Dans la mythologie grecque, les Nauprestides (en grec ancien « Celles qui ont brûlé les navires », de , « navire », et de « brûler, incendier » ? où de de même sens ? ; Dictionnaire grec-français (Bailly), édition de 1935 , , , .) sont trois sœurs, princesses troyennes, fille du roi de Troie Laomédon. Elles se nomment Éthylla (), Astyoché () et Médésicaste ().

Les Nauprestides

Leur histoire est mentionnée dans l’Épitome d'Apollodore et connue donc des commentaires du scholiaste Tzétzès vivant durant le , VI, 15c.. Le contexte de l'histoire est la chute de la ville de Troie après la guerre chantée dans l’Iliade par Homère où le roi de la ville a été jusqu'alors Priam qui est le frère d'Éthylla, d'Astyoché et de Médésicaste. Les femmes sont faites prisonnières et réduites en esclavage. C'est donc le retour maritime des Grecs depuis les terres troyennes où leurs navires parcourent par étape la mer, chargés de butin, de soldats et des femmes troyennes. C'est lors d'une de ces étapes que les trois princesses troyennes incitent les autres femmes à incendier les navires pour échapper à l'esclavage qu'on leur destine. Les moyens de transports perdus, les Grecs et ces femmes ne peuvent plus alors que s'installer là où ils sont. C'est ainsi que le fleuve avoisinant ce lieu a été nommé « Navaethus » (en grec ancien ), formé de deux mots grecs « navire » et « brûlé »De , « navire », et , « brûlé » ; Dictionnaire grec-français (Bailly), édition de 1935 , , .. Ce fleuve, aujourd'hui, se nomme Neto, en Calabre dans l'Italie méridionale orientaleDictionnaire grec-français (Bailly), édition de 1935 , . Le géographe Strabon nous fait écho de l'origine du nom de ce fleuve italique et de l'installation de Grecs et Troyennes, qui sera suivie par la suite d'autres colonsStrabon, VI, 1.12.

Le mythographe Conon relate une variante où il ne parle que d'Éthylla. Les navires ont été poussés par une tempête et ils se sont réfugiés à grand peine dans une rade située entre les villes connues plus tard sous les noms de Mendè et Scione, dans le Pallène, en Thrace (Macédoine grecque aujourd'hui). S'étant écartée du rivage avec les femmes troyennes pour aller chercher de l'eau loin à l'intérieur des terres, Éthylla prend la parole pour prévenir ses compagnes des conditions plus dures encore qui les attendent une fois arrivées en Grèce, et elle incite ses misérables co-captives à mettre le feu aux navires grecs de Protésilas. Lorsque tous se retrouvent coincés sur la côte, ils fondent ensemble la ville de Scione en Thrace, 13..

Ainsi le point de chute des Troyennes et des Grecs échoués varie de la région égéenne de Macédoine, en Thrace, à la lointaine Italie. Si Conon nous parle des navires que Protésilas mène, Apollodore demeure silencieux sur l'identité du propriétaire de la flotte grecque. Il est intéressant de voir que Conon considère que Protésilas est encore vivant au retour de Troie alors que nombre d'autres auteurs le considèrent comme étant le premier Grec à avoir péri au combat, tué par Hector lors de la guerre de Troie conduite par Agamemnon, II, 695-710. ; c'est d'ailleurs pour certains l'origine de son nom, CIII (103).. Le Pseudo-Apollodore témoigne que les compagnons de Protésilas et leur flotte ont été poussés au retour vers Pallène, ce qui irait dans le sens de la destination proposée par Conon.

L'horizon italien, dont on trouve aussi des échos dans des mythes (voir ci-dessous) similaires, pourrait laisser à penser, selon le Pseudo-Apollodore, que ce ne sont pas les navires du Thessalien Protésilas, mais ceux d'un autre héros grec de Thessalie, Philoctète. Ce dernier arrive en effet, selon les sources, en Italie, plus précisément en Calabre, où il s'établit à Crimissa, dans les environs des villes de Crotone et de Thourioi, près de la ville antique de Sybaris. La ville de Crotone se trouve à l'embouchure du fleuve Neto tandis que Thourioi et Sybaris étaient sur le fleuve Crati (au nord) dont il est question dans le mythe du Supplice de Sétée ci-dessous.

