Les Quarante-Cinq est un roman d'Alexandre Dumas, écrit en – en collaboration avec Auguste Maquet. C'est le troisième et dernier roman de la trilogie des Valois qui exploite le contexte historique des guerres de Religion. Il fait suite à La Reine Margot et à La Dame de Monsoreau.

Histoire du texte En mars 1845, Dumas propose à Émile de Girardin trois romans qui seraient publiés dans La Presse pour faire suite à La Reine Margot : La Dame de Monsoreau, Les Quarante-Cinq et Jacques Ravaillac (roman qui ne sera jamais composé). C’est finalement dans Le Constitutionnel que paraissent en feuilleton La Dame de Monsoreau et Les Quarante-Cinq.

Les relations avec Louis-Désiré Véron, directeur du Constitutionnel, sont toutefois tendues. Sommé le 18 juin 1846 de livrer les volumes promis, Dumas répond par acte d’huissier. Ce n’est que le 29 mars 1847 que l’écrivain rédige le premier chapitre des Quarante-Cinq, qui est publié le 13 mai. Un « épisode » est ensuite publié chaque mercredi, jeudi, vendredi et samedi, parfois le mardi ou le dimanche. La publication en feuilleton s’achève le 20 octobre 1847.

Le roman paraît en volumes chez Alexandre Cadot, entre la fin de 1847 et le premier semestre de 1848.

Il est traduit en anglais dès 1848 pour une édition américaine (New York, William Brothers) et une édition anglais (London, E. Appleyard), sous le titre The Forty-Five Guardsmen.

Contexte Dans sa partie historique l'action se passe entre le et le , treize ans après le massacre de la Saint-Barthélemy. Ayant succédé à son frère , règne depuis dix ans sans avoir réussi à calmer l'agitation politique et religieuse qui livre le royaume aux factions.

En fait, Dumas mélange les dates. Une partie de l'intrigue fait référence à la septième guerre de religion dite guerre des amoureux avec la prise de Cahors par Henri de Navarre, cinq ans plus tôt. Guillaume le Taciturne, assassiné en 1584, est toujours bien vivant dans le roman de Dumas, et s'il est exact qu'il encouragea le duc d'Anjou à convoiter la couronne des Pays-Bas et que celui-ci devint duc de Brabant en 1582, c'est en 1583, et non en 1585 ou 1586 qu'eut lieu l'attaque d'Anvers à laquelle le duc de Joyeuse ne participa pas, mais qui fut bien une déroute française. L'évènement qu'il décrit en introduction n'a pas eu lieu le mais le . Le duc d'Anjou, mort de tuberculose en à Château-Thierry, meurt ici en ; cette fois-ci empoisonné à la fin du roman, réalisant ainsi une prédiction de Côme Ruggieri dans La Reine Margot. Le comte Henri du Bouchage se retira bien du monde pour devenir capucin, mais ce fut de douleur à la mort de sa femme Catherine de la Valette, et non par dépit de la froideur de la dame de Monsoreau comme l'imagine Dumas. La vraie dame de Montsoreau, Françoise de Maridor, oublia rapidement Bussy après sa mort, se réconcilia avec son mari-assassin Charles de Chambes, et lui fit six enfants. Ici après sa vengeance contre le duc d'Anjou elle se retire dans le couvent des Religieuses-hospitalières, qui ne fut historiquement créé que quarante ans plus tard par Anne d'Autriche en 1625.

