Castor d’Apt (san Castré en provençal, Castorius en latin), né après 350 et mort en 423, a été évêque d'Apt de 410 à 423, soit jusqu'à la fin de sa vieListe des évêques du diocèse d'Apt : saint Castor, évêque d'Apt (410 – 423 ?) - site GCatholic.org..

Sa fête, en tant que patron de son évêché et saint de l'Église catholique est célébrée le Nominis : saint Castor d'Apt.

Biographie Paul-Albert Février, de l'Université de Provence, tend à penser que peu d'éléments sont vraiment certifiés sur la vie de Castor. Lors d'une table ronde organisée par l'Institut de recherches et d'études sur le bas Moyen Âge avignonnais (du 5 au ), il a rappelé que, hormis une Vie sujette à caution intégrée par le chanoine Joseph-Hyacinthe Albanès dans la Gallia christiana, il n'a rien trouvé de probant sinon un texte du controversé Polycarpe de la Rivière à l'Inguimbertine de Carpentras (ms. 514, f° 191)Le Peuple des saints, Mémoire de l'Académie de Vaucluse, 1987..

A contrario, cette Vita Castoris a été adoptée et soutenue par le vicaire Jean-Baptiste Paul de TerrisBiographie de Paul Terris (1842-1904). comme source valable à la suite d'Albanès. D'après eux, elle aurait été rédigée par un proche du saint puis réécrite par l'évêque Raimond Bot (Regimundus, 1275-1303). Il y a fort à penser que Castor fut vénéré par des solennités durant le haut Moyen Âge comme l'indique un chant liturgique de la ville daté du et consacré à sa fêteVénération de saint Castor au haut Moyen Âge in L'autel roman de l'ancienne cathédrale d'Apt (Vaucluse) de Guy Barruol, et légende 35..

Sa jeunesse Castorius est dit originaire de Nîmes (Nemus)Nemus était le nom du lieu sacré (bois, fontaine) des Celto-Ligures. où il serait né vers le milieu du au sein d'une famille plutôt favorisée qui lui permit de suivre des études conséquentes. À la mort de son père, il rejoint sa mère à Arles qui était alors préfecture des Gaules, et le jeune rhéteur qu'il est devenu commença à exercer le métier d'avocat. Il aurait eu pour frère Léonce (Leontius) qui deviendra évêque de Fréjus et saint (fête le ).

Sa vie érémétique Il épousa, en 395, une « belle arlésienne » dont la famille originaire du Luberon y possédait de nombreux domaines. La légende veut que le couple, avec leur fille Perculiarita, ait choisi la vie monacale.

Certains hagiographes expliquent qu'ils auraient vécu reclus près de Sabran (Gard), au mas Saint-Castor près de Mégier, d'autres affirment qu'il se serait retiré près de Ménerbes où il aurait fondé à MananchaVocable orthographié quelquefois Monacha qui est sans doute dérivé du grec monakos (moine). un monasteriolum (monastère) dit de Mananque, et placé sous le vocable de beati Faustinus (saint Faustin, l'évêque de Lyon)La seconde hypothèse développée par Guy Barruol semble la plus plausible. Faustin ou Photin, un des grands évêques de Lyon au , avait été le défenseur des lapsi, chrétiens tombés dans l'erreur et l'hérésie..

Les traces toponymiques de Castorius en Luberon À Ménerbes, dans une grotte, une source ferrugineuse nommée San Castré rappelle encore le souvenir du futur évêque d'Apt. De plus, un lieu-dit, au quartier du Levant, dénommé (Podium Monasterium), marque le lieu d'implantation du monastère Saint-Faustin de Manancha détruit en 576 par des hordes de Saxons et de LombardsJacques-Antoine Dulaure dans son livre Divinités génératrices (Paris, 1805) a rappelé qu'en Provence le nom de Faustin était volontairement prononcé Foutin. Et il explique : « Le peuple qui juge souvent la valeur des choses d'après la consonance de leurs noms jugea que saint Foutin était digne de remplacer saint Priape et on lui en conféra toutes les prérogatives ». Dans un lieu dédié à Minerve (Ménerbes), camoufler un antique culte phallique peut avoir été la fonction que Castorius avait dévolu à son monastère.

Son épiscopat à Apt Vers 410, à la mort de l'évêque Quentin (Quintinus), il fut choisi par la communauté des fidèles pour monter sur le siège épiscopal d'Apt. Ami de Jean Cassien, le fondateur de l'Abbaye Saint-Victor de Marseille, en 416, il lui demanda de rédiger ses Institions Cénobitiques et ses Conférences sur la formation des cénobites dont la Conférence sur la prière.

