L'Avant-Pays savoyard, anciennement Petit-Bugey ou Bugey savoyard voire Petit-Bugey savoyard, est une région naturelle française située à l'extrême ouest du département de la Savoie, dans une zone délimitée par la chaîne de l'Épine, le mont du Chat à l'est, le Guiers au sud-ouest et le Rhône au nord-ouest. Mais par bien des traits, il n'a rien de savoyard. Il est jurassien et non alpin par son histoire géologique et son relief. Par son histoire il se rattache au Dauphiné et la contrebande s'est longtemps moquée de la frontière très artificielle du Guiers comme le souligne l'aventure de Mandrin. La maison traditionnelle est celle du Dauphiné. Par ses spécialités fromagères comme l'emmental, il est exclu des appellations typiques de la Savoie alpine (beaufort, reblochon). Le lac d'Aiguebelette a longtemps attiré préférentiellement la clientèle lyonnaise.
Toponymie L'utilisation officielle de la dénomination Avant-Pays savoyard a été retenue pour la création du Syndicat mixte de l'Avant-Pays savoyard en 1985, puisque aucune des autres appellations historiques (cf. paragraphe suivant) ne correspondaient véritablement à l'ensemble du territoire.. Cette expression était d'ailleurs utilisée par le géographe Henri Onde dans un article daté de l'année 1951..
Au Moyen Âge, il a pu être désigné comme « la Novalaise », par exemple dans les actes des premiers comtes de Savoie. Tout ou partie de la région a pu porter historiquement les noms de « Petit-Bugey » ou de « Bugey savoyard », voire de « Petit-Bugey savoyard », par opposition à la partie du Bugey, ancien dérivé du nom Bellicium, Belley, devenue française en 1601.. On trouve également la forme « pays des Quatre cantons ».
L'Avant-Pays savoyard est l'une des composantes de cet Avant-Pays alpin (Dauphinois, Savoyard et Suisse) constitué par les prolongements méridionaux des plis du Jura« L'Avant-pays des Alpes françaises », sur le site geol-alp.com (mise à jour 19 février 2017).. Il est ainsi parfois désigné comme le « Jura savoyard » dans la littérature. (cf. Traversée du Jura savoyard).
Géographie Situation thumbnail|left|Nord de l'Avant-pays savoyard vu du mont du Chat, jusqu'au Rhône visible au loin. Le territoire de l'Avant-Pays savoyard correspond à presque toute la partie ouest du département de la Savoie, limité en quasi-totalité par des barrières naturelles. En partant de l'ouest, ce sont le Rhône et le Guiers qui délimitent l'Avant-Pays, en allant vers le nord pour le premier, vers le sud pour le second. Ces deux cours d'eau marquent également les limites ouest du département. À l'est, la limite est matérialisée par le chaînon méridional du massif du Jura formé du mont du Chat et de la chaîne de l'Épine, puis par l'extrémité nord du massif de la Chartreuse (Alpes). Au niveau des quelques rares zones sans barrière naturelle, ce sont les limites des communes qui sont implicitement retenues, comme celles de Saint-Thibaud-de-Couz dans le vallon séparant l'Épine et la Chartreuse, au nord de Lucey entre le Rhône et le mont Landart, ou au sud aux limites avec le département de l'Isère.
Pour autant, l'Avant-Pays savoyard peut avoir des limites différentes en fonction de certains organismes. Le site Avant-Pays savoyard tourisme incluait par exemple la commune de Chanaz au nord de Lucey, ainsi que quelques communes situées en IsèreCarte interactive, sur le site Avant-Pays savoyard tourisme.. À l'inverse, l'Insee détermine un territoire moins vaste, s'étendant de Jongieux (au sud de Lucey) à Saint-Genix-sur-Guiers, n'intégrant que au lieu des 46 habituellement retenues « Portrait de Territoire - Avant-Pays savoyard », sur le site sierm.eaurmc.fr..
