Les apparitions mariales de Lourdes ou les apparitions de Notre-Dame de Lourdes sont des apparitions de la Vierge Marie manifestées en 1858 à une jeune fille âgée de quatorze ans, Bernadette Soubirous. Celle-ci a déclaré qu'elle avait assisté à dix-huit apparitions à Lourdes (Hautes-Pyrénées) d'une femme se présentant comme étant l'Immaculée Conception.

Selon son récit, ces apparitions interviennent pendant six mois, dont douze apparitions en l'espace d'une quinzaine de jours. Les déclarations de la jeune fille suscitent de vives polémiques et font rapidement l'objet d'enquêtes et de contre-enquêtes des autorités civiles. Le commissaire Jacomet, puis le procureur l'interrogent et la menacent de prison si elle maintient ses dires ou continue de se rendre à la grotte où la Vierge lui serait apparue.

Malgré les pressions, Bernadette Soubirous reste constante dans ses déclarations et nul ne parvient à la mettre en défaut. Une foule de plus en plus importante se rend à la grotte avec elle pour assister aux (même si la jeune fille est la seule ) et assister à ses extases. Le jeudi , on dénombre environ pressées devant la grotte lorsque Bernadette Soubirous s'y rend à son tour. L'attitude de la voyante (lorsqu'elle boit de l'eau boueuse et mange de l'herbe), et l'absence (non annoncé, mais attendu des foules) désappointe un certain nombre de fidèles et de curieux. Néanmoins, pour essayer de calmer la ferveur populaire autour de la grotte de Massabielle, les autorités civiles font barricader le site (le ) et en interdisent l'accès par la force. Lors de la dernière apparition du , Bernadette se tiendra sur l'autre rive du Gave, devant les barrières.

À partir de juillet, plusieurs personnes influentes de l'empire se rendent sur place et commencent à faire pression pour rouvrir l'accès à la grotte. En juillet également, plusieurs évêques se rendent sur place, certains interrogent la voyante, puis de concert, vont demander à l'évêque de Tarbes, Bertrand-Sévère Laurence, de faire ouvrir une enquête sur ces événements. Le , le célèbre journaliste Louis Veuillot publie dans son journal L'Univers un article sur les évènements de Lourdes et sur la jeune Bernadette Soubirous. Le , l'empereur Napoléon III autorise la réouverture de l'accès à la grotte.

Le , au nom de toute l'Église, Laurence publie un mandement par lequel il reconnaît officiellement les apparitions de Lourdes : . La Vierge y est depuis lors honorée sous le vocable . Après cette déclaration, l'évêché de Tarbes achète les terrains et commence la construction de plusieurs églises : la basilique de l'Immaculée-Conception (qui surplombe la grotte de Massabielle) construite de 1862 à 1871, puis la basilique Notre-Dame-du-Rosaire (1883-1889), d'autres constructions suivront, faisant de ce lieu de pèlerinage marial, le plus grand site en France, et l'un des principaux dans le monde.

Ce sanctuaire fait partie d'une série de sanctuaires mariaux importants, comme celui de la rue du Bac à Paris (1830) ou le sanctuaire de La Salette (1846) qui apparaissent à la suite d'une série de mariophanies au . Ces événements entraînent un renouveau local du culte marial.

Le contexte Contexte politique

Ces événements surviennent 12 ans après l'apparition mariale de La Salette (Isère) qui a fortement agité le paysage politique et religieux français, par des publications très nombreuses dans la presse, et virulentes. L'apparition de la Salette a été officiellement reconnue en 1851 par l'évêque de Grenoble Philibert de Bruillard puis en 1855, par son successeur Jacques Ginoulhiac..

thumb|Lourdes en 1858. Les événements de Lourdes sont largement documentés, tant par les archives ecclésiastiques et civiles (qui ont mené des enquêtes), que par des témoignages, et écrits divers (dont ceux de la voyante), mais également par les publications de la presse dans les journaux contemporains : le cas de Lourdes . Plusieurs études historico-critiques des sources ont également été publiéesOn pourra se reporter à la publication en 7 volumes référencée dans la bibliographie..

