La poche de Colmar (Alsace) est l'emplacement d'une bataille de trois semaines pendant la Seconde Guerre mondiale qui opposa la Première armée française et le XXI corps U.S. à la XIX armée de l'occupant allemand durant la bataille d'Alsace. Les combats eurent lieu du au dans des conditions extrêmement difficiles liées à l'hiver particulièrement rigoureux cette année-là et au terrain qui n'offrait pratiquement aucune couverture naturelle aux Alliés.

Formation de la poche thumb|left|9 décembre 1944, artilleurs américains à Zellenberg, au nord de la poche, tirant sur les positions allemandes du secteur de Mittelwihr avec des mortiers de .

Une poche de de long sur de large fut formée en sur la rive occidentale du Rhin lorsque la défense allemande dans les Vosges s'effondra à la suite de l'offensive du d'armées américain. La française du général de Lattre de Tassigny, arrivant de Belfort, au sud, parvint à libérer Mulhouse le et à atteindre le Rhin à proximité de Bâle. De même, la blindée française perça le front dans les Vosges du nord et libéra Strasbourg le . Les forces allemandes encore présentes en Alsace méridionale se retrouvèrent donc dans une poche semi-circulaire centrée sur la ville de Colmar.

Cette poche ne fut pas réduite rapidement en raison des difficultés logistiques croissantes que connurent les Alliés après leur déferlement sur la France qui les éloignait de plus en plus des côtes et de leurs ports de ravitaillement. On peut rajouter que l'Alsace, qui avait été annexée par l'Allemagne quatre ans plus tôt, fut défendue plus ardemment que d'autres régions par des Allemands choisis pour leur endoctrinement total au nazisme. À cette fin, ces derniers avaient spécialement formé le groupe d'armées "Oberrhein" (Rhin supérieur) placé sous le commandement direct du Reichsführer SS Heinrich Himmler. Ce groupe d'armées avait à sa charge la défense de ce secteur qui allait du Bienwald au nord jusqu'à la frontière suisse au sud. Le ravitaillement des forces allemandes qui se trouvaient dans cette poche se faisait grâce aux ponts sur le Rhin encore intacts près de Chalampé et Neuf-Brisach.

Redéploiement allié

En , les Allemands lancèrent l'opération Nordwind dans le nord de l'Alsace en direction de Strasbourg. Pour appuyer cette action, les troupes allemandes de la d'infanterie et de la Panzer-Brigade Feldherrnhalle attaquèrent vers le nord, en direction de la capitale alsacienne, depuis la poche de Colmar du 7 au (Opération Sonnenwende). Les troupes françaises furent chargées par le général de Gaulle de tenir le sud de Strasbourg (les Américains ayant retiré leurs troupes du secteur), elles y parvinrent au prix de lourdes pertes et en particulier grâce à l'héroïque résistance du de marche (BM24) de la française libre (bataillon anéanti le car à court de munitions) dans la ville d'Obenheim. Après l'échec de l'opération Nordwind, le d'armées allié reçut l'ordre de réduire la poche de Colmar. Cette action faisait alors partie du plan global défini par le général Eisenhower qui prévoyait que toutes les forces alliées traversent le Rhin pour atteindre l'Allemagne. Et comme la majeure partie des troupes alliées entourant la poche de Colmar étaient françaises, cette mission fut assignée à la Première armée française.

La d'infanterie U.S. s'était retirée dans les Vosges à la mi-décembre pour relever la d'infanterie U.S. et était ainsi déjà en place pour soutenir la réduction de la poche de Colmar. Réalisant que les Français auraient besoin du soutien de troupes américaines additionnelles pour la bataille qui allait commencer, le général Jacob Devers, commandant du d'armées U.S., arrangea le transfert d'une division américaine depuis une autre partie du front. La d'infanterie U.S. fut donc transférée depuis les Ardennes et prit position le long du flanc droit de la d'infanterie U.S. Avec la positionnée dans la vallée de Kaysersberg, la pourrait alors se concentrer pour attaquer les deux divisions allemandes qui lui faisaient face, la Volksgrenadier Division et la d'infanterie. En plus, une division blindée U.S., la 10, avait été détachée pour soutenir l'offensive, mais à la suite de l'évolution des événements, ce fut finalement la blindée U.S. qui participa à la bataille.

