La , également appelée anémie falciforme, hémoglobinose S, et autrefois sicklémie, est une maladie génétique résultant d'une mutation sur un des gènes codant l'hémoglobine. C'est la maladie génétique la plus fréquente dans le monde, avec plus de homozygotes concernées chaque année.
La drépanocytose est une maladie à transmission autosomique récessive. Cela signifie que seuls les homozygotes porteurs de deux allèles mutés sont affectés par la maladie. Les hétérozygotes sont porteurs d'un seul allèle muté S : la maladie ne se manifeste pas ou peu, on dit de ces personnes qu'elles ont le trait drépanocytaire ou qu'elles sont des porteurs sains.
Près de deux tiers des cas dépistés de drépanocytose se trouvent en Afrique subsaharienne. Étant une évolution climatique liée aux régions anciennement ou actuellement paludées, elle est également assez fréquente dans certaines régions méditerranéennes, de l'Inde, de la péninsule arabique et parmi les populations d'origine africaine dispersées de par le monde.
En 2025, l'OMS estime à 7,7 millions le nombre de personnes atteintes, soit une augmentation de 40 % depuis 2000. Chaque année, la drépanocytose serait responsable de plus de 375.000 décès.
Chez les sujets homozygotes, la maladie peut se manifester dès l'âge de et occasionner un retard du développement de l'enfant. Elle est susceptible d'induire trois grandes catégories de manifestations cliniques qui peuvent être très variables selon les cas : anémie hémolytique chronique avec épisodes d'aggravation aiguë, prédisposition aux infections bactériennes, et crises vaso-occlusives. Une crise aiguë peut être déclenchée par un changement de température, par un stress, par la déshydratation, ainsi que par une altitude élevée. Le diagnostic est posé à l'aide d'un test sanguin.
La prise en charge de la drépanocytose consiste notamment à prévenir les infections à l'aide de vaccins et d'antibiotiques, à assurer une bonne hydratation de l'organisme, à traiter les douleurs induites par les crises, voire en une supplémentation en vitamine B (acide folique). On peut également être amené à procéder à des transfusions sanguines ou à l'administration d'hydroxyurée (hydroxycarbamide). L'espérance de vie moyenne de ces patients dans les pays développés varie entre .
Le dépistage est recommandé en France.. Le dépistage néo-natal se pratique dans plusieurs pays développés dont le Royaume-Uni qui dépiste la maladie depuis 1970 dans ses capitales, et depuis 2006 de manière généralisée. Ce dépistage n'est devenu officiellement systématique en France chez tous les nouveau-nés, seulement depuis l'arrêté publié au Journal officiel du 3 août 2024.
Clinique La drépanocytose est une maladie de la douleur.. En Afrique, avant même sa reconnaissance moderne en 1910, la maladie était connue sous diverses appellations qui renvoient toutes à des crises douloureuses intenses avec la sensation que des os éclatent ou sont broyés.
La maladie se présente sous de nombreuses formes très variables, selon le type génétique de mutation, l'âge du sujet, et sa prise en charge médico-sociale. C'est une maladie chronique évolutive, émaillée d'épisodes aigus. D'aggravation progressive, elle peut conduire à diverses complications, aiguës ou chroniques, dont plusieurs présentent un taux de mortalité élevé.
Les porteurs du trait drépanocytaire (porteurs sains, ou forme hétérozygote) sont généralement asymptomatiques. Ils peuvent néanmoins parfois présenter des symptômes similaires à ceux d'une crise drépanocytaire mineure telles douleurs musculaires, fatigue et parfois des troubles urinaires.
Évolution de la maladie L'affection se signale chez le nouveau-né (dépistage à la naissance), mais sans manifestations car les globules rouges du nouveau-né contiennent encore de 50 à 90 % d'hémoglobine fœtale. Cette période est cependant importante pour organiser une prévention efficace.