Hydrographie Le Rhône et le Guiers situés en périphérie ouest sont donc les plus importants cours d'eau du territoire, bien que coexistent des rivières tels l'Hyères et le Cozon du côté de la Chartreuse, et de plus petits ruisseaux comme le Flon ou le Merdaret. En outre, l'Avant-Pays savoyard est connu pour la présence du lac d'Aiguebelette. Il est le grand lac naturel de Savoie après le lac du Bourget avec une superficie de et est surtout réputé pour la qualité de ses eaux et de son environnement, en raison d'un arrêté préfectoral de 1976 interdisant l'usage de bateaux à moteur thermique (à l'exception des services de secours) sur le lac« Le lac d'Aiguebelette » sur le site promotionnel Savoie-Mont-Blanc.. Le territoire possède également une autre étendue d'eau qu'est le lac de Saint-Jean-de-Chevelu, d'une superficie moins importante.
Enfin, l'Avant-Pays savoyard a une altitude moyenne assez basse malgré la présence du mont Tournier et en faisant abstraction des hauteurs constituées par le Jura et la Chartreuse. C'est par ailleurs sur son territoire que se situe la commune la moins élevée du département de la Savoie, à savoir Saint-Genix-sur-Guiers, à .
Géologie et relief vignette|Synclinal de Novalaise entre mont Tournier à gauche et chaîne du mont du Chat à droite.vignette|Falaise dans la molasse près de Pont-de-Beauvoisin. La Savoie est un département alpin par excellence. Sa partie occidentale à l’ouest du Val du Bourget et du col de Couz, appartient, elle, géologiquement au Jura dont c’est la terminaison méridionale en pointe. On y trouve la conformité parfaite aux critères qui définissent cette chaîne à commencer par l‘âge jurassique des couches qui le constituent et leur faciès calcaire. L’ensemble a été affecté par la même déformation en plis, en contrecoup du soulèvement au Pliocène des massifs cristallins externes des Alpes. Se succèdent ainsi d’est en ouest trois éléments topographiques parallèles nord- sud caractéristiques de la morphologie jurassienne. L’alignement montagne de la Charvaz, mont du Chat, chaîne de l’Épine est un premier pli anticlinal (en relief) d’une quarantaine de kilomètres, d’altitude soutenue, culminant au signal du mont du Chat à et mesurant environ trois kilomètres de large. Lui succède vers l’ouest le synclinal (pli en creux) dit de Novalaise qui s’abaisse dans son centre à avec la cuvette du lac d’Aiguebelette. Vient enfin le deuxième anticlinal auquel on peut donner le nom de son point culminant : le mont Tournier (). Il est d’une altitude moins soutenue et, après un abaissement de son axe en son centre au droit du lac, se relève jusqu’à 720 mètres dans les hauts de Saint-Franc avant d’être coupé par la cluse des gorges de Chailles. Dans le creux du synclinal a été conservée une épaisse couche de molasse tertiaire sur laquelle ont pu se former des sols argileux favorables au développement d’une économie orientée vers l’élevage..
Voies de communication et transports
Depuis le , l'Avant-pays est plus pénétrable depuis le reste de la Savoie, avec le percement de plusieurs ouvrages :
la Voie sarde, au , le tunnel des Échelles, sous le premier Empire, par le conseiller d'État chargé des Ponts et Chaussées du Empire Emmanuel Crétet (enfant du pays) inauguré en 1820, le tunnel ferroviaire, à la fin du , le tunnel du Chat, dans les années 1930, les tunnels autoroutiers de Dullin et de l'Épine (tube nord) en 1974, puis mise en service du deuxième tube (sud) du tunnel de l'Épine en 1991.
Les points d'entrée en Savoie restent toutefois limités à quelques passages : Le défilé de Pierre-Châtel, entre La Balme et Yenne, permettant l'accès en Chautagne La vallée du Guiers jusqu’à Saint-Béron.
Voies routières thumb|210px|Entrée en Savoie et dans l'Avant-Pays par l'ex-RN 6 au Pont-de-Beauvoisin. L'Avant-Pays savoyard est traversé d'ouest en est par l'autoroute A43 provenant de Lyon et conduisant à Chambéry, puis au tunnel du Fréjus vers l'Italie, ou encore Annecy, Grenoble et Genève après bifurcation sur l'autoroute A41 dans la cluse de Chambéry. L'autoroute pénètre dans l'Avant-Pays par la traversée du Guiers entre Saint-Genix-sur-Guiers et le Pont-de-Beauvoisin. Elle traverse alors dans un premier temps le mont Tournier par le tunnel de Dullin (du nom de la commune de Dullin) long de , puis contourne par le nord le lac d'Aiguebelette avant de franchir la chaîne de l'Épine par le tunnel de l'Épine, long de et de déboucher sur les hauteurs de la Motte-Servolex dans le bassin chambérien.
