Du milieu du à 1989, la question allemande a été au cœur de la diplomatie et des conflits européens. La politique étrangère de l'Allemagne a ainsi joué un grand rôle dans la formation de l'Europe contemporaine.

Pourtant, l’Allemagne en tant qu’État-nation n’a véritablement existé qu’à partir de 1871, date à laquelle le Reich est proclamé dans la galerie des Glaces du château de Versailles. Mais l’élaboration de l’unité allemande a été un enjeu important des relations européennes, avec la révolution de 1848 d’une part, et l’arrivée au pouvoir de Bismarck d’autre part. Elle conditionne les relations austro-prussiennes puis les relations franco-prussiennes. Otto von Bismarck, chancelier prussien à partir de 1862, a voulu faire l’unité allemande par « le fer et le sang ». Cela suppose des relations tendues avec les États susceptibles de faire obstacle à cette unité et à la grandeur de l’Allemagne. Le jeune Empire allemand exige ensuite que les autres nations le traitent en égal dans la diplomatie européenne. Cette volonté est une constante de la diplomatie allemande, bien que, de 1945 à 1990, elle n'ait pu s’exercer que dans le cadre d’une souveraineté limitée. thumb|upright=0.8|Otto von Bismarck, l’artisan de l’unité allemande.|alt=Photo d'Otto von Bismarck.

Relations internationales de la naissance de l’Empire allemand jusqu’en 1918

L'Allemagne s'est constituée en État moderne par opposition à la France et autour de la Prusse, qui est parvenue à exclure sa rivale autrichienne de la Confédération germanique, ancêtre de l'Allemagne moderne.

Après la proclamation de l’empire en 1871, l’Allemagne rattrape, en quelques décennies, un siècle de retard sur le Royaume-Uni. Sa nouvelle puissance économique la pousse à regarder vers l’étranger. On peut, à cet égard, parler d’impérialisme économique et culturel. Dès 1879, alors que l’Empire austro-hongrois et l’Empire allemand scellent l’alliance austro-germanique, les deux pays amorcent un rapprochement économique. L’idée est de former une union douanière pour créer au centre de l’Europe une vaste zone de libre-échange où pourraient s’écouler les produits allemands. Le Reich est de plus le premier pourvoyeur de capitaux de l’Empire austro-hongroisÉlisabeth Du Réau, L’idée d’Europe au : des mythes aux réalités, , Complexes, 2001, .. L’Empire ottoman est un autre marché : le Bagdadbahn commencé en 1903 est un exemple connu de la présence allemande à l’étrangerMichel Eude, Allemagne moderne et contemporaine, Encyclopædia Universalis, DVD, 2007.. Cet impérialisme économique est soutenu par la ligue pangermaniste, fondée en 1893. En 1905, Ernst Hasse, professeur à l’université de Leipzig, publie , reprenant les théories de Fichte, et affirme : L’expansion territoriale est justifiée par le désir de rassembler tous les germanophones au sein d’un même État. Le pangermanisme exerce une certaine influence dans les milieux d’affaires, politiques et universitaires.

L’Allemagne a aussi des visées vers l'Empire ottoman, l’Afrique et le Pacifique où elle espère trouver des matières premières à bon marché ou même fonder des comptoirs pour écouler ses produits manufacturés, mais la France, le Royaume-Uni et le roi Léopold II pour le compte de la Belgique se sont depuis longtemps partagés l’Afrique. De même, en Asie, ce sont les puissances anglaises et françaises qui dominent. L’Allemagne, sauf en de rares endroits comme au Cameroun, ne peut espérer obtenir de zones d’influence dans les colonies. Ceci alimente son ressentiment à l’égard des deux principales puissances coloniales. En Extrême-Orient, l’Allemagne reçoit le droit d’occuper la baie de Jiaozhou et y construit la base navale de Qingdao. Le Nord-Est de la Nouvelle-Guinée, plusieurs archipels du Pacifique (Marshall, Palaos, Bismarck, Salomon, Carolines, Mariannes, partie des Samoa) deviennent aussi des colonies fort appréciées par la flotte de guerre. Au début du , le Reich, au nom de la initiée par son empereur Guillaume , souhaite prendre pied au Maroc. On découvrira, après 1918, que les intrigues de certains cercles britanniques contre la présence belge au Congo étaient menées par des agents allemands relayés par le consul anglais d'origine irlandaise Roger Casement, tandis que des troupes Mahdistes en lutte contre la présence anglaise au Soudan et belge dans le Bahr-el-Gazal étaient commandées par un agent allemand dissimulé sous le nom d'Emin Pacha. C'est aussi un trafiquant allemand, Stokes, qui fournit des armes à feu aux trafiquants africains.