La virulence et la rapidité des attaques anticléricales vis-à-vis des événements de Lourdes s'expliquent par la bascule des attaques déjà existantes contre les apparitions de La Salette sur celles de Lourdes, les critiques s'attachant encore plus à la personnalité de Bernadette Soubirous qu'ils ne l'avaient fait pour Mélanie Calvat et Maximin Giraud (les voyants de La Salette), mais aussi à l'analyse critique des , qui y étaient plus nombreux qu'à La Salette. Lourdes était aussi beaucoup plus fréquentée que La Salette, dès la première année., car plus facile d'accèsLa première route d'accès au sanctuaire de la Salette n'est officiellement ouverte qu'en 1867 (près de 10 ans après les apparitions à Lourdes), et reste malgré tout très difficile d'accès pendant près d'un siècle, contrairement à la ville de Lourdes, bien reliée au réseau routier, et qui disposera d'une gare de train dès 1866. Voir info de la Ville de Corps.. Il était également plus facile de se loger en ville, que dans un sanctuaire perdu en pleine montagne.

Le contexte religieux Dans les Pyrénées vignette|Vue des Pyrénées Les Pyrénées sont traversées depuis le Moyen Âge par d'importants chemins de pèlerinage. Aussi, depuis cinq siècles, le culte marial y revient-il de façon sporadique. Les miracles de la Vierge Marie font bon ménage dans l'imaginaire local avec des traditions plus anciennes, mais qui restent très vivaces : grottes à maléfices, sorcières, diables, fées de sources curatives ou miraculeuses..

D'après Ruth Harris, la croyance dans les interventions surnaturelles est forte à Lourdes et revendiquée. Si Bernadette Soubirous a reçu, comme tous les enfants de Lourdes, une éducation religieuse traditionnelle, elle a certainement (pour Ruth Harris) été bercée de tous les récits merveilleux de sa région et, dans son expérience visionnaire, les Lourdais reconnaîtront sans peine leurs vieilles traditions..

Au , le clergé n'a que mépris pour les traditions de piété régionales, souvent qualifiées de . Après la Révolution française, apparaît une génération de prêtres d'origines plus modestes, à la sensibilité plus proche de celle de leurs ouailles. Bertrand-Sévère Laurence est de ceux-là ; d'extraction paysanne, il favorise les sanctuaires chers au cœur des Pyrénéens (comme il l'a fait à Garaison). Sous le Second Empire, le catholicisme accepte donc d'intégrer les formes de dévotion régionales en même temps qu'il redevient institutionnel. Et Bertrand-Sévère Laurence tire profit de cette double évolution : il peut continuer à jouer la carte d'un catholicisme populaire, tout en recevant l'appui de la bourgeoisie bonapartiste de Tarbes..

En effet, ce qui distingue les visions de Bernadette Soubirous des autres apparitions de la Vierge dans la région, c'est l'allusion au dogme promulgué par le pape quatre ans plus tôt. Les mots , renvoyés en écho d'une grotte du fond des Pyrénées, symbolisent le lien entre le saint-père et ses fidèles. La Vierge de la petite Bernadette va donner force à l'expansion internationale du catholicisme, et les visions de la jeune fille vont puissamment contribuer à ancrer le culte de la Vierge dans le catholicisme moderne.

Pour Ruth Harris, une raison du phénoménal succès de Lourdes serait peut-être la fusion réussie du merveilleux pyrénéen traditionnel et d'une spiritualité catholique en plein renouveau..

Autres apparitions locales Depuis cinq siècles, la Vierge est apparue très souvent dans les Pyrénées. Son pouvoir est lié à la grotte et à la source., et ses miracles donnent naissance à des sanctuaires que le clergé ne voit pas toujours d'un très bon œil..

Les deux lieux de pèlerinage les plus proches de Lourdes sont Bétharram et Garaison.

En 1515, à Bétharram, la Vierge sauve une jeune fille de la noyade en lui tendant un rameau. Depuis, les miracles y sont nombreux. Bernadette Soubirous s'est rendue là, plusieurs fois. C'est là qu'elle aurait acheté son chapelet.

