Les massacres des Polonais en Volhynie ( - Tragédie volhynienne, - Massacre volhynien, allemand : Massaker von Wolhynien - Massacre de Volhynie) sont des meurtres de masse de civils polonais commis par des membres de l'Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) pendant la Seconde Guerre mondiale, entre 1942 et 1944.
Les historiens estiment qu'à cette occasion jusqu'à polonais ont été tués. Dans la même période, des milices polonaises exterminèrent des milliers de paysans ukrainiens. Aujourd'hui encore, les deux parties se rejettent la responsabilité du déclenchement des massacres, s'en accusant mutuellement. Il reste probable que le conflit fut encouragé, voire provoqué par l'Allemagne nazie qui occupait alors la région. Ces massacres ont été qualifiés de génocide par le Parlement polonais le .
Contexte En , en application des clauses secrètes du pacte germano-soviétique, la Pologne est occupée à l'ouest par les forces du Troisième Reich et à l'est, dont la Volhynie, par les Soviétiques. Les Ukrainiens commencent alors à entreprendre des actions hostiles vis-à-vis des Polonais à l'instigation de la propagande soviétique, mais très vite, c'est le NKVD qui fait la loi. La situation s'aggrave en 1941, après l'attaque de l'Union soviétique par les troupes allemandes (Opération Barbarossa). Une partie de la communauté ukrainienne, espérant la formation d'un pays indépendant, collabore avec les Allemands ou s'engage dans des actions hostiles aux autres groupes ethniques dans la région (Polonais, Juifs, Tchèques). Les Ukrainiens commencent à former des groupes de résistance qui deviennent une véritable armée de guérilla.
Massacres
En 1942, les éléments locaux de l'UPA commencèrent à attaquer la minorité polonaise afin de « nettoyer. » la Volhynie. La première attaque connue fut contre le village d'Oborkin le dans le canton de Łuck, où les Ukrainiens assassinèrent . Malgré cela la majorité des Polonais considérèrent cet événement comme un cas isolé résultant de groupes désorganisés de bandits et personne ne pensait que cela allait se reproduire. Le membre de l'Institut de la mémoire nationale, Władyslaw Filar, lui-même témoin des massacres, affirme qu'il est impossible d'établir si ces événements furent un jour planifiés. Il n'y a pas de preuves documentées que l'UPA et l'Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) aient pris la décision d'exterminer les Polonais de Volhynie..
Le , la colonie de Parośło dans le canton de Sarny est attaquée et sont assassinés. Plus tard, en , quelque ukrainiens prirent les armes et s'enfuirent dans les forêts de Volhynie. L'historien américain Timothy Snyder considère que cet événement marque le début des opérations de l'UPA à une grande échelle.. Dans la nuit du 22 et , des groupes ukrainiens attaquèrent la colonie modèle de Janowa Dolina, tuant et incendiant tout le village. La présence de de la Wehrmacht n'empêcha pas cette action, ce qui permet de supposer une silencieuse collaboration entre les deux forces. Les survivants polonais étaient ceux qui avaient trouvé refuge auprès des familles ukrainiennes amies comme celle des Karwan.
Entre mai et , les attaques se multiplièrent. Dans le canton polonais de Sarny, quatre villages furent brûlés le ; dans celui de Kostopol, du village de Niemodlin furent tués le ; dans celui de Włodzimierz Wołynski, tous les manoirs et exploitations des nobles furent brulés dans la nuit du au et, le , les habitants de Staryki sont tous massacrés. Ces actions furent montées par de nombreuses unités et paraissaient coordonnées. Il serait cependant exagéré d'affirmer que les massacreurs reçurent un appui général des Ukrainiens et, pourtant, leur réalisation n'eût pas été possible sans la collaboration des Ukrainiens locaux..
Jusqu'en , le nombre de Polonais assassinés en Volhynie est estimé à , mais celui des pertes totales (morts, blessés, déportés en Allemagne pour les travaux et fugitifs) atteint .
Pourtant, deux délégués du gouvernement polonais de Londres, Zygmunt Rumel et Krzysztof Markiewicz, accompagnés d'un groupe d'officiers du mouvement de résistance AK, opérant dans la région, tentèrent de négocier avec les chefs de l'UPA. Ils furent cependant tous assassinés le dans le village de Kustycze. Ce jour-là, des unités, que l'on attribue à l'UPA, encerclèrent et attaquèrent les villages polonais et les colonies dans les trois cantons de Kowel, Horochów et Włodzimierz Wołynski. En trois jours, une série de massacres fut déclenchée et beaucoup de témoins ont confirmé les déplacements de village en village des unités de l'UPA poursuivant leur besogne contre les civils polonais. Dans le canton de Horochów, on a enregistré , 15 dans celui de Dubien et 28 dans celui de Włodzimierz. Les événements commencèrent à du matin et les Polonais n'avaient pas les moyens d'y échapper. Après les massacres, les villages furent systématiquement incendiés et brûlés jusqu'aux fondations. Selon les rares survivants, l'action a été soigneusement préparée puisque quelques jours auparavant avaient eu lieu des réunions dans les villages ukrainiens où l'UPA expliquait aux habitants la nécessité de l'extermination des Polonais jusqu'à la septième génération, sans faire exception de ceux qui ne parlaient plus le polonais.