Tout ceci n'est pas en soi étonnant. Dumas ne s'en cache pas : il construit un roman, brode, prend des libertés avec l'Histoire grande ou petite, modifie allègrement les dates des évènements. Peu importe, aurait-il déclaré, qu'on viole l'Histoire, La citation semble se trouve notamment dans Mes études et mes souvenirs : Alexandre Dumas sa vie, son temps, ses œuvres d’Henri Blaze de Bury, Paris, Calmant-Levy, 1885, p. 230. Elle est néanmoins sujette à caution : elle ne se trouve dans aucune œuvre signée par Alexandre Dumas en personne. Cf. aussi Claude Schopp, Le Meilleur d'Alexandre Dumas, Paris, Vuibert, 2016, note 62.. Ici le choix anachronique de l'année 1585 pourrait s'expliquer par le désir de croiser une année historique avec une année romanesque : l'année du décès d'Augustin de Méridor, père romanesque de Diane, dame de Monsoreau, sur Olivier de Maridor (1505–1585), père historique de la vraie dame de Montsoreau (Françoise de Maridor). C'est le seul détail historique qui reste des arrangements qu'il a pris, avec cette chronique depuis La Dame de Monsoreau et l'apparition romanesque de son héroïne. Également a joué la nécessité de respecter l'année de naissance de la garde des Quarante-Cinq. En 1582 ou 1583, la situation n'est pas suffisamment tendue pour la justifier.

Dans La Dame de Monsoreau, il prenait certes de grandes libertés avec les données historiques. Mais alors qu'il imposait une rigueur chronologique à ses reconstitutions historiques personnelles : soirée du - matinée du au lieu de la matinée du –Les noces du mariage historique de Saint-Luc et de Jeanne de Brissac ont eu lieu en effet le vendredi gras calendrier julien . Peut-être les erreurs de Dumas furent-elles celles des chroniqueurs qui ne pensèrent pas après 1582 à traduire les changements de calendrier tout à la fois les dates et les jours de la semaine : jeudi gras 9 ou dimanche gras 19. Il décale le duel des mignons du au ; soit quatre mois jour pour jour après leur premier affrontement verbal à la cérmonie du mariage entre Saint-Luc et Jeanne de Brissac. L'assassinat de Bussy qui eut lieu le , Dumas l'avance au ; soit huit jours après que, le , le duc d'Anjou se soit engagé à révéler au comte de Monsoreau le nom de l'amant de sa femme. C'est enfin après la défaite des mignons du roi, vers le premier septembre, que se termine le roman par la libération de de garde à vue du duc d'Anjou par Crillon et la réception par Chicot d'une lettre de Gorenflot. Ici, Dumas s'embrouille, saute par étourderie six mois. Ainsi, il en a copié, sans prêter attention aux libertés qu'il prenait, la version donnée par les Chroniques des règnes de Henri III et de Henri IV () de Pierre de L'Estoile. Car sa narration romanesque de la vengeance de la Dame de Monsoreau et de Rémy le Haudouin contre le duc d'Anjou et Aurilly se limite aux mois de septembre (époque de la réapparition, sous forme de flashback, des deux protagonistes à l'occasion de leur première rencontre avec Henri de Joyeuse), octobre, , mais ne comprend en aucun cas le mois de juin.

Le roman Les intrigues croisées Les matériaux historiques offraient à Dumas une multiplicité de pistes entre lesquelles il a choisi trois axes principaux : les événements de Paris, la montée en puissance d'Henri de Navarre dans le Béarn et la déroute d'Anjou en Flandres. Afin d'introduire un lien symbolique fort entre les différentes intrigues au début du roman, Dumas rassemble les principaux personnages de fiction dans un quartier tranquille de Paris où se font face premièrement L'épée du fier chevalier, auberge où logent les Quarante-Cinq ; deuxièmement, la toujours verrouillée où habitent Diane de Méridor et son fidèle Rémy et sous les fenêtres de laquelle le comte du Bouchage, amoureux transi, passe ses nuits ; troisièmement, la maison du bourgeois Robert Briquet où, sous ce pseudonyme, Chicot s'est retiré. À partir de ce lieu imaginaire, les personnages de Dumas retrouvent les personnages historiques, fortement romancés, tandis que les entraînent le lecteur au palais du Louvre, chez les ligueurs parisiens, et sur les champs de bataille du Béarn et de la Flandre.

