L'élection présidentielle américaine de 1972 voit le président républicain Richard Nixon, réélu le avec d'avance face au démocrate, progressiste George McGovern, soit le large score de l'histoire des élections présidentielles américaines.
George McGovern avait gagné de peu les primaires démocrates avec un programme pacifiste, devançant un candidat du Sud, jugé pro-ségrégationniste, anti-fédéral et conservateur, George Wallace, gouverneur d'Alabama, et l'ancien vice-président Hubert Humphrey. Aux divisions du Parti démocrate s'ajoute le scandale qui oblige à démissionner son colistier Thomas Eagleton, puis un autre quand un éditorialiste accuse sans preuve McGovern de réclamer l'amnistie pour les déserteurs du Vietnam ou d'encourager la consommation de drogue. C'est dans ce contexte qu'a lieu le cambriolage du siège du parti démocrate révélé en 1973 par l'affaire du Watergate.
Nixon fait au contraire valoir qu'une issue à la guerre du Viêt Nam devient possible, sur fond de politique de détente menée avec la république populaire de Chine et l'URSS, s'appuyant sur les négociations sur la limitation des armements stratégiques, illustrées par la signature du traité ABM.
Conditions d'éligibilité
Ne peuvent se présenter, selon l'article section première de la Constitution, que les citoyens américains : Américains de naissance ; âgés d'au moins ; ayant résidé aux États-Unis depuis au moins .
Depuis l'adoption du amendement en 1947 et sa ratification en 1951, les anciens présidents qui ont déjà été élus deux fois ne sont plus éligibles.
Primaires Parti démocrate Candidats du Parti démocrate
Chaque candidat dispose au début de la campagne de soutiens importants au sein du parti. Ainsi, George McGovern aligne à ses côtés les sénateurs Frank Church (Idaho) et John V. Tunney (Californie) tandis que George Wallace dispose du soutien de Lester Maddox (ancien gouverneur Dixiecrat de Géorgie).
Plus que tout autre candidat, Edmund Muskie aligne les soutiens des caciques du parti en commençant par William Averell Harriman, ancien gouverneur de New York et ancien secrétaire au commerce, le sénateur Harold Hughes (Iowa), le sénateur Birch Bayh (Indiana), le sénateur Adlai Stevenson III (Illinois), le sénateur Mike Gravel (Alaska), l'ancien gouverneur de Pennsylvanie, Milton Shapp ou encore l'astronaute John Glenn.
Si Shirley Chisholm reçoit le soutien de Jesse Jackson (représentant de l'Illinois), l'ancien président Lyndon B. Johnson s'est prononcé pour Terry Sanford tandis que Jimmy Carter, gouverneur de Géorgie, apporte son soutien à Henry M. Jackson.
thumb|Carte électorale lors des élections primaires démocrates. À la suite de l'affaire de Chappaquiddick, le sénateur Edward Moore Kennedy avait dû quant à lui renoncer à se présenter à l'élection présidentielle.
La direction du Parti démocrate marqua d'abord sa préférence pour Edmund Muskie, un centriste qui fut candidat à la vice-présidence en 1968. Mais il est victime dès le début de la campagne de rumeurs et de calomnies portant sur sa femme ou sur des propos qu'il aurait tenu concernant les Canadiens français. Sa défense maladroite et l'expression de son intense émotion le desservent, favorisant l'émergence de George McGovern lors des élections primaires du New Hampshire.
Dans le sud, un autre candidat, représentant l'extrême droite au sein du Parti démocrate, le gouverneur autrefois ségrégationniste d'Alabama, George Wallace, se pose en outsider. Il avait déjà joué un rôle majeur dans la défaite serrée des Démocrates en 1972.
Se proclamant dorénavant modéré, il fait notamment campagne contre le Busing, un système d'organisation du transport scolaire visant à promouvoir la mixité sociale ou raciale au sein des établissements scolaires publics. Il remporte ainsi 42 % des voix et tous les comtés lors de l'élection primaire de Floride. Il s'impose également dans les autres États du Sud et semble alors prendre la tête dans plusieurs états du nord quand sa campagne est stoppée nette par une tentative d'assassinat dont il est la victime et qui le laisse paralysé. En dépit de nouvelles victoires dans le Michigan et le Maryland, il ne peut poursuivre sa campagne et est finalement distancé par McGovern. Ce sera en chaise roulante que Wallace interviendra, le , lors de la réunion de la convention démocrate à Miami.
