La comtesse de Ségur, née Sophie Rostopchine, le à Saint-Pétersbourg et morte le à Paris , est une femme de lettres française d'origine russe.
Auteure de livres pour la jeunesse, notamment la trilogie de Sophie : Les Malheurs de Sophie, Les Petites Filles modèles et Les Vacances, qui racontent les bourdes et les épreuves de Sophie de Réan, victime d'une marâtre, , alors que ses cousines et amies sont à la fois raisonnables et dotées d'une mère aimante.
Elle est également l'auteure de contes pour enfants publiés à partir des , et de plusieurs autres romans, comme Le Général Dourakine, L'Auberge de l'Ange gardien, Un bon petit diable ou Mémoires d’un âne.
Biographie Origines familiales La famille RostoptchineLa transcription correcte serait « Rostoptchine », mais l'usage a imposé la forme « Rostopchine »., dont Sofia Fiodorovna Rostoptchina, selon l'onomastique russeEn cyrillique : est issueCalendrier grégorien, le du calendrier julien. Voir ., est une grande famille de la noblesse russe, dont la généalogie remonte aux khans mongols de la Horde d'or et à la famille de Genghis KhanDeux mille ans d'histoire, France Inter, émission du 7 janvier 2009, rediffusée le 2 juillet 2010..
Son père est le comte Fiodor Rostoptchine, officier d'infanterie qui a atteint le grade de lieutenant général, ministre des Affaires étrangères du tsar Paul , puis gouverneur général de Moscou, notamment en 1812 au moment de l'offensive de Napoléon.
Sa mère est la comtesse Catherine Protassova, ancienne demoiselle d'honneur de Catherine II.
Sophie, troisième enfant du coupleQuatre enfants du couple ont atteint l'âge adulte : Serge, Nathalie, Sophie et André. Quatre sont morts enfants ou adolescents : Pavel, Marie, Élisabeth et Mikaël., est baptisée dans la religion orthodoxe, son parrain étant le tsar lui-même, fils de Catherine II.
Jeunesse en Russie Elle passe son enfance dans le domaine de Voronovo près de Moscou ( et ), où Fiodor Rostopchine fait venir des agronomes écossais afin d'améliorer les techniques agricoles encore arriérées en Russie, ce qui est signalé dans plusieurs des romans de sa fille.
Elle reçoit l'éducation des enfants de l'aristocratie russe qui privilégie l'apprentissage des langues étrangères, du français en premier lieuAux , les enfants de l'aristocratie russe sont élevés par des précepteurs étrangers, et apprennent parfois le français ou l'allemand avant même le russe ; ainsi Pouchkine, surnommé dans sa jeunesse « le Français » à cause de sa parfaite maîtrise de cette langue.. Adulte, elle sera polyglotte et maîtrisera cinq langues.
C'est aussi une petite fille turbulente, maltraitée par sa mère qui la prive de nourriture, de boisson, de vêtements chauds, la punit en l'enfermant dans sa chambre, l'humilie en public et la frappe cruellement.
Influencée par Joseph de Maistre, ministre plénipotentiaire du roi de Sardaigne auprès du tsar, et par les jésuites, la comtesse Rostopchine se convertit de l'orthodoxie au catholicisme.
Sophie, depuis l'âge de treize ans, est élevée dans la religion catholique, contre l'avis de son père, resté orthodoxe..
vignette|gauche|Moscou sous les flammes à l'arrivée des troupes napoléoniennes En 1812, lors de l'invasion de la Russie par la Grande Armée, son père est gouverneur de Moscou. Il lance des pamphlets contre Napoléon, fait évacuer les pompes à incendie et libère des prisonniers avec la mission de mettre le feu chacun à un quartier.
L'incendie de Moscou qui en résulte fera dire à Sophie : , et contraint Napoléon à une retraite désastreuse.
La réussite de ce plan entraîne cependant l'hostilité de ceux qui ont perdu leur habitation, aristocrates comme commerçants, si bien que Fiodor Rostopchine, disgracié par le tsar, s'exile, seul avec un domestique, en Pologne en 1814, puis en Allemagne, en Italie et, enfin, en France en 1817. Dans tous ces pays, il est accueilli en héros, sauveur de la monarchie.