On peut penser que Jean Cassien, qui le nommait « homme de toutes les vertus et de toutes les sciences » ne fut pas étranger à ce choixLes abbayes de Lérins et Saint-Victor, foyers de culture classique et d’humanisme (semi-pélagien) ont joué leur rôle de formation et de direction pastorale. En 420, Proculus, évêque de Marseille, fit construire la première église, qui sera connue sous le nom de la «Major » (ecclesia major), et le grand baptistère qui sera détruit par l’incurie du clergé local en 1852 malgré un tollé général. C’était le plus important de Gaule. Avec lui, l’Église de Marseille affichait sa puissance, sa richesse et son originalité, mais affirmait surtout sa primauté pour la défense doctrinale de l’humanisme semi-pélagien. C'est dans ce cadre qu'il faut replacer les relations de Jean Cassien et de son ami Castor ainsi que son élévation sur le siège épiscopal d’Apt..

La tradition veut que dès le début de son épiscopat, il ait fondé à Apt un couvent dédié à saint BachéCe monastère dédié à saint Baché est à rapprocher du pèlerinage de saint Bacche qui se déroulait, sur l'autre versant du Luberon, à Jouques. En Val de Durance, le culte de Bacchus éradiqué par l’Église se voyait ressusciter par la ferveur populaire puisqu’une légende locale le faisait mourir ici. Ce saint de Jouques était bien le dieu du vin, ce Beato Baccho (Bacchus le bienheureux), dont on a retrouvé maintes inscriptions datant du Bas-Empire.. Deux ans plus tard, les Barbares déferlèrent sur la Provincia dispersant la communauté chrétienne du pagus Aptensis.

Miracles Plusieurs miracles lui sont attribués :

En compagnie du diacre Largus, il aurait rallié son monastère depuis Apt par une nuit d'orage sans que ses vêtements soient mouillés.

Un sanglier blessé poursuivit par des chiens et des chasseurs aurait été épargné en trouvant refuge sous son manteau.

Castor avait l’habitude de prier la nuit avec l’impression assez nette d’être visité par des anges. Il demanda à son proche entourage à qui il s’était confié de ne le dire à personne. Ce qui ne fut pas le cas d’un sous-diacre qui mourut peu après la divulgation.

Une année, Castor voulut délivrer des prisonniers, sans doute injustement condamnés, et d’autres afin de les convertir pour les faire participer à la Semaine pascale. Comme le juge refusa d’en libérer ne serait-ce qu’un seul, l’évêque décida d’une procession jusqu’à la prison devant laquelle il se mit à prier invitant le groupe à faire de même. Au bout d’un long moment sans que personne désire partir, les portes s’ouvrirent et les chaînes des prisonniers se brisèrent. Ce miracle permit la construction d’un oratoire (oratorium) dédié au Sauveur sur l’emplacement de la prison située à priori près de la Tour de l’Horloge actuelle. Une charte, non datée, fait état de deux donateurs, Georges et Deda, qui ont prié afin d’obtenir le retour de leur fils détenu.

Postérité Présent au concile provincial de Valence en 419, il mourut en paix quelques années plus tard à la fin du règne de l’empereur Flavius Honorius entouré de son clergé, quelques-uns de ses moines ainsi que d'homologues voisins. Son corps fut déposé dans l'oratoire qu'il dédia au SauveurSaint-Sauveur était aussi le nom du monastère de moniales que Jean Cassien avait fondé à Marseille. situé dans la partie méridionale de l'église d'Apt et qui prit le nom de Sainte-Marie et Saint-Castor.

Ses reliques furent par la suite transférées en 1179 dans la nouvelle cathédrale voulue par l'évêque Alfant et déposées dans la crypte supérieure par ses soins ou par l'évêque Pierre de Saint-Paul (1162-1182).

L'Histoire littéraire de la France lui consacre un chapitreLire en ligne sur Gallica.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Manuscrit de Raymond de Bot, évêque d'Apt (1275-1303), Vie de saint Castor, évêque d'Apt, traduite d'un manuscrit latin du VIII siècle, disparu en 1793 des Archives capitulaires, copie à la Bibliothèque Inguimbertine de Carpentras sous le titre Acta ad firmandam eccl. gall. historiam. J. F. de Rémerville de Saint-Quentin, La vie de saint Castor, Apt, 1688. G. Barruol, Provence Romane II, Éd. Zodiaque, La Pierre-qui-Vire, 1981. G. Semonsu, Castor à Ménerbes, Bulletin de l'Association d'Histoire et d'Archéologie du Pays d'Apt, n° 9, 1985. P. A. Février, Saint Castor, évêque d'Apt, et son culte, Provence Historique, fasc. 146, 1986.

Liens internes Liste des évêques d'Apt Apt Jean Cassien

Liens externes

Présentation de saint Castor d'Apt sur le site de L'Évangile au Quotidien Lettre de l'évêque Castor à l'abbé Jean Cassien Liste des évêques du diocèse d'Apt sur le site GCatholic.org

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