Péplum est une bande dessinée réalisée par Blutch en 1996, publiée partiellement cette année-là dans (À suivre) et éditée en version complète en 1997 chez Cornélius.
Synopsis Un esclave tue son maître, Publius Cimber, et usurpe son identité. Il cherche à délivrer une très belle femme emprisonnée dans un bloc de glace, découverte aux frontières de l’Empire.
Pendant ce temps, à la Curie, Metellus Cimber implore César d'accorder le retour d’exil de son frère Publius Cimber. César refuse et est assassiné.
Le héros, en compagnie d'un jeune garçon dont il est tombé amoureux, est fait prisonnier par un général romain. Ce dernier découvre l'usurpation d'identité, mais fasciné par la beauté du jeune garçon, il leur laisse la vie sauve. Le héros laisse le jeune garçon avec le général, et part retrouver la femme glacée. Il tombe amoureux d'une actrice, mais devient impuissant, malgré les soins inutiles d'une sorcière. Dans un musée, le héros désespéré rencontre un poète qui le frappe pour s’emparer de la femme gelée. Le héros embarque sur un navire qui fait naufrage, il s'échoue sur une plage où une femme en furie court sur lui pour le tuer. En se défendant, il l’égorge. Des gens arrivent pour l’acclamer et le couronner : ils avaient organisé le combat. On le mène dans une maison où est entreposée la femme glacée, qui bien qu’elle ait dégelé, reste inerte.
À propos du livre Une adaptation libre Péplum est du Satyricon de Pétrone. On y retrouve quelques personnages (le héros Encolpe, son mignon Giton, le poète Eumolpe), et quelques scènes (dans le musée, la navigation), mais finalement, une seule scène est directement inspirée du Satyricon : celle de l’impuissance du héros arrivé à Crotone, même s'il existe plusieurs différence notables entre les deux scènes..
Blutch, alors âgé de 28 ans, change l'époque de son récit : alors que le roman de Pétrone se situe au moment de la décadence impériale, probablement avant la fin du , la référence au Jules César de Shakespeare situe l'action de la bande dessinée en . Selon l'auteur,
Pour Blutch, Péplum : d'une certaine façon, Blutch s'est accordé la liberté de combler les trous du récit. Il a ainsi inventé le personnage de Publius Cimber.
Un des attraits de l'auteur pour le Satyricon réside dans l'étrangeté que l'on ressent à la lecture des œuvres antiques : Cette étrangeté permet à Blutch d'évacuer la psychologie de son récit : les motivations et enjeux derrière les actions restent obscures, la violence, la férocité et le vice sont présentés sans jugement.
Des sources diverses Blutch est un , comme ont pu le montrer certains de ses livres postérieursCitons Le Cavalier blanc n2 en 2000, qui présente une vingtaine de variations de la couverture d'un album de Lucky Luke, ou Variations en 2017, où Blutch redessine des planches de Morris, Franquin, Jacobs…. Les sources qu'il utilise pour Péplum sont très diverses.
La trame du récit est vaguement inspirée d'un ballet de Roland Petit de 1953 : l'histoire d'amour entre un homme et une femme prise dans les glaces. Les premières pages sont quant à elles une adaptation fidèle du Jules César de William Shakespeare.
On trouve également des réminiscence du Satyricon de Federico Fellini ainsi que du Médée de Pier Paolo Pasolini. Blutch cite également comme source Orson WellesOrson Welles a d'ailleurs filmé le ballet de Roland Petit., principalement pour ses adaptations « à petit budget » de Shakespeare comme Othello ou Falstaff., qui rejoignent l'envie de Blutch d'éviter le grandiose. On peut également mentionner Joseph L. Mankiewicz qui a filmé deux fois l'assassinat de César (dans Jules César en 1953 puis dans Cléopâtre) et les séries B italiennes.. Malgré ces références au cinéma, Blutch a voulu rapprocher Péplum du théâtre : Le soin apporté à la représentation des corps peut également évoquer la danse, certaines cases évoquant d'ailleurs L'Après-midi d'un faune, le ballet de Vaslav Nijinski..
On trouve également des références issues de la statuaire et des dessins antiques : la femme congelée mélange une statue grecque archaïque du Musée du Louvre, la tête de la Dame d'Auxerre et une statue égyptienne pour le corps ; le jeune compagnon du héros évoque le Tireur d'épine, ressemblance confirmée par les croquis préparatoires publiés dans Notes pour Péplum (Cornélius, 1998)…
Prépublication dans (À suivre) Lorsqu'il travaillait sur Péplum, Blutch était surtout connu pour son travail dans Fluide glacial. Il a proposé ses planches à l'hebdomadaire, qui les a refusées au motifs qu'elles n'étaient pas assez drôles. C'est finalement la revue de Casterman (À suivre) qui publie les premières planches en 1996.
Péplum marque une rupture dans l'œuvre du dessinateur. :
Le ton très différent de son livre a surpris et décontenancé les lecteurs. Blutch a livré ses planches partie par partie, au début sans scénario préétabli. Devant le peu de succès de ce récit, la revue a décidé d'en expédier la publication.. Selon Blutch, . Blutch n'en est pas affecté, misant surtout sur la sortie en album, qui a été réalisé avec un grand soin par les éditions Cornélius, Jean-Louis Gauthey proposant une division en dix chapitres illustrés d'une vignette, et demandant un épilogue.
Réception critique Péplum a reçu un très bon accueil critique. Pour Philippe Dumez (Jade), c'est un livre important
Lors de la réédition en 2004, Olivier Hervé (Planetebd) loue le dessin de Blutch, , et Ambroise Lassalle salue le travail de Blutch sur la représentation des corps, leur expressivité, louant son
Ambroise Lassalle souligne également que l'étrangeté du livre vient du jeu sur les attentes du lecteur : Blutch alterne des scènes familières, telles que la mort de César ou la scène du mime, avec des séquences étranges voire déroutantes, comme le chapitre, où le héros est capturé, attaché et « palpé » par des femmes sans mains.
La traduction de l'album aux États-Unis en 2016. a été l'occasion d'une nouvelle vague de critiques positives. Pour Edward Gauvin, le traducteur du livre, Pour Eddy Emerson (World Literature Today), Péplum oppose un idéal de l'amour, presque fictionnel, incarné par la femme congelée, à la violence exprimée notamment par la brutalité du dessin.. Pour Sarah Horrocks (The Comics Journal), le livre interroge le rapport à la beauté, au désir et à la mort. Avec Blutch,
Éditions 1997 : Péplum, Cornélius, coll. Solange. Première édition. 1998 : Notes pour Péplum, Cornélius, coll. Raoul. 2004 : Péplum, Cornélius. Réédition, avec une renumérisations des originaux.
Traductions 2008 : Péplum, Ponent Mon, S.L. 2016 : Péplum, New York Review Comics, traduit par Edward Gauvin 2017 : Péplum, 001 Edizioni, traduit par C. Rea
Notes et références Notes
Références
Annexes Bibliographie
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Liens externes
Catégorie:Album de bande dessinée sorti en 1997 Catégorie:Bande dessinée de Blutch