Theodor Eicke est un officier nazi, membre de la SS ayant atteint le grade de lors de la Seconde Guerre mondiale, né le à Hudingen en Lorraine allemande (Empire allemand) et mort en opération militaire le près d'Artelnoïe en Ukraine.
Commandant du camp de concentration de Dachau, il joue un rôle essentiel dans l’assassinat d’Ernst Röhm au cours de la nuit des Longs Couteaux au début du mois de . Peu après, il est nommé inspecteur des camps de concentration et commandant des unités « Totenkopf ». Ces fonctions lui donnent un rôle majeur dans la création et l’organisation des camps de concentration.
Il prend le commandement de la division SS Totenkopf au début de la Seconde Guerre mondiale. Cette unité participe activement à la première phase de la Shoah et au massacre systématique de civils en Pologne, notamment de Juifs polonais. Elle est ensuite engagée dans la campagne de France, avant de combattre sur le Front de l'Est. Eicke meurt au cours d’une opération de reconnaissance aérienne en Ukraine.
Biographie
Les années de jeunesse Theodor Eicke naît en 1892 à Hudingen, aujourd'hui Hampont en Moselle, alors annexée à l'Empire allemand. Son père, originaire du Harz et vétéran de la guerre franco-allemande, est chef de gare. Theodor est le onzième enfant du couple, qui connaît des dissensions : le père est protestant et patriote allemand. La mère est catholique et francophile.
Première Guerre mondiale Après avoir quitté l'école sans brevet de fin d'études, il s'engage avant ses comme volontaire dans le . Il épouse Bertha Schwebel durant l'hiver 1914.
Pendant la Première Guerre mondiale, il exerce les fonctions d'officier payeur en second du puis, en 1916, du , et n'atteint donc pas le statut d'officier. Theodor Eicke indique avoir quitté volontairement l'armée en , après les échecs de la révolution dans le en janvier, mais il a été plus vraisemblablement licencié, en raison de la réduction des effectifs de l'armée.
Décoré de la croix de fer, Theodor Eicke commence des études de technicien supérieur à Ilmenau, ville natale de son épouse, mais les abandonne en 1920 en raison de son faible niveau scolaire. Il souhaite alors faire carrière dans la police.
Carrière dans la police alt=Affiche électorale en noir et blanc, rehaussée de rouge. Les trois protagonistes tiennent des couteaux ensanglantés et font face à une foule rassemblée sous le drapeau du parti communiste allemand.|gauche|vignette|Affiche du KPD lors des élections législatives de 1920. Au premier plan sont caricaturés Hugo Stinnes, Hans von Seeckt et Gustav Noske. En 1919, il travaille d'abord quatre mois au bureau des finances de la ville d'Ilmenau, puis débute en un stage d'aspirant policier dans la même ville. Pour plusieurs historiens, il y serait alors informateur pour la police. Cette théorie, issue d'une interprétation erronée des écrits de Eicke, est cependant rejetée en 2013. En , lors des élections législatives, il déchire des affiches électorales, alors qu'il est en service. Des élus municipaux du KPD et du SPD exigent alors du maire la révocation de Eicke, et déposent plainte contre lui. Bien qu'il ne soit pas poursuivi, il doit cependant écourter son stage de trois semaines. Plus tard, Eicke mentionne cet épisode à plusieurs reprises, en l'exagérant complaisamment, pour attester de son engagement national-socialiste précoce.
Il suit en 1920, pendant trois mois, les cours de l'école de police de Cottbus, puis intègre en 1921 la de la ville de Weimar, dont il est exclu après deux semaines. Il obtient à l'automne 1921 un emploi de policier supplétif dans la petite ville de Sorau, alors allemande, mais déménage à Ludwigshafen, où il travaille à la de la ville jusqu'en . Le Palatinat rhénan est alors une région industrielle secouée de fortes tensions sociales, comme de séparatisme. Ludwigshafen fait partie de la zone d'occupation française et la police est sous les ordres des autorités françaises. Dans ce contexte, tout à fait nouveau pour lui, le policier Theodor Eicke renforce son rejet de l'occupation étrangère, et sa haine des communistes, notamment lors des grandes manifestations consécutives à l'assassinat de Walther Rathenau, en . Il semble montrer dans son travail plus de pragmatisme que de réelle conscience professionnelle, et renonce progressivement à faire carrière dans la police.