Le territoire de l'Avant-Pays savoyard est également desservi par l'ancienne route nationale 6 reliant Paris au col du Mont-Cenis (frontière avec l'Italie), aujourd'hui déclassée en route départementale en tant que D 1006. La route arrive de Lyon en traversant le chef-lieu de la commune du Pont-de-Beauvoisin et longe alors le Guiers en direction de la commune Les Échelles située plus au sud qu'elle traverse. L'ex-RN6 laisse le Guiers et la limite sud de l'Avant-Pays et prend une direction nord-est en longeant le vallon séparant le Jura et les Alpes, c'est-à-dire l'Épine d'un côté et la Chartreuse de l'autre et traversant notamment Saint-Thibaud-de-Couz avant de parvenir à Cognin, dernière étape avant Chambéry.
En outre, trois autres routes nationales de moindre importance reliaient la plupart des communes: les anciennes RN 521, RN 521c et RN 521d, aujourd'hui requalifiées en D 921, D921c et D921d. La première traverse l'Avant-Pays du nord vers le sud, soit de Lucey aux Échelles par Yenne et Novalaise notamment. La seconde, plus courte, ne dessert que les communes de Saint-Jean-de-Chevelu, Saint-Paul et Meyrieux-Trouet. La troisième enfin relie Nances à Saint-Alban-de-Montbel en contournant par le sud le lac d'Aiguebelette, soit par Aiguebelette-le-Lac et Lépin-le-Lac.
Finalement, et du fait de ses nombreuses barrières naturelles, les points d'entrée routiers (hors autoroute A43) dans l'Avant-Pays savoyard sont relativement limités : traversée du Rhône : 3 points d'entrée, à Lucey, Yenne et près de Champagneux ; traversée du Guiers jusqu'à Saint-Christophe : 8 points d'entrée, à Saint-Genix, le Pont-de-Beauvoisin (2 ponts), près de Saint-Béron, Les Échelles (2 ponts), Saint-Christophe (2 ponts) ; en Chartreuse : 5 points d'entrée, à Saint-Pierre-d'Entremont (2 ponts), vers Saint-Même, au niveau du col du Granier et entre Cognin et Saint-Thibaud-de-Couz ; traversée du Jura : 5 points d'entrée, route du col de l'Épine, route du signal du Mont du Chat, route du col du Chat, à Ontex et entre Saint-Pierre-de-Curtille et Lucey.
Transport ferroviaire thumb|210px|La ligne de Saint-André-le-Gaz à Chambéry passant à Lépin-le-Lac et se dirigeant vers Aiguebelette et l'Épine. Après le rattachement de la Savoie à la France opérée en 1860, la compagnie ferroviaire du PLM décide la construction d'une ligne entre Chambéry et la ligne existante de Lyon à Grenoble par Bourgoin-Jallieu. Cette ligne est aujourd'hui selon la nomenclature officielle du réseau ferré national appelée ligne de Saint-André-le-Gaz à Chambéry. Elle avait pour buts de désenclaver l'Avant-Pays savoyard et le nord-Isère et de permettre des dessertes directes de Bourgoin-Jallieu ou de la Tour-du-Pin à Chambéry. La longueur totale de la ligne est donc relativement modeste () mais possède des rampes allant jusqu'à , en particulier au niveau de la Bridoire. À voie unique, la ligne est en outre électrifiée depuis 1985 et alimentée en alternatif.
Cette ligne, toujours en service, traverse l'Avant-Pays savoyard d'ouest en est au sud de l'axe autoroutier. Elle pénètre en Savoie au niveau du Pont-de-Beauvoisin, puis se dirige vers le village de Saint-Béron au sud-est avant d'entamer par le sud le contournement et « l'ascension » du chaînon méridional du mont Tournier en passant sur les hauteurs de la Bridoire. La ligne aborde alors les rives sud du lac d'Aiguebelette et dessert Lépin-le-Lac et Aiguebelette-le-Lac, avant de quitter l'Avant-Pays à travers le tunnel ferroviaire de l'Épine (). Au total, du Guiers jusqu'à l'entrée du tunnel, la ligne parcourt environ dans l'Avant-Pays savoyard.