Si, dans l'Antiquité, la destination proposée par Conon se nomme Pallène en Thrace, la région porte actuellement le nom de Chersonèse de Cassandra ou plutôt de péninsule de Cassandra. En effet, Le mot Chersonèse (), signifie seulement en grec « presqu'île » ou « péninsule »Bailly, .. Le monde antique connait, par exemple, une autre Chersonèse, la Chersonèse de Thrace dont le nom moderne est Péninsule de Gallipoli et qui se trouve au nord-ouest de la Turquie actuelle et donnant sur la mer Égée. En fait, ces deux régions péninsulaires se font face, la Chersonèse de Cassandra à l'occident de la mer Égée et la Chersonèse de Thrace à l'Orient. Cette dernière est la région occidentale de l'Hellespont (c'est-à-dire l'actuel détroit des Dardanelles), tandis qu'une partie de l'orientale est… la Troade, la région de la ville de Troie, d'où sont censés être partis les navires grecs. Sur la Chersonèse de Thrace, les géographes antiques, comme le latin Pomponius Mela nous dit que les cendres du héros grec Protésilas y reposent dans un temple érigé et consacré au héros, non loin du Cynossème, le tombeau d'Hécube, la reine de Troie, II, 2-Thrace.. Strabon concours aussi ainsi, en disant que depuis le cap Sigée (au nord-ouest de Troie), le dit temple Protésilaon () était visible sans donner plus de précision, XIII-La Troade, 31.. Libre de penser alors que Protésilas est bien mort à Troie ou non, que l'on a transporté ses cendres s'il a été incinéré, ou bien que l'aventure des femmes troyennes s'est plutôt déroulée ici, non loin de Troie…

De l'identité de ces Grecs, le militaire romain Polyen du , nous suggère être des Pelléniens, habitants de la ville de Pellène () en Achaïe, en Grèce continentale. L'auteur nous fait l'écho d'une certaine sœur de Priam, Aithia (), que l'on ne peut qu'assimiler à Éthylla en concédant une variante orthographique, tant son histoire est similaire à celle que rapporte Conon. Les Pelléniens, de retour de la guerre de Troie, abordent avec leur flotte la péninsule macédonienne de Pallène au cours de leur errance. À terre, usées par la navigation incertaine, leurs captives troyennes décident de brûler les navires grecs sur l'incitation d'Aithia. Sans navire et à la recherche de ressource, les Grecs prennent ce qui deviendra la ville de Scione et s'y installent. C'est ainsi que la région que l'on nommait à leur arrivée Phlégra ()Voir , VII, 123. porte selon l'auteur, en souvenir de leur ville natale et suivant une correspondance phonétique, le nom de Pallène ()Polyen, Stragèmes , VII, 47..

Astyoché, mère d'Eurypyle

Les trois personnages n'ont guère une mythologie plus développée que cet épisode-ci. Si Conon cite Éthylla seule, si l'on trouve plus occasionnellement Médésicaste comme une fille de Priam, fils de Laomédon, il demeure néanmoins qu'Astyoché en tant que fille de Laomédon est associée au mythe d'Eurypyle. Sa filiation est plutôt hésitante tant il y a d'autres Astyoché homonymes autour des personnages mythologiques dont l'épisode des navires fait référence et dont on ne peut savoir s'il s'agit d'une autre personne distincte ou bien de confusion qui s'est inscrite dans le temps. Certains font par exemple Astyoché comme la fille de Priam plutôt que sa sœur, II, 5., ou trouve-t-on aussi une Astyoché parmi d'autres encore, comme la mère du héros grec Protésilas (celui que l'on cite parfois comme le chef grec des navires brûlés par les Nauprestides)Eustathe de Thessalonique, Commentaires sur l'Iliade et l'Odyssée d'Homère, folio 323 (vers 695 du chant 2 de l’Iliade). Voir .… Mais la version la plus commune est bien celle où Astyoché est fille de Laomédon, femme de Télèphe et mère donc d'EurypyleApollodore, Bibliothèque, III, 12, 3., VI, 135-136.Scholie de Tzétzès à propos de Lycophron, 921. Voir .Scholie sur l’Odyssée d'Homère, Chant XI, 520 rapportant les propos du logographe Acousilaos. Voir .Eustathe de Thessalonique, Commentaires sur l'Iliade et l'Odyssée d'Homère, folio 1697 (vers 520 du chant 11 de l’Odyssée). Voir .. C'est d'ailleurs en raison de cette filiation à la maison de Troie que Télèphe ne s'engage pas aux côtés des GrecsDictys de Crète, II, 5., alors qu'il est fils d'Héraclès. L'aide d'Eurypyle, son fils, sera particulièrement, elle, sollicitée par les Troyens et Priam, roi de Troie lors la guerre racontée par Homère pour participer à la lutte contre les grecs dirigés par AgamemnonQuintus, VI, 183-185. ; il s'y illustrera brillamment avant d'en perdre la vie par la main du fils d'Achille, Néoptolème. On dit qu'Eurypyle était réticent à s'engager en raison de sa mère Astyoché, c'est pourquoi Priam corrompt ou achète Astyoché en lui offrant un plant de vigne d'or, celui dont Zeus avait dédommagé son père Laomédon pour avoir enlever son fils GanymèdeVersion mineure où Ganymède n'est pas considérée comme le fils de Tros donc l'oncle de Laomédon ou donc le grand-oncle de Priam ou Astyoché., 820-824., 7 / Scholie sur Les Troyennes d'Euripide, 822. Voir .. Dictys de Crète surenchère à la vigne d'or en ajoutant que Priam a offert aussi la main de sa fille Cassandre à EurypyleDictys de Crète, IV, 14.

