Occupé dès le par les Ligures, puis après la première migration celte par les Celto-Ligures, le site d’Arles est fréquenté par des commerçants méditerranéens. Les Grecs fondent Marseille en , et créent un comptoir sur le Rhône vers qui deviendra une colonie appelée Théliné. Elle revient sous domination autochtone lors de la poussée celte du début du prenant à cette occasion son nom d'Arelate. Au cours du , Arles fait partie de la confédération salyenne qui s'oppose à la cité marseillaise et finit écrasée en par les Romains. Probablement rattachée à la Gaule narbonnaise fondée en , bien que certains historiens incluent la cité arlésienne dans la zone d'influence de Marseille, Arles entre dans le monde romain.
De l'an 1000 à : des Ligures à une colonie grecque Des Ligures aux Grecs thumb|left|L'expansion de la civilisation celtique de 800 à 400 av. J.-C.
Vers 800 av. J.-C., la région rhodanienne et provençale occupée par les Ligures voit l'arrivée progressive de Celtes, d'où le terme celto-ligure s’appliquant par la suite aux indigènes. À Arles, des objets provenant de différents sondages, en particulier du site de l’hôpital Van-Gogh attestent l'existence d'une occupation sur cet îlot rocheux dès la fin du et durant les trois premiers quarts du La population est alors indigène et fait partie des Nearchi La capitale des Nearchi, Bergine pourrait être identifiée, selon Fernand Benoit, avec le site de Saint-Gabriel à l'extrémité occidentale des Alpilles (futur Ernaginum). , peuple établi sur une partie de la Crau et des Alpilles. Cette population, dès cette époque, est en relation commerciale avec les navigateurs méditerranéens initialement puniques et étrusques, puis grecs Carthage est fondée en ) Les Carthaginois et les Étrusques dominent alors le commerce en Méditerranée occidentale jusqu'à l'arrivée des Grecs. Les Carthaginois interviennent plutôt en Espagne et en Languedoc dans le commerce des minerais, tandis que les Étrusques se limitent à la Provence avec le commerce du vin. Ces deux peuples de navigateurs et commerçants s'opposent initialement victorieusement aux Grecs qui essayent de les supplanter dans ces régions (victoire d'Alalia en ). Ils vont perdre toutefois peu à peu leurs prérogatives à la suite d'une série de revers (en particulier la défaite de Cumes en qui permettront aux Grecs de s'imposer avant que ces derniers abandonnent à leur tour le contrôle du commerce méditerranée aux Romains., qui s'engagent dans la basse vallée du Rhône en remontant le fleuve.
Arles, nommée Théliné lorsque le Grec l'habitait
Les relations évoluent ensuite vers une présence plus marquée. En , les Phocéens, marins grecs originaires d’Asie mineure fondent la ville de Marseille et s'installent en Provence. Très rapidement, ils créent des comptoirs sur le littoral et aux embouchures des fleuves. Sur le site d'Arles, il s'agit de Théliné (La Nourricière) Après C.Müller, on a également considéré que le nom de Théliné transmis par Avienus serait grec et qu'il recouvrirait l'appellation locale du lieu ; il s'agirait plus précisément d'une version corrompue Telme, lieu marécageux. fondée vers 540 av. J.-C. - 530 av. J.-C. comme évoqué par AvienusCf. Ora Maritima, v. 689-691 (ou 681-683) : Arelatus illic civitas attollitur, Theline vocata sub priore saeculo Graio incolente. Le texte original et une traduction de ce texte sont accessibles respectivement ici (ou ici) et là :
Initialement, cette implantation caractérisée par une brutale amplification d'une présence humaine et des activités économiques, se traduit par la création d'un emporion sur le rocher d'Arles par des immigrés grecs et des réfugiés d'Alalia L'arrivée des immigrés à Marseille au milieu du - M. GRAS, 1995 qui évolue rapidement autour des années 500 av. J.-C. - 490 av. J.-C., vers la fondation d'une colonie structurée quant à l'organisation de son habitat. Cette fondation souligne l'intérêt commercial de la cité qui offre un débouché vers les régions septentrionales, notamment pour la diffusion des vins. Les fouilles récentes donnent quelques indications sur cette période : Sous les cryptoportiques romains, au cœur de l'agglomération, apparition de vestiges architecturaux à murs porteurs structurés autour de voies à revêtements datés du dernier quart du Au sud de la ville, transformation de l'emplacement du Jardin d'hiver qui devient un quartier habité à la fin du et dont l'urbanisme se développe au cours du .
