vignette|Phalange sur une amphore tyrrhénienne attique du , Staatliche Antikensammlungen de Munich.

La phalange (en grec ancien ) est une formation de fantassins lourdement armés conçue pour anéantir l'infanterie ennemie lors du choc.

La forme la plus ancienne est attestée chez les Sumériens au milieu du

La phalange hoplitique apparaît au dans les cités-États de Grèce. Elle évolue au pour donner naissance à la phalange macédonienne qui devient l'un des instruments des conquêtes d'Alexandre le Grand. Le phalangite macédonien porte une armure et un bouclier légers et il est armé d'une sarisse, une lance longue de . À l'époque hellénistique, l'équipement du phalangite s'alourdit tandis que la sarisse s'allonge jusqu'à .

Formation rigide et difficile à manœuvrer sur terrain accidenté, la phalange est supplantée au cours de la première moitié du par l'infanterie romaine.

Phalange sumérienne Origines vignette|Phalange sumérienne, détail de la stèle des vautours, vers 2450 av. J.-C.

La civilisation sumérienne apparaît en Mésopotamie au début du . Si les bourgades-État semblent se développer durant les premiers siècles dans un calme relatif, on assiste à partir de , et jusqu'à l'unification de toute la région par Sargon le Grand en 2316, à des conflits quasi incessants, que ce soit entre les villes ou contre des menaces extérieures comme les Élamites à partir de 2600. Cette fréquence des batailles provoque de grandes mutations dans ces États en formation.

Évolution de la technologie Au cours du , l'agriculture, améliorée par l'irrigation, rend possible la croissance des villages en bourgs puis en villes. Cette concentration démographique met fin à l'ère de la tribu et du « chef de clan », le monarque ou tyran au pouvoir devient « administrateur ». Les dirigeants tirent de cet essor agricole des revenus stables et élevés. Les armées régulières qu'ils peuvent alors lever assurent la défense de la cité et de son territoire, mais servent aussi à légitimer leur pouvoir puisque la loyauté des troupes est assurée par une solde. D'autre part, ces soldats entraînés sont un indéniable avantage sur des voisins moins puissants qui doivent se contenter de paysans-soldats : cet avantage ouvre la voie à l'expansion géographique qui accroît encore les revenus de l'État. La guerre n'est plus faite d'escarmouches pour régler un différend entre tribus, mais d'actions planifiées : l'apparition de la guerre « moderne », comme celle de l'armée professionnelle, marque un profond changement dans les mentalités et les sociétés.

Développement de l'armement Les conflits constants stimulent les progrès de la technologie et de la tactique militaires afin de garder l'avantage, ou tout au moins de ne pas prendre de retard, et cela à un niveau bien supérieur à celui trouvé ailleurs. Ainsi, des pays isolés des agressions extérieures comme l'Égypte (unifiée vers le ) n'ont pas ressenti le besoin de faire évoluer grandement leur armement ou leurs tactiques tant que l'adversaire n'atteignait pas un niveau technologique suffisant pour représenter un réel péril. L'armement égyptien a plutôt évolué par transfert technologique depuis la Mésopotamie, avec notamment l'introduction du khépesh, popularisé au cinéma par les péplums pharaoniques.

La présence sur les champs de bataille sumériens de la massue fait apparaître le casque, alors fabriqué en cuivre, afin de protéger le crâne très exposé à cette arme. Pour contrer cette avancée est utilisée la hache que l'on commence par améliorer en emmanchant le fer , puis, vers le , en l'affinant pour passer d'une arme de taille à une arme de pénétration se rapprochant du poinçon. Du danger des traits des archers naît le « manteau blindé », sorte de cape en toile ou cuir renforcée de disques de cuivre ; en réaction, l'arc devient « composite » vers 2350-2250 : formé d'un empilement de bois, corne et tendons collés, il est plus petit, a une portée double et une force de jet deux à trois fois supérieure au modèle simple. Ce schéma de « dialectique du canon et de la cuirasse » se répète plusieurs fois dans divers domaines.

Durant deux millénaires le bassin mésopotamien est ainsi, malgré le caractère des innovations, un ensemble de techniques et de technologies qui ne se répandront à travers les continents que bien plus tardivement.

Uniformisation de la phalange

Les métaux étant relativement rares et chers, ils sont surtout vitaux pour l'industrie de l'armement et les monarques en font un domaine réservé de l'État. Cela entraîne une certaine standardisation (par souci d'économie) et l'homogénéisation des corps de troupe. Un bel artéfact, l’Étendard d'Ur, visible au British Museum et datant d'environ , illustre parfaitement cette standardisation : ne s'y succèdent que des chariots de combat du même modèle et une infanterie équipée à l'identique du casque, du « manteau blindé » et de la lance.

Bien que les cités soient durant le dans un état quasi permanent de guerre, les forces armées restent de dimension modeste. Si l'on se réfère à des tablettes trouvées dans l'ancienne Shuruppak et datant de 2600, les rois entretenaient 600 à professionnels. Tout au plus arrive-t-on, au faîte du règne de Sargon le Grand (2334-2279), à une estimation de qui composent le noyau de l'armée. Cette base semble se composer de deux corps principaux qui forment l'épine dorsale des forces : les chariots qui désarticulent les rangs ennemis en les traversant à la charge, et l'infanterie lourde organisée en phalange qui suit. Cette dernière rend les combattants bien plus efficaces au corps à corps car leur proximité abrite leurs flancs des coups de l'adversaire ; et dans l'attaque, la phalange, compacte, a d'autant plus de chances de s'enfoncer dans les lignes ennemies désordonnées par le passage des chariots. Un précieux document iconographique, la Stèle des Vautours, exposé au musée du Louvre et réalisé vers 2450 est la première représentation historique d'une phalange. Un de ses registres illustre la victoire du roi Eannatum de Lagash sur Umma en 2525, la formation étant équipée là aussi d'un armement homogène. Les soldats, coude contre coude, portent un casque de cuivre, un grand bouclier rectangulaire de peau renforcé de disques métalliques soutenu à l'épaule et une lance tenue à deux mains. On peut raisonnablement supposer que cet équipement est complété par le « manteau blindé » et la hache (arme lourde apte à abattre un front adverse), ici cachés par les boucliers. Pour des besoins de composition et artistiques, cette représentation ne reflète certainement pas la réalité ou en tout cas n'est pas complète, peut-être dans la profondeur de la phalange qui est ici de six rangs, la largeur du front n'étant que partiellement visible (seulement cinq combattants).

