Pseudo-Longin (en grec ancien / ) est le nom donné par les modernes à un écrivain grec anonyme du , auteur du Traité du sublime, (en grec ancien, / Perí hypsous), ouvrage qui a longtemps été attribué à Longin.
Attribution du Traité du sublime Son auteur est inconnu. On lit, en tête du manuscrit de référenceParisinus Graecus 2036., les mots « Dionysius ou Longinus », inscription que le copiste médiéval a lue comme étant « par Dionysius Longinus », si bien que lorsque le manuscrit a été impriméÉdition de Francesco Robortello, Bâle, 1554., l'ouvrage a été initialement attribué à Longin (Cassius Dionysius Longinus, 213-273 ap. J.-C.). Comme la traduction correcte laisse ouverte la possibilité que l'auteur se soit appelé « Dionysius », l'attribution de l'ouvrage à Denys d'Halicarnasse () a été proposée G.M.A. Grube, Longinus : On Great Writing (On the Sublime), New York, The Liberal Arts Press, 1957, chap. XVIII..
Il est maintenant admis que l'auteur n'est ni Longin, ni Denys d'Halicarnasse, mais plutôt un auteur inconnu ayant vécu sous le règne de Tibère, au . En effet, en l'absence de tout indice relatif à la biographie de l'auteur réel, aucun de ces deux écrivains ne peut être retenu, car le Traité développe des idées totalement opposées à celles des autres ouvrages de Longin ; quant à l'hypothèse de Denys, elle présente des difficultés chronologiques.
Denys d'Halicarnasse, écrivant sous Auguste, a publié un certain nombre d'ouvragesD.A. Russell, Longinus : On the Sublime, Londres, Oxford University Press, 1964, chap. XXIII.. Cette hypothèse est généralement écartée en raison des différences de style et de pensée par rapport au TraitéRussell, op. cit. chap. XXIV..
Longin : crédité d'un grand nombre d'ouvrages littéraires, il fut « le plus distingué érudit de son tempsGrube, op. cit., chap. XVII.. » Néanmoins, il est douteux qu'il soit l'auteur du traité, car aucune référence n'y est faite à une œuvre postérieure au , la dernière citée étant celle de Cicéron. Le Traité est maintenant usuellement daté de la fin du en raison de thèmes abordés dans le même esprit par des auteurs de cette époque, tels TaciteDans le Dialogue des orateurs, la discussion rapportée est censée avoir lieu en l'an 78., Pétrone ou Quintilien.
Parmi les autres noms proposés, on trouve Hermagoras (un rhéteur vivant à Rome au ), Aelius Theon (dont les idées sont proches de celles du Traité), et Pompée Geminus (qui fut en relation épistolaire avec Denys).
Enfin, le fait que le Traité du sublime cite la Genèse a laissé penser que le pseudo-Longin serait un juif hellénisé ou un familier de la culture juiveLonginus, first century C.E., dans The Norton Anthology of Theory and Criticism, Ed. Vincent B. Leitch, New York, Norton & Co., 2001, 135-154..
Traité du sublime Le texte du / Perí hypsous se présente sous la forme d'une lettre adressée à un certain Posthumius Terentianus, dont on ne sait rien sinon qu'il devait être un personnage public romain d'une certaine cultureRhys W. Roberts, Longinus on the Sublime, Londres, Carland Publishing, 1987, chap. 19.. La fin en est perdue : elle contenait probablement des considérations sur la liberté de parole, similaires à celles que Tacite expose dans son Dialogue des orateurs.
Le traité s'appuie sur un ensemble d'exemples littéraires, de plus de cinquante auteurs répartis sur plus de mille ansRoberts, op. cit., 26.. . Il le définit d’emblée comme la foudre (I, 4), comme une force dévastatrice visant au ravissement ou à l’extase, plus qu’à la persuasion. Le Sublime est présent aussi bien chez les poètes que chez les orateurs. L’auteur du traité estime que la valeur littéraire d’une œuvre tient avant tout à la dignité et à la sincérité du sentiment, et revendique les droits de la passion et de l’inspirationJules Humbert et Henri Berguin, Histoire illustrée de la littérature grecque, Didier, 1966, 379..
