L'élection présidentielle américaine de 1980 est la quarante-neuvième élection présidentielle depuis l'adoption de la Constitution en 1787. Elle se déroule le mardi .
Elle se déroule dans un contexte assez difficile, alors que les États-Unis semblent connaître ce que tous les historiens et journalistes appellent un . La chute de Saïgon et la fin de la guerre du Vietnam ont affaibli l'autorité naturelle de la superpuissance américaine, d'autant qu'au même moment la Détente prenait fin, et ce malgré la signature des accords de Camp David. Sur le plan intérieur, le scandale du Watergate a profondément ébranlé la confiance des Américains envers la classe dirigeante, notamment le Parti républicain. Les États-Unis subissent également les effets des choc pétroliers. Cependant, la politique étrangère modérée du président Jimmy Carter conduit, malgré son ambition de privilégier la négociation et la promotion des droits de l'homme, à la révolution iranienne et à la crise des otages de l'ambassade américaine à Téhéran. La crise des otages fut très mal perçue par l'opinion publique américaine, qui commençait à oublier la défaite de la guerre du Vietnam, d'autant plus qu'elle montrait une nouvelle contestation de la superpuissance et du des États-Unis..
Elle oppose le président sortant Jimmy Carter à l'ancien gouverneur de Californie Ronald Reagan pour le Parti républicain. Le représentant de l'Illinois John Anderson, membre du Parti républicain mais défait battu lors des primaires du parti, se présente en candidat tiers parti sans étiquette partisane. De même, le candidat du Parti libertarien parvient à bouleverser quelque peu le jeu politique. Cette élection marque un tournant dans la vie politique américaine pour plusieurs raisons. D'abord, elle marque le reflux d'anciens électeurs du Sud, notamment du Sud profond, vers le Parti républicain, qui l'emporte dans la quasi-totalité des anciens États confédérés, hormis en Géorgie et en Virginie-Occidentale. Le parti, qui avait progressivement viré à droite à partir des années 1960 par sa prise en main par les conservateurs, achevait sa . Cette élection voit également une partie des électeurs modérés du Parti démocrate se reporter sur le ticket du Parti républicain, marquant l'émergence du phénomène des Reagan Democrats. De plus, le parti parvint à reprendre la majorité au Sénat pour la première fois depuis 1952. C'est également la première fois depuis 1940 qu'un président sortant est autant mis en ballottage pour la nomination par son parti.
Conditions d'éligibilité
Ne peuvent se présenter, selon l'article section première de la Constitution, que les citoyens américains: Américains de naissance ; âgés d'au moins ; ayant résidé aux États-Unis depuis au moins .
Depuis l'adoption du amendement en 1947 par le Congrès et sa ratification en 1951, les anciens présidents qui ont déjà été élus deux fois ne sont plus éligibles.
L'ancien président Gerald Ford, qui n'a effectué qu'un seul mandat non complet, était donc éligible pour se présenter.
Contexte À la fin des années 1970, les États-Unis étaient encore marqués par le scandale du Watergate mais également par la gestion de l'après guerre du Vietnam.. Élu de justesse en 1976, Jimmy Carter avait promis de ne pas mentir aux Américains et de rompre avec les méthodes de l'administration Nixon. L'objectif principal du président consistait à recentrer la politique étrangère américaine, écartant les principes diplomatiques défendus par Henry Kissinger en Amérique latine et en Afrique. Malgré tout, Jimmy Carter poursuivit le rapprochement avec la Chine en Asie et, plus surprenant pour l'opinion publique américaine, tenta d'amorcer un rapprochement avec Cuba dans le cadre de la Détente. Cependant, cette politique étrangère, parfois hésitante notamment face aux dictatures militaires en Amérique centrale et désireuse de promouvoir les Droits de l'homme, allait beaucoup nuire au bilan du président sortant..
thumb|right|250px|Jimmy Carter et Léonid Brejnev signant les accords SALT II à Vienne, le . thumb|left|250px|Jimmy Carter, en compagnie de James Callaghan, Helmut Schmidt et Valéry Giscard d'Estaing lors de la conférence de la Guadeloupe, le . C'est au cours de cette conférence que les puissances du bloc de l'Ouest décident de ne plus soutenir le shah d'Iran Mohammad Reza Pahlavi. La révolution iranienne aboutira au renversement de la monarchie un mois plus tard.
Les deux premières années ont pourtant vu deux initiatives majeures récompensées. D'abord, la signature des accords de Camp David entre le président égyptien Anouar el-Sadate et le premier ministre d'Israël Menahem Begin, permit au président Carter de promouvoir une politique de non-interventionnisme, basée sur la négociation, pour résoudre un conflit vieux de plus de trente ans, datant de la déclaration d'indépendance de l'État d'Israël le . L'annonce de la signature du traité semblait alors annoncer une stabilisation du Moyen-Orient après les conflits armés des Six Jours et du Kippour, qui ont en partie conduit au Premier choc pétrolier. Deuxième fait diplomatique majeur, la signature des traités Torrijos-Carter qui reconnaissent la souveraineté du Panama sur le canal, tout en assurant aux États-Unis un accès privilégié à celui-ci ainsi que la possibilité d'intervenir militairement en cas d'attaque. Si les accords de Camp David firent l'objet d'un large consensus, la reconnaissance de la souveraineté du Panama sur le canal fut beaucoup plus critiquée, y compris au sein du Parti démocrate. Le coût annuel de de dollars pour avoir un accès privilégié au canal de Panama n'était sans doute pas étranger aux réticences du Congrès.
thumb|right|250px|Jimmy Carter annonçant la rupture des relations diplomatiques avec l'Iran et de nouvelles sanctions économiques contre la république islamique d'Iran, le .
