La défense antimissile est l'ensemble des moyens mis en œuvre pour contrer la menace que représentent les missiles balistiques pour les forces armées sur les théâtres d'opérations et pour les populations sur les territoires nationaux. À son origine pendant la guerre froide, la défense antimissile vise à défendre les territoires américains et soviétiques contre les missiles balistiques intercontinentaux. Son important développement depuis le début du est la conséquence de la prolifération des missiles balistiques, dans un contexte géopolitique marqué par les conflits au Proche-Orient et au Moyen-Orient, et par la montée des tensions en Asie et même en Europe qui s'amplifie depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022.
Les États-Unis, la Russie, la Chine, l'Inde, Israël et la France développent et mettent en œuvre des systèmes de défense antimissile qu'ils déploient sur leur territoire et sur celui d'une dizaine d'États alliés. Plusieurs États en ont fait l'acquisition ou en ont exprimé le projet, en nombre croissant depuis 2010.
Dans son acception la plus courante retenue dans cet article, la défense antimissile couvre seulement la défense antimissile active par destruction de missiles durant leur vol. Mais la défense contre la menace représentée par les missiles englobe en réalité un ensemble de stratégies, de plans et de moyens complémentaires : la destruction préventive des systèmes de missiles offensifs, la mise hors d'état d'opérer de ces systèmes par la neutralisation de leurs moyens de détection et de commandement, et la défense passive pour limiter les dégâts causés par les attaques de missiles.
La défense antimissile s'appuie sur un ensemble sophistiqué de capteurs d'alerte avancés qui permettent la détection des cibles et de missiles qui permettent leur interception. Ces capteurs et missiles sont pilotés par des systèmes de commandement et de contrôle qui permettent de hiérarchiser les menaces et d'optimiser l'emploi des systèmes d'armes disponibles. Des armes utilisant des technologies avancées comme le laser à haute énergie sont en développement, mais les projets menés jusqu'à ce jour n'ont pas abouti.
Depuis le début des années 2000 également, la prolifération d'armes de destruction massive et de missiles balistiques à courte et moyenne portées conduisent à donner une priorité forte au développement de la défense antimissile de théâtre dans l'objectif de protéger les forces armées et les sites sensibles. Aussi, la défense antimissile évolue vers une intégration plus forte avec la défense antiaérienne pour mieux parer l'ensemble des menaces aériennes sur les théâtres d'opérations, qu'il s'agisse de missiles balistiques, de missiles de croisière ou d'avions.
À l'exception des systèmes destinés à intercepter les missiles balistiques intercontinentaux à très haute altitude, comme le GBI américain, la plupart des systèmes disponibles dans la décennie 2010 couvrent un spectre d'emploi assez large : par exemple, le système américain Aegis est capable d'intercepter des missiles de théâtre à courte portée, mais aussi des missiles à moyenne portée dans le cadre de la défense de territoire.
La défense antimissile et la défense contre la menace aérienne, avions de combat, missiles air-sol ou air-mer et drones de combat, sont fortement intégrées, qu'il s'agisse de la détection des cibles ou de leur interception.
Extension de la menace balistique La défense antimissile est née avec l'apparition à la fin de la Seconde Guerre mondiale du premier missile balistique opérationnel, le V-2 allemand. L'idée de se défendre contre cette menace nouvelle à l'aide de missiles est formulée dès 1945. La défense antimissile a d'abord été conçue pour détruire les missiles balistiques, mais elle s'est adaptée à la diversification et à la sophistication croissantes des technologies dont bénéficient les missiles modernes qu'une dizaine d'États possèdent dans les années 2010.
Diversité et sophistication des technologies
vignette|Trajectoire du missile balistique et de l'arme lancée
Missiles balistiques De par leur trajectoire en cloche, les missiles balistiques atteignent des altitudes et des vitesses très élevées. À titre d'exemple, un MRBM d'une portée de atteint en vol balistique pur une altitude de et une vitesse de soit . Les missiles de première génération sont d'un seul bloc et ne disposent pas de système de guidage une fois lancés ; ils ne sont donc pas d'une très grande précision : leur écart circulaire probable (ECP) est de plusieurs centaines de mètres. +Typologie des missiles balistiquesSigleTypeMissile...PortéeICBMSol-Solbalistique intercontinental> IRBMbalistique de portée intermédiaire> MRBMbalistique à moyenne portée > SRBMbalistique à courte portée< SLBMMer-Solbalistique mer-sol>
Les missiles plus récents possèdent un, deux ou trois étages de propulsion détachables, un système de guidage et une tête militaire de rentrée dans l'atmosphère ; leur ECP est de quelques mètres à quelques dizaines de mètres selon la portée et les technologies de guidage utilisées. La plupart des missiles modernes sont dotés de leurres qui multiplient le nombre de cibles à traiter et peuvent effectuer des manœuvres qui rendent la fin de leur trajectoire moins prédictive.
Certains missiles, comme le 9K720 Iskander (désignation OTAN SS-26) russe, suivent une trajectoire tendue semi-balistique moins haute qui complique leur détection..
Missiles de croisière et hypersoniques La défense antimissile est aussi une réponse à la menace que représentent les missiles de croisière subsoniques (ou supersoniques pour quelques-uns) qui volent à basse altitude sous l'horizon radar et peuvent suivre les contours du terrain qu'ils survolent. Leurs profils de vol programmables leur permettent de contourner les radars et les défenses et d'attaquer leur cible de n'importe quelle direction, indépendamment du point de départ. Ils possèdent des systèmes de guidage qui en font des armes très précises. Les États-Unis, plusieurs États membres de l'OTAN, la Russie et la Chine, l'Iran, l'Inde et le Pakistan en possèdent.