Météo et terrain

L'hiver 1944-1945 fut inhabituellement froid pour l'Europe du Nord-Ouest. Dans son Histoire de la Première Armée française, le général de Lattre a décrit le temps en Alsace comme « sibérien », avec des températures pouvant atteindre , des vents forts et une couche de neige de près d'un mètre d'épaisseur.

La plaine alsacienne est extrêmement plate et n'offre pratiquement aucune couverture à un attaquant, hormis quelques forêts occasionnelles. La plaine est également un colossal bassin versant pour le Rhin et est par conséquent coupée par beaucoup de rivières et de canaux de drainage avec des berges aménagées, les rendant difficilement franchissables à gué par des véhicules. D'autre part, la plaine est parsemée de petits villages composés de maisons solides dont la construction sur plusieurs étages offre aux troupes les défendant une bonne vue du champ de bataille. Lorsque les troupes alliées attaquèrent, elles furent donc gênées par un temps très froid et fortement exposées aux feux défensifs des Allemands bien retranchés dans les villages.

Plan d'attaque Le général de Lattre prévoyait une attaque en tenaille, faite d'une poussée au sud par le d'armée français, suivie d'une attaque au nord par le corps d'armée deux jours plus tard. L'objectif n'était pas uniquement de reprendre le terrain mais d'encercler les Allemands : les deux corps d'armée devaient se rejoindre en un point situé près de la rive du Rhin. Pour surprendre l'ennemi, l'attaque principale au nord eut lieu dans un secteur proche de Colmar (et non au niveau du saillant créé quelques jours plus tôt en direction de Strasbourg). Pour conserver une bonne vitesse de progression, l'idée était de contourner Colmar et de ne surtout pas chercher à investir la ville directement.

Attaque du d'armée français (I)

Le d'armée français du général Béthouart passa à l'attaque le . La d'infanterie marocaine et la marocaine de montagne (DMM) avaient pour objectif initial de prendre Ensisheim. La d'infanterie coloniale conduisit des attaques secondaires sur le flanc droit du corps, au nord de Mulhouse. Ces unités furent appuyées par des chars de la blindée française. Attaquant durant une tempête de neige, le d'armée français réussit d'abord à surprendre le LXIII corps d'armée du général Erich Abraham et à libérer cinq villages dès le premier jour : Lutterbach, Pfastatt, Bourtzwiller, Illzach et Kingersheim. Mais lorsque l'offensive française commença à être ralentie par la tombée de la nuit, les Allemands contre-attaquèrent. Le mauvais temps et le terrain difficile, couplés à une défense allemande farouche, stoppèrent finalement l'avance du d'armée français et limitèrent sévèrement son succès.

L'attaque française conduisit tout de même les Allemands à déplacer leurs réserves (la Panzer-Brigade Feldherrnhalle, le antichar lourd et la de montagne) vers le sud. Mais ce succès limité ne fut pas sans coût significatif : une brigade de la blindée française, le Combat command 1 (CC1), perdit trente-six blindés moyens (sur un total d'environ cinquante) qui sautèrent sur des mines. Dans d'autres unités blindées les pertes furent semblables.

