Le Troisième Reich (aussi appelé Allemagne nazie) est la période de l'histoire de l'Allemagne qui se déroule de à , lorsque le pays était dirigé par Adolf Hitler et le Parti nazi.

La république de Weimar n'étant pas abrogée en droit en 1933, le terme « Reich allemand » () continue d'être, jusqu'en 1943, le nom officiel de l'État allemand, utilisé dans ses documents administratifs et politiques. Certains représentants du régime lui préfèrent, après l'Anschluss en mars 1938, le terme « » (), qui devient le nom officiel de l'État allemand en 1943Faksimile: Reichsarbeitsblatt Jahrgang 1943, Teil I, Nr. 23 vom 15. August 1943, S. 413..

Adolf Hitler, le chef du Parti national-socialiste des travailleurs allemands (abrégé en « NSDAP », pour l'allemand ), est nommé chancelier par le président de la république de Weimar Paul von Hindenburg le . Après son arrivée au pouvoir, le parti commence à anéantir toute opposition politique dans le pays et à consolider son pouvoir ; l'Allemagne devient un État policier et totalitaire, reposant avant tout sur le pouvoir absolu exercé par Adolf Hitler. Après le décès d'Hindenburg le , Hitler établit un pouvoir absolu en fusionnant les fonctions de chancelier et de président. Le , il se fait appeler « Führer ».

À partir de la fin des années 1930, l'Allemagne nazie émet des revendications territoriales et menace d'une guerre. L'Autriche est annexée en 1938 et la Tchécoslovaquie en 1939. Une alliance est signée avec l'URSS et la Pologne est envahie en , ce qui déclenche la Seconde Guerre mondiale à l'échelle européenne. L'alliance avec l'URSS est rompue par l'Allemagne nazie deux ans plus tard avec l'opération Barbarossa. Une autre alliance est signée avec l'Italie fasciste et les pays de l'Axe. L'Allemagne nazie occupe la majeure partie de l'Europe, jusqu'à être défaite le 8 mai 1945. Le , le dernier gouvernement nazi de Karl Dönitz est arrêté. La propagande nazie destinait le Troisième Reich à durer « mille ans », il en dura douze, la république de Weimar n'ayant d'ailleurs jamais été formellement abrogée par les nazis.

L'idéologie du Troisième Reich repose sur la croyance en l'existence d'une « race aryenne », la promotion du , le racisme et l'antisémitisme. Dès son arrivée au pouvoir et particulièrement au cours de la Seconde Guerre mondiale, le régime met en place un système de répression s'attaquant à toute personne qui ne lui est pas totalement favorable ou soumise ou qu'il considère comme une « race » inférieure. Il met en place des mesures génocidaires, composées de camps d'extermination, de camps de concentration, de ghettos et de massacres par des unités mobiles.

L'Allemagne nazie commet ainsi la Shoah (aussi dit l'Holocauste, ou le génocide des Juifs), le Porajmos (génocide des Roms d'Europe), la mise à mort systématique des handicapés, ainsi que la déportation des personnes homosexuelles, des opposants politiques au régime, des membres de l'aristocratie polonaise et du clergé catholique, des pasteurs et des membres de l'Église confessante. Tous ces massacres ont conduit à la mort de plusieurs dizaines de millions de personnes.

Nom Formellement, la république allemande, dite république de Weimar, n'a jamais été abolie. Le nom officiel reste donc le même, à savoir (traduit généralement par « Reich allemand », le mot Reich désignant un empire ou un État), nom que portait déjà auparavant l'Empire allemand de 1871 à 1918. À partir de 1943, le nom de (Grand Reich allemand ou Reich grand-allemand) est aussi utilisé.

