablais (16 châtellenies), siège : château de Chillon ; le bailliage du Pays de Vaud (environ 8 châtellenies selon les périodes), siège : Moudon (château). En 1456, il devient un apanage avec 17 ou 18 châtellenies ; le bailliage de Faucigny (11 châtellenies), siège : Châtillon (château) ; le bailliage de la Bresse (10 châtellenies), siège : Bourg ; le bailliage du pays de Gex, siège : Gex ; le bailliage du Valbonnais, siège : Montluel (seigneurie de Montluel) ; le bailliage de la terre de Provence (comté de Nice et terres nouvelles de Provence), siège : Nice ; le bailliage du Piémont, siège : Pignerol ; le bailliage du Genevois (comté de Genève), siège : Annecy (château) ; le Viennois (9 châtellenies).

Le duché de Savoie au est subdivisé en provinces, mandements et communes : la province de Savoie Propre (Chambéry) ; la province de Maurienne (Saint-Jean-de-Maurienne) ; la province de Tarentaise (Moûtiers) ; la province de Genevois (Annecy) ; la province de Faucigny (Cluses) ; la province du Chablais (Thonon).

Histoire

vignette|droite|Carte des états italiens au . Le duché est représenté en rouge.

Le , l'empereur érige le comté de Savoie en duché de Savoie, lui offrant une autonomie politique sans précédent. L'empereur récompense ainsi les Savoie de leur fidélité. La cérémonie se déroule au château de Chambéry en présence des cours allemandes et savoyardes. La date de l'événement, , est retenue par les mouvements identitaires comme la fête « nationale » savoyarde...

vignette|gauche|Carte des cercles impériaux (début du ). Le duché est représenté en violet. Le duché, au cours de cette période, occupe une au sein de l'Italie impériale (Reichsitalien).. Bien que considéré comme l'un des fiefs impériaux majeurs du territoire centre-nord de l'Italie, aux côtés de la Toscane, Gênes, Milan ou encore les duchés de la plaine du Pô., en tant que membre du cercle impérial du Rhin-Supérieur (Oberrheinischer Reichskreis), à la suite de la réforme du système impérial à la fin du , il est le seul à posséder un siège et un droit de vote à la diète impériale. Toutefois, le duc n'en fera jamais usage..

À la suite de l'occupation du duché par les Français (1536-1559) mais aussi en raison de sa proximité avec la frontière et son emplacement sur la route de l'Italie, le duc Emmanuel-Philibert de Savoie décide de transférer la capitale du duché de Chambéry à Turin, au lendemain du traité de Cateau-Cambrésis, en 1563... Turin devient symboliquement la capitale des États de Savoie le , avec l'entrée du couple ducal.

vignette|droite|Carte du duché de Savoie en 1631.

Lors de la guerre de Succession d'Espagne, le duc de Savoie soutient le roi d'Espagne , puis fait volte-face. Le duché ainsi que le comté de Nice sont occupés par la France en 1703. Les traités d'Utrecht, en 1713, mettent fin à l'occupation. Le duc de Savoie obtient la même année, en échange de son soutien aux autres puissances, le royaume de Sicile. Il échange toutefois avec la maison d'Autriche ce royaume contre celui de Sardaigne par le traité de Londres, sous la pression de la Grande-Bretagne. L'échange est effectif en 1720, à la fin de la guerre de la Quadruple-Alliance.

En 1860, la Révolution italienne (Risorgimento) et les plébiscites pour l'unification en Italie fédèrent les différents États d'Italie et installent le roi de Sardaigne Victor-Emmanuel II de Savoie sur le trône d'une monarchie constitutionnelle avec l'appui de l'empereur des Français .

Le de la même année, lors de la ratification du traité de Turin, à la suite d'un plébiscite censitaire ( « Oui » / « Oui et zone » contre 235 « Non »), les territoires de Savoie ainsi que le comté de Nice, relevant du duché, sont cédés conditionnellement à la France, formant les nouveaux départements de la Savoie, de la Haute-Savoie et celui des Alpes-Maritimes.

Organisation du duché Administration territoriale Le duché de Savoie hérite de la gestion territoriale de l'ancien comté.

