Les tirailleurs sénégalais sont un corps de militaires appartenant aux troupes coloniales constituées au sein de l'Empire colonial français en 1857, principal élément de la «Force noire» ou de l'«Armée Noire» et dissous au début des années 1960. Bien que le recrutement de tirailleurs ne se soit pas limité au Sénégal (c'est dans ce pays que s'est formé en 1857 le premier régiment de tirailleurs africains), ces unités d'infanterie vont rapidement désigner l'ensemble des soldats africains d'Afrique subsaharienne qui sont mobilisés sous le drapeau français et qui se différencient ainsi des unités d'Afrique du Nord, tels les tirailleurs algériens.
En 1895, ils participent à la conquête de Madagascar, et de 1895 à 1905, ils sont employés à la « pacification » de ce pays.
En Afrique française du Nord (AFN) et surtout au Maroc, des unités de l'armée coloniale, européennes ou africaines (douze bataillons), servaient dans le cadre de la « pacification ».
Lors de la Première Guerre mondiale, environ de l'Afrique-Occidentale française (AOF) furent recrutés, dont plus de en Europe. Environ 15 % d'entre eux, soit , y ont trouvé la mort, blessés ou invalides. Jean-Yves Le Naour compte quant à lui sénégalais, et ..
L'armée coloniale envoya en Métropole, dès le , des unités de marche mixtes (Européennes et Africaines) à raison, pour chaque régiment mixte, d'un bataillon africain pour deux bataillons européens. Ces unités (régiments mixtes d'infanterie coloniale du Maroc - RMICM) renforcèrent en premier lieu la division marocaine et furent engagées au combat dès le à Noyon avec des résultats très mitigés. Durant toute la guerre, les troupes levées en Afrique noire transitèrent en AFN où, tout en participant activement à la « pacification », elles s'acclimataient et s'aguerrissaient avant de rejoindre les lignes d'Europe ou d'Asie mineure (Dardanelles). Le général Charles Mangin sur Gallica., auteur de La Force noire, ouvrage qui fit sensation en 1910, retrouva ces troupes africaines sous ses ordres lors de la reprise du fort de Douaumont en 1916.
Entre 1939 et 1944, ils sont près de engagés par la France. Près de sont faits prisonniers ou sont tués au combat. Les tirailleurs sénégalais participent avec d' autres troupes françaises à la bataille de France, à la conquête de l'île d'Elbe en et à la prise de Toulon, à la suite du débarquement de Provence, en .
Les tirailleurs sénégalais se sont également battus pour l'Empire colonial français, et ont été engagés dans des conflits qui ont opposé la France à ses colonies : en Indochine, en Algérie, à Madagascar. Léopold Sédar Senghor les a surnommés les « Dogues noirs de l’Empire »Léopold Sédar Senghor, Prières de Paix, Œuvres poétiques, Paris, Seuil, 1990, , cité par Julien Fargettas, La révolte des tirailleurs sénégalais de Tiaroye (voir : Massacre de Thiaroye), Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 4/2006 (), ..
Les origines des tirailleurs vignette|upright|Tirailleur d'origine bambara (Mali) (gravure de 1890). gauche|vignette|Débarquement à Cotonou de tirailleurs sénégalais en 1892. vignette|upright|Un tirailleur sénégalais (Fez, 1913), cliché du fonds photographique Albert Kahn. vignette|upright|Tirailleurs sénégalais pendant le conflit de 1914-1918.En 1857, Louis Faidherbe, en manque d'effectifs venus de la France métropolitaine dans les nouveaux territoires d'Afrique, pour faire face aux besoins de maintien de l'ordre de la phase de colonisation, crée le corps des tirailleurs sénégalais. Un décret est signé le à Plombières-les-Bains par Napoléon III. Jusqu'en 1905, ce corps intègre des esclaves rachetés à leurs maîtres locauxBernand C (2006) D'esclaves à soldats : Miliciens et soldats d'origine servile-, Éditions L'Harmattan.. Lors d'opérations militaires, les tirailleurs s'approprient comme « prise de guerre » des femmes elles-mêmes esclaves, puis des prisonniers de guerre ainsi que des hommes contraints ayant une grande diversité d'origines. Les sous-officiers sont, dans un premier temps, recrutés au sein des chefferies locales. Les officiers sont moins nombreux, proportionnellement que dans le reste de l'armée française (un officier pour chez les tirailleurs, dans les zouaves et dans les « régiments étrangers », contre un pour vingt dans le reste de l'arméeVinoy, J (1873) 110-1. L'Armée Française en 1873, voir .).vignette|upright|Yora Comba, , lieutenant aux tirailleurs sénégalais, originaire de Saint-Louis (exposition universelle de 1889).