Départ en France et mariage Il fait venir sa famille à Paris et c'est là que Sophie Rostopchine rencontre, à dix-neuf ans, Eugène de Ségur (1798-1863), petit-fils de Louis-Philippe de Ségur, qui a été ambassadeur de France en Russie et arrière-petit-fils du maréchal de Ségur qui a été ministre de la Guerre de Louis XVI. Le mariage, arrangé par Sophie Swetchine, une Russe elle aussi convertie au catholicisme, a lieu à Paris les 13 et . L'année suivante, ses parents repartent pour la Russie.
Ce mariage est d'abord heureux, mais elle est par la suite délaissée par un époux volage, qui la trompe, notamment avec sa domestique. La situation d'Eugène, désargenté et désœuvré, ne s'améliore qu'en 1830, lorsqu'il est nommé pair de France. Il ne rend visite à sa femme qu'en de rares occasions, au château des Nouettes, à Aube, offert par Fédor Rostopchine à sa fille en 1822Les bouleaux du parc du château lui rappelaient le domaine de Voronovo..
Sophie et Eugène ont huit enfants dont Louis-Gaston de Ségur, futur évêque. Eugène aurait surnommé son épouse « la mère Gigogne ». Préférant son château aux mondanités parisiennes, elle reporte toute son affection sur ses enfants et, plus tard, sur ses petits-enfantsJ. M. Ergal et M. J. StrichLa, Comtesse de Ségur, Paris, Perrin, 1991..
Sophie Rostopchine souffre de violentes migraines. Certains pensent qu'elle présente un comportement hystérique, hérité de sa mère ou peut-être dû à une maladie vénérienne transmise par son mari volage, avec des crises de nerfs et de longues périodes d'aphasie, l'obligeant à correspondre avec son entourage à l'aide d'une ardoise.. Mais surtout, elle est soumise à la pression de sa mère, de sa belle-mère, toutes deux autoritaires et intransigeantes, et de la famille de Ségur, qui se plaint constamment que sa dot n'ait pas été versée en entier.
Une vocation tardive Elle écrit son premier livre à plus de cinquante ans.. Il s'agit de contes moraux, destinés à ses petits-enfants.
La comtesse de Ségur a commencé à se consacrer à la littérature en notant les contes qu'elle racontait à ses petits-enfants et en les regroupant pour former ce qui s'appelle aujourd'hui Les Nouveaux Contes de fées. L'on raconte que lors d'une réception, elle aurait lu quelques passages à son ami Louis Veuillot pour calmer l'atmosphère, qui était devenue tendue. C'est ce dernier, enthousiaste, qui aurait fait publier l’œuvre chez Hachette.
D’autres historiens racontent qu'Eugène de Ségur, président de la Compagnie des chemins de fer de l'Est, rencontrant Louis Hachette qui cherche alors de la littérature pour distraire les enfants, en vue d'une nouvelle collection de la « Bibliothèque des Chemins de Fer », lui aurait alors parlé des dons de sa femme et la lui aurait présentée quelque temps plus tard.
Elle signe son premier contrat en pour . Le succès des Nouveaux Contes de fées l'encourage à composer un ouvrage pour chacun de ses autres petits-enfants.
Eugène de Ségur accorde à Louis Hachette le monopole de la vente dans les gares de livres pour enfantsCette « bibliothèque des chemins de fer » est l'ancêtre des magasins Relay.. En 1860, Louis Hachette institue la collection de la Bibliothèque rose où sont désormais publiés les ouvrages de la comtesse de Ségur.
Par la suite, Sophie obtient que les droits d'auteur lui soient directement versésLa femme étant considérée comme socialement mineure, ses revenus étaient normalement versés au mari. et discute plus fermement ses droits d'auteur avec Hachette, lorsque son mari lui coupe les fonds.
Dernières années Trois ans après la mort de son mari, elle devient en 1866 tertiaire franciscaine, sous le nom de sœur Marie-Françoise. Elle continue à écrire. Son veuvage et de ses livres l'obligent à vendre le château des Nouettes en 1872 et à se retirer, l'année suivante, à Paris, au 27 rue Casimir-PérierRue Casimir-Perier, sur parisrevolutionnaire.org. Consulté le . ().