Les symptômes peuvent apparaître dès l'âge de deux à trois mois, lors de l'apparition de la chaîne bêta de l'hémoglobine. En l'absence de prise de charge médico-sociale, les cinq premières années de vie sont marquées par des infections graves, des épisodes d'anémie aigüe et des crises douloureuses (crises vaso-occlusives) avec un risque important de mortalité.
Dans la seconde enfance et à l'adolescence, les crises douloureuses dominent et les complications chroniques commencent à apparaitre (atteintes viscérales : cardiaques, pulmonaires, rénales hépatiques…).
Chez l'adulte, les crises aigües ont tendance à s'espacer. Elles sont déclenchées par divers facteurs favorisants tels qu'une infection, une acidose, une déshydratation, une mauvaise hygiène de vie (tabac, alcool), l'anxiété et le stress, une dépressurisation ou une altitude élevée, un effort physique intense, parmi d'autres causes possibles., mais il est bien souvent impossible d'identifier le facteur déclenchant d'une crise particulière. Les crises peuvent être également favorisées par le froid ou un temps sec.. La drépanocytose peut conduire à diverses complications aiguës ou chroniques dont plusieurs présentent un taux de mortalité élevé..
Manifestations aiguës Crises vaso-occlusives vignette|Globule rouge anormal de la forme d'une faucille, au dessus de globules rouges sains, circulaires et concaves. Les globules rouges en forme de faucille tendent à bloquer la circulation sanguine au niveau des capillaires de nombreux organes — os, abdomen, reins, cerveau, rétine, etc. — provoquant douleurs, ischémie, voire nécrose. La fréquence, la durée et la sévérité des crises est extrêmement variable. Les crises douloureuses sont traitées par hydratation, à l'aide d'antalgiques, voire de transfusions sanguines.
Les crises vaso-occlusives sont surtout osseuses (touchant les os longs, plus rarement les articulations), elles représentent plus de 90 % des motifs de passage aux urgences des patients drépanocytaires.
La douleur provoquée par les crises légères peut être soulagée à l'aide d'anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) tels que le diclofénac ou le naproxène. Chez la plupart des patients, les crises sévères requièrent l'injection intraveineuse d'opiacés à intervalles réguliers jusqu'à la fin de la crise.
Les crises vaso-occlusives affectant des organes tels que le pénis (priapisme) et les poumons sont prises en charge comme des urgences médicales et traitées par transfusion de globules rouges.
Chez l'enfant de moins de deux ans et demi, les localisations préférentielles sont les doigts et les orteils (« syndrome pied-main » ou ) pouvant apparaître dès l'âge de , et susceptible d'être observées chez les enfants porteurs du trait drépanocytaire. L'évolution est favorable en quelques jours avec un traitement symptomatique.
Chez le petit enfant et l'enfant plus grand, les crises vaso-occlusives sont plus fréquemment abdominales que chez l'adulte. Elles se présentent comme un syndrome abdominal pseudochirugical.
Syndrome thoracique aigu Un syndrome thoracique aigu est caractérisé lorsqu'au moins deux des cinq manifestations suivantes sont observées : douleur thoracique, fièvre, infiltrat pulmonaire, atteinte respiratoire, ou hypoxémie.. Ces symptômes étant semblables à ceux d'une pneumonie, il est fréquent de traiter les deux affections en même temps.
C'est la deuxième cause d'hospitalisation pour la drépanocytose, et la première cause de mortalité des patients drépanocytaires (1 à 5 % des cas), la majorité de ces cas présentant également une crise vaso-occlusive.. 20 % des patients hospitalisés pour crise vaso-occlusive développent un syndrome thoracique aigu.
Crises anémiques La drépanocytose est responsable d'une anémie hémolytique chronique. La durée de vie des globules rouges (120 jours normalement) est raccourcie à 20 jours. Cette anémie chronique peut s'aggraver par divers mécanismes, ce qui se manifeste par un teint pâle, une accélération de la fréquence cardiaque et un état de fatigue générale.