En 1905, Guillaume II effectue une visite au Maroc, mis sous tutelle financière française un an auparavant, et y affirme son indépendance. Ce « coup de Tanger » entraîne une poussée de germanophobie en France et la réunion l’année suivante d’une conférence internationale à Algésiras, dans le Sud de l’Espagne, qui établit aussi implicitement des « droits » particuliers de la France sur l’empire chérifien. L’Allemagne voit ainsi ses prétentions sur le Maroc battues en brèche. Pour protester contre la mainmise progressive de la France sur le Maroc, l’Allemagne envoie une canonnière à Agadir. La tension est alors à son comble et un conflit semble imminent. Finalement, l’affaire se résout grâce à la politique d’apaisement du président du Conseil français, Joseph Caillaux. Un traité franco-allemand, le , permet un échange de territoires en Afrique équatoriale, la colonie allemande du Cameroun se voyant étendue par l'adjonction de territoires appartenant aux possessions françaises du Congo et de l'Oubangui-Chari, contre lequel l’Allemagne renonce à toute prétention au Maroc..

Plus que la colonisation, le Deutschtum im Ausland permet le rayonnement de l’Allemagne à l’étranger. Dix à douze millions d’émigrés allemands et de descendants d’Allemands vivent dans le monde. Ils constituent un appui de choix pour la propagande allemande. En 1913, la loi Delbrück permet aux émigrés de conserver la nationalité allemande.

Allemagne dans le jeu européen

Après l’avènement de l’Empire allemand, Bismarck cherche donc à convaincre ses voisins européens qu'il n’y a plus de raison de craindre le nationalisme pangermanique mais la situation reste instableMichael Mertes, Claire Skalmowski, « Les questions allemandes au : identité, démocratie, équilibre européen », Politiques étrangères, 2000, 4-5, ..

En effet, depuis l’annexion de l’Alsace et la Lorraine, les relations entre la France et le Reich sont très tendues. Le chancelier Bismarck s’évertue à isoler la France pour l’empêcher de nouer une alliance contre le Reich. Dans un premier temps, Bismark s’évertue à nouer des alliances avec l’Autriche-Hongrie et l’Empire russe, même si ces deux empires ont tous les deux des ambitions hégémoniques sur les Balkans. En 1872-1873, « l’Entente des Trois Empereurs » isole diplomatiquement la France. Elle prend la forme d’une série de conventions dont une alliance défensive germano-russePierre Milza, Les Relations internationales de 1871 à 1914, Institut universitaire de hautes études internationales, Genève, année 2004-2005.. Après le congrès de Berlin de 1878 sur la question du partage de la partie européenne de l’Empire ottoman, la rivalité austro-russe s’exacerbe dans les Balkans. Bismarck est accusé par la Russie d’avoir favorisé l’allié autrichien. Le tsar Alexandre déclare caduque l’entente des Trois empereurs. En 1879, sous l’impulsion de Bismark, l’Autriche-Hongrie et l’Allemagne signent une alliance militaire. Il s’agit d’une alliance défensive au cas où l’une des deux puissances serait attaquée par la Russie et d’un engagement de neutralité si l’agresseur est une autre puissance. Le tsar, soucieux de ne pas être isolé sur l’échiquier européen, renoue avec les deux empires centraux et rentre de nouveau dans le système bismarckien par un traité de neutralité.

En 1881, l’Italie demande son intégration dans l’association germano-autrichienne par opposition à la France qui a pris pied en Tunisie, territoire que l’Italie revendiquait. Le , un accord tripartite voit donc le jour : la Triplice ou Triple Alliance. Mais l’Italie n’est pas une alliée sûre : elle revendique le Trentin et l’Istrie à l’Autriche.

