thumb|Tract annonçant la parution d'un livre de T. Lobsang Rampa Gillo Dorfles, John McHale, Kitsch: the world of bad taste, Bell Pub. Co, 1969 .. L'ouvrage, intitulé Visit to Venus (Voyage sur Vénus), est tiré d'un récit de Hoskin/Rampa que son éditeur, Gray Barker, fit publier chez Saucerian Books en 1966 sans l'en informer, et pour lequel l'auteur aurait donné son accord ultérieurement après deux modifications et l'ajout d'une clause contractuelle transférant ses droits d'auteur à une association de protection des chats de Londres. Dans l'ouvrage paru sous ce titre, le récit de la visite sur Vénus ne couvre que 8 pages .. Mais Hoskin/Rampa a contesté cet accord dans un autre livre. À cause de ce différend, le livre n'apparaît pas dans la liste officielle des ouvrages de l'auteur Feeding the Flame, 1971, : . Tuesday Lobsang Rampa, pseudonyme de Cyril Henry Hoskin (Plympton, Angleterre, - Calgary, ) est un écrivain britannique qui prétendait être né au Tibet et être devenu le lama médecin à la lamaserie de Chakpori avant de parcourir le monde, puis d'abandonner volontairement son corps de naissance et avoir recours au procédé de transmigrationHistoire de Rampa, Paris, J'ai lu, coll. « L'Aventure mystérieuse, A210 », 1969, ch. 8, p. 249. pour continuer sa vie dans celui d'un Anglais. Il avait pris le nom de Carl Kuon Suo jusqu'en 1962. Ses ouvrages, en particulier le premier, Le Troisième Œil, ont obtenu un important succès populaire et l'auteur est généralement perçu comme l'initiateur d'une « nouvelle littérature spirituelle », sinon du New Age dans son ensemble.

Des enquêtes conduites en 1958 ont montré que Hoskin, fils de plombier, était un installateur d'équipements chirurgicaux (surgical fitter) au chômage et qu'il n'était jamais allé au Tibet ni ne parlait le tibétain. La compréhension sceptique de son récit est qu'il s'agit d'un canular littéraire ou d'une imposture.

Carrière d'écrivain

En , un livre intitulé The Third Eye (Le Troisième Œil) est publié au Royaume-Uni. Écrit par un certain Lobsang Rampa, ce livre est censé raconter les expériences que celui-ci a connues dans une lamaserie au Tibet où il aurait été envoyé à l'âge de sept ans. Le titre du livre fait allusion à une opération chirurgicale qui aurait consisté à percer un petit orifice dans le front de Rampa pour « ouvrir » son troisième œil et lui donner, entre autres, le pouvoir de voir l'aura.

Le manuscrit du Troisième Œil est d'abord refusé par plusieurs grands éditeurs britanniques avant d'être accepté par moyennant une avance de 800 livres sterling à l'auteur. Avant la publication du livre, rencontre le « docteur Carl Kuon Suo » (nom initial de l'auteur Donald S. Lopez, Prisoners of Shangri-La: Tibetan Buddhism and the West, University of Chicago Press, 1999, 294 pages, .), et est fasciné par sa personnalité. Warburg, captivé par le récitFredric Warburg : (Daily Express, ) ; (All Authors are Equal, London, Hutchinson, Warburg, 1973, )., mais plein de doutes sur le contenu, envoie le manuscrit à un certain nombre de spécialistes, dont plusieurs mettent en doute la véracité du récit. Cela n'empêche pas le livre d'être publié en et de devenir rapidement un succès de librairie dans le monde entier Richard Newhham, The Guinness Book of Fakes, Frauds and Forgeries, Guinness, London, 1991, .. Dès les dix-huit premiers mois de sa parution, il est en tête des ventes dans douze pays, se vendant à et rapportant à son auteur Donald S. Lopez, Fascination tibétaine. Du bouddhisme, de l'Occident et de quelques mythes, Paris, Autrement, coll. « Frontières », 2003, ..

Lobsang Rampa a écrit en tout dix-neuf livres contenant un mélange de préceptes religieux ou ésotériques dont beaucoup ont été repris dans le courant New Age. Aucun n'a atteint le succès du livre Le Troisième Œil. Cependant, ses livres ont continué d'être édités et se sont vendus à quinze millions d'exemplaires dans le monde de couverture de Dans l'ombre de Lobsang Rampa par Sheelagh Rouse, Presses du Châtelet, 2007..

