Johann Simon, dit Giovanni Simone, Mayr (né à Mendorf près d'Altmannstein (électorat de Bavière) le et décédé à Bergame le ), est un compositeur d'origine allemande.
Longtemps oublié, son œuvre est aujourd'hui considérée comme un chaînon significatif entre la tradition de l'opéra italien incarnée par Giovanni Paisiello et le bel canto romantique de Gioachino Rossini. Il a en outre contribué à introduire dans la musique italienne certains des apports de la musique germanique, notamment la science de l'harmonie et une attention accrue portée à l'orchestration.
Biographie Formation Né en Bavière, Mayr est le deuxième des cinq enfants d'un organiste et maître d'école de village, Joseph Mayr (1738–1807) et de sa femme Maria Anna Prantmayer, fille d'un brasseur d'Augsbourg. Son père lui donne ses premières leçons de musique, discipline pour laquelle il montre des dispositions précoces : à sept ans, il savait chanter à vue et à neuf il est déjà un pianiste confirmé, exécutant notamment les œuvres de Johann Schobert. Très jeune, il commence à composer des lieder et devient membre du chœur de l'église où son père tient l'orgue. Il poursuit l'étude de la musique très largement en autodidacte, apprenant lui-même à jouer de divers instruments à cordes et à vent.
En 1769, il est envoyé parfaire sa formation au monastère bénédictin de Weltenbourg. Il en sort en 1774, pour entrer comme boursier chez les Jésuites d'Ingolstadt où il fait ses humanités en grammaire et en philosophie. Grâce à la protection du baron , il est admis à l'université d'Ingolstadt en 1777, inscrit successivement en rhétorique et en logique (1778-1779), en médecine (1780-1784) et enfin en droit (1784-1785). Le baron de Bassus l'aurait employé comme professeur de musique dans son Massimo Lardi, Il barone de Bassus, L'ora d'oro, Poschiavo 2009, p. 285-293., et il gagnait également sa vie en tenant l'orgue dans une église. En 1786, il publie à Ratisbonne sa première partition, un recueil de 12 lieder ().
Plusieurs auteurs soutiennent que, pendant ses études à Ingolstadt, Mayr fut en relations étroites avec les Illuminés de Bavière fondés par Adam Weishaupt et le baron de Bassus, dont les doctrines, tout comme les idéaux des Lumières dont elles sont inspirées, eurent une influence sur le développement de sa carrière musicaleCes auteurs se fondent notamment sur les notes ou zibaldone compilées par Mayr vers la fin de sa carrière (Source : Wikipédia anglophone). Ils font également observer que l'interruption de ses études universitaires en 1785 coïncide avec l'expulsion des étudiants suspectés d'illuminisme de l'université d'Ingolstadt.. Mayr aurait été affilié aux Illuminati sous le nom d’Aristotiles et aurait également été franc-maçonMassimo Lardi, Il barone de Bassus, L'ora d'oro, Poschiavo 2009, p. 426..
Après avoir quitté l'université, Mayr aurait tenu l'orgue de l'église des Augustiniens d'Ingolstadt, puis de la cathédrale en 1787selon Girolamo Calvi dans une notice biographique de Mayr publiée au dans La Gazette musicale de Milan.. En 1787 (ou 1786), il se rend en Italie pour compléter sa formation musicale. Il aurait suivi le baron de Bassus qui, après le séquestre de ses biens en Bavière, était allé s'installer en Suisse dans le canton des Grisons, à Poschiavo et, de là, serait passé en Valteline. En , il compose une messe et des vêpres pour la fête annuelle du sanctuaire de Tirano en Lombardie. À Bergame, il étudie auprès de Carlo Lenzi, maestro di cappella, avant d'aller à Venise en 1790, grâce à la protection du chanoine-comte Pesenti, pour étudier auprès de Ferdinando Bertoni, maître de chapelle de la Basilique Saint-Marc, composant essentiellement de la musique religieuse, notamment des oratorios pour l'hôpital des Mendicati, dont le premier s'intitule Jakob a Labano fugiens.
Premiers opéras et premiers succès À Venise, Mayr fait la connaissance de Piccinni, revenu dans la cité des Doges en 1793 et de Peter von Winter, qui l'encouragèrent à écrire pour la scène lyrique. C'est à la Fenice – où l'on pense qu'il devait jouer plusieurs années dans l'orchestre comme altiste – qu'il produit son premier opéra, Saffo (1794). Son deuxième ouvrage, Lodoïska (1796), sur un sujet déjà traité par Cherubini, remporte un succès honorable et son premier opera buffa, , la même année, lui apporte la reconnaissance. Son premier véritable triomphe vient avec Ginevra di Scozia, donné en 1801 à Trieste.