Les autres initiatives diplomatiques de Jimmy Carter furent beaucoup plus contrastées, voire mises en échec. La mésentente entre son secrétaire d'État Cyrus Vance et son conseiller à la sécurité nationale Zbigniew Brzeziński ne fut pas étranger à cela. Dans le cadre de la Détente, le président poursuivit une certaine normalisation des relations diplomatiques avec l'Union soviétique. Pourtant, les rapports avec Moscou sont assez compliqués dans un premier temps. Ainsi, après de rudes négociations, une nouvelle tentative de réduction des armements stratégiques entre les deux pays fut entreprise avec la signature des accords SALT II en . Pourtant, six mois plus tard, Jimmy Carter constata amèrement l'invasion soviétique de l'Afghanistan. Cette décision fut préjudiciable à plusieurs titres, conduisant à un raidissement de la politique étrangère américaine, mais prolongea la récession entamée en 1975 à la suite du premier choc pétrolier, notamment aux États-Unis. Les accords SALT II ne furent ainsi pas approuvés par le Sénat. La situation dans le Moyen-Orient redevait alors un sujet de préoccupation majeur pour l'administration Carter, notamment avec les évènements en Iran, mais également car les États-Unis craignaient que l'Union soviétique ne vienne interférer dans la présence américaine dans le golfe Persique et tente de contrôler le détroit d'Ormuz. Quant à la monarchie iranienne, elle était le théâtre de violents affrontements à Téhéran depuis 1978. Le shah Mohammad Reza Pahlavi fit réprimer ces manifestations populaires, mais le régime semblait négliger sa population au profit de la stabilité de l'économie du pays. La révolution iranienne, qui n'était au départ que la volonté populaire d'améliorer son sort, se transforma en contestation du régime lui-même. Fin 1978, l'opposant au régime Rouhollah Khomeini s'installa en France, où il prépara son retour dans son pays après quatorze ans d'exil. La situation du pays devenant incontrôlable, notamment avec la perte du soutien des puissances du bloc de l'Ouest, décidée lors de la conférence de la Guadeloupe le , fit vasciller le régime. Onze jours plus tard, le shah Mohammad Reza Pahlavi partit en exil, tandis que Rouhollah Khomeini et ses partisans proclamèrent la République islamique un mois plus tard. Les partisans du shah furent pourchassés, tandis que les États-Unis étaient pointés du doigt comme étant le qui avait corrompu le pays. Pourtant, l'administration Carter chercha à maintenir des relations diplomatiques avec l'Iran. Une entrevue avait même été fixée entre le conseiller à la sécurité nationale Zbigniew Brzeziński et Rouhollah Khomeini, mais elle fut annulée sous la pression du Congrès. L'annonce, fin octobre, au Premier ministre iranien Mehdi Bazargan que le shah se trouvait aux États-Unis déclencha la fureur en Iran. Le , des étudiants iraniens prirent d'assaut l'ambassade américaine à Téhéran. C'est ainsi que commença la crise des otages, qui allait occuper toute l'attention du président. Les avoirs iraniens aux États-Unis sont gelés et des mesures de rétorsion sont prises, mais cela n'a aucun effet sur la détermination de Rouhollah Khomeini.. Pire, les archives de la CIA en Iran sont dispersées par les étudiants. Les États-Unis organisent un embargo en grande partie pour compenser les pertes de contrats d'approvisionnement en pétrole signés avec l'Iran. En , une tentative héliportée pour sauver les otages échoua sans même que les militaires de l' (La serre de l'aigle) n'aient pu atteindre l'ambassade américaine à Téhéran. Huit soldats trouveront la mort dans une collision entre un hélicoptère et un avion de ligne. À la suite de cet échec cinglant, le secrétaire d'État Cyrus Vance démissionna pour manifester sa désapprobation totale de la gestion des évènements. Cinq ans après la chute de Saïgon, les États-Unis étaient à nouveau humiliés par une puissance étrangère pourtant moins puissante, tandis que les gardiens de la révolution exposaient les cadavres des soldats américains morts durant l'opération dans les rues de Téhéran. Jimmy Carter craignait en prévenant le Congrès que l'opération n'ait jamais lieu. Le résultat fut dévastateur pour le président. En plus de cela, Jimmy Carter décida le boycott par les États-Unis des Jeux olympiques qui devaient se tenir à Moscou durant l'été. Le vice-président Walter Mondale tenta de convaincre le Comité international olympique de déplacer les jeux en Allemagne de l'Ouest ou même au Canada, sans succès. L'administration Carter avait auparavant mis en œuvre un embargo sur les produits céréaliers exportés par l'Union soviétique pour tenter de stopper l'offensive de l'armée rouge en Afghanistan, sans plus de résultat. En plus des évènements en Iran et en Afghanistan, le rôle des États-Unis dans la chute du dictateur nicaraguayen Anastasio Somoza Debayle et la prise de pouvoir par les sandinistes d'obédience marxiste au Nicaragua valut à l'administration Carter de nombreuses critiques. Autre problème important, l'installation de régimes marxistes remplaçant l'administration des colonies portugaises d'Afrique ainsi qu'en Éthiopie, l'empereur Haïlé Sélassié Ier étant déposé par un coup d'État et assassiné. Quant au rapprochement avec Cuba, il fut sans effet puisque l'Union soviétique livra de nouveau du matériel militaire dès 1978. La cote de popularité du président est durablement affectée par ces évènements.
thumb|left|250px|Évolution du taux de croissance des États-Unis de 1961 à 2015. Celui-ci a beaucoup fluctué dans les années 1970, entrainant une stagnation du PIB américain.