Controverse sur les origines du livre Le Troisième Œil Scepticisme des tibétologues Dès avant la publication du Troisième Œil, Lobsang Rampa s'était trouvé un détracteur en la personne de l'anthropologue . Sollicité par la maison d'édition pour donner son avis sur la véracité du contenu du livre, ce spécialiste du bouddhisme tibétain mit l'éditeur en garde :

L'explorateur et tibétologue autrichien Heinrich Harrer, qui vécut au Tibet de 1944 à 1951, était sceptique quant aux origines du livre Le Troisième Œil Sarah Penicka, Lobsang Rampa: The Lama of Suburbia, Sydney Studies in Religion, 2008..

David Snellgrove, tibétologue britannique, jugeait que les livres de Hoskin tenaient des propos « éhontés »David Snellgrove, Oriental Art, été 1957..

Dans ses mémoires, l'éditeur Frederic Warburg rapporte que l'anthropologue britannique John Morris, qui avait commencé à voir dans ces ouvrages un mélange de « faits réels et d'imagination », avait fini par conclure que l'auteur devait être « une sorte de psychopathe [...] qui se serait convaincu que toutes ces sornettes occultes étaient réelles », Frederic Warbug, All Authors are Equal; the publishing life of Frederic Warburg, 1936-1971, London: Hutchinson, Warburg, 1973, ..

Le diplomate et tibétologue britannique Hugh Richardson était encore plus précis : « Un livre qui joue sur le désir du public d’en entendre un peu plus sur le Tibet mystérieux possède l’avantage de ne pas avoir beaucoup de personnes ayant l’expérience nécessaire pour le réfuter […] Il s’y trouve de nombreuses erreurs sur la vie tibétaine et les coutumes […] les exemples d’expressions tibétaines trahissent une ignorance des formes littéraires et familières […] et la tournure des phrases, dans une forme familière anglaise maîtrisée, ne convainc pas du tout que nous aurions affaire à un Tibétain » Hugh Richardson, Daily Telegraph and Morning Post, ..

Marco Pallis engagea un détective privé de Liverpool, du nom de Clifford Burgess, pour enquêter sur Rampa. Le résultat des recherches de Burgess fut publié dans le Daily Mail en février 1958 : l'auteur du livre était un certain Cyril Henry Hoskin, né le à Plympton dans le Devon, d'un père plombier. Hoskin n'avait jamais été au Tibet et ne parlait pas tibétain. En 1948, il avait officiellement fait changer son nom en Karl Kuon Suo avant d'adopter celui de Lobsang RampaDonald Sewell Lopez, Jr., Fascination tibétaine: du bouddhisme, de l'Occident et de quelques mythes, Paris, Éditions Autrement, 2003, ..

Point de vue du dalaï-lama En 1964 ou 1965, Arnaud Desjardins, qui filmait les lamas en exil en Inde, rapporte les propos de Tenzin Gyatso, dalaï-lama au sujet du premier livre de Rampa : « chaque fois que vous en aurez l'occasion, précisez que Le Troisième Œil de Lobsang Rampa n'est pas un document, mais une pure fiction d'un auteur occidental »Frédéric Lenoir, La rencontre du bouddhisme et de l'Occident], Paris, Fayard, .. En 1972, Lobsang Wangchuk, secrétaire adjoint du bureau du dalaï-lama Obituary: Mr Lobsang Wangchuk, Central Tibetan Administration, ., répondait à une lettre d'Alain Stanké, agent littéraire francophone de Rampa : Alain Stanké, Rampa imposteur ou initié ?, éditions Stanké, 1980, (lettre en date du ).. Un ouvrage publié en 1984 rapporte que le dalaï-lama, soulignant la valeur romanesque des ouvrages de Lobsang Rampa, déclara devoir le remercier pour la publicité qu'il avait faite au TibetRichard Bergeron, Bertrand Ouellet, Croyances et sociétés: communications présentées au dixième colloque international sur les nouveaux mouvements religieux, Montréal, août 1996], Éditions Fides, 1998, , : 9. Jean-François Mayer. « Quand l'Occident se passionne pour un Tibet imaginaire... La supercherie du faux lama Lobsang Rampa », La Liberté, Fribourg, 23-24 juin 1984, ..