La chancellerie de Savoie remonte à 1129. Réinstitué en 1330, cet office dirige l'administration, le chancelier est le principal personnage du conseil après le duc. Lorsqu'en 1563 le siège de la Chancellerie est transféré avec la haute administration savoyarde à Turin, la ville de Chambéry conserve toutefois une petite chancellerie.

Les châtellenies sont gérées par des châtelains, aux mains de plusieurs familles nobles de la région. Le châtelain est un ... Il est chargé de la gestion de la châtellenie, ou mandement, il perçoit les revenus fiscaux du domaine, et il s'occupe de l'entretien du château..

Les bailliages sont entre les mains d'un bailli, mis en place depuis 1263 pour la plupart des possessions, avec une exception pour la Provence où l'on a affaire à un sénéchal et le Piémont aux mains d'un capitaine général.. Le bailli possède le contrôle direct de la châtellenie où il réside, chef-lieu du bailliage, surveille également les châtelains qui lui sont rattachés. La justice est rendue par un juge, elle a lieu quatre fois par an pour chacune des châtellenies.

Langue administrative Serge Lusignan, « Langue des rois au Moyen Âge. Le français en France et en Angleterre », Paris, 2004, p. 40-41. Voir également T. Brunner, « Le passage aux langues vernaculaires dans les actes de la pratique en Occident », Le Moyen Âge, 115/1 (2009), . André Perret souligne également que Gianni Mombello, « Français et langue locale à la Cour de Savoie au », , Le moyen français : recherches de lexicologie et de lexicographie. Actes du Colloque national sur le Moyen français (Milano, 4-6 maggio 1988), 1991, 288 p.. On retrouve cependant, selon André Perret, , notamment concernant les . L'historien Jean-Louis Gaulin souligne également que .. Au cours du , il semble coexister Philippe Marguerat, « Pratiques juridiques et usages linguitiques dans le domaine franco-provençal du et siècles », dans M. Zygmunt et F. Voillat éd., Actes du colloque de dialectologie francoprovençale, Genève, 1971, .

Le français devient la langue de l'État civil du duché au et elle est rendue officielle par l'ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539, puisque le duché à cette période est occupé par les troupes françaises.. Mais cette application semble avoir été très aléatoire.

L'usage du français remonte au comté de Savoie où des documents sont rédigés dès le . du seul versant français. Le français est la langue véhiculaire dès le et elle devient la langue administrative sous le règne du duc Emmanuel-Philibert à la suite d'un édit du 11 ou , la substituant au latin dans les actes des tribunaux.. Cette décision s'applique au Bugey et au Val d'Aoste à la suite de l'édit de Rivoli (), qui modifie par ailleurs les prescriptions précédentes et précisant les règles d'applicationAdolphe Viani, « Quelques aspects socio-linguistiques des parlers du comté de Nice » in Jérôme Magail et Jean-Marc Giaume (dir.), Le comté de Nice : de la Savoie à l'Europe : identité, mémoire et devenir ; actes du colloque de Nice ; 24 - 27 avril 2002, expositions du 15 avril au 15 mai 2002, Bibliothèque de l'université de Nice, Nice, Serre Éditeur, 2006 . À la même époque, le duc de Savoie décrète l'italien, dérivé du toscan, comme la langue administrative dans ses terres du versant italien et dans le comté de Nice.

Le français est de fait la langue administrative, mais aussi de la Cour, ainsi que des couches supérieures de la population (aristocratie et une partie de la bourgeoisie).. Les actes tant publics que notariaux, mais aussi les sermons utilisent aussi le français.

La population, quant à elle, utilise un patois , dialecte local dérivé du roman, le francoprovençal, avec des nuances locales selon l'appartenance à telles ou telles vallées, voire villages.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie .

Irénée Lameire, « Les dernières survivances de la souveraineté du Saint-Empire sur les états de la monarchie piémontaise », Nouvelle revue historique de droit français et étranger, XXXIII, mars-, p. 26-53, 192-214 (2 tomes : tome 1, tome 2).

Fonds d'archives « Archives de l'ancien duché de Savoie restituées par l'Italie», Série SA, sur le site des Archives départementales de la Savoie

Articles connexes

Liens externes

Dossier sur le site des Archives départementales de la Savoie et de la Haute-Savoie - Sabaudia.org. - dans Dossier « La Maison de Savoie ». Site des Archives départementales de la Savoie et de la Haute-Savoie - Sabaudia.org. (10 pages).