L'élection présidentielle américaine de 1992 est la élection au suffrage universel indirect du président des États-Unis.

Elle a lieu dans une période de fort ralentissement économique marqué par l'essoufflement de douze années de reaganisme.Elle aboutit à la victoire du démocrate Bill Clinton, gouverneur de l'Arkansas, contre le président sortant, le républicain George H. W. Bush. L'élection est également marquée par la percée d'un candidat indépendant, Ross Perot, homme d'affaires antifiscaliste du Texas. Si Bill Clinton obtient une large majorité des grands électeurs (370 contre 168), il ne reçoit qu'une majorité relative des suffrages populaires soit 43 % des voix contre 37,4 % à George Bush et 19 % à Ross Perot. Ce dernier termine deuxième dans deux États, le Maine avec 30,44 %, et l'Utah avec 27,34 %. Un sondage au cours de la campagne l'avait même donné gagnant avec 39 %.

La participation électorale est en forte hausse après trois présidences républicaines.

Conditions d'éligibilité

Ne peuvent se présenter, selon l'article section première de la Constitution, que les citoyens américains: Américains de naissance ; âgés d'au moins ; ayant résidé aux États-Unis depuis au moins .

Depuis l'adoption du amendement en 1947 par le Congrès et sa ratification en 1951, les anciens présidents qui ont déjà été élus deux fois ne sont plus éligibles.

Contexte vignette|George Bush et Mikhaïl Gorbatchev en 1990. George Bush a été le témoin au début de son mandat de la chute du mur de Berlin, de l'effondrement des régimes de l'Est puis de l'URSS et de la réunification allemande, marquant la victoire du monde capitaliste et l'émergence d'un nouvel ordre mondial.

Libérés de la menace soviétique, les États-Unis assument leur rôle de gendarme du monde en dépêchant un corps expéditionnaire à Panama pour y arrêter le général Noriega, coupable de trafic de drogues, puis en 1991 de diriger la plus grande coalition internationale depuis la guerre de Corée, pour libérer le Koweït qui avait été envahi par l'Irak de Saddam Hussein (Guerre du Golfe). Fort de ses succès extérieurs, d'un taux d'approbation supérieur à 80 % au milieu de l'année 1991, George Bush s'attend à une réélection facile. Néanmoins, sur le plan intérieur, l'économie est en récession, le niveau scolaire baisse, l'insécurité progresse, le nombre d'immigrés clandestins est en forte hausse, les minorités ethniques s'appauvrissent, les prestations sociales diminuent, les infrastructures se détériorent et George Bush, lors d'un accord avec le Congrès à majorité démocrate, manque à sa promesse électorale de ne pas augmenter les impôts. La campagne des primaires est ensuite notamment marquée par la hausse du chômage (7 % de la population) et par les émeutes de Los AngelesPhilippe Valode, Les présidents des États-Unis, L'Archipel, 2008, ..

Nominations

Parti démocrate

Au vu de l'énorme popularité du président Bush au cours de l'année 1991, beaucoup de candidats potentiels ou attendus préfèrent laisser passer leur tour. Mario Cuomo, gouverneur de l'État de New York, ou Al Gore, sénateur du Tennessee, qui a déjà été candidat en 1988, renoncent ainsi à se présenterAl Gore avait invoqué un grave accident de voiture arrivé à son fils nécessitant une longue thérapie.. De même, plusieurs notables de premier plan du parti démocrate, comme le représentant Lee Hamilton (Indiana), les sénateurs Daniel Patrick Moynihan (New York), Sam Nunn (Géorgie), Bill Bradley (New Jersey), Lloyd Bentsen (Texas), Jay Rockefeller (Virginie-Occidentale), Chuck Robb (Virginie) ou encore l'ancien gouverneur Buddy Roemer (Louisiane), déclinent toute ambition pour l'élection présidentielle de 1992.

D'autres candidats, moins en vue au sein du parti et que personne ne donne gagnant face à un président aussi populaire, se mettent sur les rangs clairsemés pour tenter d'obtenir la nomination démocrate. Trois d'entre eux se distinguent nettement : Bill Clinton, Paul Tsongas et Jerry Brown.