Les tirailleurs sénégalais ne sont pas nécessairement Sénégalais, ils sont recrutés dans toute l'Afrique subsaharienne aussi bien en Afrique de l'Est qu'en Afrique centrale et de l'Ouest. Le terme « sénégalais » leur est donné du fait que le premier régiment de tirailleurs a été créé au Sénégal.
Sur les deux guerres mondiales, le Mali, a représenté 24 % des tirailleurs sénégalais. Ensuite vient la Haute-Volta (actuel Burkina Faso), 20 %, puis la Côte d’Ivoire et le Sénégal, 15 % chacun, la Guinée 12 %, le Dahomey (actuel Bénin) 8 % et le Niger 4 %.
Certains Sénégalais, nés Français de dans les Quatre communes du Sénégal, ne sont pas considérés comme tirailleurs. En raison du droit musulman, jugé incompatible avec l’accès à la pleine citoyenneté française — notamment en raison de la pratique de la polygamie —, l’administration limita, dans un premier temps, les droits de ces citoyens particuliers. C'est durant la Première Guerre mondiale, sous l'impulsion du député Blaise Diagne que les ressortissants des Quatre communes (Dakar, Gorée, Rufisque et Saint-Louis) sont considérés comme citoyens à part entièreRécit d'un franco-sénégalais qui a participé à la libération de la France et dès lors intégrés dans les régiments métropolitains plutôt que dans ceux de tirailleurs sénégalaisIsabelle Surun (dir), Les sociétés coloniales à l'âge des Empires (1850-1960), Atlande, 2012, ..
Jusqu'en , quand fut créé le ministère des Colonies, les troupes africaines dépendaient des troupes de marine (artillerie, infanterie, corps des télégraphistes et des travailleurs) et du ministère de la Marine. À cette date, les troupes de marine devinrent les troupes coloniales, dépendant de l'Armée de terre, dont certains éléments étaient détachés au ministère des Colonies (bureau des Services Militaires) pour servir aux colonies et pour encadrer les troupes indigènes. À cette époque il existait au sein du ministère de la Guerre deux ensembles distincts : les troupes métropolitaines comprenant l'armée d'Afrique et ses corps indigènes spécifiques (tirailleurs algériens, tunisiens, marocains, goums, spahis, etc.) les troupes coloniales servant principalement dans les colonies et autres possessions ou dépendances ultramarines mais dont des unités étaient également stationnées en Métropole et en Afrique française du nordAnthony Clayton, Histoire de l'Armée française en Afrique 1830-1962, Albin Michel, 1994, .. Dans la terminologie militaire, les fantassins des troupes de marine, reçoivent le sobriquet de «marsouins»; les artilleurs, celui de «bigors» (leurs canons s'accrochent aux rochers, tels des bigorneaux…).
Entre 1908 et 1914, les tirailleurs sénégalais sont engagés dans la campagne du Maroc et au Maghreb, conformément au projet de Charles Mangin qui est, selon la «manœuvre du perroquet»Les troupes sur place sont rejointes par une nouvelle unité qui restent en appui, les premières repartant en avant (manœuvre opposée à celle du tiroir)., de soulager le d'armée qui peut dès lors être envoyé au front de l'Ouest..