Ernauton de Carmainge, un des Quarante-Cinq, est le héros romantique de l'intrigue parisienne ; Chicot, alias Maître Briquet, fait le lien entre Paris et le Béarn, où il est envoyé en ambassade par le roi. Henri du Bouchage et Diane de Méridor assurent de leur côté la jonction romanesque avec les événements de Flandres.

Intrigues politiques Les Quarante-Cinq éponymes sont des gentilshommes gascons engagés par le duc d'Épernon, favori du roi, pour une mission dont ils ignorent tout à leur arrivée dans la capitale. Destinés à former la garde rapprochée du roi, ils le protègent contre les Guise, associés avec des bourgeois ligueurs qui veulent organiser une nouvelle Saint-Barthélémy pour liquider les . La duchesse de Montpensier, sœur du duc de Guise, complote pour faire enlever le roi, le tondre et le forcer à entrer dans un monastère afin de s'emparer du pouvoir. Grâce aux Quarante-cinq, Henri échappe au complot. Henri de Navarre, qui joue les princes inoffensifs, uniquement préoccupé par ses maîtresses, à Nérac, est en réalité occupé à former une armée avec laquelle il prend la ville de Cahors. Le duc d'Anjou, qui campe devant Anvers, attaque la ville avec sa cavalerie calviniste, ses fantassins catholiques et les renforts commandés par l'amiral de Joyeuse. Prévenus par un traître, les Flamands repoussent les Français, font sauter les digues et d'Anjou prend ignominieusement la fuite, battant en retraite jusqu'à Château-Thierry.

Intrigues amoureuses Ernauton de Carmainge, un des Quarante-Cinq, fidèle au roi auquel il a prêté serment, est tombé amoureux de la duchesse de Montpensier, ignorant qu'elle est l'ennemie d'. Henri de Joyeuse, le frère d'Anne et du cardinal de Joyeuse, est amoureux d'une femme mystérieuse qui refuse de le voir et de lui parler. C'est Diane de Méridor, qui porte depuis sept ans le deuil de Bussy (La Dame de Monsoreau) et veut se venger du duc d'Anjou, de son affidé Aurilly, qu'elle tient pour responsables de la mort de son amant. Elle est aidée par l'ancien médecin de Bussy d'Amboise, Rémy le Haudouin, miraculeusement rescapé du sanglant combat de Bussy contre les spadassins du comte de Monsoreau. Combat pendant lequel Rémy avait été abattu à bout portant par le comte d'une balle à la tête. Elle a attendu, pour agir, la mort de son père le baron Augustin de Méridor dont elle ne voulait pas qu'il porte de son vivant la tache de sang d'un homicide. Nous apprenons ainsi ce qu'elle était devenue après sa disparition, dans la matinée du , de chez son amie d'enfance, Jeanne de Brissac. Celle-ci avait passé à veiller la malheureuse femme ; avant de prendre l'air pendant L'éditeur avait alors écrit en note infrapaginale : . Diane était ainsi allée à la maison des Tournelles, encore jonchée de cadavres, pour en exhumer le corps de Rémy et le soigner. Bien qu'un des trois anciens amis de Bussy, AntraguetAntraguet, Jeanne de Brissac et son mari Saint-Luc, personnages à la fois romanesques et historiques, bien qu'encore en vie en 1585, n'ont pas été repris par Alexandre Dumas. Non plus le prieur de l'abbaye Sainte-Geneviève, Joseph Foulon. On ignore également ce qu'est devenue la servante de Diane, Gertrude, elle, purement romanesque., ait découvert, le lendemain matin de l'hécatombe, le corps et relevé qu'il était déjà froid, Diane réussit à le ramener à la vie. Le miraculé n'en reste pas moins défiguré par la balle de Monsoreau et s'efforce, à l'extérieur, de dissimuler son visage derrière une capuche. Mais Chicot, après avoir reconnu par la fenêtre la dame de Monsoreau, identifie dans un tête-à-tête Rémy Le Haudouin en lequel il perçoit un fantôme.

Un roman à suivre