Le régime n'encouragea cependant pas l'emploi de l'appellation « Troisième Reich » qui n'a jamais été officiel et au contraire établit plusieurs fois des directives en proscrivant l'utilisation. Ainsi, dans une lettre circulaire signée par Martin Bormann, datée du , il est indiqué : « Le Führer souhaite que la désignation et le terme « Troisième Reich » ne soient plus utilisés. Je vous prie de bien vouloir en informer la hiérarchie de votre zone de service de manière appropriéeArticle de Hans Maier, « Hitler und das Reich », Vierteljahrshefte für Zeitgeschichte, 67 (2019), p. 529 et suiv.). » Joseph Goebbels donna dans la foulée deux directives demandant de ne pas utiliser cette expression en NS-Presseanweisungen der Vorkriegszeit, éd. Karen Peter, Institut für Zeitgeschichte.Reinhard Bollmus, Das Amt Rosenberg und seine Gegner. Studien zum Machtkampf im nationalsozialistischen Herrschaftssystem (2e éd., Munich, 2006), p. 326, note 1. et en Article de Hans Maier, « Hitler und das Reich », Vierteljahrshefte für Zeitgeschichte, 67 (2019), p. 529 et suiv..

En français, les expressions « Allemagne nazie » et « Troisième Reich » sont communément utilisées pour désigner le régime d'Adolf Hitler. Quand le contexte n'est pas ambigu, le simple mot « Reich » peut également faire référence au régime nazi.

Le nom de « Troisième Reich » fut utilisé pour la première fois dans un ouvrage de 1923 d'Arthur Moeller van den Bruck, pour lequel le Saint-Empire romain germanique (de 962 à 1806) est le premier Reich et l'Empire allemand (de 1871 à 1918) le deuxième. Dans le vocabulaire allemand contemporain, la période nazie est désignée sous les expressions (« période nationale-socialiste »), (« tyrannie nationale-socialiste ») ou simplement (« le Troisième Reich ») ou (« la période hitlérienne »).

Termes propagandistes Même avant 1933, le terme « Reich » était devenu le terme de combat de la droite et des monarchistes contre la république démocratique. (Le Troisième Reich), comme s'intitulait un livre publié en 1923 par Arthur Moeller van den Bruck, faisait référence à la tradition du premier, le Saint-Empire romain germanique, et du deuxième, l'Empire allemand issu de la solution petite-allemande. Van den Bruck entendait alors par « Troisième Reich » un grand Reich/Empire allemand ().

L'idée d'un « Troisième Reich » remonte au . Le théologien italien Joachim de Flore avait prophétisé un troisième âge millénaire du Saint-Esprit, qui suivrait les deux âges de Dieu et de Jésus-Christ. Les nationaux-socialistes ont repris ce slogan parce qu'il semblait concentrer leurs efforts. Hitler a souvent tenté de s'approprier le mythe des « mille ans » pour son règne. Plus tard, il s'est inquiété du terme « Troisième Reich », qui aurait permis de spéculer sur un éventuel Quatrième Reich, et donc de s'interroger sur la continuité du Reich allemand. C’est pourquoi le ministre de la Propagande Joseph Goebbels interdit le l'utilisation du terme « Troisième Reich »...

La destruction de la démocratie et l'instauration du régime Bien que n'ayant obtenu qu'un tiers des voix aux élections libres de , et bien qu'Adolf Hitler ait été battu à la présidentielle par Paul von Hindenburg, le NSDAP arrive au pouvoir quand son « Führer » est appelé à la chancellerie le .

Beaucoup d'industriels et d'hommes de droite, réunis autour de Franz von Papen et d'Alfred Hugenberg, pensaient ainsi « lever l'hypothèque » nazie et se servir d'Adolf Hitler pour ramener l'ordre dans l'Allemagne en crise, avant de s'en séparer dès qu'il n'y aurait plus besoin de lui. De fait, le gouvernement Adolf Hitler ne comporte que trois nazis : Adolf Hitler chancelier du Reich, Hermann Göring, chargé en particulier de la Prusse, et Wilhelm Frick à l'Intérieur.

Or loin de se laisser instrumentaliser par les conservateurs, Adolf Hitler parvient en quelques mois à mettre l'Allemagne au pas (). Le démantèlement de la république de Weimar au profit de la dictature nazie permet l'avènement et la proclamation du Troisième Reich dès le , lors d'une grandiose cérémonie de propagande tenue à Potsdam, sur le tombeau de .

« Mise au pas » et répression

Dès le , Adolf Hitler fait dissoudre le Reichstag par Hindenburg. Pendant la campagne électorale, la SA et les SS, milices du parti nazi, reçoivent des pouvoirs d'auxiliaires de la police. Les réunions du Parti communiste (KPD), du Parti social-démocrate (SPD) et des autres partis d'opposition sont marquées par de nombreux décès. Des opposants sont déjà brutalisés ou torturés.