Première Guerre mondiale vignette| Soldats sénégalais au camp de Mailly, Félix Vallotton, 1917. vignette|Carré musulman de la nécropole nationale d'Amiens (Saint-Acheul).Au premier plan, tombe d'un soldat du tombé pendant la Bataille de la Somme. De nombreux Africains sont également morts sur les champs de bataille français de la Première Guerre mondiale. Jacques Chirac, en tant que président de la République, dans son discours pour le de la bataille de Verdun, a évoqué de l’ex-Empire français morts entre 1914 et 1918, « fantassins marocains, tirailleurs, d'Indochine (Cochinchine, tirailleurs annamites), marsouins d’infanterie de marine »
En 1910, le colonel Charles Mangin dans son livre La Force noire décrit sa conception de l’armée coloniale, alors même que Jean Jaurès publie de son côté « L’armée nouvelle » où s’exprime le besoin de chercher ailleurs des soldats que les Français ne pouvaient fournir en suffisance en raison d’une baisse de la natalité.
Mort le à , Abdoulaye N'Diaye fut le dernier tirailleur sénégalais de la Première Guerre mondiale..
Difficultés de recrutement Le recrutement est fondé sur le décret du qui institue le recrutement par voie de réquisition (l'état-civil étant inexistant, il est impossible de procéder par voie de conscription). Il est prévu dans les textes que les et précise que ..
Si l'administration coloniale a rapidement proposé plusieurs milliers d’hommes volontaires ou recrutés avec des méthodes proches de celles des siècles précédents hérités de la culture arabo-musulmane (certains auteurs marginaux, car tous ne s'accordent pas sur cet état de fait, comparent ces méthodes à des «rapts» comme au temps des traites négrières)Jean Lebrun, « Les soldats africains pendant la Grande Guerre », émission La Marche de l'Histoire, 14 février 2013, des stratégies d'évitement (envoi de malades, d'estropiés, certaines commissions de recrutement ayant jusqu'à 80% d'inaptes) puis des révoltes contre l’enrôlement ont éclaté loin des grandes villes d’Afrique, dont la première chez les Bambaras du Mali, près de Bamako, qui a duré environ six mois, du printemps à , annonçant d’autres révoltes plus importantes. Certaines sont très durement réprimées en par la France, qui fait tirer à l'artillerie sur une dizaine de villages « récalcitrants », tuant des civilsMission française d’inspection envoyée après la répression, étudiée et citée par l’historien Marc Michel.. Les administrateurs coloniaux fixent des quotas aux chefs de cantons qui répercutent auprès des chefs de villages ; comme du temps, en France métropolitaine, des milices communales (celles de la bataille de Bouvines) ou, quelques siècles plus tard, des milices provinciales (celles de la bataille de Denain). Une forme d'arbitraire préside aux désignations et, très souvent, la tendance naturelle dans les chefferies locales est de désigner les hommes pour des motifs variés. Le recrutement vient d'une petite partie du Sénégal, la majorité des troupes étant réquisitionnée dans la colonie du Haut-Sénégal et Niger et de la Haute-Volta, rejoignant par train la gare de Dakar, capitale fédérale de l'AOF. La Direction des transports maritimes les fait embarquer en bateau pour la France..
Comme de nombreuses mutineries plus tardives, ces révoltes ont été cachées pour ne pas apporter d'arguments supplémentaires à la propagande allemande, qui dénonçait sans cesse le comportement de la France en Afrique. La propagande allemande de l'époque décrivait les tirailleurs comme étant des « barbares » et « mercenaires » d’Afrique venus pour combattre sur les fronts européens, signe selon Hitler de la « pollution et de la négrification du pur sang français ».. Ce thème est repris en France par les « négrophobes » contre les « indigénophiles » mais ces « braves tirailleurs » sacrifient leur vie contre l'ennemi héréditaire, le boche, si bien que Blaise Diagne, Haut Commissaire du gouvernement pour le recrutement des troupes noires, essaye de convaincre les habitants de l'Afrique-Occidentale française (AOF) et de l'Afrique-Équatoriale française (AEF) de venir se battre en France tout en leur promettant la reconnaissance de l'égalité civique et l'abolition des discriminations institutionnelles, en échange de l'« impôt du sang »..