Contenir l’esprit de revanche français reste une préoccupation de la politique étrangère de l’Allemagne bismarckienne. L’affaire Schnæbelé en 1887 reste un point culminant de la crise. La guerre est évitée de justesse. Pour les nationalistes français, l’enlèvement de Schnæbelé est une provocation de l’Allemagne dans le but d’accroître ses moyens militaires et déclencher une guerre préventive. L’Allemagne, inquiète d’un rapprochement franco-russe, signe un pacte de contre-assurance avec la Russie en 1887. En , Bismarck donne sa démission car le nouvel empereur (Guillaume II) trouve le traité de contre-assurance contraire à la Triple-Alliance et refuse le renouvellement. C’est la chute du système bismarckien. La Russie, dédaignée par Guillaume II, se rapproche de la France. Ceci permet l’alliance franco-russe de 1894.

upright|thumb|L’empereur Guillaume (1888-1918).|alt=Photo de Guillaume II.

Guillaume (1888-1918) veut faire de l’Allemagne une grande puissance navale et coloniale. Il est conseillé par Friedrich von Holstein et par Bernhard von Bülow, secrétaire d’État aux Affaires étrangères en 1897 puis chancelier d’Empire en 1900. Alfred von Tirpitz, ministre de la Marine à partir de 1898, fait voter les lois-programmes de 1898 et 1900, dont l’objectif est de créer en seize ans une flotte capable de se mesurer avec la flotte britannique en mer du Nord. L’objectif est de forcer le Royaume-Uni à demeurer neutre en cas de guerre continentale sur deux frontsLouis Dupeux, article Alfred von Tirpitz, Encyclopædia Universalis, DVD, 2007.. Mais cette politique de construction de navires de guerre mécontente le Royaume-Uni.

Au début du , l’Allemagne ne peut vraiment compter que sur un seul allié, l’Autriche-Hongrie. L’Allemagne de Guillaume II connaît ainsi un isolement croissant. En 1914, l’Allemagne peut cependant compter sur la sympathie de la Turquie. La Turquie n’ignore pas que la Russie a toujours cherché un débouché sur la Méditerranée et qu’elle ne cessait de revendiquer les Détroits. La menace se précise, puisque le Royaume-Uni qui, naguère, protégeait la Sublime Porte, est maintenant allié à la Russie. Pour la Turquie, seul un rapprochement avec l’Allemagne de Guillaume II pouvait rompre l’isolement où elle se sentait emprisonnée. L’Allemagne, qui n’a guère de colonies, a accompli une œuvre de belle propagande, en se présentant comme la protectrice des nations d’outre-mer et comme la garante de leur indépendance. Ainsi a-t-elle pu trouver des sympathies auprès des peuples colonisés dans tout le bassin de la Méditerranée, du Caucase à Marrakech.

Première Guerre mondiale

Après l’attentat de Sarajevo, le , Berlin conseille la fermeté à la couronne d’Autriche. Il semble au haut commandement que jamais les chances d’un succès contre la Serbie, la Russie et la France ne seraient aussi favorables. Berlin pense que, manquant d’artillerie lourde, la France retiendrait la Russie. Si on sait qu’il y a risque de guerre, on le pense limité. C’est la politique dite « du risque calculé » définie par le chancelier Bethmann-Hollweg. Car on ne croit pas à un soutien inconditionnel de la Russie aux Serbes. Le , l’Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie. Le mécanisme des alliances se met en marche. Le , la Russie, alliée de la Serbie mobilise. Le , l’Allemagne déclare la guerre à la Russie ; la France mobilise. Le , l’Allemagne qui doit prendre l’initiative militaire suivant le plan Schlieffen, déclare la guerre à la France. Le , l’Allemagne envahit le territoire de la Belgique neutre. En conséquence de cette infraction au traité de 1831 établissant la neutralité de la Belgique sous la garantie des puissances européennes, le Royaume-Uni déclare la guerre à l’Allemagne. La Première Guerre mondiale commence.