Candidats aux primaires

Primaires

vignette|Résultat des élections primaires démocrates en bleu, les États remportés par Bill Clinton en orange, les États remportés par Bob Kerrey en vert, les États remportés par Paul Tsongas en jaune, les États remportés par Jerry Brown en pourpre, les États remportés par Tom Harkin Bill Clinton est un Sudiste, gouverneur de l'un des États les plus conservateurs du pays. Il se positionne lui-même à droite du parti, se revendiquant comme un nouveau démocrate, c'est-à-dire un centriste. Nationalement, Bill Clinton est quasiment autant inconnu que ne l'était Jimmy Carter en 1976, juste avant qu'il ne se lance dans les primaires. La seule fois où il s'est fait remarquer auparavant, c'est en prononçant un discours passablement ennuyeux et long durant la convention démocrate de 1988 qui a abouti à la nomination de Michael Dukakis.

Après la victoire de Tom Harkin, sénateur de l'Iowa, lors du caucus de l'Iowa, la presse fait état d'une aventure extra-conjugale, pendant , de Bill Clinton avec une femme nommée Gennifer Flowers. En 1988, la candidature de Gary Hart avait été compromise à la suite d'une affaire similaire, ce que ne manquent pas de faire remarquer les médias. Bill Clinton tente alors de limiter les dégâts politiques en se présentant devant les caméras avec son épouse Hillary Clinton. Paul Tsongas remporte l'élection primaire du New Hampshire mais, contre toute attente, Bill Clinton termine second alors que les médias estiment que sa carrière est terminée à cause des révélations. En fait, sa prestation lors de son intervention télévisée avec son épouse lui a permis de surmonter son premier scandale sexuel, ce qui lui vaut alors le surnom de « Comeback Kid ».

Clinton remporte ensuite les primaires du Super Tuesday et devient le candidat favori à la nomination, suivi de près par Jerry Brown, ancien gouverneur de Californie, qui s'impose de façon inattendue au Connecticut et au Colorado. Jerry Brown est un progressiste qui a le soutien de la gauche américaine, du cinéaste Michael Moore au journaliste Christopher Hitchens en passant par l'écrivain Gore Vidal.

Le , les succès de Brown en Illinois et au Michigan obligent son concurrent le plus proche politiquement, Tsongas, à abandonner la course. Alors qu'il est en tête dans les sondages pour les primaires de l'État de New York et du Wisconsin, Brown commet une gaffe en annonçant à ses partisans qu'il envisage de nommer le révérend Jesse Jackson comme candidat à la vice-présidence. Jackson avait été mis cause lors de l'élection présidentielle de 1984 pour des remarques désobligeantes envers les habitants de New York mais aussi pour des propos antisémites. À la suite de cette annonce, les intentions de vote pour Brown s'effondrent et le , Clinton l'emporte de justesse au Wisconsin (37 % contre 34 %) mais plus largement à New York (41 % contre 26 %).

Brown cesse de faire campagne dans les autres États mais ne retire pas sa candidature, se réservant pour la Californie. S'il l'emporte dans cet État, il prive en effet Clinton de la possibilité d'obtenir la nomination démocrate. Après un mois de campagne et plusieurs débats, Clinton remporte finalement la Californie avec 48 % des voix contre 41 % à Brown.

Au bout du compte, sur l'ensemble des élections primaires, Bill Clinton reçoit 52,01 % des voix contre 20,20 % à Jerry Brown et 18,14 % à Paul Tsongas. Il remporte contre 3 pour Brown et 6 pour Tsongas.

Convention démocrate

vignette|redresse|Al Gore, sénateur du Tennessee et candidat à la vice-présidence La convention nationale démocrate se tient au Madison Square Garden de New York du 13 au , quelques jours après que Bill Clinton a annoncé le nom de son colistier, Al Gore. Ce choix est une surprise car, rompant avec la tradition, Clinton a choisi un candidat qui lui ressemble au lieu d'un vice-président différent et complémentaire. Gore et Clinton sont en effet tous deux de la même génération, sudistes, politiquement centristes, et élus dans des États parmi les plus conservateurs du pays.