BASF et IG Farben alt=Photographie aérienne en noir et blanc du site industriel, montrant un cratère résultant de l'explosion. Une légende en anglais détaille les conséquences de la catastrophe.|vignette|Une partie du site industriel de BASF à Oppau (Ludwigshafen), après l'explosion de 1921.
Theodor Eicke est engagé en 1923 à Ludwigshafen comme employé de bureau par la BASF, sans doute grâce à la recommandation d'un de ses frères, qui y est employé. Il devient adjoint du chef du service de sécurité interne dans l'usine de Ludwigshafen deux années plus tard, au moment où BASF, Hoechst et Bayer fusionnent pour former le conglomérat IG Farben.
Le site industriel de Ludwigshafen a connu en le plus grave accident industriel de l'histoire de l'Allemagne, l'explosion d'Oppau, entraînant la mort de de l'usine. Les usines sont occupées par les Français en 1923, et les ouvriers, majoritairement communistes, pratiquent pendant cet épisode la résistance passive. La crise économique entraîne le licenciement d'un tiers des de Ludwigshafen entre 1922 et 1925. En 1924, le passage à la journée de neuf heures sans compensation de salaire suscite une grève massive.
Dans ce contexte, l'activité précise de Eicke reste mal connue : il fait partie des , un groupe d'anciens officiers affectés par l'entreprise à des postes de surveillance. Les ouvriers communistes lui reprochent alors fréquemment d'être le de l'industrie, particulièrement lors des grèves et mouvements sociaux. Cependant, Eicke lui-même définit par la suite son rôle comme celui d'un défenseur de l'intérêt national, menacé d'abord par l'espionnage industriel, tant soviétique que français, ensuite par le séparatisme, violemment combattu par le parti nazi dans le Palatinat, et tait le contexte social spécifique à l'entreprise.
Engagement au parti nazi et dans la Schutzstaffel
Parti nazi, SA et SS au Palatinat rhénan
En , Eicke s'inscrit à la fois au parti nazi et dans la SA. L'occupation française de la Rhénanie et les tentations séparatistes au Palatinat ont contribué à un essor plus rapide du parti nazi dans la région que dans l'ensemble du , et lorsque Eicke organise en 1929 dans les locaux de l'IG Farben une journée de promotion du parti, il sait pouvoir compter sur le soutien de plusieurs cadres de l'entreprise. La date de son adhésion au parti ne fait de lui ni un nazi de la première heure, ni un pur opportuniste. alt=photographie en noir et blanc montrant Magda et joseph Goebbels avançant entre deux rangées de membres de la SA en chemises blanches|vignette|Lors du mariage de Magda et Joseph Goebbels en 1931, les SA soumis à l'interdiction du port de l'uniforme saluent en chemise..Il reçoit l'ordre de quitter la SA pour rejoindre la SS, ce qu'il fait en . Il dépasse certes de trois années la limite d'âge pour entrer dans la SS, fixée à , mais son origine et sa formation font cependant de lui un représentant typique du corps des SS. La SS du Palatinat, alors très mal organisée, est éprouvée par de fréquents conflits, tant internes qu'avec la SA locale. Eicke, également très critique envers son supérieur Fritz Berni, crée les sections locales de la SS à Ludwigshafen, Grünstadt et Frankenthal et est promu . Ses qualités de recruteur, son apport pour l'organisation de la SS au Palatinat le font remarquer. Il engage ses hommes dans des combats de rue, et leur commande de dresser le drapeau à croix gammée sur la place des fêtes de Ludwigshafen la nuit précédant la fête nationale républicaine. La croissance des effectifs de la SS au Palatinat est forte, mais ne dépasse cependant pas nettement la moyenne nationale. Elle s'accompagne de querelles entre Eicke et le du Palatinat rhénan, Josef Bürckel : cet enseignant, éprouvant des sympathies pour le nazi Gregor Strasser et son idée d'un , se heurte fréquemment à Eicke, hostile à toute forme de socialisme. Eicke ne souhaite prendre ses ordres que du quartier général du parti nazi, établi à Munich en 1930, et non de Bürckel. Ce dernier s'en tient à la stratégie de conquête légale du pouvoir, édictée par Adolf Hitler en , mais Eicke saisit plusieurs occasions, notamment à Germersheim pendant le défilé de ses troupes, pour la contester : alors que le port public d'uniformes politiques venait d'être interdit par l'État de Bavière, et que Bürckel ordonnait à un millier de SA et SS de défiler torse nu, Eickel fait défiler ses hommes en tenue, prenant le risque d'une interdiction du parti nazi.