Histoires semblables

La trame des Nauprestides se retrouve dans d'autres mythes, variantes volontaires ou non, elles célèbrent souvent la création ou la nomination d'un lieu géographique, d'une ville.

Supplice de Sétée Un mythe est témoigné par le supplice de Sétée (), une troyenne captive sait-on, condamnée par les Grecs à une mort cruelle après avoir livré aux flammes la flotte de ses maîtres qui se trouve près du fleuve Crati, dans la région italienne de Calabre (au nord du fleuve Neto cité, entre autres, dans le mythe des Nauprestides). Soit les mains empalées, soit alors elle est enchaînée les bras en croix, elle est donc crucifiée et avancée sur un rocher, exposée aux vautours sanguinaires. Ce rocher donnant sur la mer porte à jamais son nom en mémoire de ses malheurs (le rocher se nomme en grec ancien )Lycophron, Alexandra, , 1075-1082.Scholie de Tzétzès à propos de Lycophron, 1075. Voir .Etymologicum magnum, , folio 711 « Σηταῖον »..

La ville de Ségeste Alors que le prince Troyen Énée, qui a survécu à la chute de Troie nous rapporte l’Énéide, mène la flotte troyenne rescapée dans leur périple maritime et accoste sur les bords de la Sicile, il est accueilli par un affiliéVoir le personnage Aegestos, associé à Aceste dans , I,52.2-4. troyen, Aceste. Les hommes organisent et participent à des jeux funèbres en l'honneur du père d'Énée, Anchise. Quant aux femmes, elles sont refoulées sur la plage. Junon envoie la déesse de la discorde Iris qui sous le masque d'une certaine Béroé, l'épouse d'un certain Dorcylus du Tmaros pousse les femmes à renoncer à reprendre une mer sans fin. Lassée donc de la navigation, se trouvant sur la terre du mont Éryx, Éryx qui a été un fils de Vénus comme Énée, elles souhaitent mettre fin ici à leur labeur. Persuadées par les paroles d'Iris, malgré la prudence de la nourrice royale des enfants de Priam, une certaine Pyrgo, les femmes s'emparent de tisons de feu consacrés à Neptune et mettent le feu aux navires désertés. Alertés, Énée et des hommes en armes se hâtent de gagner le rivage et regardent avec effroi leurs navires brûler, alors que les femmes, honteuses de leurs actes, fuient et se cachent. Désespéré, ne pouvant compter sur les faibles moyens de son hôte, Énée en prie Jupiter qui fait tomber la pluie pour étouffer les flammes. Quatre navires sont perdus et d'autres ont souffert. Ne pouvant rembarquer tous ses passagers, à la demande de sa mère Vénus, Énée concède que les femmes et les vieillards et ceux qui ne veulent aucun crédit à la gloire de l'aventure restent dans la région et fondent, avec les gens d'Aceste, la ville d’Acesta (connue finalement sous le nom de Ségeste), V, 605-775..

Fable sur la création de Rome