La convention est remarquée pour sa bonne organisation et l'absence de contestations ou de dissidences internes. Le gouverneur de Pennsylvanie, le démocrate conservateur Robert P. Casey, ne peut intervenir alors qu'il entend exprimer un plaidoyer en faveur du droit à la vie et contre l'avortement. Les démocrates apparaissent donc unis face au camp républicain et au président Bush, objet de toutes les attaques des intervenants.

En fin de compte, Bill Clinton reçoit de délégués contre 596 à Jerry Brown, 289 à Paul Tsongas 289, 10 à Bob Casey (non candidat), 5 à Patricia Schroeder (non candidate), 3 à (non candidat) et 1 à Al Gore (non candidat).

Dans son discours d'acceptation, Bill Clinton promet une « nouvelle alliance » à l'Amérique afin de mettre un terme à l'accroissement des écarts de revenus entre les plus riches et les plus pauvres. À la suite de cette convention, les sondages indiquent un bond sans précédent dans les intentions de vote en faveur du candidat démocrate, le faisant passer de 25 % au printemps à 55 % à la fin du mois de juillet.

La convention est également marquée par le succès de la chanson Don't Stop, de Fleetwood Mac, qui est reprise comme thème musical pour la campagne Clinton.

Parti républicain Candidats aux primaires

Élections primaires

Les élections primaires républicaines, auxquelles concourt pour la dernière fois Harold Stassen, , candidat multirécidiviste depuis 1948, sont marquées par la contestation dans les urnes de la candidature du président sortant par le conservateur Pat Buchanan. Ce dernier se fait le représentant d'un reaganisme intégral et d'une base qui n'a pas accepté le reniement de George Bush en matière fiscale. Celui-ci a promis en effet durant la campagne électorale de 1988 ne pas augmenter les impôts. Il a affirmé cette promesse durant son discours à la convention nationale en précisant (). Or, lors d'un accord global passé avec la majorité démocrate du Congrès, il a accepté d'augmenter les impôts. Cette promesse non tenue est au centre de la campagne de Buchanan. Au soir de l'élection de la primaire du New Hampshire, le président Bush l'emporte avec 58 % des voix. Ce résultat est cependant médiocre pour un président sortant, le score de Buchanan (40 %) démontrant l'existence d'une certaine défiance au sein de la base républicaineCampaign 1992: New Hampshire, 19 février 1992..

Bien qu'il soit impensable que Buchanan ne parvienne à s'imposer face à Bush, il maintient sa candidature et obtient chaque fois de meilleurs scores que prévu lors de chaque élection primaire, affaiblissant corrélativement le soutien à la candidature de George Bush. Ce dernier pâtit dans l'organisation de sa campagne de l'absence de Lee Atwater, l'artisan de sa victoire en 1988. Atwater est décédé d'un cancer foudroyant en 1991 alors qu'il a à peine .

L'élection est aussi marquée par la présence de David Duke. Cet ancien chef du Ku Klux Klan a été candidat aux élections primaires démocrates en 1988 avant d'être le candidat du parti populiste. Puis il a changé d'affiliation politique, a rejoint les républicains et s'est fait élire à la chambre des représentants de Louisiane. Son score reste très marginal durant les élections primaires républicaines où il ne remporte que 0,94 % des voix.

En fin de compte, lors des élections primaires, Bush remporte 72,84 % des voix et la totalité des États, contre 22,96 % des voix à Pat Buchanan.

Résultats du vote populaire :Our Campaigns - US President - R Primaries Race - Feb 01, 1992. George H. W. Bush (sortant) : (72,84 %) Pat Buchanan : (22,96 %) Unpledged : (2,28 %) David Duke : (0,94 %) Ross Perot : (0,44 %) : (0,09 %) Maurice Horton : (0,08 %) Harold Stassen : (0,06 %)

Convention républicaine de Houston

vignette|La famille Bush lors de la convention républicaine à Houston. Le président George Bush père et son épouse Barbara. En arrière-plan, leur fils George W. et leur belle-fille Laura