Bientôt, ses opéras sont représentés dans toute l'Italie et dans toute l'Europe. Il reçoit des commandes de Milan (13 opéras), de Rome, de Florence, de Naples, de Venise (31 opéras) et de nombreux autres théâtres italiens, et ses ouvrages sont donnés également à Paris, Vienne, Londres, Dresde et Berlin. Il compose quelque soixante-dix opéras dont plusieurs eurent du succès. Le plus célèbre reste créé au Teatro San Carlo de Naples en 1813.
Il épouse Angiola Venturali, fille d'un marchand vénitien, mais celle-ci meurt l'année suivante, en donnant naissance à leur enfant, qui meurt avant son premier mois. En 1804, il épouse la sœur cadette de sa première femme, Lucrezia Venturali († 1844), avec qui il eut une fille unique, Nina, en 1805, qui eut elle-même des descendants.
L'enracinement à Bergame En 1803, il succéda à son maître Lenzi comme maître de chapelle de la Basilique Santa Maria Maggiore de Bergame, fonction qu'il devait conserver jusqu'à sa mort, déclinant toutes les propositions qui lui furent faites pour aller occuper d'autres postes plus prestigieux qu'on lui offrit à Vienne, Saint-Pétersbourg, Lisbonne, Londres (1807), ainsi qu'à Milan, Novare, Dresde et à Paris à la cour de (1805).
Cette stabilité fit de lui le personnage central de la vie musicale de Bergame, qui était particulièrement riche. Il y organisa des concerts, faisant notamment connaître la musique de Haydn, Mozart et Beethoven et fonda en 1805 les célèbres « Leçons charitables de musique » (Lezioni caritatevoli di musica) qui permettaient de former douze jeunes gens issus de familles pauvres. Elles permirent de découvrir le talent du jeune Gaetano Donizetti, qui lui resta toujours fidèle et ne cessa de reconnaître sa dette vis-à-vis de son ancien professeur. Ainsi, en 1840, lorsque la ville de Bergame lui rendit hommage en donnant une représentation de L'esule di Roma, Donizetti insista pour prendre Mayr dans sa loge afin que son vieux maître reçût sa part des applaudissementsCe n'est pas un hasard si Bergame avait choisi, pour rendre hommage à l'enfant du pays, un ouvrage de 1828 dans lequel l'enseignement et l'influence de Mayr sont encore sensibles, depuis le choix du sujet tiré de la Rome antique jusqu'à l'orchestration en passant par l'écriture vocale..
En 1809, Mayr fonda le « Pieux institut musical » (Pio istituto musicale), une institution charitable de secours aux musiciens nécessiteux et à leurs familles. En 1822, il participa à la création de l'Union philharmonique (Unione filarmonica), association de musiciens professionnels et amateurs et, en 1823, il fut élu président de l’Ateneo di scienze, lettere ed arti (Académie des sciences, lettres et arts de Bergame), poste qu'il occupa pendant une dizaine d'années.
Avec l'avènement de Rossini, les compositeurs d'opéras de la génération de Mayr se retrouvent brutalement éclipsés. Mayr se détourne progressivement de la scène lyrique pour se consacrer à nouveau à la musique sacrée et davantage à l'enseignement. D'autant plus qu'il est atteint de cataracte, il voit sa vue décliner à partir de 1822. Après une opération ratée, il devient complètement aveugle en 1826. Il donne son dernier opéra, , en 1824. Il rend visite à sa sœur en Bavière en 1838, après quoi il ne quitte plus Bergame.
Il meurt d'une attaque à l'âge de 82 ans et est enterré dans la basilique de Bergame, à peu de distance de son élève Donizetti.
Œuvres Mayr totalise quelque 600 œuvres dont environ 70 opéras.