La séquestration splénique consiste en une augmentation brutale de la taille de la rate accompagnée d'une chute rapide du taux d'hémoglobine dans le sang. Elle est due à l'accumulation de globules rouges dans la rate aux dépens de la circulation générale. Il s'agit d'une situation d'urgence. Les patients non traités décèdent en une heure ou deux des suites d'un choc hypovolémique. Ces crises sont transitoires, se prolongeant trois ou quatre heures, voire une journée entière..
L'anémie aiguë peut être déclenchée par le parvovirus B19, qui affecte directement la production de globules rouges en détruisant les réticulocytes, qui en sont les précurseurs immédiats. L'infection à parvovirus bloque presque complètement la production de globules rouges pendant deux à trois jours, ce qui est quasiment sans conséquence chez un individu sain, mais peut rapidement menacer la vie d'un patient drépanocytaire. Il faut de quatre jours à une semaine pour se remettre d'une telle crise, certains patients ayant besoin d'une transfusion sanguine pour se rétablir..
D'autres causes d'anémies aiguës sont des déficits enzymatiques comme le déficit en G6PD. ; une nécrose médullaire étendue, souvent fébrile, une ostéomyélite ; carences en fer, en vitamines ; accident transfusionnel etc.
Crise d'asplénie et infections En raison de ses nombreux capillaires sanguins et de son rôle dans l'élimination des globules rouges défectueux, la rate est fréquemment lésée lors d'une crise drépanocytaire.. Elle est généralement atteinte de multiples infarctus tissulaires avant la fin de l'enfance chez les patients homozygotes.
L'atteinte de la rate favorise les risques d'infection par des bactéries encapsulées., notamment par des pneumocoques ou des méningocoques. Elles peuvent aussi aggraver l'anémie en cas d'infection par le parvovirus B19.
La protection des drépanocytaires contre le paludisme n'est que relative. Toute fièvre ou anémie aiguë d'un drépanocytaire en provenance d'un pays endémique de paludisme doit faire rechercher un paludisme (d'autant plus grave chez les homozygotes).
Les patients drépanocytaires hospitalisés pour covid-19 ont un risque plus élevé d'évolution sévère. Il en est de même pour d'autres virus tels que ceux de la grippe, de la dengue, le VIH.
. Une vaccination préventive, voire la prise d'antibiotiques, peut être recommandée pour se prémunir contre certaines infections particulièrement redoutées chez les patients souffrant d'asplénie fonctionnelle.
Accidents vasculaires cérébraux Ces accidents (AVC) surviennent principalement dans l'enfance à partir de l'âge de trois ans. Ils concernent près de 10 % des drépanocytaires homozygotes de moins de 18 ans. Ils sont plutôt ischémiques dans l'enfance et hémorragiques chez l'adulte jeune.
Outre les atteintes directes des atteintes cérébrales, la drépanocytose favorise les thromboses liées à un état inflammatoire, la déshydratation et l'alitement.
Manifestations chroniques Les manifestations chroniques de la drépanocytose associent un retard de taille et de poids, des carences alimentaires (en folates dont le stock est rapidement épuisé, car elles sont indispensables à la production des hématies qui doivent se renouveler très rapidement lors des crises d'anémie) , un retard pubertaire fréquent.
Les troubles viscéraux sont cardiopulmonaires (hypertension pulmonaire, hépatiques, rénaux ou urinaires. Il peut exister des anomalies rétiniennes (rétinopathie avec hémorragies), des douleurs chroniques parfois secondaires à des lésions osseuses (ostéonécrose aseptique), cutanées (ulcère de la jambe) parfois sans lésion visible (de type neuropathique)
Les complications chroniques prennent une part croissante dans la prise en charge de la maladie, du fait que l'âge moyen des patients suivis augmente. La drépanocytose est une maladie systémique, ce qui contraste avec son caractère monogénique (liée à un seul gène) et sa présentation très variable selon les individus et au cours de la vie d'un même sujet.
Physiopathologie Génétique