Affaire des explosifs de Pirmasens Fin , Eicke reçoit du Fritz Berni l'ordre, qui émane vraisemblablement du gauleiter Josef Bürckel, de fabriquer des explosifs. Le matériel nécessaire provient en partie de l'entreprise IG-Farben de Ludwigshafen. En , Berni emporte la moitié des explosifs à Pirmasens, mais certains de ses ennemis à l'intérieur du parti l'apprennent. Fritz Berni est donc provisoirement exclu de la SS et du parti le , car la fabrication d'explosifs entrait en contradiction avec la stratégie de conquête légale du pouvoir. Dans un premier temps, Eicke tire avantage de la situation : en , il est promu par Heinrich Himmler, et prend ainsi dans le mois qui suit la direction de la , composée d'environ neuf cents hommes.
En perquisitionnant le domicile de Eicke, la police de Ludwigshafen retrouve le une partie des explosifs, ainsi que la liste des membres de son unité. Eicke est licencié par IG Farben. Jugé en à Pirmasens pour infraction à la loi sur les explosifs, il est condamné à deux ans de réclusion. L'affaire des explosifs de Pirmasens suscite un scandale considérable dans l'opinion publique allemande, car elle fait écho aux documents de Boxheim rédigés par Werner Best, révélés en , et qui semblent accréditer l'existence au sein du parti nazi d'un plan secret de conquête violente du pouvoir. Durant son procès, Eicke protège la direction du parti en indiquant que la fabrication des explosifs relevait de sa propre initiative. Le lendemain du jugement, il obtient une dispense de peine temporaire en simulant une maladie nerveuse et aussi grâce à la protection du ministre bavarois de la Justice Franz GürtnerMinistre de la Justice du à sa mort, le ., ministre de la Justice du Reich à partir de 1932. Lors du procès, de nombreux éléments de l'enquête policière sont délaissés par le tribunal.
Fuite en Italie vignette|Theodor Eicke, le , devant le monument de la victoire de Bolzano, lors de l'anniversaire de la marche sur Rome.|alt=Photographie en noir et blanc représentant Theodor Eicke et des responsables du parti fasciste italien, devant le monument de la victoire de Bolzano.|gauche Sur les instructions de Heinrich Himmler, Eicke se réfugie avec de faux papiers en en Italie pour prendre la direction d'un camp pour fugitifs allemands et autrichiens de la SS, situé à Malcesine, sur les bords du lac de Garde. La section autrichienne du NSDAP demande en l'ouverture d'une procédure contre Eicke, qui avait manifesté avec trente SS en uniformes au monument de la victoire de Bolzano, lors du dixième anniversaire de la marche sur Rome.
Depuis l'Italie, Eicke garde un contact fréquent, mais plein d'animosité, avec les activités du NSDAP et de Joseph Bürckel. Dans deux lettres du , il menace de recourir à des explosifs encore cachés, qui . Il indique avoir .
Retour en Allemagne et internement psychiatrique vignette|Lettre de Eicke à Himmler du .|alt=Photographie d'une page d'une lettre manuscrite d'Eicke à Himmler.