La Bible. Traduction du Monde Nouveau (TMN) est une traduction de la Bible en langue moderne éditée et utilisée par les Témoins de Jéhovah.
La traduction des Écritures grecques chrétiennes (Nouveau Testament) en anglais a été publiée pour la première fois en 1950. La traduction en un seul volume des 66 livres de la Bible a été publiée pour la première fois en anglais en 1961.
La TMN fait l'objet de critiques, notamment à cause de certains choix de traduction nécessités pour la rendre conforme à la théologie des Témoins de Jéhovah et considérés par certains spécialistes comme malhonnêtes et indéfendables.
Histoire
Avant 1950, date de la première édition de la Traduction du Monde Nouveau, les Témoins de Jéhovah d'expression anglaise emploient la King James Version ainsi que l'.
Comité de traduction Selon Raymond Franz, un ancien membre du Collège central, le comité de traduction est composé de Frederick William Franz, George D. Gangas, Karl F. Klein, Nathan Homer Knorr et Albert D. SchroederCrise de Conscience, Raymond Franz, première édition en français, Commentary Press, Atlanta, 2003, . William Cetnar, un ex-Témoin de Jéhovah qui a travaillé au siège mondial de l'organisation jusqu'en 1958Edmond C. Gruss, The Four Presidents of the Watch Tower Society (Jehovah's Witnesses), liste aussi Milton George Henschel comme membre du Comité de traduction. En 2003, Jason BeDuhn notait que .
Caractéristiques de la traduction du monde nouveau
Utilisation de « Jéhovah » comme nom de Dieu vignette|redresse|Tétragramme en phénicien (1100 AEC), en araméen ( - conquête musulmane) et en hébreu carré Pour les Témoins de Jéhovah, faire connaître le nom « Jéhovah » est primordial, car selon eux c’est le nom de Dieu James Penton, Apocalypse Delayed : The Story of Jehovah's Witnesses, Université de Toronto, 1985, , : . C'est pourquoi le nom « Jéhovah » apparaît aussi souvent que possible dans la Traduction du Monde Nouveau, tant dans l'Ancien Testament que dans le Nouveau TestamentBowman, Robert M. Understanding Jehovah's Witnesses. Grand Rapids: Baker Book House, 1991, .
Le tétragramme dans le Nouveau Testament
Le Comité de traduction de la Traduction du Monde Nouveau (TMN) défend l'hypothèse selon laquelle le tétragramme aurait été enlevé après le des manuscrits originaux du Nouveau Testament. Pour cette raison, il y emploie 237 fois le nom « Jéhovah », qu'il considère comme équivalent en français du tétragramme, qui selon lui a été remplacé dans les manuscrits existants par les mots grecs kyrios (Seigneur) et theos (Dieu).
Une théorie similaire est avancée en 1977 par George Howard. Celui-ci défend en effet l'idée que le tétragramme est présent dans la Septante en grec, et que les auteurs du Nouveau Testament, en copiant ou faisant référence à certains passages de la Septante, auraient ainsi utilisé le tétragramme dans le Nouveau TestamentGeorge Howard, The Tetragram and the New Testament, 1977, cité dans De Septuaginta: Studies in Honour of John William Wevers on His Sixty-Fifth Birthday, Albert Pietersma, 1984, .
D'ailleurs, pour savoir où le nom « Jéhovah » allait figurer dans le Nouveau Testament de la TMN, le comité a d'abord listé plusieurs passages où les évangélistes ont cité des versets, des passages et des expressions tirés de l'Ancien Testament, puis s'est reporté au texte hébreu correspondant pour voir si le nom divin y figurait. Le professeur Jason BeDuhn compte 78 passages où un auteur du Nouveau Testament cite un texte de l'Ancien Testament où le tétragramme est présent dans la version originale en hébreu, mais la TMN a choisi de traduire non par « Jéhovah » mais par « Dieu » dans 5 de ces 78 passages, et par « Seigneur » dans 3, ce qui montre une incohérence dans leur logique d’utiliser systématiquement le terme « Jéhovah » dans le nouveau testament : .