D'autre part, il est à douter que l'artiste ait assisté à des batailles, ne serait-ce que parce qu'il a sculpté les pointes des lances des différentes lignes dépassant du premier rang au même niveau. Ce dernier point nous amène cependant à deux remarques plus intéressantes. Cette illustration préfigure effectivement déjà la phalange macédonienne qui apparaîtra plus tard, du moins à l'avant ; elle permet aussi d'estimer la longueur des lances , au moins égale à celle de la sarisse d'infanterie si elles dépassent du premier rang. Un parallèle avec l’Étendard d'Ur s'impose ici mais sans qu'on puisse toutefois en tirer de conclusion certaine. Sur cette pièce de plus ancienne, si une partie de l'armement est similaire, on peut remarquer que la formation adoptée n'est pas celle de la phalange. Est-ce parce qu'elle n'était pas encore utilisée ou simplement parce que les soldats ne sont pas au combat mais conduisent des prisonniers jusqu'au souverain ?

La phalange, formation qui nécessite à la fois une forte discipline de mouvement (donc un long entraînement) et un armement coûteux, semble être réservée aux professionnels. Les citoyens, eux, s'équipent plus légèrement lorsqu'on les mobilise, sans bouclier, avec l'épée-faucille au lieu de la hache, ou comme archers.

Phalange hoplitique vignette|redresse=1.5|Représentation moderne d'une phalange hoplitique.

Apparition de la phalange en Grèce Une ébauche de phalange est déjà connue au tournant du puisque Homère, dans l'un de ses anachronismes, en donne une description :

Progrès techniques de l'armement La phalange prend sa forme définitive au grâce à un ensemble d'événements politiques et d'améliorations techniques liés à l'apparition de l'hoplite, un fantassin lourdement armé, indissociable de la phalange puisque c'est dans cette formation qu'il combat : Apparition de laspis koilè (« bouclier creux »)Communément appelé hoplon. : ce bouclier rond d'environ de diamètre est formé d'une armature en bois recouverte de bronze et soutenu par tout l'avant-bras gauche. Il est pourvu d'une lanière pour le poing (appelée antilabé), fixée sur le bord du bouclier, et également d'une boucle en bronze au centre du bouclier (porpax) à travers laquelle passe l'avant-bras. Ces accessoires permettent de porter un bouclier plus lourd tout en diminuant la fatigue du guerrier, le bouclier n'étant plus porté à bout de bras. En outre, les possibilités de mouvement du bouclier dans toutes les directions sont beaucoup plus importantesPierre Ducrey, Guerre et guerriers dans la Grèce antique, Pluriel, 1999, .. En position de combat, lorsque le guerrier ramène sur lui son bras gauche, il est protégé du haut des jambes au menton. Ce bouclier permet également au moment du choc, grâce à sa nouvelle forme mais surtout au maintien solide que porpax et antilabé assurent, un appui plus ferme pour bousculer les lignes adverses et dans la suite du combat un maniement plus aisé. En outre, le bouclier comporte en général un épisème ou emblème (animaux, monstres mythologiques, figures géométriques, etc.), destiné à la fois à identifier le guerrier et sa cité et à repousser le mauvais sort vers l'ennemi. Apparition du casque corinthien : parfois à cimier, il est fait d'une seule pièce de bronze martelée qui offre plus de résistance lors des chocs, au contraire des casques antérieurs fait de plusieurs plaques soudées entre elles.

Phalange et politique Il existe peut-être une relation entre l'apparition de tyrans dans certaines cités du Péloponnèse et celle des phalange d'hoplites. Ceux-ci auraient pu favoriser sciemment la mise en place de ce type de gouvernement aux dépens de la classe aristocratique, ou bien ils auraient été l'instrument des tyrans pour asseoir leur pouvoir.

Développement culturel et économique Avec l'avènement de l'Âge du fer, durant les premiers siècles du , la Grèce connaît de profonds changements : les mythes et les légendes sont créés, les grands sanctuaires panhelléniques (Delphes, Délos, Olympie) fondés, une augmentation démographique pousse les populations à rechercher de nouvelles terres pour les accueillir (colonisation de l'Anatolie), la prospérité générale enrichit les agriculteurs et les commerçants. Ce dernier élément voit cette classe, libre mais ne faisant pas partie de l'aristocratie, prendre un poids économique et politique plus important au sein des cités. Auparavant légèrement armée pour des raisons financières et donc peu efficace au combat, cette classe peut dès lors s'offrir un équipement plus onéreux lui assurant une meilleure protection et des moyens offensifs étendus. De plus, cette population a tout intérêt à prendre une part plus importante et déterminante au sein des combats afin de protéger ses terres et ses biens. Enfin, ce rôle militaire se traduit dans la vie politique des cités (on parle de « révolution hoplitique »). Bien que se généralisant sur l'ensemble du territoire grec, certaines régions comme l'Étolie pauvres en ressources naturelles ne posséderont pas de phalange d'hoplites par manque de moyens financiers.

Composition et tactique Assaut