Opéras 1794 : Saffo ossia I riti d'Apollo Leucadio, dramma per musica en 2 actes, livret d', Venise, Fenice,
1796 : Lodoiska, dramma per musica en 3 actes, livret de Francesco Gonella d'après Claude-François Fillette-Loraux (d'après un roman de Jean-Baptiste Louvet de Couvray), Venise, Fenice, Un pazzo ne fa cento (autres titres : I rivali delusi ; La contessa immaginaria), dramma giocoso en 2 actes, livret de Giuseppe Foppa d'après Il conte villano de D. Somigli, Venise, Teatro San Samuele,
1797 : Telemaco nell'isola di Calipso, dramma per musica en 3 actes, livret d'Antonio Simone Sografi, Venise, Fenice, Il segreto, Venise, Teatro (Zane a) San Moisè, L'intrigo della lettera (autre titre : Il pittore astratto), farce en un acte, livret de Giuseppe Maria Foppa d'après L'intrigue épistolaire de Fabre d'Églantine, Venise, Teatro (Zane a) San Moisè,
1798 : Avviso ai maritati, dramma giocoso en 2 actes, livret de Francesco Gonella, Venise, Teatro San Samuele, Lauso e Lidia, dramma per musica en 2 actes, livret de Giuseppe Foppa d'après Jean-François Marmontel, Venise, Fenice, (ou ?) Adriano in Siria, dramma per musica en 3 actes, livret de Pietro Metastasio, Venise, Teatro San Benedetto, (ou ?) Che originali! (autres titres : Il trionfo della musica ; Il fanatico per la musica ; La musicomania), farce en 1 acte, livret de Gaetano Rossi d'après La musicomanie de Nicolas-Médard Audinot), Venise, Teatro San Benedetto, Amor ingegnoso, farce en un acte, livret de , Venise, Teatro San Benedetto, L'ubbidienza per astuzia, farce en un acte, livret de Caterino Mazzolà, Venise, Teatro San Benedetto,
1799 : Adelaide di Guesclino, dramma di sentimento en 2 actes, livret de Gaetano Rossi d'après Voltaire, Venise, Fenice, ; reprises : Prague et Vienne, 1802 ; Dresde, 1807 ; Amsterdam, 1817; en version allemande : Francfort-sur-le-Main, 1804 ; Hambourg, 1815 ; Wurtzbourg, 1819 Labino e Carlotta (autres titres : Werter e Carlotta, Sabino e Carlotta), farce en un acte, livret de Gaetano Rossi, Venise, Teatro San Benedetto, L'avaro, farce en un acte, livret de Gaetano Rossi d'après L'Avare fastueux de Carlo Goldoni, Venise, Teatro San Benedetto, L'accademia di musica, farce en un acte, livret de Gaetano Rossi d'après Francesco Albergati Capacelli, Venise, Teatro San Samuele, Lodoiska [version révisée 1], dramma per musica en 2 actes, livret de Gaetano Rossi d'après Claude-François Fillette-Loraux, Milan, Teatro alla Scala, Lodoiska [version révisée 2], opera semiseria en 2 actes, livret d'après Jean-Élie Bédéno Dejaure, Parme, 1799-1800
1800 : Gli sciti, dramma per musica en 2 actes, livret de Gaetano Rossi d'après Les Scythes de Voltaire, Venise, Fenice, La locandiera, dramma giocoso en 2 actes, livret de Gaetano Rossi d'après Carlo Goldoni, Vicence, Teatro Berico, printemps Il caretto del venditore d'aceto (autres titres : L'oro fa tutto, L'acetaio, Il barile portentoso), farce en un acte livret de Giuseppe Foppa d'après La Brouette du vinaigrier de Louis-Sébastien Mercier, Venise, Teatro Sant' Angelo, L'equivoco, ovvero Le bizzarie dell'amore (autres titres : I due viaggiatori, I castelli in aria ossia Gli amanti per accidente), dramma giocoso en 2 actes, livret de Giuseppe Foppa d'après Les Châteaux en Espagne de Jean-François Collin d'Harleville, Milan, Teatro alla Scala, ; reprise : Venise, Teatro San Benedetto, ; Florence, Risoluti (Teatro di via S Maria), été 1804 L'imbroglione e il castiga-matti, farce en un acte, livret de Giuseppe Foppa, Venise, Teatro (Zane a) San Moisè,
1801 : Ginevra di Scozia (autre titre : Ariodante), dramma serio eroico per musica en 2 actes, livret de Gaetano Rossi d'après Orlando furioso de l'Arioste, Trieste, Teatro Nuovo (opéra inaugural), Le due giornate (autre titre : Il portatore d'acqua), dramma eroicomico per musica en 3 actes, livret de Giuseppe Foppa d'après Les Deux journées de Jean-Nicolas Bouilly, Milan, Teatro alla Scala, Argene, dramma eroica per musica en 2 actes, livret de Gaetano Rossi, Venise, Fenice, 16-