Cette composante hellénique de la ville d'Arles va générer une dynamique culturelle qui va s'étendre sur plusieurs siècles jusqu'à la fin de l'Antiquité tardive et le début du haut Moyen Âge Rome, lorsqu'elle va créer à Arles, une de ses plus anciennes colonies en Gaule, ne choisit pas seulement une position géographique favorable mais aussi un milieu évolué sur le plan culturel et capable d'assimiler puis de répercuter rapidement ses propres institutions. La survivance du fond hellénique va transparaître encore sous l'Empire et durant l'Antiquité tardive dans l'architecture et plus directement dans l'usage enseigné de la langue et de la culture grecques. Le grec fut la langue internationale sous les romains et persista encore pendant des siècles à Arles, pratiquée notamment par les lettrés, les commerçants orientaux et les juifs..
De l'an 400 à : Arles, ville de la confédération salyenne Une rupture se produit au début du Probablement lors de la nouvelle poussée celte Les Celtes entament au début du une phase d'expansion vers l'Est et vers la Méditerranée; ils sont à Rome en , la cité revient sous domination autochtone vers 400 av. J.-C.-370 av. J.-C. et reprend son nom d'Arelate (la ville des marais) : le lieu situé près (are) de l'étang (late). Le quartier du Jardin d'hiver évoqué ci-dessus est restructuré en plusieurs étapes, d'abord au , puis au À partir de cette date et pendant environ trois siècles jusqu'à la création de la colonie romaine en , la cité va entretenir des relations mouvementées avec sa voisine Marseille.
thumb|left|Hannibal traversant le Rhône
C'est dans ce contexte qu'il faut analyser un évènement particulier : la traversée du Rhône par l'armée d'Hannibal. À la fin août lors de la deuxième guerre punique, Hannibal franchit le Rhône à quatre journées de marche de la merPolybe - Chapitre VIII : Hannibal arrivé à quatre journées de l'embouchure du Rhône, entreprit de passer, parce que ce fleuve n'avait là que la simple largeur de son lit c'est-à-dire en amont du delta., soit probablement au nord d'Arles entre Tarascon et Avignon, ou selon d'autres, près de Caderousse. Ce passage semble précipité car Hannibal redoute l'arrivée de forces romaines qui pourraient lui interdire le franchissement du Rhône. Cornélius Scipion débarque en effet à (proximité de ?) Marseille avec plusieurs légions pour lui interdire le passage du Rhône mais arrive trop tard ; seul un détachement de cavalerie entre en contact avec les troupes d'Hannibal Tite-Live - Livre XXI, Chapitre XXVI : Les sénateurs romains envoient P. Cornelius pour empêcher Hannibal de traverser le Rhône. Cornelius avec 60 vaisseaux, arrive à Marseille, où il débarque. Il remonte le Rhône et, comme ses troupes n’étaient pas encore assez reposées pour combattre, il envoie en avant 300 de ses cavaliers pour surveiller Hannibal.. Polybe précise Il s'agit de la branche orientale du delta de l'époque ; cette embouchure se trouvait, selon d'autres sources, plus à l'ouest que celle du Grand Rhône actuel. Cette branche du delta du Rhône correspond probablement au Rhône d'Ulmet du haut Moyen Âge. :
300px|thumb|right|Les tribus de la Provence avant la conquête romaine Les sources historiques ne permettent pas de connaître la position politique exacte des Arlésiens à cette date. Ni le Grec Polybe, ni le Latin Tite-Live qui décrivent ces événements ne citent une seule fois le nom d’Arelate, ce qui est d'autant plus étonnant que les troupes de Scipion remontant le Rhône ont dû passer par la cité. Toutefois, l'itinéraire retenu par Hannibal, au nord d'Avignon, indiquant le choix d'un trajet dans une région hostile à Rome, peut laisser penser que les Arlésiens soumis à l'autorité marseillaise suivent la politique pro-romaine de la cité phocéenne. Mais la question est ouverte : d'après Patrice Arcelin Cf. Texte de Patrice Arcelin, extrait de Du nouveau sur l’Arles antique, exposition, ville d’Arles, 1987, Arles aurait été plutôt à dominante ethnique indigène à partir du . Il relève que les Anciens ne la considéraient pas comme une colonie de Marseille (elle ne figure pas dans les nomenclatures préaugustéennes).