Encore en juillet, le village de Gorów fut attaqué : tués, 70 survécurent. Dans la colonie d'Orzeszyn, l'UPA assassina sur 340. Dans le village de Sadowa, sur seulement 20 survécurent, à Zagaje quelques-uns sur 350. En septembre, dans le village de Wola Ostrowiecka, furent exterminées dont de moins de et à Ostrówki 438 dont . En , on a procédé à l'exhumation des victimes dans ces deux villages.
L'historien Norman Davies dans son ouvrage fournit une courte et brutale description des massacres. Il écrit :
Timothy Snyder décrit les massacres :
L'historien ukrainien de Lviv, Youryi Kiritchouk, a écrit que les massacres avaient été le fruit des temps historiques de Jeremi Wiśniowiecki et Maxime Krivonis. Les scènes survenues dans les villages de Volhynie étaient similaires à celles des massacres de Niemirów en Podolie (propriété des Potocki) en 1648 et en 1768. C'était, selon lui, une « guerre de paysans ». Władysław et Ewa Siemaszko, auteurs de Génocide de la population polonaise de Volhynie effectué par les nationalistes ukrainiens - confirment cette idée des atrocités d'un autre temps, celui des hajdamaks et cosaques (soulèvement de Bogdan Khmelnitski au et de la koliyvchtchina au ).
En , les Ukrainiens attaquèrent . Cette vague dura cinq jours jusqu'au . On peut affirmer aussi que l'UPA continua le nettoyage ethnique dans les zones rurales jusqu'à ce que la majorité des Polonais eût fui les villages et fût déportée par les Allemands à l'Ouest ou assassinée ou expulsée. Par exemple, entre le et le , un groupe de 8 chariots de fugitifs du village Kudranka (commune de Ludwipol, canton de Kostopol, voïévodie de Łuck) fut anéanti dans la colonie de Leonówka. Un autre groupe de dix chariots tenta une sortie et, après avoir essuyé deux attaques ukrainiennes sur la route de Tuczyn, fut sauvé par un détachement de la Wehrmacht et s'installa à Równe. Là, les fuyards restèrent deux semaines protégés par la présence allemande, et les familles acceptèrent la déportation en direction de Breslau où, après trois semaines de séjour à la gare de triage, elles trouvèrent travail et logement dans les exploitations agricoles de la région. Ces mêmes familles allaient constituer les premiers Polonais dits « rapatriés » avant l'heure dans les territoires donnés à la Pologne par les vainqueurs de l'Allemagne lors de la conférence de Potsdam en 1945. Un troisième groupe effrayé par la nouvelle du massacre se cacha dans les forêts des environs rencontrant des Juifs qui y vivaient depuis un an. Ces derniers furent « autorisés » par les Ukrainiens de l'UPA à sortir de leurs cachettes pour occuper les maisons polonaises. Enregistrés et contraints d'y rester, les Juifs de Kudranka et des environs furent massacrés à la hache et au couteau à la fin de par les bandes de paysans ukrainiens. Ensuite, le village fut détruit jusqu'aux fondations afin de n'y laisser aucune trace de la présence polonaise. thumb|Monument aux victimes assassinées par l'UPA.
Pendant la période de Noël 1943, une nouvelle vague d'attaques contre la population polonaise eut lieu dans les cantons (powiat) de Rówień, Łuck, Kowel et Włodzimierz. Des unités de combat de l'UPA avec l'aide directe de la population civile ukrainienne attaquèrent les habitations polonaises. Après les massacres, les groupes de civils (composés essentiellement de femmes) qui suivaient pillèrent systématiquement les domiciles des victimes.
À partir de 1944, ces actions s'estompèrent en Volhynie, et la vague d'assassinats massifs se déplaça vers la Galicie orientale, dans les zones de Léopol (Lwów), Stanisławów et Tarnopol, à la suite de la décision de la direction de l'OUN.
Adam Kruchelek, l'historien de la maison d'édition de l'IPN (Institut de la mémoire nationale de Lublin) affirme que les massacres de eurent lieu d'abord dans la zone orientale de Volhynie, dans les cantons de Kostopol et Sarny en mars, se déplaçant vers l'Ouest, en dans les cantons de Krzemieniec Wołynski (Kremenets), Równe, Dubno et Łuck, l'apogée du mois de s'étant déroulé dans les cantons de Kowel, Horochów et Włodzimierz Wołynski puis en août dans celui de Lubomel. Cet historien écrit aussi que les chercheurs polonais considèrent entre autres que les dirigeants ukrainiens élaborèrent d'abord le plan de chasser les Polonais mais les événements leur échappèrent des mains et ils en perdirent le contrôle.
L'armée et les forces de police allemandes voulaient ignorer presque toujours ces conflits ethniques, même s'il existe des rapports selon lesquels les Allemands fournissaient des armes aussi bien aux Ukrainiens qu'aux Polonais. Ces rapports ne sont toutefois pas fondés sur des preuves incontestables. Des unités allemandes spéciales, constituées de policiers ukrainiens ou polonais, qui collaboraient avec eux, ont aussi trempé dans l'affaire et certains de leurs crimes ont été attribués à l'AK ou à l'UPA.
Débat
Avant , dans l'ancienne voïévodie de Volhynie vivaient (17 % de la population totale) dont une partie fut victime de déportations massives causées par les Soviétiques entre et (elles ont touché les représentants de l'État polonais, les membres de l'intelligentsia et les propriétaires fonciers). Les Ukrainiens participèrent au génocide des Juifs polonais, avec ou sans les Allemands, dès l'entrée de la Wehrmacht en et surtout lors de la liquidation des ghettos en . , citoyens polonais, périrent dans la Shoah, surtout par balles.