À titre d'exemple, les États-Unis disposent du missile de croisière BGM-109 Tomahawk qui a été utilisé en grand nombre dans tous les conflits auxquels ils ont participé depuis la guerre du Golfe en 1991. Le CJ-10 (ou DH-10) dont la Chine possède plusieurs centaines d'exemplaires a une portée d'environ dans sa version sol-sol. Il en existe aussi une version air-sol qui pourrait, lancée depuis le bombardier Xian H-6, atteindre des cibles à plus de des côtes chinoises.. Mis en œuvre par les Armées françaises, le SCALP-EG lancé depuis un avion et le MdCN lancé depuis un navire de surface ou un sous-marin sont des missiles de croisière subsoniques d'une portée de plusieurs centaines de kilomètres que leur furtivité et leur profil de vol rendent difficilement détectables.
Les missiles hypersoniques qui connaissent un nouveau développement dans les années 2010, sont des armes offensives potentiellement redoutables contre les forces aéronavales et amphibies que les pays occidentaux mettent typiquement en œuvre dans les zones de crise. Elles sont de deux types : missiles de croisière hypersoniques et planeurs hypersoniques de rentrée propulsés au départ par un missile balistique. Les États-Unis, la Chine et la Russie développent de telles armes dans les années 2010.. À titre d'illustration, le missile russe hypersonique 3M22 Tsirkon (sigle OTAN : SS-N-33) serait capable d'atteindre Mach 8 et porter à en vol à basse altitude ou en trajectoire semi-balistique.. La Chine aussi équipe certains de ses missiles d'un véhicule de rentrée hypersonique manœuvrant capable d'atteindre à longue distance et avec grande précision une cible mobile comme une task-force aéronavale croisant loin au large des côtes chinoises, pour peu que les moyens de repérage et de guidage terminal le permettentL'IRBM DF-26 et le MRBM DF-21D en seraient équipés. La portée de et la grande précision de l'IRBM DF-26, introduit en 2015, sont suffisantes pour frapper la base américaine de Guam ou une task-force aéronavale. Le DF-21D d'une portée de , surnommé le tueur de porte-avions, fait l'objet de spéculations depuis plusieurs années quant à son efficacité réelle....
Utilisation de l'espace à des fins militaires La militarisation de l'espace est devenue une réalité à partir du début des années 1960 par le placement en orbite de satellites à des fins d'espionnage, de navigation, de télécommunications ou bien encore d'alerte précoce du lancement de missiles. Sans être des armes au sens strict, ces satellites fournissent un appui aux opérations militaires ou font partie intégrante des systèmes de guidage d'armes comme les missiles de croisière.
Le droit de l'espace en réglemente l'utilisation, via plusieurs traités internationaux sous l'égide des Nations unies. En particulier, les États parties au « traité de l'espace » de 1967 .. Tous les États qui en auraient les moyens techniques ont ratifié ce traité, à l'exception de l'Iran.
En revanche, le droit de l'espace ne fait pas obstacle à son utilisation pour des armes qui utiliseraient d'autres technologies. En 1983, l'initiative de défense stratégique (IDS) du Président Reagan, popularisée sous le nom de « guerre des étoiles », vise à équiper des satellites de lasers capables de détruire en vol les missiles ennemis. C'est finalement le projet Brilliant Pebbles consistant à placer en orbite des milliers de satellites équipés de petits missiles pour détruire les ICBM soviétiques qui connait les développements les plus avancés avant d'être annulé par le Président Clinton en 1993.
Au , la vulnérabilité des satellites militaires constitue une préoccupation qui va de pair avec leur utilisation croissante. Certains systèmes de défense antimissile peuvent en effet détruire des satellites en orbite basse, ainsi que la Chine, la Russie et les États-Unis l'ont testé.. Ces mêmes États auraient aussi placé en orbite des satellites antisatellites.
Prolifération de la menace
+États possédant des missiles balistiques modernes(Nombre de missiles - données 2017).ÉtatPuissancenucléaireICBMIRBMMRBMSRBMSLBMArabie saoudite — ? — —ChineCorée du NordCorée du Sud — — — —États-Unis — —France — — —Inde —Iran — —Israël — — — —Pakistan — —Royaume-Uni — — —Russie —Syrie — — —
La détention d'armes balistiques est associée à celle d'armes de destruction massive. Les missiles peuvent en effet être armés de têtes militaires explosives conventionnelles, mais pour la plupart d'entre eux aussi de têtes nucléaires, chimiques ou bactériologiques. Le développement important des missiles balistiques à courte, moyenne ou longue portée durant la guerre froide est directement lié aux armes nucléaires tactiques et stratégiques fabriquées par milliers.
Les SRBM Scud d'origine soviétique sont fournis avec des ogives conventionnelles à de nombreux pays durant les années 1980. Ils sont utilisés en nombre lors de la guerre d'Afghanistan, de la guerre Iran-Irak, et de la guerre du GolfePrès de 2000 Scud sont lancés par les Soviétiques en Afghanistan. Les Irakiens lancent environ 600 Scuds lors de la guerre contre les Iraniens..
Début 1991, la guerre du Golfe révèle au grand public l'utilisation massive de missiles balistiques Scud et celle de missiles antimissiles Patriot pour intercepter les tirs irakiens vers Israël et les bases américaines en Arabie saoudite. Les États-Unis utilisent aussi pour la première fois leurs missiles de croisière Tomahawk dont environ 300 sont tirés.
Au milieu des années 2010, une trentaine de pays possèdent des missiles balistiques. Sur ce nombre, une dizaine d'États ont désormais accès aux technologies modernes nécessaires pour développer des missiles capables d'emporter des charges conventionnelles, nucléaires ou chimiques.