Parmi les moyens de parvenir au sublime, le premier critère proposé est l’élévation de la pensée et des sentiments, assortie d’effets pathétiques et d’expressions de l’enthousiasme ; les images doivent être vives et d’une grande force de suggestion. Les tropes et figures de style à privilégier sont l'asyndète (absence de liaison), l’anacoluthe (rupture de construction), l’hyperbate (distorsion du phrasé par rapport à l’ordre logique), l’épanaphore (répétition augmentative) et l’amplification (effet d’accumulation). En revanche, l’hyperbole et l’apostrophe devront rester discrètes. Le plus grand soin devra être apporté à la composition, pour assurer l’unité d’ensemble. L’auteur du Traité du Sublime cite, à titre d’exemple, un poème d’amour de SapphoSappho, fragment 2 ; Robert Brasillach, Anthologie de la poésie grecque, Stock+Plus, 1981, 127-128., dans lequel il admire l’ordre successif de présentation des tourments et des troubles physiques de l’amour :
Le sublime tient aussi à la force de l'expression, à l’éclat des images, à la puissance de l'effet dû à la composition, si bien que cette catégorie esthétique a pu faire l'objet d'interprétations divergentes chez les commentateurs depuis la Renaissance, comme Jean-François de La Harpe et Nicolas Boileau. Ce dernier écrit :
Parmi les modèles proposés, certains sont attendus, comme Homère, Thucydide, Platon, Euripide et Démosthène, et d'autres très inhabituels pour cette époque, comme la Genèse. Les orateurs attiques, Lysias, Hypéride ou Isocrate, sont jugés d’une correction médiocre, d’un style trop lisse et policé, avec des liens syntaxiques trop apparents. Pour un Grec de l'époque, l’auteur du traité est d'ailleurs dénué de préjugé national, et compare Cicéron et Démosthène en dégageant impartialement leurs qualités propres (§ 12) ; cependant l’ampleur de la période cicéronienne est considérée comme un vaste incendie, comparée au phrasé de Démosthène qui frappe comme la foudre (XXXIV, 4). De tels jugements révèlent l’un des buts de ce petit traité : il visait à engager une polémique contre un certain Cecilius qui avait platement parlé de ce sujet, et contre le courant atticiste annonçant Denys d'Halicarnasse.
Postérité du Traité Redécouvert à partir de sa première impression par Robortello, le Traité du sublime fut très estimé à partir de la Renaissance. L’humaniste Isaac Casaubon le considérait comme .
La littérature baroque ayant rouvert le débat sur le sublime, le Traité devient au d'une actualité brûlante, et Nicolas Boileau en publia en 1674 une traduction qui contribua à inscrire le Traité dans l'histoire de la critique littéraire. Le Traité jouira d'un large succès jusqu'au , et continue de nourrir la pensée européenne jusqu'à nos jours (voir Thomas Weiskel, Harold Bloom, Laura Quinney...)
Pascal Quignard fait du Pseudo-Longin l'un des fondateurs de la tradition de la rhétorique spéculative : ..
Bibliographie Éditions de référence Longin, Du sublime, éd. et trad. par Henri Lebègue, Paris, 1939 (Collection des universités de France. Série grecque). Dionysio Longino, Libellus De sublimitate, éd. par Donald Andrew Russell, Oxford, 1968 (Oxford Classical Texts). Longin, Du sublime, trad. par Jackie Pigeaud, Marseille, 1991 (Petite bibliothèque Rivages 21) .
Autres éditions Longin, Traité du sublime, trad. par Nicolas Boileau, Paris, 1674 (en ligne ; transcr.) : avec introduction et notes par Francis Goyet, Paris, 1995 . Longinus, On the Sublime, trad. par Herbert Lord Havell, Londres, 1890 (en ligne). Études .
Notes et références
Liens externes Longinus (pseudo) - De sublimitate, dans le Répertoire des sources philosophiques antiques de Martine Vidoni (CNRS), réf. 1536 à 1539.
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