De même, Robert J. Wilkinson et J. BeDuhn font aussi remarquer que la TMN ne respecte pas toujours sa logique. En effet, il existe des passages du Nouveau Testament parlant du Christ, mais faisant référence à des passages de l'Ancien Testament contenant le tétragramme non traduit par Jéhovah par la TMN. Par exemple, demande de « sanctifiez le Christ comme Seigneur », alors que le parallèle que l'on trouve en demande de tenir « Jéhovah des armées » pour saintTetragrammaton: Western Christians and the Hebrew Name of God, Robert J. Wilkinson, 2015, - Wilkinson fait aussi référence à d'autres endroits où remplacer kyrios par « Jéhovah » pose problème, notamment Philippiens 2 : 10-11 (à comparer avec Ésaïe 45 : 23) et Romains 10 : 13. Pour J. BeDuhn, cela constitue remettant en cause le bien fondé de cette interprétation : .
D'autres traductions utilisent ou font référence au nom divin dans le Nouveau Testament. En effet, le tétragramme est présent dans certaines traductions en hébreu du Nouveau Testament écrites à partir du Evangelium secundum Matthiœum un lingua hebraica, cum versione latina, par S. Münster- Bâle 1537 ; Quatuor Evangelia Novi Testamenti Ex Latino in Hebraicum, par G. Jona- Rome 1668. Des Bibles modernes l'utilisent aussi parfois. Pour prendre un exemple, est traduit ainsi dans la TMN : . Ce passage est rendu de manière similaire dans d'autres traductions de la Bible, notamment dans la Bible de ChouraquiLa Bible, par A. Chouraqui, Paris 1985 : . Une note sur ce passage de Matthieu dans la Bible de Darby fait aussi référence au tétragrammeLa Sainte Bible, par J. Darby, Valence 1970, donne en note sur Matthieu 1 : 20 : . Le comité de la Traduction du Monde Nouveau fait référence à ces ouvrages pour justifier du remplacement du terme kyrios par « Jéhovah » dans les passages qui ne citent pas directement l'Ancien TestamentTetragrammaton: Western Christians and the Hebrew Name of God, Robert J. Wilkinson, 2015, .
Le tétragramme dans les manuscrits anciens thumb|Papyrus Fouad 266, qui contient le tétragramme יהוה en hébreu. Fragment du Deutéronome 31:28 - 32:7 Aucun des plus de manuscrits grecs du Nouveau Testament retrouvés ne contient le tétragrammeRobert M. Bowman et J. Ed Komoszewski, Putting Jesus in His Place: The Case for the Deity of Christ, 2007, Tetragrammaton: Western Christians and the Hebrew Name of God, Robert J. Wilkinson, 2015, . La grande majorité des manuscrits de l'Ancien Testament écrits en grec ne le contiennent pas non plus, mais il y en a quelques exceptions. Dans le Papyrus Fouad 266b, qui est une copie du Deutéronome en grec datant du Albert Pietersma, De Septuaginta: Studies in Honour of John William Wevers on His Sixty-Fifth Birthday, 1984, , un premier scribe a écrit le texte en grec, laissant un espace vide à la place du nom de Dieu, où un second scribe a ensuite ajouté le tétragramme. Le , qui date de la fin du , contient lui aussi le tétragramme en caractères hébraïques, mais il s'agit de la traduction faite au , par Aquila de Sinope et non pas de la version préchrétienne, la SeptanteThomas J. Kraus, Original Manuscripts and Their Significance for Studying Early Christianity. Selected Essays, 2007, Koninkijke Brill, Leiden, , . Emmanuel Tov, professeur à l’Université de Jérusalem, a fait une recension des manuscrits fragmentaires de la Septante et des versions de l'Ancien Testament faites par Symmache et Aquila. Ces manuscrits ont été rédigés entre le et le La grande majorité des manuscrits grecs de la Septante contiennent kyrios : il n'y en a que très peu où le tétragramme a été écrit soit en paléo-hébreu, soit en araméenEmanuel Tov. Scribal Practices and Approaches Reflected in the Texts Found in the Judean Desert. BRILL, 2004. . "Appendix 5. Scribal Features of Early Witnesses of Greek Scriptures" ; autre édition, .
