L'élection présidentielle américaine de 1952 est la quarante-deuxième élection présidentielle depuis l'adoption de la Constitution américaine en 1787. Le scrutin a lieu le mardi et voit la victoire du général Dwight D. Eisenhower face au gouverneur de l'Illinois, le démocrate Adlai Stevenson. L'élection s'est déroulée dans un contexte marqué par la guerre froide, la guerre de Corée et une lassitude envers l'administration démocrate qui dirigeait le pays depuis 1933.

Conditions d'éligibilité

Ne peuvent se présenter, selon l'article section première de la Constitution, que les citoyens américains: Américains de naissance ; âgés d'au moins ; ayant résidé aux États-Unis depuis au moins .

Depuis l'adoption du amendement en 1947 par le Congrès et sa ratification en 1951, les anciens présidents qui ont déjà été élus deux fois ne sont plus éligibles. Néanmoins, une clause permettait au président Truman de pouvoir concourir.

Contexte L'élection présidentielle américaine de 1952 s'est tenue dans un contexte marqué par des enjeux nationaux et internationaux majeurs. Après vingt ans de présidences démocrates sous Franklin Delano Roosevelt () et Harry S. Truman (), le Parti républicain voyait une opportunité historique de reprendre la Maison-Blanche.

Un climat politique marqué par la guerre froide

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945, les États-Unis étaient engagés dans une rivalité croissante avec l'Union soviétique, connue sous le nom de guerre froide. Cette période était marquée par la montée des tensions idéologiques, militaires et économiques entre les blocs de l'Est et de l'Ouest. La guerre de Corée, commencée en 1950, contribuait à accroître l'anxiété du public face à la menace communiste. La politique étrangère était dominée par la doctrine Truman, visant à contenir l'expansion du communisme.

L'administration Truman et ses difficultés

Le président sortant, Harry S. Truman, faisait face à une baisse de popularité en raison de divers problèmes nationaux et internationaux. Son administration était critiquée pour sa gestion de la guerre de Corée, qui s'enlisait, ainsi que pour la montée du maccarthysme, une période de chasse aux sorcières anti-communiste menée par le sénateur du Wisconsin Joseph McCarthy. Par ailleurs, des affaires de corruption entachaient l'image du Parti démocrate, affaiblissant ses chances de remporter une nouvelle élection. Le renvoi du général Douglas MacArthur par Truman le fut très mal perçu dans l'opinion et les démocrates ne s'en sont guère relevé face aux attaques du maccarthysme.

Nominations Dans les années 1950, le processus des primaires était différent du système actuel. Peu d'états organisaient des élections primaires, et la majorité des délégués étaient encore sélectionnés lors de conventions d'état dominées par les chefs de partis.

Les primaires jouaient cependant un rôle crucial pour tester la popularité des candidats et leur capacité à rassembler des soutiens. En 1952, ces scrutins prirent une importance particulière pour les républicains et les démocrates.

Parti démocrate Kefauver remporta une série impressionnante de primaires, notamment dans le New Hampshire, battant Truman lui-même avant que ce dernier ne se retire de la course. Cependant, le système des primaires à l'époque n'était pas décisif, car les délégués étaient encore largement choisis par les chefs de parti plutôt que par les électeurs.

Au fil des mois, Adlai Stevenson émergea comme le choix favori des démocrates influents. Bien qu'il n'ait pas participé activement aux primaires, son discours à la Convention nationale démocrate en convainquit de nombreux délégués qu'il était le meilleur candidat pour affronter le républicain Dwight D. Eisenhower.

Ticket 65px|center|link=Parti démocrate (États-Unis)|Logo du Parti démocrateTicket démocrate de 1952 Candidat à la présidenceCandidat à la vice-présidence center|200x200px center|200x200px Gouverneur de l'Illinois() Sénateur fédéral pour l'Alabama()Campagne

Candidats à la nomination Estes Kefauver Richard Brevard Russell, Jr. William Averell Harriman Harry S. Truman center|120x120px center|120x120px center|120x120px center|120x120px center|120x120px Sénateur fédéral du Tennessee() Sénateur fédéral de Géorgie() Secrétaire au Commerce des États-Unis() Sénateur fédéral de l'Oklahoma() Président des États-Unis()

Parti républicain Les primaires furent particulièrement disputées, Eisenhower et Taft remportant chacun plusieurs états clés. L'une des batailles les plus importantes eut lieu dans le New Hampshire, où Eisenhower remporta une victoire décisive qui renforça sa position de favori.

Malgré le soutien des républicains conservateurs à Taft, Eisenhower bénéficia d'une dynamique favorable, notamment grâce à son image de chef militaire et à l'appui de figures influentes du parti, comme Thomas Dewey, ancien candidat républicain à la présidence.

Ticket 65px|center|link=Parti républicain (États-Unis)|Logo du Parti républicainTicket républicain de 1952Candidat à la présidenceCandidat à la vice-président center|200x200px center|200x200px Commandant suprême des forces alliées en Europe() Sénateur fédéral pour la Californie()Campagne

Candidats à la nomination Robert Taft Earl Warren Harold Stassen Douglas MacArthur center|120x120px center|120x120px center|120x120px center|120x120px Sénateur fédéral de l'Ohio() Gouverneur de la Californie() Gouverneur du Minnesota() General of the Army(depuis 1944)

Campagne Les élections primaires Les primaires de 1952 furent particulièrement animées, notamment du côté républicain. Le Parti républicain était divisé entre les partisans du sénateur conservateur Robert Taft, fils de l'ancien président William Howard Taft qui représentait l'aile isolationniste et conservatrice du parti, et ceux de Dwight D. Eisenhower, un général de la Seconde Guerre mondiale très populaire. Eisenhower, bien que réticent à entrer en politique, accepta de se présenter sous la pression de ses partisans et adopta une position plus internationaliste. Son principal défi était de battre Taft dans les primaires, largement soutenu par l'appareil républicain, ce qu'il réussit grâce à une campagne dynamique et à son image d'homme providentiel capable d'unir la nation et l'appui du gouverneur de l'État de New York Thomas Dewey. Le , Eisenhower demande à être relevé de ses fonctions de commandant suprême des forces alliées et de rentrer au pays pour se concentrer sur la campagne des primaires. Il obtient officiellement la nomination le et choisit le sénateur de Californie Richard Nixon comme colistier.