Alfonso Caycedo, le créateur de la sophrologie, a rencontré le dalaï-lama au milieu des années 1960. Il lui a posé une question au sujet de Lobsang Rampa et de son ouvrage Le Troisième Œil. Le dalaï-lama lui a répondu que celui qui avait écrit cet ouvrage n'était pas tibétain et qu'il n'était jamais allé au Tibet, que c'était un imposteur et que ses livres défiguraient la réalité et la tradition de son peupleAlfonso Caycedo La India de los Yoguis 1971..

Les explications de Lobsang Rampa Rampa fut retrouvé par la presse britannique à Howth en Irlande et confronté à ces allégations. Il ne démentit pas la naissance sous le nom de Cyril Hoskin du corps qu'il utilisait, mais prétendit que ce corps était désormais occupé par l'esprit de Lobsang RampaNote de l'auteur de « Forever You »..

Selon le récit donné dans son troisième livre, Histoire de Rampa, le premier corps de Lobsang Rampa ayant été endommagé par les tortures subies lors de la Seconde Guerre mondiale et des accidents ultérieurs, n'était plus en état de rester longtemps en vie. De son côté, à la même époque, le Britannique Cyril Henry Hoskin n'avait plus goût à la vie. Un jour, alors qu'il essayait de photographier un hibou, il tomba d'un vieux pin dans son jardin à Thames Ditton, dans le Surrey, et se retrouva hors de son corps. Il vit alors un moine en robe safran marcher vers lui. Le moine lui parla de la possibilité que Rampa lui succède dans son corps. Quelque temps après, des lamas tibétains, grâce à une technique appelée transmigration, libérèrent Hoskin de son propre corps pour que Lobsang Rampa l'y remplace.

Cette histoire de changement de corps que beaucoup d'observateurs jugent abracadabrante est une des raisons pour lesquelles beaucoup ont considéré l'œuvre de Rampa comme l'un des plus gros canulars littéraires du . Hoskin/Rampa n'a cependant jamais modifié ses dires, et a toujours clamé que le contenu de ses livres était authentiqueNote de l'auteur de « Forever You » : ..

Confronté aux allégations répétées de la presse britannique selon lesquelles il était un charlatan, Rampa est parti dans les années 1960 vivre au Canada. Il est mort à Calgary le .

Influence du Troisième Œil sur les vocations de tibétologues

Le tibétologue américain Donald Sewell Lopez, Jr. rapporte, dans son livre Fascination tibétaine (Prisoners of Shangri-La, 1998), sa découverte, à l'occasion de discussions sur Lobsang Rampa avec d'autres spécialistes européens du Tibet et du bouddhisme, que Le Troisième Œil était le tout premier livre que nombre d'entre eux avaient lu sur le Tibet. Pour certains d'entre eux, c'est la fascination exercée par le monde décrit par Rampa qui les avait poussés à devenir des universitaires spécialistes du Tibet Donald S. Lopez, Prisoners of Shangri-La – Tibetan Buddhism and the West, The University of Chicago Press, Chicago, 1998, . Cité par : ..

Le même auteur indique que lorsqu'il avait donné à lire, à ses étudiants de l'université du Michigan, Le Troisième Œil, sans leur dévoiler son histoire, il avait constaté que ses : , Donald S. Lopez, Fascination tibétaine, ..

Analyse du phénomène Rampa par des universitaires Le premier livre de Lobsang Rampa a soulevé tellement d'enthousiasme de la part des lecteurs et de controverses de la part des universitaires, que certains auteurs ont parlé de l'influence de Rampa comme de celle d'un nouveau courant religieux, que l'anthropologue Agehananada Bharati a baptisé, péjorativement, « rampaisme »Agehananda Bharati, « Fictitious Tibet, The Origin and Persistence of Rampaism », Tibet Society Bulletin, 1974, Vol. 7, .. Si tous les observateurs scientifiques s'accordent pour dénoncer de façon plus ou moins virulente une sorte d'imposture, la lecture de l'œuvre de Hoskin/Rampa et de son impact dans un contexte de sociologie des religions se fait sous un autre angle.