Dans la nuit du au survient l'incendie du Reichstag. Marinus van der Lubbe, un syndicaliste et militant conseilliste néerlandais, est accusé par les nazis d'être responsable de l'incendie. Condamné à la peine de mort pour haute trahison, van der Lubbe est exécuté le par décapitation. Saisissant l'occasion de l'incendie, Adolf Hitler fait adopter par Hindenburg un « décret pour la protection du peuple allemand » qui suspend toutes les libertés garanties par la Constitution de Weimar. Un autre décret institue la Schutzhaft ou « détention de protection » préventive, qui permet d'arrêter et d'emprisonner sans aucun contrôle ni limite de temps.

La terreur s'accélère. En deux semaines, Göring fait arrêter en Prusse, dont le chef du KPD, Ernst Thälmann, le . En avril, près de ont lieu dans la seule Prusse. À l'été, la Bavière compte , la Saxe . Entre 1933 et 1939, un total de à sont internées, et entre et sont tuées par la violence d’État. Des centaines de milliers d'autres doivent fuir l'Allemagne..

De nombreuses figures de la gauche littéraire et scientifique s'exilent, comme Thomas Mann, Bertolt Brecht et Albert Einstein dès le . D'autres sont jetées en prison comme le pacifiste Carl von Ossietzky. Les nazis condamnent l'« art dégénéré » et les « sciences juives », et détruisent ou dispersent de nombreuses œuvres des avant-gardes artistiques.

Les premiers camps de concentration nazis apparaissent, où sont emprisonnés militants communistes, socialistes et sociaux-démocrates. Dès le , Heinrich Himmler ouvre le camp de concentration de Dachau à proximité de Munich. Il est suivi en 1937 de Buchenwald et en 1939 de Ravensbrück pour les femmes.

Le , les nazis obtiennent 43,9 % des voix aux élections législatives. Dans tous les Länder d'Allemagne, les nazis s'emparent par la force des leviers locaux du pouvoir. Le , Adolf Hitler obtient des deux tiers des députés le vote des pleins pouvoirs pour quatre ans. Le , les syndicats sont dissous et leurs biens saisis. Les ouvriers sont enrôlés dans l'organisation corporatiste du Deutsche Arbeitsfront (DAF). Le , le ministre de la Propagande Joseph Goebbels préside à Berlin à une nuit d'autodafé pendant laquelle des milliers de « mauvais livres » d'auteurs juifs, marxistes, démocrates ou psychanalystes sont brûlés pêle-mêle en public par des étudiants nazis ; la même scène se tient dans les autres grandes villes. Le KPD est officiellement interdit en mai, le SPD en juin.. Les autres partis politiques se sabordent ou se rallient. Le , la loi contre la formation de nouveaux partis fait du NSDAP le parti unique en Allemagne. Les jeunes Allemands sont obligatoirement embrigadés dans les Jeunesses hitlériennes (« Hitlerjugend »), seul mouvement de jeunesse autorisé à partir du .

Les SA de Ernst Röhm exigent que la « révolution nationale-socialiste » prenne un tour plus anticapitaliste et rêvent de prendre le contrôle de l'armée. Mais Adolf Hitler, qui a besoin des grands industriels pour sa future armée, fait massacrer une centaine de chefs SA le au cours de la nuit des Longs Couteaux. Le s'oriente dès lors vers un « État SS » (Eugen Kogon).

Les nazis assassinent aussi à cette occasion plusieurs dizaines de personnalités diverses, ainsi que le docteur Klausener, dirigeant de l'Action catholique.

Après la mort de Paul von Hindenburg le , Adolf Hitler est à la fois chancelier et président de l'État. Il est entouré d'un culte de la personnalité intense qui le célèbre comme le sauveur messianique de l'Allemagne, et fait prêter un serment de fidélité à sa propre personne, notamment par les militaires. Le Führerprinzip devient le fondement de toute autorité.

vignette|droite|277px|Affiche de propagande américaine soulignant, une fois la guerre déclarée entre l'Allemagne et les États-Unis, la politique qu'a adoptée le Troisième Reich à l'égard de la religion chrétienne.