Chez les démocrates, le président sortant Harry S. Truman décida de ne pas briguer un nouveau mandat après sa défaite lors de la primaire du New Hampshire, ouvrant ainsi la voie à plusieurs candidats. Jusqu'à la convention démocrate, Truman n'apporta pas son soutien officiel à l'un des prétendants, mais disposait encore de suffisamment d'influence pour peser sur la nomination. Adlai Stevenson, gouverneur de l'Illinois, fut finalement désigné comme candidat après avoir été perçu comme un leader intellectuel et modéré, capable de défendre l'héritage du New Deal face aux critiques républicaines. Comme en 1948, les démocrates sudistes menaçaient de provoquer une scission et d'avoir le propre candidat, mais ils étaient eux-mêmes divisés. Le vote pour la nomination fut reporté d'une journée, un début d'incendie s'étant déclaré dans l'enceinte de l'International Amphitheatre de Chicago. Pour équilibrer le ticket démocrate, le sénateur de l'Alabama John Sparkman fut désigné comme colistier, notamment pour satisfaire les démocrates sudistes.

Pour la première fois, les conventions nationales furent retransmises à la télévision, et des millions d'Américains assistèrent à la grande messe politique, à savoir le choix des candidats pour l'élection générale. Le général Douglas MacArthur fut le principal orateur de la convention républicaine, et son discours fut très suivi.

La campagne générale

Une fois les nominations officialisées, la campagne présidentielle prit une tournure décisive. Eisenhower mena une campagne axée sur la nécessité du changement, critiquant vivement l'administration démocrate pour sa gestion de la guerre de Corée, la corruption et l'expansion du communisme. Son slogan devint emblématique et renforça son image de leader accessible et rassurant. Son premier discours officiel, prononcé dans sa ville de cœur d'Abilene dans le Kansas, fut largement relayé par la presse, dressant un bilan à charge contre l'administration sortante. Il promet notamment de se rendre en Corée et de tout faire pour mettre fin au conflit.

Stevenson, quant à lui, adopta un ton plus académique et tenta de défendre le bilan démocrate, insistant sur la stabilité économique et sociale apportée par ses prédécesseurs. Cependant, il eut du mal à contrer la vague d'enthousiasme en faveur d'Eisenhower, surtout face à l'usure politique du Parti démocrate après vingt ans au pouvoir. Malgré le prestige associé à son nom, son grand-père Adlai Ewing Stevenson ayant été vice-président à la fin du , il souffrait de la comparaison face à Eisenhower. De plus, ses discours n'étaient pas calibrés pour la radiodiffusion, dépassant toujours la limite dont il disposait à l'antenne. Son colistier John Sparkman fit essentiellement campagne dans le Sud et son impact fut limité, contrairement au président Truman qui fit activement campagne pour le ticket démocrate.

Un moment clé de la campagne fut le de Richard Nixon, candidat républicain à la vice-présidence. Accusé de corruption, Nixon prit la parole à la télévision pour se défendre, expliquant qu'il n'avait accepté qu'un seul don controversé : un chien nommé Checkers pour ses enfants. Ce discours émut le public et permit à Nixon de rester sur le ticket républicain. Nixon avait joué un rôle majeur dans le parjure d'Alger Hiss, un ancien fonctionnaire du département d'État, et cet évènement avait contribué à son ascension politique rapide. Il se fit très vite des ennemis au sein du Parti républicain, mais l'affaire eut une répercussion bien plus grande : tous les élus au Congrès durent publier leurs déclarations d'impôts afin de montrer leur bonne foi. À la suite de l'affaire, la campagne prit une tournure désagréable, avec de nombreuses attaques personnelles, le maccarthysme jouant à plein pour atteindre et attaquer Stevenson et le dénoncer comme étant un communiste. Néanmoins, la position républicaine fut un temps menacée par les violentes attaques de Joseph McCarthy à l'encontre du général George Marshall. Eisenhower attendit plus d'un mois avant de s'exprimer publiquement et d'apporter son soutien à Marshall.

D'après les comptes du New York Times, les deux candidats ont parcouru plus de et prononcé chacun plus de jusqu'à la veille du scrutin.

L'impact de la télévision thumb|right|250px|Dwight et Mamie Eisenhower regardant la couverture télévisée de la Convention nationale républicaine de Chicago (Bibliothèque du Congrès). L'élection de 1952 fut la première à voir la télévision jouer un rôle central dans la stratégie de campagne. Les auditions au Congrès de la commission d'enquête sur le crime organisé, en , sous la conduite du sénateur Estes Kefauver, ont eu un impact considérable du fait de leur télédiffusion. Les partis prirent alors conscience du poids considérable de la télévision pour mener une campagne électorale. Eisenhower exploita ce nouveau média de manière innovante, en diffusant des spots publicitaires courts et percutants, contrastant avec le style plus traditionnel de Stevenson, qui préférait les discours longs et argumentés. La télévision permit à Eisenhower de toucher un public plus large et de renforcer son image de leader moderne et dynamique.