Débarrassé ainsi de réels rivaux après le forfait de Wallace, McGovern s’octroie le soutien de la base du parti mais il rencontre des difficultés auprès des caciques. Par ailleurs, après la victoire de McGovern, le , dans la primaire du Massachusetts, le journaliste conservateur Robert Novak, citant un membre éminent du Parti démocrate, décrit McGovern comme un partisan de l'amnistie, de l'avortement et de la légalisation de certaines drogues comme l'acideEn 2007, lors de l'émission Meet the Press, Novak affirmera que sa source était Thomas Eagleton.
Ainsi, quand il sera finalement désigné, au bout d'un vote chaotique lors de la convention démocrate réunie à Miami, pour représenter le parti, une centaine de délégués démocrates apporteront leur soutien au républicain Richard Nixon.
Résultat des élections primaires démocrates (en nombre de voix et en %)
Hubert Humphrey - (25,77 %) George McGovern - (25,34 %) George Wallace - (23,48 %) Edmund Muskie - (11,51 %) Eugene McCarthy - (3,46 %) Henry M. Jackson - (3,16 %) Shirley Chisholm - (2,69 %) Terry Sanford - (2,07 %) John Lindsay - (1,23 %) Samuel Yorty - (0,50 %) Wilbur Mills - (0,23 %) Walter E. Fauntroy - (0,13 %) Unpledged - (0,12 %) Edward Moore Kennedy - (0,10 %) Vance Hartke - (0,07 %) Patsy Mink - (0,05 %) Aucun - (0,04 %)
Résultat de la Convention démocrate de 1972
George McGovern 1864,95 Henry “Scoop” Jackson 525 George Wallace 381,7 Shirley Chisholm 151,95 Terry Sanford 77,5 Hubert Humphrey 66,7 Wilbur Mills 33,8 Edmund Muskie 24,3 Edward M. Kennedy 12,7 Sam Yorty 10 Wayne Hays 5 John Lindsay 5 Fred Harris 2 Eugene McCarthy 2 Walter Mondale 2 Ramsey Clark, Walter Fauntroy, Vance Hartke, Harold Hughes et Patsy Mink 1 chacun
Candidats à la vice-présidence
Reubin Askew, gouverneur de Floride Frank Church, sénateur de l'Idaho John J. Gilligan, gouverneur de l'Ohio Hubert Humphrey, sénateur du Minnesota Edward Moore Kennedy, sénateur du Massachusetts Patrick Lucey, gouverneur du Wisconsin Wilbur Mills, représentant de l'Arkansas Walter Mondale, sénateur du Minnesota Edmund Muskie, sénateur du Maine Gaylord Nelson, sénateur du Wisconsin Lawrence O'Brien, président du Parti démocrate Abraham Ribicoff, sénateur du Connecticut Kevin White, maire de Boston
Les délégués élurent finalement le sénateur Thomas Eagleton pour être le candidat à la vice-présidence. Le choix d'Eagleton contrastait avec la personnalité et le projet politique de McGovernAll Politics: CNN Time. "All The Votes...Really". Mais quelques semaines plus tard, la presse révélait le passé psychiatrique de Eagleton, notamment son hospitalisation à la suite d'une dépression nerveuse. Après avoir déclaré qu'il soutenait Eagleton à “1000 %”, McGovern lui demandait trois jours plus tard de renoncer à la candidature à la vice-présidence.
Après que six autres caciques du Parti démocrate aient refusé de prendre la place d'Eagleton sur le ticket démocrate, c'est finalement Sargent Shriver (beau-frère de John Fitzgerald Kennedy), ancien ambassadeur en France qui accepta la nomination lors d'une session spéciale du Comité national démocrate, alors que les intentions de vote en faveur de McGovern étaient tombés de 41 % à 24 %.