À la différence de la majeure partie du terrain de la plaine alsacienne, le terrain sur lequel opérait le d'armée français comprenait des régions boisées et des secteurs urbains, ce qui entraîna une progression lente le premier jour de l'attaque. Ainsi la D.M.M. ne réussit qu'à progresser d'environ vers le nord-est en direction de Cernay. Sur le flanc droit de la , la d'infanterie marocaine remporta un plus grand succès, poussant presque vers le nord-est en direction de Wittelsheim. Sur le flanc droit et au départ de Mulhouse, la d'infanterie coloniale progressa également de 5 à dans les banlieues et les bois au nord de la ville, avec le CC1 prenant Richwiller et le d'infanterie coloniale libérant Wittenheim. Le , une contre-attaque blindée allemande de la Panzer Brigade Feldherrnhalle près de Richwiller fut repoussée par les troupes coloniales françaises commandées par Doyen, les Allemands perdant 15 chars et chasseurs de chars. Globalement, les gains de terrain du d'armée français étaient plus importants dans la partie occidentale (flanc droit) de son secteur du front, mais les Allemands réussirent en grande partie à interrompre l'avance française entre le 20 et le . Durant cette période, les Français durent se battre dans les cités minières du bassin potassique, au milieu de terrils, de puits de mines et d'usines piégées qui offraient une bonne protection aux occupants allemands. La violence des combats était telle que le , le CC2 ne disposait plus que de 16 chars Sherman sur un total de 53.

Attaque du d'armée français

Le corps d'armée français du général de Monsabert lança son offensive les 22 et avec la d'infanterie américaine et la française libre. Le sud de la était défendu par la d'infanterie U.S., tandis que la blindée française restait en réserve.

Attaque de la d'infanterie U.S. (I) thumb|Écusson de la d'infanterie U.S. thumb|Le futur acteur Audie Murphy, et ses décorations. Officier à la d'infanterie américaine il reçut la Medal of Honor pour son héroïsme au cours des combats dans le bois de Riedwihr.

La d'infanterie américaine du général O'Daniel lança son offensive en direction du sud-est le , traversant l'Ill, contournant la ville de Colmar par le nord et ouvrant une brèche pour les chars de la blindée française en direction du pont ferroviaire de Vogelgrun, utilisé par les Allemands pour ravitailler leurs troupes se trouvant encore en Alsace. Le d'infanterie se dirigea vers le sud-est, traversa l'Ill au nord de la ferme La Maison Rouge, puis avança vers le sud et captura le pont de La Maison Rouge au petit matin du . Le d'infanterie traversa ensuite le bois de Riedwihr en direction des villages de Riedwihr, Wickerschwihr et de Holtzwihr. Le pont de La Maison Rouge s'avéra finalement trop faible pour supporter le poids des chars américains et le pont s'effondra lorsqu'un blindé tenta de le traverser. De ce fait, le d'infanterie ne pouvait compter que sur un minimum de moyens de défense anti-char (constitué de bazookas et de trois canons anti-char de ) lorsqu'il subit tard dans l'après-midi une contre-attaque de l'infanterie allemande de la Volksgrenadier Division soutenue par des chasseurs de chars du de canons d'assaut. Sans protection naturelle et ne pouvant pas creuser de tranchées à cause du gel, le d'infanterie fut contraint de se replier et de se reformer sur la rive ouest de l'Ill. Sa réorganisation prit trois jours pendant lesquels il ne fut pas en mesure de poursuivre le combat.

Le , le d'infanterie U.S. poursuivit l'action du d'infanterie et reprit le pont de La Maison Rouge. Une contre-attaque allemande, soutenue par des blindés, enfonça les lignes d'une compagnie de ce régiment, mais ne parvint pas à atteindre le pont défendu par les Américains. Plus tard dans la journée, des troupes du génie U.S. édifièrent un pont sur l'Ill au nord de La Maison Rouge et un bataillon du d'infanterie, appuyé par des blindés, attaqua en direction du sud pour finalement sécuriser cette tête de pont. Durant les deux jours suivants, le d'infanterie poussa au sud vers les villages de Riedwihr et Holtzwihr puis entra dans la forêt de Riedwihr. Les contre-attaques allemandes étaient fréquentes, mais les Américains parvinrent à leur tenir tête grâce au soutien de leurs blindés.