Le Comité de traduction de la TMN utilise, entre autres, le cas du papyrus Fouad 266b pour avancer l'idée que le tétragramme existait à l'origine dans la Septante grecque. Les Témoins de Jéhovah postulent que les passages de la Septante en usage à l'époque des apôtres, et qu'ils citaient en écrivant leurs évangiles, contenaient le tétragramme. La présence du tétragramme dans certains manuscrits de l'Ancien Testament en grec est attestée par Origène () et Jérôme ().
Identification des « gilyônim » gauche|vignette|250px|Adolf Behrman, les lecteurs du Talmud Selon les Témoins de Jéhovah, le tétragramme aurait été retiré des textes grecs à cause de la loi orale juive, qui en interdisait l'usage. La Tosefta, recueil de lois orales compilées par écrit vers l’année 200, dit au sujet d’écrits appelés « gilyônim » qui prendraient feu un jour de sabbat : « Les « gilyônim » et les livres des hérétiques ne doivent [pas] être sauvés de l’incendie, mais il faut les laisser brûler sur place, eux et les noms ineffables [occurrences du nom divin]. » Dans cette même source, Rabbi Yossé le Galiléen, qui a vécu aux de notre ère, explique ce qui devait se faire les autres jours de la semaine : . Les Témoins de Jéhovah, ainsi que certains spécialistes comme R.T. HerfordChristianity in the Talmud, 1903 , identifient ces « gilyônim » comme étant les écrits chrétiens, notamment les évangiles. Cependant, de nombreux spécialistes doutent de cette explicationDan Jaffé, Les identités en formation: Rabbis, hérésies, premiers chrétiens, 2018, chapitre 2, section « État de la recherche ». Par exemple, Moritz Friedlander observe qu'identifier ces livres comme étant les évangiles, dans lesquels le nom divin ne figure pas selon lui, est plutôt torduFriedlander, Der vorchristliche jiidische Gnosticismus (1899) cité dans ‘Gnosticism, Judaism and Egyptian Christianity’, Pearson, 1990. Birger Pearson fait le même constatGnosticism, Judaism and Egyptian Christianity, Pearson, 1990, Fortress Press, Minneapolis. De même, William David Davies et Louis Finkelstein considèrent que ces « gilyônim » ne sont pas nécessairement les évangiles judéo-chrétiensThe Cambridge History of Judaism, 1990, . Pour plusieurs spécialistes, il s'agirait en fait de notes en marge des textes bibliquesThe Cambridge History of Judaism, 1990, , note 64James Carleton Paget, Jews, Christians and Jewish Christians in Antiquity, 2010, . D'ailleurs, selon Simon Claude Mimouni, le sens habituel du mot « gilyônim » est « bords » ou « marges » d'un rouleau de l’ÉcritureSimon-Claude Mimouni, Les Chrétiens d'origine juive dans l'Antiquité, Chapitre II, section 4, « Les Sifrei ha-minim ».
Point de vue majoritaire des spécialistes sur le tétragramme Thomas Römer affirme que la Septante ne contient pas le nom divin, qui est remplacé dès sa rédaction initiale au par « theos » (Dieu) ou « kyrios » (Seigneur). Il précise toutefois que la prohibition de prononcer ce nom s'est sans doute imposée progressivement. Selon lui, la raison de ce remplacement est qu'il ne convient plus à un Dieu unique de porter un nom propre, nécessaire uniquement pour le distinguer des autres divinités. Selon Paul Lamarche, Comme Römer, il affirme que le but de cette transformation est d'abandonner Paul Lamarche dans Le Monde grec ancien et la Bible, sous la direction de Claude Mondésert, 1984, .
Selon Albert Pietersma, dès les temps pré-chrétiens les termes « adonai » et le tétragramme étaient considérés comme équivalant au terme grec « kyrios ». Ainsi, les traducteurs grecs remplaçaient le tétragramme par « kyrios » aussi naturellement qu'ils traitaient les termes hébreux plus génériques faisant référence à Dieu comme « el », « elohim » ou « shaddai »Albert Pietersma, De Septuaginta: Studies in Honour of John William Wevers on His Sixty-Fifth Birthday, 1984, . De plus, il considère que les manuscrits comme le papyrus Fouad 266 sont le témoignage d'une révision postérieure de la Septante, incluant le tétragramme là où il ne figurait pas à l'origineDe Septuaginta: Studies in Honour of John William Wevers on His Sixty-Fifth Birthday, Albert Pietersma, 1984, .