Parti républicain Candidats républicains
Primaires
thumb|Richard Nixon durant la campagne. thumb|upright|Le vice-président Spiro Agnew. Quand Nixon annonce son intention de se représenter, il bénéficie d'une côte de popularité positive. Il vient par ailleurs de concrétiser sa politique de détente en renouant des relations avec la Chine de Mao. Ses deux adversaires des primaires sont le progressiste Pete McCloskey de Californie et le conservateur John Ashbrook de l'Ohio. McCloskey est le candidat anti-guerre et anti-Nixon du Parti républicain tandis qu'Ashbrook s'oppose à la politique de détente envers la république populaire de Chine et l'URSS. Lors de l'élection primaire du New Hampshire, Ashbrook reçoit 6 % des voix quand McCloskey totalise 11 % des suffrages laissant 83 % des bulletins exprimés à Nixon. Au total, Nixon engrange le soutien de 1323 des 1324 délégués lors de la convention nationale républicaine.
Résultats des élections primaires républicaines
Richard Nixon - (86,92 %) Unpledged - (5,12 %) John Ashbrook - (5,03 %) Pete McCloskey - 132,731 (2,15 %)
Richard Nixon et son vice-président, Spiro Agnew, sont tous deux confirmés pour représenter le Parti républicain lors de sa convention nationale.
Autres partis
Lors des élections de 1972, l'American Party soutient la candidature de John G. Schmitz. En 1968, l'AP avait soutenu la candidature de George Wallace sur un programme favorable au retour de la discrimination raciale.
Localement, certains partis présentent également des candidats. Ainsi, le Parti libertarien présente John Hospers dans le Colorado et dans l'État de Washington alors que Benjamin Spock représente le Parti populaire.
Campagne présidentielle Cambriolage du siège du parti démocrate Le programme de George McGovern demande la fin de la guerre du Viêt Nam et l'institution de minima sociaux, mais le Parti démocrate est profondément divisé et son siège au Watergate est cambriolé. Deux ans plus tard, le scandale du Watergate obligera Richard Nixon à démissionner. McGovern présenté comme le candidat du "triple A" S'appuyant sur ces divisions, les républicains réussissent à caricaturer McGovern comme un dangereux gauchiste. Le sénateur du Dakota du Sud est moqué durant toute la campagne comme un « triple A », candidat de « l’acide, l’amnistie et l’avortement », leitmotiv qui revient sans cesse“Acid, Amnesty, and Abortion”: The Unlikely Source of a Legendary Smear, par "Timothy Noah le 22 octobre 2012 dans The New Republic le , qui a traversé l'histoire et qui vient d'une citation off the record et anonyme rapportée par l'éditorialiste conservateur Richard Nowak"One liberal senator feels McGovern’s surging popularity depends on public ignorance of his acknowledged public positions. "The people don’t know McGovern is for amnesty, abortion and legalization of pot," he told us. Once "middle America—Catholic middle America, in particular"—once they find out, "he’s dead.".
Nixon a « beaucoup utilisé le problème de l'amnistie pour tenter de discréditer McGovern » et « feint de croire à plusieurs reprises » qu'il voulait « une amnistie immédiate, aussi bien pour les insoumis que pour les déserteurs » ce qui « n'a jamais été le cas », précise Le Monde"Les " conversations secrètes " ont éclipsé le " programme de paix " de M. McGovern" article par Jacques Almaric le 12 octobre 1972 dans Le Monde . En octobre, McGovern se sent obligé de prendre parti. Il propose une amnistie qui « ne s'appliquerait pas aux déserteurs » et déclare à leur sujet : « personnellement, si j'étais dans leur situation, je proposerai de servir deux ans dans une activité civile et pour un salaire de subsistance afin de prouver que je ne suis pas opposé à servir mon pays mais simplement opposé à participer à une guerre immorale ».
George McGovern, s'était imposé lors des élections primaires de son parti, sur la base d'un programme pacifiste, face notamment à un candidat pro-ségrégationniste, anti-fédéral et conservateur, George Wallace, gouverneur d'Alabama, et à l'ancien vice-président Hubert Humphrey. Après que McGovern a gagné les primaires du Massachusetts, Robert Novak a appelé des politiciens démocrates pour tenter d'obtenir des citations croustillantes en vue d'écrire un éditorial sur le décalage culturel entre McGovern et les électeurs traditionnels du parti démocrate, chez les cols bleus.