Elle meurt à cette adresse, à , entourée de ses enfants et de ses petits-enfants. Elle est inhumée à Pluneret, près de son fils Gaston de Ségur. Au chevet de sa tombe, sur une croix en granit, est inscrit : « Dieu et mes enfants ». Son cœur embaumé est déposé dans l'avant-chœur de la chapelle du couvent (ou monastère) de la Visitation, au 110 rue de Vaugirard, où était morte sa fille Sabine de Ségur, entrée en religionDans un coffre en ébène repose aussi le cœur de son fils aîné Louis-Gaston de Ségur..
Romans de la comtesse de Ségur Présentation vignette|gauche|250x250px|Illustration des Petites Filles modèles.
Le thème récurrent des châtiments corporels (Un bon petit diable, Le Général Dourakine, Les Malheurs de Sophie, Les Petites Filles modèles…), qui fait peut-être écho à sa propre enfance malheureuse avec sa mère, marque une rupture avec les modèles antérieurs de la littérature enfantine, notamment le modèle des contes de Perrault ou des contes de Madame d'Aulnoy. Chez la comtesse de Ségur, la punition est d'autant plus crûment représentée que le réalisme des descriptions est sans complaisance. Le recours au châtiment corporel est clairement condamné, rencontrant la désapprobation des personnages représentés comme des modèles de moralité (tels que Mmes de Fleurville et de Rosbourg dans Les Petites Filles modèles), traumatisant durablement les enfants qui en sont victimes et confortant ceux-ci dans leurs vices qui peuvent être corrigés d'une toute autre façon, avec une éducation certes stricte, mais basée sur la patience, la confiance, les aveux et le pardon.
Plusieurs autres aspects de son œuvre décrivent des particularités qui n'existent plus aujourd'hui ou sont tombées en désuétude : par exemple, le vouvoiement des parents, la présence et le statut des domestiques. D'autres sont obsolètes : les traitements médicaux tels que l'usage abusif des saignées, les cataplasmes (Les Petites Filles modèles), l'eau de gomme fraîche, l'eau salée contre la rage, et ainsi de suite. Le réalisme dans la représentation du quotidien et de ses détails a valu à la comtesse de Ségur d'être appelée « le Balzac des enfants » par Marcelle Tinayre.
Ses œuvres présentent, par certains personnages, des caractéristiques caricaturales et stéréotypées des mœurs de divers peuples, tels que l'aristocratie française se les figurait : Écossais avares et sordides, Arabes méchants et sabreurs, Polonais buveurs et crasseux, Valaques et Tziganes voleurs et fourbes, Russes violents knoutant leurs femmes, serfs et bonnes, et ainsi de suite..
De leurs premières années de publications à 2010, 29 millions d'exemplaires de ses ouvrages ont été vendusÉmission de Canal Académie du 25 juillet 2010, La comtesse de Ségur, une personnalité attachante et méconnue..
Sources d'inspiration La comtesse de Ségur a donné à plusieurs de ses personnages des noms appartenant à des personnes de son entourage, exprimant ainsi son adage : « N’écris que ce que tu as vu ». Voici quelques exemples :
vignette|Illustration des Malheurs de Sophie. Sophie : son propre prénom. C'est un personnage espiègle, avide d'expériences allant à l'encontre des directives des adultes (marcher dans de la chaux vive ; se couper les sourcils ; utiliser un fer à friser chaud sur les cheveux de sa poupée et sur ses propres cheveux ; libérer un bouvreuil qui se fera dévorer…). Les histoires traitant de la vie de Sophie à partir du voyage en Amérique sont beaucoup plus douloureuses pour elle (perte de sa mère puis de son père, remarié à une mégère tyrannique adepte des sévices corporels, retour en France où Sophie est désabusée, à la fois très craintive et courageuse). La comtesse a mis beaucoup de ses propres souvenirs d'enfance dans son personnageCf. la dédicace des Malheurs de Sophie.. Camille et Madeleine : les prénoms de deux de ses petites-filles, Camille et Madeleine de Malaret. Paul : celui de son gendre, le père des Petites filles modèles, le baron Paul de Malaret. Élisabeth ChéneauCf. dans Wikisource, Les Malheurs de Sophie. correspond à Élisabeth Fresneau, une autre de ses petites-filles.