Vers 1520, à Garaison, Anglèze de Sagasan, bergère de douze ans, affirme avoir entendu la Vierge lui demander la construction d'une chapelle près de la source. La chapelle est construite et Garaison reste un lieu de dévotion et de tourisme religieux. jusqu'à la Révolution. En 1797, bâtiments et terres sont vendus comme biens nationaux. Quarante-trois ans plus tard, Bertrand-Sévère Laurence, vicaire général du diocèse de Tarbes (et plus tard, évêque de Tarbes, dans le ressort de qui se produiront les apparitions de Lourdes), s'emploie à racheter les biens aliénés..

En 1905, l'écrivain et politicien anticlérical Jean de Bonnefon souligna certaines ressemblances entre les origines des sanctuaires de Garaison et de Lourdes : à Garaison, dans une année d'une grande stérilité, la Vierge, habillée de blanc, apparaît à une bergère pauvre, âgée de dix ou douze ans, près d'une source ombragée par une aubépine, et elle demande une chapelle ; les autorités ne croient la messagère qu'après deux autres apparitions et un miracle ; la population se rend alors en procession sur les lieux de l'apparition ; on construit la chapelle demandée et on y conduit l'eau de la source ; les miracles et les guérisons soudaines se multiplient et la voyante entre dans un monastère, les consuls de Monléon lui ayant assuré une pension viagère provenant des offrandes déposées à la chapelle. Bonnefon voyait dans ces éléments du récit sur Garaison une similitude avec le récit sur Lourdes qui, selon lui, prouvait que « l'abbé Peyramale et ses complices (...) ont profité des expériences faites trois siècles plus tôt dans les Pyrénées, au village de Garaison »Jean de Bonnefon, Lourdes et ses tenanciers, Paris, s.d. (1905), p. 79-87, consultable sur Gallica.. En 1994, le docteur Théodore Mangiapan, ancien président du Bureau médical de Lourdes, signale que les missionnaires de Garaison firent au moins une mission à Lourdes dans les années précédant les visions de Bernadette Soubirous ; on a gardé de la documentation sur une telle mission prêchée (en patois) en 1846 ; au cours de cette mission, quatre parentes de Bernadette, parmi lesquelles sa mère, furent inscrites sur un registre pour être consacrées à Notre-Dame de Garaison. Th. Mangiapan ajoute que d'autres éléments, rassemblés par le Père X. Recroix, confirment que l'origine du sanctuaire de Garaison était bien connue à Lourdes à l'époque des visions de Bernadette SoubirousThéodore Mangiapan, Les guérisons de Lourdes, Œuvre de la Grotte, 1994, p. 18-19. Dans la bibliographie, p. 435, deux titres de Xavier Recroix sont cités : Essai sur le rôle du facteur social dans le cas de Bernadette Soubirous, mémoire manuscrit, et Récits d'Apparitions Mariales, Revue du Comminges, troisième trimestre 1986 à troisième trimestre 1988..

Il est à noter une autre apparition , complètement oubliée : en 1848, dans le petit village de Nouilhan, à de Lourdes, se déroule une série d'apparitions de la Vierge à onze voyants (au total). Ces apparitions, dans une ancienne égliseCette église était un petit sanctuaire local dédiée à la Vierge Marie, où était vénérée une statue ancienne de la Vierge. détruite lors de la Révolution française, et en ruine lors des apparitions, amène la population locale à restaurer cette église (l'église est rebâtie en 1856)Ce sanctuaire, aujourd'hui à l'abandon depuis des décennies, . et y ramener la statue de la ViergeCette statue avait été sauvée à la Révolution, et déposée dans l'église de Montoussé. que l'on y vénérait jadis. Ces apparitions, qui n'ont pas donné lieu à une enquête canonique, ont réactivé un culte local, tombé ensuite dans l'ombre de celles de Lourdes, et dans l'oubli aujourd'hui.. Et Yves Chiron de s'interroger : Et l'auteur d'avancer les hypothèses qu'à Lourdes, , mais également qu'à Lourdes il y a eu des guérisons avant la fin des apparitions, ce qui a marqué les esprits. Voir ., ou . Sur ce point, l'auteur avance une hypothèse : ..

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