À la fin du , Arles participe probablement à la fédération des Salyens qui se forme à partir de la réunion des « Celto-Ligures » de Provence autour de centres proto-urbains, placés sous le contrôle d'une aristocratie locale. Pour expliquer cette évolution, plusieurs hypothèses sont formulées, parmi lesquelles il faut citer les tensions causées par la pression de Marseille.
: installation des Romains en Provence
De l'installation des Romains à la création de la province de Transalpine
Au cours du , Marseille s'oppose en effet de plus en plus aux Salyens et aux autres peuples de la Provence orientale, d'abord seule puis avec l'aide de Rome. Dès le début du siècle, Marseille s'attaque à une série de sites dont Arles Cf. La Provence des origines à l'an mil, sous la direction de P.A FEVRIER - pages 201-202 qui subit des dégâts importants de manière quasi-concomitante avec une importante crue du fleuve (vers ). Quoi qu'il en soit, ces quartiers périphériques méridionaux, au Jardin d’Hiver, au sud de l’enceinte, au pied du rocher primitif sont par la suite abandonnés jusqu’au moment de l’installation de la colonie romaine vers 46 avant notre ère, l'habitat se repliant alors sur les parties hautes de la ville (par exemple zone de la commanderie Sainte-Luce). L'historien Polybe décrit certaines coutumes piscicoles et alimentaires camarguaises de l'époque Cf. Histoires, livre XXXIV - exposé géographique décrivant la Gaule, l'Espagne et l'Afrique, toutes parties de la Méditerranée occidentale que Polybe avait visitées au cours d'un périple en l'an . Peu après, Marseille sollicite Rome d'abord à partir de , puis vers en Provence orientale. Enfin, la cité phocéenne fait encore appel aux troupes romaines dans les années , cette fois-ci en Provence occidentale pour en finir avec la résistance des Salyens ; à cette occasion, les Romains non seulement interviennent mais s'installent en Provence après l'écrasement de la confédération. La ville d'Aix est fondée (), les Romains s'installent définitivement et maîtrisent la route d'Italie vers l'Espagne (Voie Domitienne). La date exacte de création d'une province spécifique pour cette région est controversée et l'on peut hésiter entre peu après () et lors du passage de Pompée pour la création officielle de la province de Transalpine.
Arles comme les autres cités de la Provence, à l'exception de Marseille qui conserve une certaine autonomie, se trouvent soumise à Rome dans un cadre dominé par la colonie de Narbonne. Toutefois beaucoup d'informations nous échappent et certains historiens n'hésitent pas inclure dès cette époque la cité arlésienne dans la zone d'influence de Marseille.
Arles, une position stratégique
Les nouveaux maîtres d'Arles ne favorisent guère la cité dont nous trouvons la mention du nom, pendant de longues années, que dans de rares textes, tels ceux de Polybe Un témoignage précis vers le milieu du , celui de l'historien grec Polybe, confirme la présence dans cette région de nombreuses barques et de bateaux qui assurent la liaison avec le domaine maritime.. Les événements ne sont peut-être pas alors propices à un développement car moins de vingt ans après l'implantation des légions romaines, la Provence est aux prises avec des peuples venus de l'Europe du Nord qui, voulant piller l'Italie, menacent la Provence.